{"id":13133,"date":"2025-07-31T12:00:00","date_gmt":"2025-07-31T10:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/2025\/07\/31\/un-continuum-de-genocides-depuis1948\/"},"modified":"2025-07-31T12:00:00","modified_gmt":"2025-07-31T10:00:00","slug":"un-continuum-de-genocides-depuis1948","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/2025\/07\/31\/un-continuum-de-genocides-depuis1948\/","title":{"rendered":"un continuum de g\u00e9nocides depuis1948"},"content":{"rendered":"<p> <br \/>\n<\/p>\n<div id=\"\">\n<p>La fosse \u00e9tait ronde, comme une assiette ou une marmite profonde pos\u00e9e sur une table. Elle avait \u00e9t\u00e9 combl\u00e9e avec du sable, mais le sable avait un aspect diff\u00e9rent\u00a0: il ressemblait \u00e0 une p\u00e2te \u00e9paisse, \u00e0 cause du nombre de gens tu\u00e9s. La boue au fond n\u2019avait pas s\u00e9ch\u00e9, il y avait tellement de sang que c\u2019\u00e9tait encore mou.<\/p>\n<p>La chose la plus difficile \u00e0 supporter, c\u2019\u00e9tait l\u2019odeur, celle de la terre et du sang m\u00eal\u00e9s. Et je ne pouvais pas bouger car il \u00e9tait sur moi, ses bottes me broyaient la t\u00eate.<\/p>\n<p>Il hurlait\u00a0: \u00ab\u00a0Appelle la maison de Dieu pour qu\u2019elle vienne te sauver, esp\u00e8ce de &#8212;-.\u00a0\u00bb Puis il demandait encore\u00a0: \u00ab\u00a0Tu fais quoi comme travail\u00a0? Tu sers les maisons de Dieu, hein\u00a0? D\u2019accord, fils de pute, c\u2019est quoi ton nom\u00a0?\u00a0\u00bb J\u2019ai r\u00e9pondu, sans r\u00e9fl\u00e9chir\u00a0: \u00ab\u00a0Je m\u2019appelle Mahmoud Hasan.\u00a0\u00bb Je n\u2019ai pas donn\u00e9 mon vrai nom \u00e0 ce moment si proche de la mort, je ne sais pas pourquoi.<\/p>\n<p>En tombant dans la fosse, j\u2019ai vu quelqu\u2019un que je connaissais depuis qu\u2019il \u00e9tait enfant\u00a0; il s\u2019appelait Elias. J\u2019avais travaill\u00e9 avec son p\u00e8re qui me respectait beaucoup.<\/p>\n<p>J\u2019ai senti qu\u2019il me regardait, se demandant si c\u2019\u00e9tait bien moi.<\/p>\n<p>Puis j\u2019ai entendu Elias dire\u00a0: \u00ab\u00a0Je t\u2019en supplie, Robert, je suis pr\u00eat \u00e0 m\u2019agenouiller et \u00e0 t\u2019embrasser les pieds. Ce hajj, le dernier ici. Pour l\u2019honneur, cet homme m\u2019a \u00e9lev\u00e9, je le jure sur mon honneur et le tien, mes parents et moi avons mang\u00e9 chez lui. Je n\u2019oublierai jamais cette faveur. Je t\u2019en supplie, Robert.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Robert\u00a0!\u00a0\u00bb Je n\u2019oublierai jamais ce nom, que Dieu l\u2019envoie en enfer. Il m\u2019a dit\u00a0: \u00ab\u00a0L\u00e8ve-toi, esp\u00e8ce de &#8212;-.\u00a0\u00bb Il m\u2019a saisi, m\u2019a tir\u00e9 par l\u2019\u00e9paule au point de presque me la d\u00e9bo\u00eeter, et m\u2019a jet\u00e9 par terre. Puis Elias m\u2019a dit de me lever vite, avant que quelqu\u2019un arrive, et nous avons commenc\u00e9 \u00e0 marcher.<\/p>\n<p>Je n\u2019avais fait que quelques pas quand j\u2019ai entendu les tirs\u00a0: \u00ab\u00a0tou, tou, tou, tou, tou\u2026\u00a0\u00bb J\u2019ai tourn\u00e9 la t\u00eate vers la fosse et je suis rest\u00e9 fig\u00e9. Ils \u00e9taient en train de tous les abattre.<\/p>\n<p>Extrait de \u00ab\u00a0La fosse de la mort\u00a0\u00bb  (entretien n\u00b016, r\u00e9alis\u00e9 le 16 f\u00e9vrier 1983), in <i>Bayan Nuwayhed al-Hout, Sabra and Shatila<\/i>\u00a0: Septembre 1982, Pluto Press, 2004.<\/p>\n<p>Haj Mahmoud, ouvrier technique du camp de Sabra est le seul survivant \u00e0 \u00eatre descendu dans la fosse ce samedi 18 septembre 1982. Quarante-trois ans apr\u00e8s les \u00e9v\u00e8nements, son r\u00e9cit glace le sang tant il r\u00e9sonne avec l\u2019actualit\u00e9 br\u00fblante des massacres perp\u00e9tr\u00e9s quotidiennement contre les gazaouis depuis pr\u00e8s de vingt mois.<\/p>\n<p>Le caract\u00e8re g\u00e9nocidaire de la guerre en cours ne fait aujourd\u2019hui plus de doute, au moins depuis que la Cour Internationale de Justice a retenu, en janvier 2024, l\u2019hypoth\u00e8se du g\u00e9nocide et \u00e9dit\u00e9 quatre ordonnances impliquant des mesures conservatoires et contraignantes. En mars 2024, Francesca Albanese, la rapporteuse sp\u00e9ciale de l\u2019ONU pour les Territoires Palestiniens Occup\u00e9s pr\u00e9sentait son rapport \u00ab\u00a0Anatomie d\u2019un g\u00e9nocide\u00a0\u00bb au Conseil des droits de l\u2019homme. Nombre d\u2019ONG internationales ont \u00e9galement d\u00e9nonc\u00e9 les actes de g\u00e9nocide de cette guerre d\u2019extermination visant avant tout les civils palestiniens. Cet investissement juridique n\u2019a pour l\u2019heure men\u00e9 \u00e0 aucun jugement ni sanction. Bien au contraire, Gaza semble \u00eatre le tombeau du droit international [1].<\/p>\n<p>Un retour s\u2019av\u00e8re ici n\u00e9cessaire, aussi bien pour souligner les errances du droit international que pour historiciser la qualification de g\u00e9nocide. En d\u00e9cembre 1982, l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Nations unies qualifiait d\u00e9j\u00e0 les massacres de Sabra et de Chatila d\u2019\u00ab\u00a0acte de g\u00e9nocide\u00a0\u00bb dans sa r\u00e9solution 27\/123. Il y a quarante-trois ans, le rapport de la commission internationale d\u2019experts ind\u00e9pendants sous la pr\u00e9sidence de l\u2019ancien ministre des affaires \u00e9trang\u00e8re irlandais Sean MacBride faisait \u00e9galement usage de cette notion sans que celle-ci ne soit suivie d\u2019une quelconque forme de condamnation ni d\u2019un investissement sp\u00e9cifique de la part de la Cour internationale de Justice. Il quarante-trois ans, on disait d\u00e9j\u00e0 que la justice avait \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9e \u00e0 Sabra et Chatila.<\/p>\n<p>Le g\u00e9nocide de Sabra et de Chatila reste dans l\u2019ombre des Genocide studies.  La marginalisation de ce cas d\u2019\u00e9tude dans les travaux de sciences sociales nous avait ainsi amen\u00e9s, en 2016, \u00e0 lui consacrer une note de synth\u00e8se dans le cadre de la Mission minist\u00e9rielle d\u00e9tude en France sur la recherche et l\u2019enseignement des g\u00e9nocides et des crimes de masse. Le texte qui suit est extrait de ce travail qu\u2019il s\u2019agit aujourd\u2019hui de relire \u00e0 la lumi\u00e8re de nouvelles d\u00e9couvertes archivistiques mais aussi au regard du g\u00e9nocide en cours silenc\u00e9 dans le champ acad\u00e9mique hexagonal.<\/p>\n<p>Sabra et Chatila est une \u00e9tape centrale d\u2019un g\u00e9nocide multiforme dont la principale caract\u00e9ristique et de perdurer sur le temps long. Perp\u00e9tr\u00e9 par les phalangistes libanais, il s\u2019inscrit dans un plan plus large \u00e9labor\u00e9 en amont par les responsables politiques isra\u00e9liens visant \u00e0 exterminer les Palestiniens. Le laisser-faire am\u00e9ricain occupait d\u00e9j\u00e0 une place d\u00e9cisive dans la compr\u00e9hension de ces massacres. Il est aujourd\u2019hui central pour saisir comment Isra\u00ebl a pu, en l\u2019espace de vingt mois, assassiner plus de 55 000 Palestiniens dans la bande de Gaza [2].<\/p>\n<p><strong>Quarante-trois heures de massacres<\/strong><\/p>\n<p>Le r\u00e9cit de sens commun, tr\u00e8s pr\u00e9sent chez une partie des Chr\u00e9tiens Libanais, tend \u00e0 consid\u00e9rer les massacres de Sabra et de Chatila comme une r\u00e9action de vengeance faisant directement suite \u00e0 l\u2019assassinat le 14 septembre 1982 de Bachir Gemayel, fondateur des Forces libanaises et fra\u00eechement \u00e9lu \u00e0 la pr\u00e9sidence de la r\u00e9publique. Il convient de d\u00e9construire cette chronologie qui m\u00e9sestime aussi bien l\u2019alliance forg\u00e9e depuis 1975 entre Menahem Begin et Bachir Gemayel qui s\u2019est accompagn\u00e9e des massacres des Palestiniens de la Quarantaine et de Tal al-Zaatar l\u2019ann\u00e9e suivante, que le contexte tr\u00e8s imm\u00e9diat de l\u2019invasion isra\u00e9lienne du Liban le 6 juin 1982 condamn\u00e9e le jour m\u00eame par un vote de l\u2019ONU [3].<\/p>\n<p>Fin ao\u00fbt 1982, alors que l\u2019arm\u00e9e isra\u00e9lienne occupe le pays depuis plus de deux mois, une Force Multinationale intervient pour superviser le d\u00e9part des combattants de l\u2019OLP achev\u00e9 le 1er septembre. Puis, celle-ci se retire \u00e9trangement le 11 septembre trois jours avant l\u2019assassinat le 14 septembre de Bachir Gemayel. Le lendemain de l\u2019assassinat de Gemayel, Ariel Sharon pr\u00e9texte l\u2019urgence de maintenir l\u2019ordre \u00e0 Beyrouth o\u00f9 il resterait d\u2019apr\u00e8s lui entre 2 000 et 3000 combattants. Le 15 septembre au matin, l\u2019arm\u00e9e isra\u00e9lienne commence \u00e0 attaquer Beyrouth-Ouest et envahit cette partie de la ville.<\/p>\n<p>Les Isra\u00e9liens installent ensuite leur poste de commandement au dernier \u00e9tage d\u2019un b\u00e2timent qui surplombe les camps. Depuis cette position, et \u00e9quip\u00e9s de jumelles et de t\u00e9lescopes ils disposaient ainsi de toute la latitude pour observer ce qu\u2019il se passait dans les camps o\u00f9 entrent, le 16 septembre, des miliciens sous le commandement d\u2019\u00c9lie Hobeika responsable du bureau des op\u00e9rations militaires des Forces Libanaises. Les massacres dureront jusqu\u2019au 18 septembre. Le nombre de morts reste difficile \u00e0 \u00e9valuer compte tenu de la disparition des cadavres d\u00e9plac\u00e9s ou br\u00fbl\u00e9s. En fonction des sources, on d\u00e9nombre entre 800 et 3500, chiffre le plus vraisemblable qui ressort des conclusions de l\u2019enqu\u00eate men\u00e9e par Bayan al-Hout autrice de l\u2019ouvrage de r\u00e9f\u00e9rence sur le sujet [4].<\/p>\n<p>D\u00e8s septembre 1982, Bayan al-Hout entreprend la collecte syst\u00e9matique de r\u00e9cits \u00e9manant des familles des victimes et des t\u00e9moins directs, du si\u00e8ge de la zone par l\u2019arm\u00e9e isra\u00e9lienne, \u00e0 la perp\u00e9tration des massacres par les miliciens, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019intervention des organisations humanitaires. Son travail, qui a permis d\u2019identifier 906 victimes et 484 disparus, \u00e9tablit que plus de 56% d\u2019entre elles ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9es le premier jour, 29% le deuxi\u00e8me et 13% le troisi\u00e8me qui a vu culminer le nombre d\u2019enl\u00e8vements.<\/p>\n<p>Bayan al-Hout conteste plusieurs points fondamentaux du rapport de la commission Kahane cr\u00e9e sous l\u2019\u00e9gide du gouvernement isra\u00e9lien en 1983 et confi\u00e9e a\u0300 Yitzhak Kahane, le pr\u00e9sident de la Cour supr\u00eame en Isra\u00ebl [5]. Le rapport, publi\u00e9 en f\u00e9vrier 1983, impute la responsabilit\u00e9 directe aux phalangistes et la responsabilit\u00e9 indirecte \u00e0 Isra\u00ebl qui aurait pris ses d\u00e9cisions sans freiner la force destructrice des phalangistes. Appara\u00eet ainsi toute la vis\u00e9e disculpatoire de cette commission puisque Kahane n\u2019est pas autoris\u00e9e \u00e0 divulguer des informations \u00ab\u00a0contraires \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 d\u2019Isra\u00ebl\u00a0\u00bb. Ce n\u2019est pas tant les approximations et les chiffres que conteste Bayan\u00a0; ce qu\u2019elle r\u00e9cuse, c\u2019est la fausse chronologie selon laquelle les massacres auraient pris fin avec le d\u00e9part des miliciens libanais le samedi 18 septembre \u00e0 8h du matin.<\/p>\n<p>\u00c0 rebours du rapport Kahane, Bayan al-Hout d\u00e9voile que les tueurs n\u2019ont pas arr\u00eat\u00e9 les massacres le matin du 18 septembre puisque qu\u2019\u00e0 sept heures, ils emmenaient les m\u00e9decins et les infirmiers \u00e9trangers de l\u2019h\u00f4pital Gaza pour les interroger et qu\u2019\u00e0 huit heures d\u00e9butait la \u00ab\u00a0grande marche\u00a0\u00bb durant laquelle hommes, femmes et enfants furent contraints de marcher jusqu\u2019\u00e0 \u00eatre rassembl\u00e9s dans des cours ou sur des collines pr\u00e8s de l\u2019ambassade du Kowe\u00eft. Gr\u00e2ce \u00e0 sa gigantesque histoire orale, nous savons aujourd\u2019hui que les massacres ont perdur\u00e9 toute la matin\u00e9e du 18 septembre hors des camps sur la route de la cit\u00e9 sportive. C\u2019est notamment son 39e entretien cit\u00e9 ici en prologue qui permet de restituer cette chronologie puisque Hajj Mahmoud, l\u2019un des participants de la grande marche, est le seul \u00eatre descendu dans une fosse commune et \u00e0 en \u00eatre ressorti vivant \u00e0 midi.<\/p>\n<p>Le juge Kahane n\u2019a donc vraisemblablement pas fait son travail. Il d\u00e9crit d\u2019ailleurs l\u2019immeuble utilis\u00e9 par l\u2019arm\u00e9e isra\u00e9lienne comme QG comme disposant de cinq \u00e9tages alors qu\u2019il en avait deux de plus.<\/p>\n<p>D\u00e8s l\u2019automne 1982, la commission MacBride remettait ses conclusions, donnant une tout autre interpr\u00e9tation du r\u00f4le des bellig\u00e9rants. Intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Isra\u00ebl au Liban\u00a0\u00bb, elle \u00e9tablit qu\u2019en tant que puissance occupante \u00e0 Beyrouth Ouest \u00e0 partir du 15 septembre, Isra\u00ebl avait pour t\u00e2che d\u2019assurer la protection des populations civiles des camps, conform\u00e9ment \u00e0 la convention de Gen\u00e8ve. Dans l\u2019un des appendices de son rapport, la commission insiste sur la notion de massacre g\u00e9nocidaire, de g\u00e9nocide culturel et de socio g\u00e9nocide d\u00e9finit comme\u00a0: \u00ab\u00a0tout acte d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 commis avec l\u2019intention de d\u00e9truire la langue, la religion ou la culture d\u2019un groupe racial, national ou religieux sur la base des croyances nationales, raciales ou religieuses de ses membres\u00a0\u00bb. Elle rend responsables, directement ou indirectement, les forces isra\u00e9liennes dans la planification de la tuerie. Puis, le 16 d\u00e9cembre 1982, dans sa r\u00e9solution 27\/123, l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Nations unies qualifie ce massacre d\u2019\u00ab\u00a0acte de g\u00e9nocide\u00a0\u00bb par 123 voix pour et 22 abstentions.<\/p>\n<p>Les deux acteurs impliqu\u00e9s de ce g\u00e9nocide \u00e0 savoir Isra\u00ebl et les Forces Libanaises tendent \u00e0 s\u2019exon\u00e9rer mutuellement en rejetant l\u2019enti\u00e8re responsabilit\u00e9 des massacres sur l\u2019autre partie. Cette tentative est \u00e9galement palpable au sein m\u00eame des Forces Libanaises, les chefs du parti accusant des milices irr\u00e9guli\u00e8res et incontr\u00f4l\u00e9es d\u2019avoir perp\u00e9tr\u00e9 les massacres.<\/p>\n<p>Ces r\u00e9cits d\u00e9culpabilisant ont aujourd\u2019hui \u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement d\u00e9mont\u00e9s gr\u00e2ce notamment \u00e0 la d\u00e9classification r\u00e9cente des annexes du rapport Kahane qui a permis de mettre au jour une volont\u00e9 commune aux Isra\u00e9liens et aux phalangistes de faire dispara\u00eetre les Palestiniens ainsi que le r\u00f4le d\u00e9terminant de politiques et militaires isra\u00e9liens dans la mise en \u0153uvre de ces massacres.<\/p>\n<p><strong>Les bourreaux libanais<\/strong><\/p>\n<p>Les sources font \u00e9tat du r\u00f4le crucial jou\u00e9 par Elie Hobeika, chef de la branche militaire des Forces Libanaises et donneur d\u2019ordre \u00e0 ses troupes. Dans son ouvrage Les secrets de la guerre du Liban, le journaliste fran\u00e7ais Alain M\u00e9nargues affirme que Fadi Frem, le commandant des Forces Libanaises a ordonn\u00e9 le d\u00e9placement de ses hommes vers les camps, tandis que le transfert a \u00e9t\u00e9 mis en \u0153uvre par Fouad Abou Nader, le neveu de Bachir Gemayel et Elie Hobeika.<\/p>\n<p>Une autre source provenant directement de l\u2019homme de confiance d\u2019Elie Hobeika, Robert Hatem, affirme que le chef militaire des Forces Libanaises aurait ass\u00e9n\u00e9 \u00e0 ses troupes le 15 septembre qu\u2019il fallait \u00ab\u00a0nettoyer les camps des 2 000 terroristes qui s\u2019y cachent encore [\u2026] reprenant ainsi la propagande isra\u00e9lienne servant \u00e0 justifier l\u2019offensive. \u00ab\u00a0A\u0300 nous de les chasser en direction des troupes de Tsahal qui les attendront a\u0300 la Cite\u0301 sportive  [6]\u00a0\u00bb aurait dit Hobeika \u00e0 ses hommes. Dans son ouvrage From Israel to Damascus, Robert Hatem affirme qu\u2019Elie. Hobeika aurait eu 24 heures pour pre\u0301parer son \u00ab\u00a0offensive\u00a0\u00bb a\u0300 l\u2019aide de 200 membres de \u00ab\u00a0forces spe\u0301ciales\u00a0\u00bb, chacune sous les ordres d\u2019un commandant diff\u00e9rent\u00a0: Joseph Asmar, Michel Zein, Georges Melko Maroun Mechaalani pour n\u2019en citer que quatre [7]. Alain M\u00e9nargues confirme l\u2019identit\u00e9 de ces hommes r\u00e9partis en plusieurs groupes autour des m\u00eames Michel Zein, Georges Malco et Maroun Mechaalani.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019implication de ces forces dites \u00ab\u00a0sp\u00e9ciales\u00a0\u00bb qui conduit d\u2019anciens responsables des FL \u00e0 nier leur implication dans ces massacres. Assaad Chaftari, ex-commandant de l\u2019appareil s\u00e9curitaire d\u2019\u00c9lie Hobeika d\u00e9douane ainsi int\u00e9gralement aussi bien \u00c9lie Hobeika que les Forces Libanaises dans leur ensemble\u00a0: \u00ab\u00a0Personne au sein des FL, je peux le certifier, n\u2019a donn\u00e9 l\u2019ordre de massacrer des civils Palestiniens\u00a0\u00bb [8]. Balayant ainsi d\u2019un revers de main toute forme de responsabilit\u00e9, il rejette l\u2019enti\u00e8re responsabilit\u00e9 des crimes sur des unit\u00e9s non form\u00e9es n\u2019ayant jamais \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9es aux milices r\u00e9guli\u00e8res. Il consid\u00e8re que l\u2019unique erreur d\u2019\u00c9lie Hobeika aurait \u00e9t\u00e9 d\u2019avoir confi\u00e9 cette \u00ab\u00a0op\u00e9ration de police\u00a0\u00bb \u00e0 des bandes incontr\u00f4lables qui s\u2019armaient et se finan\u00e7aient gr\u00e2ce \u00e0 des op\u00e9rations de racket.<\/p>\n<p>Ces propos restent marqu\u00e9s par une tentative d\u2019auto-exon\u00e9ration, pr\u00e9sentant tant\u00f4t ces massacres comme relevant d\u2019une op\u00e9ration militaire (\u2018amaliya \u2018askariyya) tant\u00f4t comme relevant de l\u2019anarchie la plus totale (\u2018amaliya fawdajiyya) [9].<\/p>\n<p>Michel Zein, Georges Malco et Maroun Mechaalani n\u2019auraient donc jamais \u00e9t\u00e9 officiellement affil\u00e9s aux partis\u00a0? Dans Massaker, film documentaire r\u00e9alis\u00e9 par Monika Borgman et Lokman Slim, Maroun Mechaalani est pourtant pr\u00e9sent\u00e9 comme une figure tut\u00e9laire. \u00ab\u00a0Mechaalani c\u2019est la racine du parti Kataeb. Il a commenc\u00e9 tout de suite avec Bachir d\u00e8s le d\u00e9but de la guerre avec les Bejin (troupe d\u2019\u00e9lite des FL) form\u00e9e en Isra\u00ebl. Il n\u2019\u00e9tait pas un num\u00e9ro dans la hi\u00e9rarchie du parti non, il \u00e9tait au-dessus du parti. Tout le monde avait peur de lui y compris Bachir. Lui n\u2019avait peur de rien sauf de Dieu. Avec son groupe ils \u00e9taient tout le temps sous drogue\u00a0\u00bb. L\u00e0 encore, la r\u00e9f\u00e9rence aux substances illicites consomm\u00e9es par Mechaalani et son groupe participe \u00e0 \u00e9vacuer toute explication et \u00e0 r\u00e9duire ce massacre \u00e0 une simple vengeance qui aurait d\u00e9bord\u00e9 sous l\u2019effet de la coca\u00efne. Ainsi conclut l\u2019un des miliciens affili\u00e9s au groupe de Maroun Mechaalani r\u00e9put\u00e9 n\u2019avoir aucun sentiment pour personne, ni pour sa m\u00e8re, ni pour sa femme. Il \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00ab\u00a0animal\u00a0\u00bb anim\u00e9 par une seule chose, l\u2019amour du Christ et la d\u00e9fense de sa patrie\u00a0: \u00ab\u00a0Le 16 septembre nous nous sommes r\u00e9unis. Nous \u00e9tions trente-cinq. Maroun nous a dit \u2018Pr\u00e9parez-vous\u2019. \u00c9videmment il ne fallait pas demander pour aller o\u00f9. Celui qui demandait disait \u2018on va o\u00f9\u2019 il pouvait rentrer chez lui. On s\u2019est pr\u00e9par\u00e9. Je ne sais pas si Maroun avait re\u00e7u des ordres mais peu importe, on allait rentrer dans le camp pour venger Bachir. C\u2019\u00e9tait clair\u00a0: il fallait \u00e9liminer tout \u00eatre vivant. Quand on a la volont\u00e9, on an\u00e9antit tout sans la moindre compassion\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Dans les t\u00e9moignages de quatre bourreaux recueillis par Monika Borgman et Lokman Slim se d\u00e9gagent des d\u00e9tails importants sur motivations des acteurs et sur les m\u00e9thodes d\u2019administration de la mort. Non seulement quant aux armes utilis\u00e9es (armes blanches essentiellement couteaux, haches) mais aussi sur l\u2019acharnement sur les corps (d\u00e9membrement des victimes avant de les achever\u00a0; t\u00eates \u00e9cras\u00e9es contre les murs, viols, \u00e9gorgements, \u00e9ventrements, tortures, actes de barbarie, chasse \u00e0 l\u2019homme, croix lac\u00e9r\u00e9es au couteau sur des corps des victimes, personnes victimes attach\u00e9es aux v\u00e9hicules et tra\u00een\u00e9es vivantes, destruction de maisons au bulldozer). \u00ab\u00a0Je tirais, je tirais et qu\u2019est-ce que tu voulais tu que je ressente\u00a0? Je ne ressentais rien, c\u2019\u00e9tait devenu une habitude. Tuer c\u2019\u00e9tait pour moi comme fumer une cigarette. C\u2019\u00e9tait que \u00e7a pour moi, un passe-temps\u00a0\u00bb. \u00c0 cela s\u2019ajoute un acharnement particulier sur les femmes\u00a0: \u00ab\u00a0Les femmes avaient cette mauvaise habitude de crier pensant qu\u2019en criant on allait les \u00e9pargner alors que c\u2019\u00e9tait tout le contraire\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Jacques-Marie Bourget, premier journaliste \u00e0 entrer dans les camps avec le photographe Marc Simon, revient sur ces sc\u00e8nes d\u2019horreur et d\u00e9crit des \u00ab\u00a0t\u00eates \u00e9clat\u00e9es et \u00e9carlates (\u2026) des femmes viol\u00e9es, d\u2019autres \u00e9ventr\u00e9es, des lambeaux de chairs, des cr\u00e2nes ouverts \u00e0 la hache, des cadavres d\u2019enfants s\u00e9par\u00e9s selon un tri comme la s\u00e9paration des sexes sur les bancs de l\u2019\u00e9glise[10]\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La construction de la figure du Palestinien comme ennemi \u00e0 an\u00e9antir est ici centrale comme en t\u00e9moigne le recours \u00e0 la s\u00e9mantique du \u00ab\u00a0nettoyage\u00a0\u00bb, r\u00e9v\u00e9lateur de l\u2019objectif de suppression totale du groupe. \u00ab\u00a0Notre mission \u00e9tait claire il fallait nettoyer (tandhif), \u00e9liminer tout le monde mais en r\u00e9alit\u00e9 personne ne savait vraiment ce que faisait l\u2019autre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Les donneurs d\u2019ordres isra\u00e9liens<\/strong><\/p>\n<p>Dans l\u2019imaginaire collectif, Sabra et de Chatila reste associ\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e que, durant trois jours cons\u00e9cutifs, les FL ont massacr\u00e9 les Palestiniens sous le regard des soldats isra\u00e9liens perch\u00e9s dans leur tour de contr\u00f4le surplombant les camps. On retient notamment l\u2019\u00e9clairage des camps que les Isra\u00e9liens ont fourni en appui logistique aux miliciens. Cette image est trompeuse et masque le r\u00f4le central jou\u00e9 par Isra\u00ebl dans la mise en \u0153uvre de ces massacres.<\/p>\n<p>Le r\u00f4le cl\u00e9 des Isra\u00e9liens se retrouve \u00e0 plusieurs niveaux. Le 15 septembre, les soldats isra\u00e9liens attaquent Beyrouth-Ouest pr\u00e9textant chasser les combattants de l\u2019OLP et se d\u00e9ploient autour des camps de r\u00e9fugi\u00e9s. Thomas Friedman relate ainsi les tirs d\u2019artillerie provenant des positions isra\u00e9liennes surplombant le camp \u00e0 l\u2019ouest [11].<\/p>\n<p>Les sources \u00e9voquent \u00e9galement la pr\u00e9sence, le 16 septembre, d\u2019hommes parlant h\u00e9breu entre eux dans le camp. Outre l\u2019unit\u00e9 Sadm, unit\u00e9 d\u2019\u00e9lite de Bachir Gemayel form\u00e9e et entra\u00een\u00e9e en Isra\u00ebl [12], il s\u2019agit de la pr\u00e9sence de groupes appartenant \u00e0 l\u2019unit\u00e9 d\u2019\u00e9lite Sayeret Matkal. D\u2019apr\u00e8s Alain M\u00e9nargues, ces commandos isra\u00e9liens semblaient bien conna\u00eetre les lieux. \u00ab\u00a0D\u00e8s qu\u2019un Palestinien ouvrait la porte de sa maison, il \u00e9tait abattu sur place\u00a0\u00bb. D\u2019autres t\u00e9moignages font \u00e9tat d\u2019hommes portant une kippa ou encore de traces d\u2019emballages portant des inscriptions en h\u00e9breu\u00a0; la carte d\u2019identit\u00e9 du sergent Benny Ha\u00efm aurait \u00e9galement \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9e sur place. Ce n\u2019est que dans un deuxi\u00e8me temps que l\u2019arm\u00e9e du Sud Liban, milice suppl\u00e9tive d\u2019Isra\u00ebl, p\u00e9n\u00e8tre dans les camps. \u00c0 ce moment-l\u00e0, le chef d\u2019\u00c9tat-major de l\u2019arm\u00e9e isra\u00e9lienne Rafael Eitan interdit \u00e0 ses troupes l\u2019entr\u00e9e \u00e0 Sabra comme \u00e0 Chatila.<\/p>\n<p>Les responsables isra\u00e9liens sont aussi ceux qui signent la fin des massacres. Si le ministre de la D\u00e9fense Ariel Sharon avait affirm\u00e9 que cette demande avait \u00e9t\u00e9 formul\u00e9e d\u00e8s le vendredi 17 septembre \u00e0 11 heures, les miliciens ont bien \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9s \u00e0 rester dans les camps jusqu\u2019au samedi. Cette d\u00e9cision, prise par le haut commandement isra\u00e9lien, reste l\u2019une des plus controvers\u00e9es\u00a0: \u00c0 16h30 vendredi, apr\u00e8s qu\u2019Ariel Sharon a affirm\u00e9 que le g\u00e9n\u00e9ral Drori avait ordonn\u00e9 la fin de l\u2019op\u00e9ration le matin m\u00eame, lui et le g\u00e9n\u00e9ral Eytan ont rencontr\u00e9 \u00e0 nouveau les Phalangistes. \u00c0 ce moment-l\u00e0, a dit Sharon, il a \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0convenu que tous les Phalangistes quitteraient les camps de r\u00e9fugi\u00e9s samedi matin\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019autre volet de cette intime coop\u00e9ration repose sur les r\u00e9unions qui se sont tenu en amont des massacres entre les responsables de l\u2019arm\u00e9e, le Mossad et les Phalanges les 15 et 16 septembre. Le matin du 15, Rafa\u00ebl Eitan chef d\u2019\u00c9tat-major arrive au si\u00e8ge des Phalanges et ordonne de se tenir pr\u00eat pour l\u2019attaque \u00e0 venir. Les phalangistes demandent un d\u00e9lai de 24 heures pour se pr\u00e9parer [13]. Robert Hatem revient quant \u00e0 lui sur la journ\u00e9e de condol\u00e9ances du 15 septembre qui a eu lieu dans la maison de Bachir Gemayel \u00e0 Bikfaya au cours de laquelle les Isra\u00e9liens auraient demand\u00e9 aux Phalangistes de \u00ab\u00a0vider les camps de deux mille terroristes\u00a0\u00bb. D\u2019apr\u00e8s Robert Hatem l\u2019ordre de vider les camps aurait \u00e9t\u00e9 adress\u00e9 par Sharon \u00e0 Elie Hobeika [14].<\/p>\n<p><strong>Le r\u00f4le des \u00c9tats-Unis\u00a0: du laisser-faire \u00e0 la cobellig\u00e9rance <\/strong><\/p>\n<p>Sabra et Chatila doit aussi \u00eatre lu au regard d\u2019un contexte international qui a permis ces massacres. Alors m\u00eame que la mission de la Force Multinationale \u00e9tait de prot\u00e9ger les civils [15] son d\u00e9part quelques jours seulement apr\u00e8s celui de l\u2019OLP reste myst\u00e9rieux [16]. Une enqu\u00eate reste \u00e0 faire pour saisir les raisons qui ont conduit au d\u00e9part pr\u00e9cipit\u00e9 des forces franco-italo-am\u00e9ricaines pr\u00e9sentes pour coordonner le d\u00e9part de l\u2019OLP et cens\u00e9es garantir la s\u00e9curit\u00e9 des populations civiles des zones \u00e9vacu\u00e9es [17].<\/p>\n<p>Qu\u2019en est-il du r\u00f4le des \u00c9tats-Unis\u00a0? D\u00e8s 2012, Seth Aniska analysait le tournant que repr\u00e9sentait le discours de Ronald Reagan du 1er septembre 1982 lequel soutenait une \u00e9vacuation isra\u00e9lienne des Territoires palestiniens occup\u00e9s et appelait \u00e0 l\u2019ouverture de n\u00e9gociations. Ces paroles, inadmissibles pour Menahem Begin, ouvrirent une p\u00e9riode de froid entre les deux parties. Seth Aniska montre comment, \u00e0 plusieurs reprises, les \u00c9tats-Unis ont essay\u00e9 d\u2019imposer leurs vues aux responsables Isra\u00e9liens, en vain.<\/p>\n<p>Le 15 septembre, au cours d\u2019une rencontre avec l\u2019ambassadeur isra\u00e9lien \u00e0 Washington, Lawrence Eagleburger, sous-secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat am\u00e9ricain appelle au retrait imm\u00e9diat de l\u2019arm\u00e9e isra\u00e9lienne de Beyrouth Ouest. Cette demande est rest\u00e9e sans r\u00e9ponse. D\u2019apr\u00e8s Eagleburger, les \u00c9tats-Unis ont \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0victimes d\u2019une tromperie d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de la part d\u2019Isra\u00ebl [18]\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le 16 au soir l\u2019envoy\u00e9 sp\u00e9cial am\u00e9ricain Morris Daper ainsi que l\u2019ambassadeur am\u00e9ricain \u00e0 Tel Aviv Sam Lewis se r\u00e9unissent avec le ministre de la d\u00e9fense Ariel Sharon, le chef d\u2019\u00e9tat-major Rafael Eitan et le g\u00e9n\u00e9ral Yehoshua Saguy. Draper exige l\u2019\u00e9vacuation des miliciens libanais des camps et demande que l\u2019arm\u00e9e libanaise prenne la place des phalangistes. Le g\u00e9n\u00e9ral Saguy s\u2019y oppose et r\u00e9torque \u00ab\u00a0Et qui va les emp\u00eacher de rester\u00a0?[19]\u00a0\u00bb .<\/p>\n<p>La r\u00e9union cruciale se tient le 17 septembre \u00e0 midi\u00a0: alors que les massacres se poursuivent dans les camps, l\u2019envoy\u00e9 am\u00e9ricain Morris Draper rencontre \u00e0 midi Ariel Sharon et affirme\u00a0: \u00ab\u00a0Nous n\u2019avons pas pens\u00e9 que vous deviez entrer. Vous auriez d\u00fb rester dehors [20]\u00a0\u00bb . Pr\u00e9tendant qu\u2019il reste toujours entre deux et trois mille combattants dans les camps, Sharon r\u00e9pond\u00a0: \u00ab\u00a0Que vous l\u2019ayez pens\u00e9 ou pas\u2026 Quand l\u2019existence et la s\u00e9curit\u00e9 sont en jeu, tout est de notre responsabilit\u00e9, on ne laissera jamais personne d\u2019autre d\u00e9cider pour nous [21]\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La nouveaut\u00e9 des annexes du rapport Kahane d\u00e9classifi\u00e9es en 2018 et d\u00e9couvertes par Seth Aniska repose sur le verbatim Sharon-Draper qui montre que les massacres de civils palestiniens ont bien \u00e9t\u00e9 prolong\u00e9 de 48h suppl\u00e9mentaires gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019acquiescement de Draper [22]. Lorsque le pr\u00e9sident Reagan fait sa fameuse d\u00e9claration \u00ab\u00a0outrage and revulsion over the murders\u00a0\u00bb, il est d\u00e9j\u00e0 trop tard [23].<\/p>\n<p>Ces \u00e9l\u00e9ments nous permettent de lire sous un autre jour les relations entre l\u2019administration am\u00e9ricaine et le Premier ministre Netanyahou, souvent qualifi\u00e9es de conflictuelles en particulier depuis le retour de Trump \u00e0 la maison blanche. Ce dernier serait ainsi parvenu \u00e0 imposer au premier ministre isra\u00e9lien le cessez-le-feu du 15 janvier 2025 entr\u00e9 en vigueur quatre jours plus tard. Pourtant, de l\u2019invasion de Rafah en mai 2024 au blocage de l\u2019aide humanitaire, Netanyahou n\u2019a jamais r\u00e9pondu auxdites exigences d\u2019Antony Blinken ou de Steve Witcoff. Il a m\u00eame bris\u00e9 le cessez-le-feu impos\u00e9 par Trump sans que cela n\u2019entra\u00eene aucune sanction.  Alors que Gaza est de nouveau sous le feu depuis le 18 mars, les \u00c9tats-Unis jouent les n\u00e9gociateurs \u00e0 Doha, laissant ainsi le temps \u00e0 Isra\u00ebl de poursuivre ses massacres et couvrant une nouvelle phase plus meurtri\u00e8re le g\u00e9nocide. L\u2019implication des agences am\u00e9ricaines est totale, de la fourniture d\u2019armes jusque dans la d\u00e9livrance de l\u2019aide humanitaire qui n\u2019est qu\u2019une extension d\u2019un plan de l\u2019arm\u00e9e isra\u00e9lienne [24].<\/p>\n<p><strong>Des plans g\u00e9nocidaires toujours mis en \u0153uvre 1948 \u2013 1982 \u2013 2023<\/strong><\/p>\n<p>Ce que r\u00e9v\u00e8lent les annexes du rapport Kahane, c\u2019est aussi l\u2019inscription de Sabra et Chatila dans des discussions plus anciennes entre Isra\u00e9liens et phalangistes visant \u00e0 supprimer toute pr\u00e9sence palestinienne du Liban. Pour Seth Aniska\u00a0: \u00ab\u00a0Le plus important est que ces plans n\u2019\u00e9taient pas limit\u00e9s \u00e0 l\u2019expulsion des seuls combattants de l\u2019OLP. Il ressort clairement de divers documents que ce plan concernait les r\u00e9fugi\u00e9s palestiniens en g\u00e9n\u00e9ral\u00a0\u00bb [25].  En juin 1982, une semaine apr\u00e8s l\u2019invasion isra\u00e9lienne, Bachir Gemayel d\u00e9clare au directeur du Mossad, Nahum Admoni\u00a0: \u00ab\u00a0Il est possible que, selon le contexte, nous ayons besoin de plusieurs Deir Yassine [26]\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le 9 avril 1948, le massacre de Deir Yassine, petit village situ\u00e9 \u00e0 quelques kilom\u00e8tres \u00e0 l\u2019ouest de J\u00e9rusalem, a \u00e9t\u00e9 sous-trait\u00e9 par la Haganah aux milices du LEHI et de l\u2019Irgoun sous le commandement de Menahem Begin. Les Britanniques, qui n\u2019avaient pas achev\u00e9 leur d\u00e9part de Palestine, ne sont pas intervenus pour stopper ce massacre. Celui-ci fait partie int\u00e9grante du plan Daleth, un plan global d\u2019expulsion \u00e9labor\u00e9 d\u00e8s 1947 visant \u00e0 r\u00e9tablir une d\u00e9mographie en faveur des Juifs. Achev\u00e9 en mars 1948, ce document de 75 pages traduit en partie par l\u2019historien palestinien Walid Khalidi visait ainsi \u00e0 mettre en \u0153uvre la destruction des villages palestiniens et \u00e0 occuper le plus de territoires possibles [27].<\/p>\n<p>La d\u00e9portation des Palestiniens du Liban a \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9e \u00e0 plusieurs reprises en juillet 1982 d\u2019abord, lors d\u2019une rencontre au QG des miliciens maronites \u00e0 Beyrouth, lorsque Gemayel demande aux Isra\u00e9liens \u00ab\u00a0s\u2019ils s\u2019y opposeraient au cas o\u00f9 il [lui, Gemayel] ferait entrer des bulldozers dans les camps palestiniens du sud, pour les en faire partir [28]\u00a0\u00bb. Sharon, qui \u00e9tait pr\u00e9sent, r\u00e9pond\u00a0: \u00ab\u00a0tout \u00e7a n\u2019est pas notre affaire.\u00a0\u00bb Puis, le 31 juillet, lors de la r\u00e9union qui s\u2019est tenue entre le g\u00e9n\u00e9ral Saguy et B\u00e9chir Gemayel dans le ranch priv\u00e9 d\u2019Ariel Sharon. Deux jours avant son assassinat, Gemayel dit \u00e0 Sharon que \u00ab\u00a0les conditions doivent \u00eatre cr\u00e9\u00e9es pour mener les Palestiniens \u00e0 quitter le Liban [29]\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Nous pouvons \u00e9galement nous r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 la commission MacBride qui atteste que ces massacres s\u2019inscrivent dans la continuit\u00e9 de l\u2019invasion isra\u00e9lienne du Liban qui avait pour objectif de d\u00e9truire l\u2019organisation sociale des Palestiniens\u00a0: \u00ab\u00a0La Commission conclut que l\u2019un des principaux objectifs de l\u2019invasion du Liban \u00e9tait d\u2019assurer la dispersion de la population palestinienne, poursuivie par la destruction des camps de r\u00e9fugi\u00e9s et les massacres de Sabra et Chatila. Les bombardements de terreur sur les zones civiles, en particulier \u00e0 Beyrouth, \u00e9taient en partie motiv\u00e9s par la volont\u00e9 de provoquer cet exode forc\u00e9 [30]\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ici, le projet d\u2019expulsion doit \u00eatre r\u00e9inscrit dans le cadre des ambitions isra\u00e9liennes sur le Liban. Pour Menahem Begin comme pour Ariel Sharon, expulser les Palestiniens \u00e9tait un moyen d\u2019\u00e9tablir un \u00ab\u00a0Liban chr\u00e9tien\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0alli\u00e9 naturel\u00a0\u00bb d\u2019Isra\u00ebl dans le monde arabe [31]. Ce \u00ab\u00a0nouvel ordre\u00a0\u00bb libanais d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent en 1982 est plus que jamais au c\u0153ur du projet de Netanyahou qui se r\u00e9jouit d\u2019avoir remport\u00e9 des batailles majeures contre le Hezbollah, d\u2019avoir affaibli l\u2019axe de la r\u00e9sistance et appelle \u00e0 un nouveau Moyen-Orient. Cette refonte compl\u00e8te du voisinage arabe se fait avec le soutien direct des \u00c9tats-Unis qui ont appuy\u00e9 Isra\u00ebl dans toutes leurs op\u00e9rations militaires du Liban \u00e0 la Syrie jusqu\u2019en Iran.<\/p>\n<p>Parmi les nombreux plans de destruction totale de Gaza et de \u00ab\u00a0conqu\u00eate\u00a0\u00bb de ce territoire, citons le \u00ab\u00a0plan des g\u00e9n\u00e9raux [32]\u00a0\u00bb annonc\u00e9 en septembre 2024 et visant les affamer les gazaouis du Nord de l\u2019enclave. Le plan d\u2019expulsion et de d\u00e9portation, identifi\u00e9 d\u00e9sormais comme le \u00ab\u00a0plan Trump\u00a0\u00bb marque quant \u00e0 lui un d\u00e9placement de la sph\u00e8re de sous-traitance vers la d\u00e9finition des objectifs politiques et militaires. Netanyahou qualifie ainsi le plan de Trump de d\u00e9portation des gazaouis vers l\u2019\u00c9gypte et la Jordanie de \u00ab\u00a0vision audacieuse\u00a0\u00bb. Cet \u00e0 partir des d\u00e9clarations du pr\u00e9sident am\u00e9ricain, le ministre de la d\u00e9fense Israel Katz ordonne \u00e0 l\u2019arm\u00e9e de pr\u00e9parer un plan en vue d\u2019un d\u00e9part des Gazaouis qui le souhaitent. Le ministre de la S\u00e9curit\u00e9 nationale Itamar Ben Gvir annonce que l\u2019heure est venue d\u2019attaquer Gaza, d\u2019y \u00e9tablir un gouvernement militaire et de mettre en place le plan Trump. Le ministre des Finances Smotrich a quant \u00e0 lui \u00e9voqu\u00e9 l\u2019existence d\u2019une nouvelle autorit\u00e9 supervis\u00e9e par le minist\u00e8re de la d\u00e9fense et le cabinet du ministre charg\u00e9e d\u2019orchestrer l\u2019expulsion massive des Palestiniens potentiellement vers la Libye.<\/p>\n<p><strong>Faire taire le g\u00e9nocide<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u00c7a sera aux historiens de juger\u00a0\u00bb. Interrog\u00e9 \u00e0 savoir si le terme de g\u00e9nocide s\u2019applique \u00e0 la situation actuelle dans la bande de Gaza, Emmanuel Macron a dit s\u2019en remettre aux historiens [33]. Pourquoi les historiens\u00a0? L\u2019inflation de sources publiques et les milliers d\u2019images diffus\u00e9es en direct, l\u2019accumulation de mat\u00e9riau sur les r\u00e9seaux sociaux font de Gaza un champ d\u2019investigation ouvert aux sociologues du temps pr\u00e9sent, aux juristes, mais aussi aux politiques puisqu\u2019une parole publique est aussi performative. Or, rel\u00e9guer \u00e0 plus tard la qualification est aussi une mani\u00e8re de laisser faire. Ajourner le jugement c\u2019est quelque part donner le droit de massacrer maintenant.<\/p>\n<p>Parmi les historiens r\u00e9unis en 2016 au sein de la Mission d\u2019\u00e9tude sur la recherche et l\u2019enseignement des g\u00e9nocides et des crimes de masse, peu se sont prononc\u00e9s sur Gaza. Le 28 novembre 2023, Vincent Duclert affirmait dans un entretien \u00e0 <i>Lib\u00e9ration <\/i> \u00ab\u00a0qu\u2019une situation humanitaire, m\u00eame effrayante, ne suffit pas \u00e0 d\u00e9finir un g\u00e9nocide [34]\u00a0\u00bb. Dans une tribune co\u00e9crite avec le juriste Yann Jurovcis, l\u2019historien Iannis Roder r\u00e9cuse l\u2019usage de cette notion pour qualifier la situation \u00e0 Gaza. Selon lui, il y aurait une confusion autour du terme g\u00e9nocide \u00ab\u00a0qui ne se d\u00e9finit jamais par le nombre de victimes qu\u2019il atteint, mais par le nombre des victimes d\u00e9sign\u00e9es. Ainsi, la Shoah est un g\u00e9nocide, non parce que 6 millions de juifs ont p\u00e9ri, mais parce que 11 millions \u00e9taient vis\u00e9s [35]\u00a0\u00bb. Il consid\u00e8re aussi que les attaques d\u00e9lib\u00e9r\u00e9es contre les civils \u00e0 Gaza devraient nous amener \u00e0 parler de \u00ab\u00a0crimes contre l\u2019humanit\u00e9\u00a0\u00bb mais pas de g\u00e9nocide car ce n\u2019est pas l\u2019enti\u00e8ret\u00e9 du groupe qui est vis\u00e9. L\u2019autre argument avanc\u00e9 est que la pr\u00e9sence de groupe(s) arm\u00e9(s) dans la bande de Gaza ne permettrait pas l\u2019usage de ce terme qui serait strictement r\u00e9serv\u00e9 aux contextes o\u00f9 une arm\u00e9e r\u00e9guli\u00e8re ou milice arm\u00e9e viserait des civils et seulement des civils. Ils citent \u00e0 cet \u00e9gard les Tutsis, des juifs et des Arm\u00e9niens, des populations civiles d\u00e9sarm\u00e9es.<\/p>\n<p>Ces arguments juridiques rappellent ceux utilis\u00e9s par Bruno Karsenti, Jacques Ehrenfreund, Julia Christ, Jean-Philippe Heurtin, Luc Boltanksi et Danny Trom pour incriminer Didier Fassin qui, en novembre 2023, \u00e9voquait le \u00ab\u00a0spectre d\u2019un g\u00e9nocide [36]\u00a0\u00bb \u00e0 Gaza. Ils s\u2019inscrivent dans un cadrage bien particulier, celui du \u00ab\u00a0discours de sens commun savant en France [37]\u00a0\u00bb qui sacralise Isra\u00ebl et emp\u00eache toute comparaison avec d\u2019autres situations coloniales et\/ou g\u00e9nocidaires.<\/p>\n<p>D\u00e8s 2016, lors de l\u2019ouverture de la mission minist\u00e9rielle dirig\u00e9e par Vincent Duclert, nous avions exprim\u00e9 notre souhait d\u2019inviter, dans le cadre des auditions, des sp\u00e9cialistes des violences de masse en Palestine. Cette requ\u00eate nous avait valu les foudres d\u2019un des participants qui d\u2019embl\u00e9e avait publiquement r\u00e9torqu\u00e9 que notre propos \u00e9tait \u00ab\u00a0hors sujet\u00a0\u00bb. Puis, lorsque nous pr\u00e9sentions notre note sur Sabra et Chatila, l\u2019un des membres de la mission avait eu pour seule r\u00e9action \u00ab\u00a0merci, vous avez montr\u00e9 que ce sont bien les FL qui ont commis ce massacre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ce refus presque caricatural de prendre en compte la Palestine dans le champ des Genocide studies n\u2019est pas propre \u00e0 la France m\u00eame si sept sp\u00e9cialistes des g\u00e9nocides ont r\u00e9cemment reconnu que les pratiques d\u2019Isra\u00ebl \u00e0 Gaza \u00e9taient g\u00e9nocidaires[38]. Raz Segal, attaqu\u00e9 et sanctionn\u00e9 pour avoir dit que la situation \u00e0 Gaza r\u00e9pondait bien \u00e0 la qualification juridique du g\u00e9nocide, montre bien l\u2019existence d\u2019une tr\u00e8s forte hi\u00e9rarchie au sein de ce champ d\u2019\u00e9tudes constitu\u00e9 autour de l\u2019id\u00e9e d\u2019unicit\u00e9 absolue de l\u2019Holocauste, consid\u00e9r\u00e9 comme d\u2019une gravit\u00e9 sup\u00e9rieure au g\u00e9nocide  [39]. D\u2019apr\u00e8s Segal, cette hi\u00e9rarchisation a plusieurs objectifs\u00a0: elle permet d\u2019abord alimenter \u00ab\u00a0le discours de sup\u00e9riorit\u00e9 morale des Juifs, \u00e9troitement li\u00e9 au projet sioniste, et donc de servir l\u2019impunit\u00e9 d\u2019Isra\u00ebl dans le syst\u00e8me juridique international\u00a0\u00bb. Elle permet aussi aux Allemands de dissocier le nazisme du reste de leur histoire et d\u2019\u00e9vacuer toute filiation entre le pass\u00e9 colonial allemand et le g\u00e9nocide des Juifs.<\/p>\n<p>Le g\u00e9nocide des H\u00e9r\u00e9ros et les Namas perp\u00e9tr\u00e9s par les Allemands en Namibie a longtemps \u00e9t\u00e9 ignor\u00e9 par les historiens. Premier g\u00e9nocide du XXe si\u00e8cle, ce massacre a \u00e9t\u00e9 perp\u00e9tr\u00e9 en contexte colonial ce qui explique pourquoi il est rest\u00e9 \u00e0 la marge de la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e. Le contexte colonial europ\u00e9en et celui de colonisation de peuplement en Isra\u00ebl invitent en effet \u00e0 la comparaison. Apr\u00e8s Didier Fassin, Omer Bartov met en regard l\u2019attitude des Isra\u00e9liens en 2023 avec celle des Allemands qui, il y a 119 ans, consid\u00e9raient que les H\u00e9r\u00e9ros barbares devaient \u00eatre annihil\u00e9s [40].<\/p>\n<p>Ainsi, ce champ d\u2019expertise appel\u00e9 Holocauste and Genocide studies, fond\u00e9 sur une hi\u00e9rarchisation tr\u00e8s politique, sert de caution scientifique \u00e0 la n\u00e9gation de l\u2019extermination des Palestiniens. D\u2019apr\u00e8s Ussama Makdisi, la n\u00e9gation des Palestiniens \u00ab\u00a0est fond\u00e9e sur une communaut\u00e9 de langage entre Isra\u00ebl et l\u2019Occident profond\u00e9ment raciste\u2026 Son ancrage dans l\u2019histoire coloniale dont le sionisme est une manifestation, fait qu\u2019elle contient un potentiel g\u00e9nocidaire [41]\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Conclusion<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tude des massacres de Sabra et Chatila met en exergue un continuum de g\u00e9nocides depuis la Nakba. L\u2019objectif commun de 1948 \u00e0 2023 est l\u2019extermination des Palestiniens, une extermination syst\u00e9matique qui ne concernent pas les seuls combattants mais comprend la totalit\u00e9 des civils. Si l\u2019agencement tactique d\u2019Isra\u00ebl a pris des formes diff\u00e9rentes selon les contextes, c\u2019est la bien destruction du tissu social palestinien qui est \u00e0 chaque fois vis\u00e9e.<\/p>\n<p>La mise en regard du pr\u00e9sent avec le contexte de Sabra et Chatila permet de remettre au c\u0153ur du processus g\u00e9nocidaire le laisser faire international. Il n\u2019est en effet pas possible de penser le g\u00e9nocide sans se r\u00e9f\u00e9rer au contexte international qui l\u2019accompagne. \u00ab\u00a0We are destroying everything that remains in Gaza, the world isn\u2019t stopping us\u00a0\u00bb, annonce tr\u00e8s justement Smotrich. En 1982, les responsables Am\u00e9ricains, ne prenant aucune sanction contre Isra\u00ebl, ont non seulement cautionn\u00e9 les massacres mais ont aussi permis au g\u00e9nocide se faire. Un laisser-faire qui va progressivement augmenter pour arriver \u00e0 la forme enti\u00e8rement internationalis\u00e9e du g\u00e9nocide actuel. L\u2019autre trait-commun qui transcende les p\u00e9riodisations est l\u2019existence de plans pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9s, du plan Daleth de 1948 aux plans concert\u00e9s visant \u00e0 d\u00e9truire l\u2019enti\u00e8ret\u00e9 du groupe au Liban.<\/p>\n<p>Nous nous sommes ici concentr\u00e9s sur les plans g\u00e9nocidaires\u00a0; nous aurions \u00e9galement pu nous r\u00e9f\u00e9rer aux discours prononc\u00e9s par les responsables politiques et militaires isra\u00e9liens prouvant eux aussi l\u2019intentionnalit\u00e9 g\u00e9nocidaire [42]. Il est ainsi possible d\u2019historiciser la phrase selon laquelle \u00ab\u00a0il n\u2019y a pas de civils innocents \u00e0 Gaza\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Plusieurs diff\u00e9rences existent entre les deux contextes, l\u2019un en pleine guerre froide l\u2019autre sous h\u00e9g\u00e9monie am\u00e9ricaine. En 1982 les choses se passaient \u00e0 l\u2019abri des cam\u00e9ras et qu\u2019aujourd\u2019hui les massacres sont retransmis en direct. L\u2019une des diff\u00e9rences fondamentales concerne l\u2019attitude de la soci\u00e9t\u00e9 isra\u00e9lienne qui en 1982 avait manifest\u00e9 pour la tenue d\u2019une commission d\u2019enqu\u00eate sur les massacres, des mobilisations qui avaient conduit \u00e0 la chute du gouvernement, tandis qu\u2019aujourd\u2019hui 82\u00a0% des juifs isra\u00e9liens souhaitent l\u2019expulsion des Palestiniens de Gaza ainsi que celle des Palestiniens citoyens d\u2019Isra\u00ebl[43<\/p>\n<p>Notes\u00a0:<br class=\"autobr\"\/><br \/>\n[1] Joan Soufi, \u00ab\u00a0Que peut faire la justice internationale pour Gaza\u00a0?\u00a0\u00bb dans Bontemps, Latte-Abdallah (dir.),<i> Gaza, une guerre coloniale<\/i>, Actes Sud, Sindbad, 2025.<\/p>\n<p>[2] Ce chiffre fait r\u00e9f\u00e9rences aux victimes directes des bombardements. Pour une prise en compte globale du nombre dans la bande de Gaza depuis octobre 2023, voir Khatib, Rasha et al., \u00ab\u00a0Counting the dead in Gaza\u00a0: difficult but essential, <i>The Lancet<\/i>, Volume 404, Issue 10449, pp. 237-238, URL. Leila Seurat est chercheuse au Centre arabe de recherches et d\u2019\u00e9tudes politiques de Paris (CAREP Paris), associ\u00e9e au Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions p\u00e9nales (CESDIP) et \u00e0 l\u2019Observatoire des mondes arabes et musulmans (OMAM). Elle a enseign\u00e9 la sociologie des relations internationales et la sociologie politique des pays arabes \u00e0 Sciences Po, ainsi que l\u2019histoire du Moyen-Orient contemporain \u00e0 l\u2019INALCO.<br class=\"autobr\"\/><br \/>\n\u00a0: <a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.thelancet.com\/journals\/lancet\/article\/PIIS0140-6736(24\" class=\"spip_url spip_out auto\" rel=\"nofollow external\">https:\/\/www.thelancet.com\/journals\/lancet\/article\/PIIS0140-6736(24<\/a>)01169-3\/fulltext<\/p>\n<p>[3] La RES 509 du CS de l\u2019ONU exige \u00ab\u00a0le retrait imm\u00e9diat de l\u2019arm\u00e9e isra\u00e9lienne\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>[4] Bayan Al-Hut, B., Sabra wa Shatila\u00a0: Aylul 1983 (\u201cSabra et Chatila\u00a0: septembre 1982\u201d), Beirut, Institute for Palestine Studies, 2003. Bayan al-Hout, n\u00e9e \u00e0 J\u00e9rusalem, fille de Ajaj Nuwayhid figure du mouvement national palestinien et cofondateur du Parti de l\u2019ind\u00e9pendance arabe en 1932.<\/p>\n<p>[5] Les t\u00e9moignages de soldats isra\u00e9liens ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 collect\u00e9s dans l\u2019ouvrage\u00a0:  Ilana Hammerman et Irit Gal,<i> De Beyrouth \u00e0 J\u00e9nine\u00a0: t\u00e9moignages de soldats isra\u00e9liens sur la guerre du Liban<\/i>, La Fabrique \u00e9ds., 2003.<\/p>\n<p>[6] Robert Maroun Hatem, alias Cobra, <i>From Israel to Damascus\u00a0: The Painful Road of Blood, Betrayal and Deception<\/i>, Vanderblumen Publications, 1999.<\/p>\n<p>[7] Le livre s\u2019apparente \u00e0 un r\u00e8glement de compte, faisant porter la responsabilit\u00e9 de l\u2019assassinat de Bachir Gemayel \u00e0 \u00c9lie Hobeika. D\u2019apr\u00e8s lui \u00c9lie Hobeika qui deviendra plus tard l\u2019homme de Hafez al-Assad au Liban collaborait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019\u00e9poque avec les Syriens ce qui expliquerait pourquoi il aurait pris soin de monter un sc\u00e9nario pour \u00e9liminer Bachir Gemayel et provoquer ensuite le massacre des Palestiniens.<\/p>\n<p>[8] Assaad Chaftari, <i>La v\u00e9rit\u00e9 m\u00eame si ma voix tremble<\/i>, Bergham, 2015.<\/p>\n<p>[9] Les camps \u00e9tant en effet rest\u00e9s ouverts et des individus isol\u00e9s entraient et sortaient sans appartenir \u00e0 un parti pr\u00e9cis. C\u2019est le cas par exemple des miliciens d\u2019Amal et d\u2019autres chiites qui ont agi en r\u00e9action aux exactions des Palestiniens sur les populations du sud Liban.<\/p>\n<p>[10] Jacques-Marie Bourget, <i>Sabra et Chatila, au coeur du massacre<\/i>, \u00c9ditions \u00c9rick Bonnier, 2012.<\/p>\n<p>[11] Thomas Friedman, \u201cBeirut Massacre\u00a0: The Four Days\u201d, <i>The New York Times<\/i>, September, 26, 1982<\/p>\n<p>[12] Certains t\u00e9moignages du film <i>Massaker <\/i> \u00e9voquent aussi la pr\u00e9sence de \u00ab\u00a0bulldozers juifs\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des camps durant les massacres.<\/p>\n<p>[13] Rapport Kahane, note 32.<\/p>\n<p>[14] Le 24 janvier 2002, Elie Hobeika meurt dans un attentat \u00e0 la voiture pi\u00e9g\u00e9e devant son domicile alors qu\u2019il devait t\u00e9moigner deux jours plus tard dans une plainte d\u00e9pos\u00e9e contre Ariel Sharon \u00e0 Bruxelles.<\/p>\n<p>[15] Alain Brouillet, \u00ab\u00a0La Force Multinationale d\u2019interposition \u00e0 Beyrouth (21 ao\u00fbt \u2013 13 septembre)\u00a0\u00bb, <i>Annuaire fran\u00e7ais de droit international<\/i>, 1982, n\u00b028, pp. 293-336.<\/p>\n<p>[16] Voir\u00a0: \u201cThe Reagan Administration and Lebanon, 1981\u20131984\u201d, Office of the Historian, Foreign Service Institute United States Department of State, URL\u00a0: <a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/history.state.gov\/milestones\/1981-1988\/lebanon\" class=\"spip_url spip_out auto\" rel=\"nofollow external\">https:\/\/history.state.gov\/milestones\/1981-1988\/lebanon<\/a><\/p>\n<p>[17] Jacques-Marie Bourget rapporte la pr\u00e9sence de soldats fran\u00e7ais \u00e0 l\u2019entr\u00e9e des camps le 19 septembre. Selon son t\u00e9moignage, des soldats fran\u00e7ais, d\u00e8s leur retour de Chypre, auraient \u00e9t\u00e9 t\u00e9moins impassibles de la brutalit\u00e9 des miliciens for\u00e7ant les Palestiniens \u00e0 monter dans des camions.<\/p>\n<p>[18] Jim Lobe, \u201c42 years ago today\u00a0: The Sabra &amp; Shatila massacre\u201d, Reponsible Statcraft , 18 sept 2024, URL\u00a0: <a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/responsiblestatecraft.org\/sabra-shatila-massacre\/\" class=\"spip_url spip_out auto\" rel=\"nofollow external\">https:\/\/responsiblestatecraft.org\/sabra-shatila-massacre\/<\/a><\/p>\n<p>[19] Seth Anziska, \u00ab\u00a0Nouvelles r\u00e9v\u00e9lations sur les massacres de Sabra et Chatila\u00a0\u00bb, OrientXXI, 28 octobre 2018, URL\u00a0: <a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/orientxxi.info\/lu-vu-entendu\/nouvelles-revelations-sur-les-massacres-de-sabra-et-chatila,2688#nb3\" class=\"spip_url spip_out auto\" rel=\"nofollow external\">https:\/\/orientxxi.info\/lu-vu-entendu\/nouvelles-revelations-sur-les-massacres-de-sabra-et-chatila,2688#nb3<\/a><\/p>\n<p>[20] Sylvain Cypel, \u00ab\u00a0Massacre de Sabra et Chatila\u00a0: une trag\u00e9die  \u00ab\u00a0\u00e9vitable\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb, <i>Le Monde<\/i>, 13 septembre 2022, URL\u00a0: <a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/proche-orient\/article\/2012\/09\/17\/le-massacre-evitable-de-sabra-et-chatila_1761171_3218.html\" class=\"spip_url spip_out auto\" rel=\"nofollow external\">https:\/\/www.lemonde.fr\/proche-orient\/article\/2012\/09\/17\/le-massacre-evitable-de-sabra-et-chatila_1761171_3218.html<\/a><\/p>\n<p>[21] Op.cit.<\/p>\n<p>[22] Seth Anziska, \u201cSabra and Shatila\u00a0: New Revelations\u201d, <i>The New York Review<\/i>, 17 septembre 2018, URL\u00a0: <a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.nybooks.com\/online\/2018\/09\/17\/sabra-and-shatila-new-revelations\/\" class=\"spip_url spip_out auto\" rel=\"nofollow external\">https:\/\/www.nybooks.com\/online\/2018\/09\/17\/sabra-and-shatila-new-revelations\/<\/a><\/p>\n<p>[23] Donald Reagan, \u00ab\u00a0Statement on the Murder of Palestinian Refugees in Lebanon\u00a0\u00bb, The American Presidency Project, 18 septembre 1982, URL\u00a0: <a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.presidency.ucsb.edu\/documents\/statement-the-murder-palestinian-refugees-lebanon\" class=\"spip_url spip_out auto\" rel=\"nofollow external\">https:\/\/www.presidency.ucsb.edu\/documents\/statement-the-murder-palestinian-refugees-lebanon<\/a><\/p>\n<p>[24] L\u2019une des principales entreprises am\u00e9ricaines priv\u00e9es de s\u00e9curit\u00e9 charg\u00e9e de l\u2019aide est Safe Reach Solutions est dirig\u00e9e par Philip Reilly, un ancien agent de la CIA d\u00e9j\u00e0 intervenue lors du cessez-le-feu pour contr\u00f4ler les voitures palestiniennes qui remontaient du sud vers le nord. <i>Le New York Times<\/i> a constat\u00e9 que les grandes lignes du plan ont \u00e9t\u00e9 discut\u00e9es fin 2023, lors de r\u00e9unions priv\u00e9es r\u00e9unissant des officiers, hommes d\u2019affaires.<\/p>\n<p>[25] Voir son entretien par Sylvain Cypel dans Orient XXI, URL\u00a0: <a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/orientxxi.info\/lu-vu-entendu\/nouvelles-revelations-sur-les-massacres-de-sabra-et-chatila,2688\" class=\"spip_url spip_out auto\" rel=\"nofollow external\">https:\/\/orientxxi.info\/lu-vu-entendu\/nouvelles-revelations-sur-les-massacres-de-sabra-et-chatila,2688<\/a><\/p>\n<p>[26] Op.cit.<\/p>\n<p>[27] \u201cPlan Dalet\u00a0: Master Plan for the Conquest of Palestine\u201d, <i>Journal of Palestine Studies<\/i>, Vol.18, No1, Special Issue\u00a0: Palestine 1948, Automn 1988, pp. 4-33.<\/p>\n<p>[28] Seth Anziska, Orient XXI, op.cit.<\/p>\n<p>[29] Op.cit.<\/p>\n<p>[30] \u201cIsrael in Lebanon\u00a0: Report of the International Commission to Enquire into Reported Violations of International Law by Israel during Its Invasion of the Lebanon\u201d, <i>Journal of Palestine Studies<\/i>, Spring, 1983, Vol. 12, No. 3, pp. 117-133. Extrait traduit en fran\u00e7ais par l\u2019auteure.<\/p>\n<p>[31] David Hurst, \u00ab\u00a0L\u2019orgueil imp\u00e9rial d\u00e9mesur\u00e9\u00a0: Isra\u00ebl m\u00e8ne une \u00ab\u00a0guerre choisie\u00a0\u00bb au Liban\u00a0\u00bb, dans Davis Hurst,<i> Une histoire du Liban<\/i>, Perrin, 2011, pp.181-227.<\/p>\n<p>[32] \u201cIsrael in Lebanon\u00a0: Report of the International Commission\u201d, <i>Journal of Palestine Studies<\/i>, Vol. 12 No. 3-Spring 1983, URL\u00a0: <a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.palestine-studies.org\/en\/node\/38805\" class=\"spip_url spip_out auto\" rel=\"nofollow external\">https:\/\/www.palestine-studies.org\/en\/node\/38805<\/a><\/p>\n<p>[33] Mots prononc\u00e9s le 13 mai 2025 lors d\u2019un entretien t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 sur la cha\u00eene TF1.<\/p>\n<p>[34] Entretien dans <i>Lib\u00e9ration <\/i> le 28 novembre 2023.<\/p>\n<p>[35] Yann Jurovics et Iannis Roder, Conflit isra\u00e9lo-palestinien\u00a0: \u00ab\u00a0Parler de g\u00e9nocide quand il s\u2019agit de guerre, c\u2019est s\u2019interdire de comprendre les \u00e9v\u00e9nements\u00a0\u00bb, <i>Le Monde<\/i>, tribune publi\u00e9e le 14 novembre 2024, URL\u00a0: <a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/idees\/article\/2024\/11\/14\/conflit-israelo-palestinien-parler-de-genocide-quand-il-s-agit-de-guerre-c-est-s-interdire-de-comprendre-les-evenements_6393175_3232.html\" class=\"spip_url spip_out auto\" rel=\"nofollow external\">https:\/\/www.lemonde.fr\/idees\/article\/2024\/11\/14\/conflit-israelo-palestinien-parler-de-genocide-quand-il-s-agit-de-guerre-c-est-s-interdire-de-comprendre-les-evenements_6393175_3232.html<\/a><\/p>\n<p>[36] Dans un article publi\u00e9 dans <i>AOC <\/i> le 1er novembre 2023.<\/p>\n<p>[37] Sbeih Sbeih, \u00ab\u00a0L\u2019universit\u00e9 colonis\u00e9e\u00a0: entre destruction du savoir en Palestine et d\u00e9ni de la colonialit\u00e9 en France\u00a0\u00bb, <i>Contretemps<\/i>, 6 mai 2025, URL\u00a0: <a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/universite-colonisee-destruction-savoir-palestine\/\" class=\"spip_url spip_out auto\" rel=\"nofollow external\">https:\/\/www.contretemps.eu\/universite-colonisee-destruction-savoir-palestine\/<\/a><\/p>\n<p>[38] Sept scientifiques renomm\u00e9s presque unanimes\u00a0: Isra\u00ebl commet un g\u00e9nocide \u00e0 Gaza, Asssociation AURDIP, 1er juin 2025, URL\u00a0: <a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/aurdip.org\/sept-scientifiques-renommes-presque-unanimes-israel-commet-un-genocide-a-gaza\/\" class=\"spip_url spip_out auto\" rel=\"nofollow external\">https:\/\/aurdip.org\/sept-scientifiques-renommes-presque-unanimes-israel-commet-un-genocide-a-gaza\/<\/a><\/p>\n<p>[39] Raz Segal, \u00ab\u00a0La n\u00e9gation du g\u00e9nocide \u00e0 Gaza dans les \u00e9tudes sur l\u2019Holocauste\u00a0\u00bb, <i>Contretemps<\/i>, 12 f\u00e9vrier 2025, URL\u00a0: <a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/negation-genocide-gaza-etudes-holocauste\/\" class=\"spip_url spip_out auto\" rel=\"nofollow external\">https:\/\/www.contretemps.eu\/negation-genocide-gaza-etudes-holocauste\/<\/a><\/p>\n<p>[40] <i>The New York Review of Books<\/i>, LXXII, N.7, April, 2025.<\/p>\n<p>[41] Ussama Makdisi, \u00ab\u00a0Entre Isra\u00ebl et l\u2019Occident, le d\u00e9ni potentiellement g\u00e9nocidaire de la Palestine\u00a0\u00bb, <i>Contretemps<\/i>, 5 novembre 2023, URL\u00a0: <a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/israel-occident-deni-palestine\/\" class=\"spip_url spip_out auto\" rel=\"nofollow external\">https:\/\/www.contretemps.eu\/israel-occident-deni-palestine\/<\/a><\/p>\n<p>[42] Les centaines de d\u00e9clarations sont r\u00e9f\u00e9renc\u00e9es dans une base de donn\u00e9es\u00a0: <a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/law4palestine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Database-of-Israeli-Incitement-to-Genocide-including-after-ICJ-order-27th-February-2024-.pdf\" class=\"spip_url spip_out auto\" rel=\"nofollow external\">https:\/\/law4palestine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Database-of-Israeli-Incitement-to-Genocide-including-after-ICJ-order-27th-February-2024-.pdf<\/a><\/p>\n<p>[43] \u00ab\u00a0Le chiffre\u00a0: 82% des isra\u00e9liens sont favorables au nettoyage ethnique\u00a0\u00bb, <i>Contre-attaque<\/i>, 25 mai 2025, URL\u00a0: <a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/contre-attaque.net\/2025\/05\/25\/le-chiffre-82-des-israeliens-sont-favorables-au-nettoyage-ethnique\/\" class=\"spip_url spip_out auto\" rel=\"nofollow external\">https:\/\/contre-attaque.net\/2025\/05\/25\/le-chiffre-82-des-israeliens-sont-favorables-au-nettoyage-ethnique\/<\/a><\/p>\n<p>Leila Seurat est chercheuse au Centre arabe de recherches et d\u2019\u00e9tudes politiques de Paris (CAREP Paris), associ\u00e9e au Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions p\u00e9nales (CESDIP) et \u00e0 l\u2019Observatoire des mondes arabes et musulmans (OMAM). Elle a enseign\u00e9 la sociologie des relations internationales et la sociologie politique des pays arabes \u00e0 Sciences Po, ainsi que l\u2019histoire du Moyen-Orient contemporain \u00e0 l\u2019INALCO.<\/p>\n<\/div>\n<p><br \/>\n<br \/><a href=\"https:\/\/www.legrandsoir.info\/relire-sabra-et-chatila-aujourd-hui-un-continuum-de-genocides-depuis1948.html\" target=\"_blank\"\">Source link <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La fosse \u00e9tait ronde, comme une assiette ou une marmite profonde pos\u00e9e sur une table. 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