Alertes plus nombreuses, système saturé
Mi-février, le gouvernement français renonçait à défendre devant le Parlement un projet de loi attendu sur la protection de l’enfance. Le secteur traverse pourtant une profonde crise. Placements en hausse, professionnels précarisés, difficultés de recrutement, cloisonnement des prises en charge sociale et médicale : un cercle vicieux qu’il serait urgent d’enrayer, pour protéger vraiment.

Fabien Mérelle. — « Soleil vert », 1986-2019
© ADAGP, Paris, 2026 – Fabien Mérelle
Le 19 mars 2024, d’anciens enfants placés se constituent en « comité de vigilance » afin de suivre les travaux de la commission d’enquête parlementaire sur les manquements des politiques publiques de protection de l’enfance. Ils obtiennent d’être entendus à l’Assemblée nationale ; suivent plus de quarante auditions. Au terme de leur mobilisation, ils publient un Livre blanc détaillant leurs revendications relatives à l’accès aux soins, aux lieux de placement, à l’exercice de leurs droits ou à la réparation des préjudices subis.
Quelque 405 000 mineurs et jeunes majeurs bénéficient de mesures d’aide sociale à l’enfance (ASE) : 56 % sont hébergés en foyer ou en famille d’accueil, et 44 % bénéficient, chez leurs parents, d’un accompagnement dit en « milieu ouvert ». Le nombre des mesures administratives ou judiciaires a augmenté de 50 % en vingt ans, entraînant une saturation des structures d’accueil. À l’origine de cette hausse ? La moindre tolérance à la violence, qui incite les pouvoirs publics à améliorer le repérage des situations de danger, et la société à davantage les signaler. Mais la fragilisation financière et sociale des familles, notamment depuis la crise sanitaire, entraîne aussi une explosion des placements d’urgence.
Dans le quartier administratif de Mériadeck, à Bordeaux, un service du conseil départemental de la Gironde reçoit chaque jour jusqu’à soixante « informations préoccupantes », avec un pic à la veille des vacances scolaires. Des courriels ou des appels de magistrats, d’enseignants, de médecins, de voisins qui signalent de potentielles maltraitances, verbales ou physiques, subies par des enfants. Composée d’une vingtaine d’agents, la cellule de recueil des informations préoccupantes (CRIP) a traité six mille alertes entrantes en 2024, concernant huit mille enfants. Près de la moitié ont fait l’objet d’une évaluation par des travailleurs sociaux, dépêchés auprès de l’enfant, de sa famille, de son entourage au sens (…)
Taille de l’article complet : 2 224 mots.
Cet article est réservé aux abonnés
accédez à la base de données en ligne de tous les articles du Monde diplomatique de 1954 à nos jours.
Retrouvez cette offre spécifique.