En France, des opérateurs de centres de données sollicitent un raccordement au réseau gazier pour alimenter leurs infrastructures liées à l’intelligence artificielle. Révélée par la directrice de Gaz Réseau Distribution France (GRDF), cette stratégie portée par des géants du numérique vise à contourner les délais électriques, au risque d’un choc climatique et énergétique majeur.
Le futur tourne au gaz. Alors que la France revendique une électricité abondante et peu carbonée, des promoteurs de data centers cherchent à brancher leurs machines sur une énergie fossile pour aller plus vite. « Nous sommes régulièrement sollicités par des opérateurs de data centers », explique Laurence Poirier-Dietz, directrice de GRDF. Les délais de raccordement électrique s’étirent jusqu’à sept ans, incompatibles avec la course mondiale à l’intelligence artificielle.
Comme d’habitude, la fuite en avant : alimenter en continu ces infrastructures au gaz reviendrait à doubler la consommation d’énergie pour un rendement limité à 50 %. « C’est une aberration », insiste Laurence Poirier-Dietz. L’analyse rejoint celle de Lorraine de Montenay, experte chez GreenIT, qui évoque un « contresens » économique et écologique. Selon Reporterre, un seul centre pourrait émettre au minimum 15 000 tonnes de CO₂ par an, un chiffre appelé à exploser avec les nouvelles générations calibrées pour l’IA.
Aux États-Unis, Google, Microsoft ou Meta investissent massivement dans des centrales à gaz pour sécuriser leur approvisionnement. En Europe, la pression monte aussi sur les réseaux. RTE croule sous des demandes équivalentes à trois fois la consommation industrielle nationale. Incapables de refuser un raccordement, les opérateurs publics se plient aux desidaratas des gros poissons, au risque de servir la destruction.