Tous les lundis, Akim Omiri investit les ondes de Radio Nova avec son émission, La Riposte. Avec ses invités et ses chroniqueurs, il décrypte et dézingue l’actualité de sa plume acide et sans langue de bois. En parallèle, il continue de jouer sur scène Contexte, son dernier spectacle. Rencontre avec un humoriste adepte du poil à gratter verbal.
[Temps de lecture estimé : ~ 6 min]
Recruté par Radio Nova suite à sa défense de Guillaume Meurice, Akim Omiri a rejoint l’équipe de Matthieu Pigasse en avril 2025 et s’exprime aujourd’hui librement dans son émission, La Riposte. Rempart contre l’extrême-droite et les médias dominants, Akim Omiri aime appuyer là où ça fait mal, quitte à se faire de nombreux ennemis.
Mais l’humoriste n’a jamais peur de dire ce qu’il pense et constitue en cela une bouffée d’air frais dans le paysage médiatique actuel. À la radio comme sur scène, Akim Omiri interroge notre société, nos comportements, nos déviances. Parce que « parler d’armoires IKEA ou du dernier dîner chez ma belle-mère » ne l’intéresse pas, l’humoriste utilise sa voix et sa notoriété pour défendre les valeurs qui lui sont chères. Rencontre.

Mr Mondialisation : Peux-tu nous raconter dans quel environnement tu as grandi ?
Akim Omiri : « J’ai vécu mes premières années dans une cité des quartiers Nord du Havre. Mais ma mère ne voulait pas m’y voir grandir, alors elle a déménagé plus à l’ouest de la ville, dans un « beau quartier ». Je n’avais pas les moyens qui suivaient, et ai fait ma scolarité dans des établissements où on devait être deux à cinq rebeus maximum ! J’y ai subi un racisme de fou venant des profs, du CPE… »
Mr Mondialisation : Quel parcours as-tu suivi ensuite ?
Akim Omiri : « J’ai suivi un parcours dans le général pour avoir le plus de choix possibles, car rien ne me passionnait vraiment. J’avais envie de faire de la scène, mais il n’y avait rien pour ça au Havre, je ne savais pas par où commencer. Alors, comme on me répétait que j’étais à l’aise à l’oral, je me suis orienté vers le commerce via un DUT.
Ça me laissait le temps de réfléchir et de me réorienter au besoin… J’avais des facilités pour les études, mais je m’ennuyais. Après quelques stages en costard-cravate, j’ai réalisé que le commerce n’était pas du tout mon truc. J’ai trouvé comme prétexte une école de pub pour aller vivre à Paris.
J’aimais le côté créatif, je voulais faire des pubs marrantes, décalées. Mais j’ai vite compris qu’elles ne trouveraient jamais leur place. Le problème, un peu comme dans le milieu du cinéma, ce ne sont pas les gens qui écrivent, mais ceux qui financent… Et qui n’aiment pas prendre de risques. »
« j’ai tenté les scènes ouvertes en parallèle de mes études. C’est là que j’ai eu une révélation : peut-être étais-je fait pour ça ! »
Mr Mondialisation : C’est à ce moment-là que tu as commencé à faire de la scène ?
Akim Omiri : « Oui, j’ai tenté les scènes ouvertes en parallèle de mes études. C’est là que j’ai eu une révélation : peut-être étais-je fait pour ça ! J’arrivais à faire rire, commençais à connaître un petit succès. J’ai suivi un Master en alternance pour avoir un salaire. Diplôme en poche, j’avais un an de chômage devant moi pour réussi dans le spectacle. J’ai alors rencontré Norman, Cyprien… J’ai commencé à écrire pour les autres et ai été recruté chez Golden Moustache. Je vivais alors de ce que j’écrivais. »

Mr Mondialisation : Avec les limites que cela impliquait ?…
Akim Omiri : « Oui, j’ai fini par ne plus me reconnaître dans les vidéos que j’écrivais pour Norman. J’ai donc commencé à me recentrer sur mes écrits et ai réalisé un certain nombre de court-métrages sur ma chaîne YouTube. Ils ont cumulé des millions de vues.
J’étais alors sûr que j’allais pouvoir faire la transition vers des formats plus longs, notamment via Golden Moustache et le groupe M6. Finalement, j’ai perdu cinq ans de ma vie sur un film qui ne s’est jamais fait ! Nous l’avions écrit à deux avec Kaza, que j’ai connu au Comedy Club de Paname et avec qui j’écris tous mes textes. Nous sommes alors revenus au stand-up afin d’être plus libres. »
Mr Mondialisation : Parle-nous de Contexte. Comment ce spectacle a-t-il évolué depuis ses débuts ?
Akim Omiri : « Il bouge pas mal : j’ai retiré des extraits, que je diffuse ensuite sur les réseaux et remplace par des nouveautés. Le but de la com’ autour du spectacle était de le promouvoir sans en montrer d’extraits. Ce que je montre sur les réseaux disparaît du spectacle, afin que le public n’ait que de l’inédit.
J’ai également cédé l’intégralité de mon spectacle Fragment(s) sur YouTube, cumulant 917.000 vues. Contexte prendra fin l’an prochain. Ensuite, j’écrirai sans doute un autre spectacle mais je ne me projette pas beaucoup plus loin pour l’instant. »
Mr Mondialisation : Raconte-nous ton arrivée chez Radio Nova…
Akim Omiri : « À l’origine, j’étais venu faire une chronique à France Inter. Sauf que j’avais été invité par Guillaume Meurice… qui était interdit d’antenne. Ma promo a pris la forme d’une chronique pour le défendre. Plus tard, quand Guillaume a démarré La Dernière sur Radio Nova, il m’a proposé de venir y faire une chronique. Par la suite, le directeur de Radio Nova, Matthieu Pigasse, m’a proposé de les rejoindre. C’est ainsi que j’ai atterri chez Radio Nova avec La Riposte, en avril 2025. »
Mr Mondialisation : Devenir chroniqueur chez Radio Nova a-t-il politisé davantage ton discours ? Te sens-tu encore plus impliqué ?
Akim Omiri : « Oui, clairement. Ma responsabilité y est encore plus forte car plus on fait de l’audience, plus on doit faire attention. De l’autre côté, plus on continue, plus on est écoutés et plus ils essaient de nous éteindre ! Preuve en est avec Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée Nationale, qui m’a interpellé suite à l’émission dans laquelle je demandais pourquoi elle refusait d’ouvrir une commission d’enquête sur l’affaire Epstein. J’ai riposté et finalement, elle n’a jamais donné suite… »
Mr Mondialisation : Choisis-tu les invités de La Riposte ?
Akim Omiri : « Oui, avec Kaza, nous sommes libres et choisissons tout. Radio Nova ne gère rien de notre émission, le contrat est basé sur une confiance réciproque et ma liberté de ton. Pour les chroniqueurs, on les choisit selon ce que l’on a pu voir de leur travail, notamment via les réseaux sociaux. Quant aux invités musicaux, je les contacte après avoir entendu une chanson qui me parle et qui a du sens. Ce sont toujours des gens qui partagent nos valeurs, donc ils sont contents de venir. »
Mr Mondialisation : Que retiens-tu de tes échanges avec le public ?
Akim Omiri : « Ce sont des moments particuliers car les gens me disent merci. Cela me marque car c’est bizarre, quelque part ! Je réalise qu’ils sont tellement dans le désarroi et se sentent tellement seuls qu’ils nous remercient pour le spectacle et l’émission. Face à l’extrême droite et à la place qu’elle prend dans les médias, on est devenus précieux… Le public sait qu’on reçoit des menaces et a sans doute encore plus besoin de nous dire qu’on est utiles. C’est agréable et gratifiant. »

Mr Mondialisation : Un discours face à l’extrême-droite qui te vaut donc menaces, et fermeture de portes ?
Akim Omiri : « Oui, mais franchement, les menaces me laissent assez indifférent. Je sais également que ma franchise et ma liberté de ton m’empêchent d’accéder à certains médias… Ce qui est quand même assez révélateur de l’époque dans laquelle on vit ! »
« Nous sommes la majorité ! Je suis optimiste : continuons de nous exprimer et de nous mobiliser ! »
Mr Mondialisation : Si tu avais un message à faire passer aux lecteurs de Mr Mondialisation…
Akim Omiri : « Ce serait de ne rien lâcher. On nous fait croire – parce que les médias mainstream sont détenus par des milliardaires d’extrême droite – qu’on est une minorité. Alors que c’est l’inverse. Nous sommes la majorité ! Je suis optimiste : continuons de nous exprimer et de nous mobiliser ! »
Akim Omiri est actuellement en tournée en France avec son spectacle de stand-up, Contexte. Dates et informations via son Linktree.
– Entretien réalisé par Marie Waclaw
Photo de couverture : ©Raphaël Liot
