L’ANRA : un poisson d’avril qui montre la folie bureaucratique française


Le 1er avril 2026, le compte @_h16 a publié un faux article AFP très bien fait : le gouvernement créerait une nouvelle Agence Nationale de Rationalisation des Agences (ANRA) avec 48 millions d’euros de budget et 340 agents. Le but ? Simplifier le mille-feuille administratif. Résultat : le nombre d’agences passe de 1 244 à 1 245. C’est du pur humour noir qui touche exactement le problème français.

 

Le CLEBS : une idée réclamée par les Français

Xavier Azalbert a déjà pointé du doigt cette folie bureaucratique. Dans plusieurs tweets et analyses (ici, ici et ici), il a proposé la création d’un CLEBS – la Commission Libre d’Efficacité Budgétaire -un organisme indépendant, mordant comme un « clebs » (un chien), chargé de s’attaquer réellement aux dépenses inutiles et aux statuts intouchables. Il ne s’agit pas d’une énième mission ad hoc, mais d’une structure légère, extérieure au sérail, capable de « mordre dans les mollets » des gaspilleurs publics.

Inspiré du DOGE américain (Department of Government Efficiency), il  a même proposé de relancer une pétition sur le site e-senat pour que la Commission des finances du Sénat contrôle toutes les dépenses publiques grâce à ce CLEBS.

CLEBS

Et ce n’est pas une lubie d’éditorialiste : de nombreux sondages (IFOP, Ipsos, etc.) montrent depuis des années que les Français plébiscitent massivement la réduction du mille-feuille administratif. Ils en ont assez de payer pour des structures qui se chevauchent, se contredisent et s’autoproduisent. Le CLEBS d’Azalbert répond exactement à cette demande populaire : du bon sens avant toute création supplémentaire.

 
Pourquoi créer une agence pour en supprimer d’autres ? Le paradoxe kafkaïen

C’est le grand paradoxe : on veut réduire le nombre d’agences… en créant une nouvelle agence. C’est exactement le piège que dénonce le poisson d’avril de @_h16. On nous promet depuis des années (rapports IGF 2021, sénateurs LR, etc.) de fusionner ou supprimer un tiers des opérateurs de l’État. Résultat concret en 2026 : ils passent de 434 à 431. Trois suppressions. À ce rythme, on aura encore 400 opérateurs en 2150.

Pendant ce temps, les comités Théodule (ces commissions consultatives improbables créées pour enterrer un problème) continuent de proliférer. Leur coût est certes « modeste » (quelques dizaines de millions), mais ils symbolisent l’impuissance : l’État ne sait plus gouverner sans déléguer à des comités qui ne décident rien mais coûtent cher en indemnités, secrétariats et rapports jamais lus.

 
Et les vrais gouffres ? CNC, DILCRAH, AFD… un audit approfondi s’impose

Personne ne parle jamais sérieusement d’auditer les dépenses réelles des ministères eux-mêmes ni des grands opérateurs. Exemples concrets :

  • Le CNC (Centre national du cinéma et de l’image animée) : des centaines de millions d’euros par an pour financer un secteur qui, malgré le talent français, vit largement aux crochets du contribuable. Bilans opaques, aides cumulées, copinages.
  • La DILCRAH (Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT) : budget en constante augmentation, rapports contestés, efficacité jamais mesurée indépendamment.
  • L’Agence Française de Développement (AFD) : 16 milliards d’euros de budget annuel (avant la récente coupe de 2 milliards). Elle finance des projets… y compris en Chine, deuxième puissance mondiale. Priorité donnée à l’« aide » extérieure alors que la France peine à financer ses hôpitaux, ses écoles et sa défense.

Un audit approfondi, externe et indépendant de toutes ces structures sans exception (et de tous les ministères) révélerait probablement des dizaines de milliards d’euros d’économies potentielles. Mais qui osera le faire ? Pas une nouvelle agence.

 

Quelle serait la vraie démarche optimale pour tout simplifier ?

Créer l’ANRA, c’est la méthode « Macron » classique : communication + nouvelle structure + rapport dans trois ans. Voici ce qu’une vraie rationalisation exigerait (et que le CLEBS incarnerait) :

  1. Faire un audit complet et indépendant de tout
    On confie à une équipe extérieure indépendante (pas des fonctionnaires qui se contrôlent eux-mêmes), comme le CLEBS ou le DOGE américain, le travail d’examiner chaque agence, chaque comité, chaque dépense. On regarde à quoi ça sert vraiment, ce que ça coûte et quels résultats on obtient vraiment.
    Objectif : connaître la vérité exacte sur le gaspillage, sans filtre ni protection des intérêts internes.
     
  2. Mettre une date de fin automatique à chaque structure (règle du coucher de soleil)
    Toute nouvelle agence ou comité devrait avoir une date limite. Tous les 5 ans, on doit prouver qu’elle est encore utile à 100 %. Sinon, elle disparaît automatiquement.
    Objectif : empêcher que les structures vivent pour toujours, même quand elles ne servent plus à rien.
     
  3. Obliger chaque agence à justifier son budget de zéro chaque année
    Au lieu de reprendre le budget de l’année d’avant + un peu plus, on repart de zéro. Il faut expliquer pourquoi on a besoin de chaque euro.
    Objectif : forcer tout le monde à faire des choix sérieux et à supprimer ce qui n’est pas indispensable.
     
  4. Tout rendre transparent et donner plus de pouvoir de contrôle au Parlement et aux citoyens
    Publier en ligne tous les détails : salaires des dirigeants, contrats, vraies dépenses. Le Parlement peut voter la suppression d’une agence comme il vote une loi.
    Objectif : que les Français et leurs représentants puissent vraiment voir où va l’argent et décider d’arrêter les gaspillages.
     
  5. Recentrer l’État sur ses missions de base
    L’État doit se concentrer sur la sécurité, la justice, l’école, la santé et la défense. Tout le reste (aides au cinéma, actions à l’étranger, comités sur tous les sujets) doit être examiné de près.
    Objectif : arrêter de faire faire à l’État des choses qui ne sont pas son rôle principal, pour mieux faire l’essentiel.
     
  6. Demander directement l’avis des Français
    Organiser des grands sondages ou même un référendum sur les structures les plus critiquées.
    Objectif : redonner la parole aux contribuables qui paient tout ça et faire des choix qui correspondent vraiment à ce que veulent les citoyens.

Le poisson d’avril de @_h16 n’est pas qu’une blague. C’est un diagnostic et le symptôme d’un vrai mal français. Tant qu’on répondra à la bureaucratie par plus de bureaucratie, la France continuera à s’enfoncer. Le CLEBS de Xavier Azalbert, ou une vraie commission indépendante, n’est pas une utopie : c’est la seule voie réaliste pour redonner de l’air aux contribuables et de la crédibilité à l’État. La balle est dans le camp du gouvernement. Mais on sait déjà quelle agence il va créer pour y réfléchir !





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