DEVOIR DE MEMOIRE-le florilège de la servitude volontaire. Les techniques de programmation collective : comment la peur a remplacé le consentement 2/5


Si l’article « Quand une crise sanitaire révèle l’état d’autonomie d’une société », premier de la série, a posé le constat philosophique et institutionnel de cette servitude volontaire – l’acceptation massive des contraintes, la docilité des instances de contrôle, la perte de boussole face à la peur de mourir -, celui-ci entre au cœur du mécanisme concret. Comment une population éduquée, vivant dans des démocraties modernes, a-t-elle pu consentir si rapidement et si profondément à des mesures qui, rétrospectivement, apparaissent disproportionnées au regard de la létalité réelle du virus ? 

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La réponse tient en un mot : la peur. Mais pas une peur spontanée, instinctive, comme celle qui naît d’un danger immédiat et visible. Non. Une peur orchestrée, amplifiée et programmée par des techniques anciennes et modernes de capture sémantique, de manipulation scientifique, d’ingénierie comportementale et de division sociétale.

La vidéo Zapping Coronacircus le montre avec une cruauté presque comique : applaudissements synchronisés aux fenêtres, files d’attente disciplinées pour un test PCR, masques portés mécaniquement même en extérieur ou seul en voiture, familles séparées sur des plages quadrillées, et surtout l’enthousiasme collectif pour le passe sanitaire comme ticket de retour à la « normalité ». Derrière ces images se cache un dispositif de programmation collective qui a transformé une épidémie ciblée en urgence existentielle, faisant de la peur le vecteur principal qui a remplacé le consentement éclairé par une obéissance volontaire.

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Tout commence par la capture sémantique. Dès les premiers jours de mars 2020, le langage officiel change radicalement. Le Président de la République Emmanuel Macron prononce la phrase qui va tout structurer : « Nous sommes en guerre. » Une rhétorique guerrière inédite en temps de paix : « ennemi invisible », « front sanitaire », « mobilisation générale », « héros du quotidien ». Ce vocabulaire martial opère une capture sémantique complète : un problème de santé publique devient une guerre totale contre un adversaire qui menace l’existence même de la nation. Dans ce cadre, toute nuance, toute question de proportionnalité, toute critique devient potentiellement une désertion ou une trahison. La Boétie l’avait déjà pressenti : la servitude volontaire se nourrit d’un discours qui place l’individu en situation d’urgence permanente, où la seule option raisonnable semble être l’obéissance immédiate et totale.

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Cette capture sémantique s’est doublée d’une capture de la science bien plus profonde et plus grave. Dès le début, certains modèles et certaines études ont été érigés en vérités intangibles, tandis que d’autres étaient systématiquement écartés ou vilipendés. Les projections catastrophistes de l’Imperial College de Londres, publiées en mars 2020, ont servi de justification majeure aux confinements. Ces modèles prévoyaient des centaines de milliers de morts en France sans mesures drastiques. Ils ont été repris en boucle par les médias et les autorités, alors même que leurs hypothèses étaient déjà contestées par de nombreux épidémiologistes. Des études françaises, comme celles de Fontanet et Cauchemez, ont été utilisées pour justifier le maintien des restrictions scolaires ou le port du masque chez les enfants. Pourtant, ces travaux ont été démontés point par point par des mathématiciens et épidémiologistes indépendants tels que Vincent Pavan, qui ont mis en évidence des biais méthodologiques majeurs, des extrapolations abusives et une surinterprétation des données. Au lieu d’un débat scientifique ouvert, on a choisi la voie de la disqualification.

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L’exemple le plus emblématique reste celui de l’IHU Méditerranée et du professeur Didier Raoult. Cet institut, créé précisément pour gérer les maladies infectieuses émergentes, a traité plus de trente mille patients avec un protocole précoce associant hydroxychloroquine et azithromycine, obtenant des résultats cliniques remarquables dans les premiers mois de la pandémie, validés par une étude indépendante. Au lieu de saluer cette expérience de terrain, de l’analyser sereinement et d’en tirer des enseignements, les autorités et une grande partie des médias ont cherché, par tous les moyens, les raisons pour lesquelles « cela n’aurait pas dû marcher ». Conflits d’intérêts supposés, protocoles jugés non conformes, communication jugée trop médiatique, arrêts d’essais cliniques alors qu’ils montraient des effets positifs, commission d’études épidémiologiques montrant leur succès (Emmerich au Brésil a démontré que le Para avait un taux de mortalité 5.5 fois moins élevé que l’Amazonas avec comme seule différence la systématisation des traitements précoces, l’Inde a fait de même dans certains Etats)… On a tout examiné, sauf le mérite thérapeutique et le fait que des patients, parfois âgés et polypathologiques, s’en sortaient mieux que dans d’autres centres. Cette inversion – vilipender plutôt que valoriser – est caractéristique d’une science capturée. Elle n’est plus au service de la vérité, mais au service du narratif officiel.

 

C’est ici qu’intervient un mécanisme encore plus subtil, issu des statistiques et plus particulièrement des probabilités bayésiennes (une méthode plus approprié pour analyser les résultats des essais cliniques que la FDA a récemment acceptée). La peur orchestrée a profondément modifié les priors beliefs – les croyances a priori – de la population et même de nombreux décideurs. Dans un raisonnement bayésien normal, on part de connaissances établies (par exemple, l’hydroxychloroquine est utilisée depuis des décennies contre le paludisme et certaines maladies auto-immunes avec un profil de sécurité connu, ou contre le SARS-CoV1 ; l’azithromycine est un antibiotique courant) et on met à jour ces croyances avec de nouvelles données

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Mais quand la peur devient le filtre dominant, les priors sont réinitialisés. Toute donnée qui va dans le sens du narratif alarmiste est acceptée sans examen critique ; toute donnée contraire est rejetée comme « dangereuse » ou « complotiste ». Ainsi, on construit de vrais mensonges (l’étude frauduleuse du Lancet sur l’hydroxychloroquine, publiée en mai 2020 et rétractée quelques semaines plus tard, qui a pourtant servi de base pour arrêter les essais cliniques et interdire l’usage précoce) et on rend fausses des vérités connues (l’efficacité historique et la sécurité de ces molécules). Les ministres, sans aucun discernement scientifique visible, ont suspendu les traitements sur la base d’une étude rétractée, préférant suivre le consensus médiatique plutôt que la méthode scientifique. La science elle-même est devenue discontinue : on change les règles du jeu en cours de partie pour que le résultat colle au récit souhaité.

Cette capture de la science et du langage a été amplifiée par une division sociétale orchestrée, dont le documentaire Hold-Up (novembre 2020) constitue l’exemple le plus frappant. Ce film, financé par crowdfunding et regroupant une pluralité d’experts et de témoignages, a catalysé un sursaut d’esprit critique chez des millions de citoyens. Il posait des questions légitimes sur l’origine du virus, la gestion de la crise, les conflits d’intérêts et les revirements scientifiques. Au lieu d’un débat de fond, il a été immédiatement et systématiquement étiqueté « complotiste ». 

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Rudy Reichstadt, directeur de Conspiracy Watch et autoproclamé « chasseur de complotistes en chef », accompagné de son acolyte Tristan Mendès France, a joué un rôle dans cette disqualification. Peu importe que le contenu du film contienne des éléments factuels vérifiables ou des interviews exclusives (comme celle de Mandeep Mehra) : l’étiquette « complotiste » a suffi à le discréditer sans jamais entrer dans une réfutation argumentée sur le fond. Cette rhétorique, sur le modus operandi de Reichstadt, repose sur une stratégie de disqualification automatique plutôt que sur une critique factuelle. Son approche ne résistant pas à l’épreuve des faits, cependant amplifiée par les médias suite au blanchiment de fausses informations, avec des arrangements constant avec la déontologie journalistique, la propagande prend et il l’installe comme une vérité alternative ou de groupe. La vérité est ainsi assassinée illustrant pleinement les cinq difficultés de Brecht qui révèlent comment la propagande qui étouffe notre société en déclin.

La machine s’est encore emballée lorsque la députée macroniste Ilana Cucurel a été envoyée en première ligne dans les médias pour attiser la peur du complotisme et monétiser l’étiquette, comme le relate l’article « Hold-Up : oui, mais lequel ? ». Le documentaire, loin d’être une simple production marginale, a scindé une nouvelle fois la société en deux : d’un côté ceux qui osaient questionner le narratif officiel, de l’autre ceux qui, par peur d’être assimilés aux « complotistes », se sont réfugiés dans une obéissance encore plus stricte. Cette division artificielle a renforcé la programmation collective : la peur n’était plus seulement celle du virus, mais aussi celle d’être exclu du « bon camp ».

 

Cette programmation ne s’est pas arrêtée là. Elle a mobilisé des outils modernes d’ingénierie comportementale. Les gouvernements ont mis en place des unités de nudge chargées de concevoir des messages qui poussent les citoyens à adopter les bons comportements sans qu’ils aient le sentiment d’être contraints. Campagnes de culpabilisation (« Vous ne voulez pas tuer mamie ? »), visualisation permanente des chiffres de décès, pression sociale via les réseaux sociaux : tout était conçu pour activer les biais cognitifs humainspeur de l’exclusion, désir d’appartenance, aversion à la perte. Le conformisme, déjà étudié par Solomon Asch dans les années 1950, a été amplifié à l’échelle industrielle par les algorithmes des plateformes. La dissidence était immédiatement labellisée « complotiste », « antivax » ou « irresponsable », rendant toute discussion rationnelle presque impossible.

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Au sommet de cet édifice décisionnel se trouvait le Conseil de défense sanitaire, véritable « black box » du pouvoir exécutif. Réunions à huis clos, absence de comptes-rendus publics, participants tenus au secret : c’est là que se prenaient les décisions les plus lourdes – confinements, passe sanitaire, fermetures d’écoles – sans aucun contrôle parlementaire réel et sans transparence. 

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Le Parlement, réduit à un rôle de chambre d’enregistrement, et le Conseil d’État, validant presque systématiquement les ordonnances, ont complété ce dispositif. Les médias, quant à eux, ont joué un rôle partisan décisif. On se souvient des mots de Céline Pigalle, alors directrice de l’information de France Télévisions, qui déclarait en substance que les journalistes ne devaient pas aller trop à l’encontre du narratif gouvernemental « pour ne pas fragiliser le consensus ». Cette autocensure assumée a transformé les grands médias en relais quasi-officiels de la peur, amplifiant les courbes exponentielles et minimisant les voix nuancées.

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Psychologiquement, le résultat est saisissant. La peur, en modifiant les « priors beliefs », a fait passer des millions de citoyens d’un état de sujet souverain à celui de sujet qui réclame lui-même ses chaînes. On a vu des personnes exiger le passe sanitaire pour « pouvoir vivre normalement », applaudir les contrôles policiers ou dénoncer leurs voisins. Mais cette peur n’était pas monodimensionnelle. Elle englobait plusieurs dimensions interconnectées :

  • La peur existentielle : la mort individuelle, la maladie grave, l’incertitude face à un virus présenté comme imprévisible et mortel pour tous.
  • La peur sociale : être jugé, exclu, montré du doigt comme « irresponsable », « égoïste » ou « complotiste », avec le risque de perdre son statut social ou professionnel.
  • La peur économique : perte d’emploi, fermeture d’entreprise, précarité, endettement massif des ménages et des États.
  • Les mécanismes cognitifs classiques : biais de disponibilité (images d’hôpitaux saturés diffusées en boucle créant l’illusion d’un danger omniprésent), ancrage (les premiers modèles catastrophistes qui ont fixé le cadre mental pour des mois), aversion à la perte (mieux vaut sacrifier des libertés que risquer la mort ou l’opprobre), fatigue décisionnelle (ego depletion) qui rend l’individu plus vulnérable à l’obéissance réflexe après des semaines de stress et d’informations contradictoires.

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Ces dimensions de la peur se sont nourries mutuellement, créant une spirale auto-renforçante : plus la peur grandissait, plus l’obéissance semblait rationnelle, et plus l’obéissance renforçait le sentiment de sécurité collective – même si cette sécurité était en grande partie illusoire.

C’est l’aboutissement de la servitude volontaire décrite par La Boétie : non plus subie, mais désirée. L’individu fatigué, anxieux, saturé d’informations contradictoires, préfère déléguer son jugement à l’autorité plutôt que d’assumer seul l’incertitude. La programmation collective a été si efficace que la peur a remplacé le consentement éclairé par une obéissance devenue réflexe.

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Plus de cinq ans après les faits, un sondage MIS Group réalisé en février 2026 pour France-Soir et BonSens.org (échantillon représentatif de 1 200 personnes) offre un éclairage saisissant sur les traces durables de cette programmation. 73 % des Français déclarent ne pas avoir confiance dans le gouvernement, 78 % estiment qu’il n’agit pas dans l’intérêt de la population, et 49 % jugent que la crise COVID a été mal gérée. 47 % citent les mensonges gouvernementaux comme principale raison de cette perte de confiance et non les complotistes ou médias alternatifs tel que veut nous le faire croire le gouvernement, tandis que 55 % accusent le ministère de la Santé de cacher la nocivité de certains vaccins.

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Le refus du nouveau vaccin COVID atteint 81 %, et une part significative de la population (autour de 46-55 % selon les items) adhère à des thèses autrefois qualifiées de « complotistes » (nocivité cachée, mensonges systématiques des médias pour protéger les élites). La défiance touche aussi les médias mainstream (65 % les jugent non objectifs) et s’accompagne d’une bascule vers des sources alternatives. Ce baromètre révèle une France en rupture multidimensionnelle : la peur orchestrée pendant la crise n’a pas seulement produit une obéissance temporaire ; elle a laissé une fracture profonde de confiance qui continue d’éroder l’autonomie collective et la légitimité des institutions.

 

Ce deuxième article révèle donc le moteur profond de l’acceptation massive : une ingénierie de la peur qui a capturé le langage, la science, les institutions, les esprits et même les relations sociales. Il ne s’agit pas d’un complot centralisé au sens hollywoodien, mais d’un système auto-renforçant où chaque acteur – politique, médiatique, scientifique – a trouvé son intérêt à maintenir le narratif. La question qui se pose alors est double : qui, au final, contrôle vraiment ce récit ? 

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Et surtout, comment les élites, qui avaient accès à toutes les données et à tous les contre-exemples, ont-elles pu participer à cette mise en scène tout en s’exemptant elles-mêmes des contraintes qu’elles imposaient au peuple ?

C’est précisément ce que nous examinerons dans l’article 3 : « L’hypocrisie des élites et la trahison du contrat social ». Car si la population a été programmée, les décideurs et les relais d’opinion ont souvent pratiqué le « faites ce que je dis, pas ce que je fais », révélant une trahison bien plus profonde que la simple erreur de jugement.

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(À suivre – Article 3 : L’hypocrisie des élites et la trahison du contrat social)

Retrouvez la vidéo décrivant cet article : 

Et le podcast : 





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