{"id":13720,"date":"2025-08-09T17:50:47","date_gmt":"2025-08-09T15:50:47","guid":{"rendered":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/2025\/08\/09\/vers-la-fin-de-la-fete-par-carlos-pardo-le-monde-diplomatique-aout-2025\/"},"modified":"2025-08-09T17:50:47","modified_gmt":"2025-08-09T15:50:47","slug":"vers-la-fin-de-la-fete-par-carlos-pardo-le-monde-diplomatique-aout-2025","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/2025\/08\/09\/vers-la-fin-de-la-fete-par-carlos-pardo-le-monde-diplomatique-aout-2025\/","title":{"rendered":"Vers la fin de la f\u00eate, par Carlos Pardo (Le Monde diplomatique, ao\u00fbt 2025)"},"content":{"rendered":"<p> <br \/>\n<\/p>\n<div couleurfade=\"e5e9ee\" couleurclaire=\"cde2fd\" couleurpale=\"a4c7f3\" couleurmi=\"065ac5\" couleurfoncee=\"1c467c\" couleursombre=\"011631\" couleurfond=\"4c545f\" couleurtexte=\"ffffff\">\n<figure class=\"spip_document_34733 spip_documents spip_documents_right\" style=\"float:right; width:200px;\">\n<div class=\"limage\">\n<p>            <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/\/local\/cache-vignettes\/L200xH301\/lejardinsurlamer-ff64c.jpg?1753785334\" width=\"200\" alt=\"\" height=\"301\"\/><\/p><\/div>\n<\/figure>\n<p><i><span class=\"mot-lettrine\"><span class=\"lettrine\"><span class=\"guillemet\">\u00ab<\/span>C<\/span>ela<\/span> fait si longtemps<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i>\u2026 Les souvenirs du vieil homme sont \u00e9gren\u00e9s \u00e0 voix basse, avec pudeur. L\u2019ancien jardinier de cette grande villa de bord de mer s\u2019est toujours int\u00e9ress\u00e9 aux autres, <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>bien que je ne sois pas bachelier<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb,<\/i> tient-il \u00e0 pr\u00e9ciser. Il h\u00e9site, estime ne pas savoir bien expliquer, <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>surtout les choses d\u00e9licates<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb.<\/i> Grand professionnel, ce personnage sans nom se confond avec le d\u00e9cor. Attentif \u00e0 la vie des hommes comme \u00e0 celle des gla\u00efeuls, des trompettes des anges et des iris d\u2019Allemagne, il semble avoir toujours v\u00e9cu dans la maisonnette au fond du jardin, passant d\u2019un propri\u00e9taire \u00e0 l\u2019autre. Lorsque ses nouveaux employeurs, jeunes et riches, accompagn\u00e9s d\u2019une bande d\u2019amis, prennent possession des lieux, il est sous le charme. Plus besoin d\u2019aller au cin\u00e9ma du village pour \u00eatre au spectacle. A-t-on jamais vu pareille d\u00e9bauche de luxe, un tel parfum d\u2019insouciance<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>? Les f\u00eates somptueuses, peu respectueuses du jardin, se multiplient. Et bient\u00f4t, une nouvelle villa, encore plus opulente, avec \u00e9curies et chevaux, se construit sur le terrain voisin. Comme une menace.<\/p>\n<p>Les \u00e9t\u00e9s se suivent et, en apparence, se ressemblent. Tout comme les hivers de qui\u00e9tude et de solitude du narrateur. Son propre drame, le d\u00e9c\u00e8s pr\u00e9matur\u00e9 de son \u00e9pouse, est \u00e0 peine \u00e9voqu\u00e9. Qui cela pourrait-il int\u00e9resser<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>? Il faut savoir rester \u00e0 sa place. Appr\u00e9ci\u00e9 de tous pour sa discr\u00e9tion, le jardinier recueille malgr\u00e9 lui les ragots des autres membres du personnel. Et un jour, il re\u00e7oit la visite d\u2019un couple de condition modeste, deux \u00e9trangers \u00e0 ce d\u00e9cor venus prendre des nouvelles de leur fils. Celui-ci, amoureux depuis toujours de la ma\u00eetresse de maison, est parti faire fortune \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>aux Am\u00e9riques<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb, esp\u00e9rant ainsi reconqu\u00e9rir celle qui lui a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 un meilleur parti. Contrairement \u00e0 ses plantations, constamment raviv\u00e9es et r\u00e9invent\u00e9es par ses soins, le jardinier \u00e9chouera \u00e0 pr\u00e9venir la trag\u00e9die annonc\u00e9e et, partant, l\u2019effondrement de son univers.<\/p>\n<p>Coupable de publier en catalan et de collaborer \u00e0 la presse r\u00e9publicaine, Merc\u00e8 Rodoreda (1908-1983) est contrainte \u00e0 l\u2019exil pour \u00e9chapper \u00e0 la r\u00e9pression franquiste. Elle quitte par la m\u00eame occasion le milieu petit-bourgeois o\u00f9 elle \u00e9touffait. En France, elle survit gr\u00e2ce \u00e0 ses talents de couturi\u00e8re, mais doit renoncer aux deux passions transmises par son grand-p\u00e8re\u00a0: la litt\u00e9rature et les fleurs. Priv\u00e9e de ces derni\u00e8res, elle les placera dans ses r\u00e9cits du d\u00e9racinement. \u00c0 Gen\u00e8ve, o\u00f9 son compagnon est nomm\u00e9 traducteur \u00e0 l\u2019Organisation des Nations unies pour l\u2019\u00e9ducation, la science et la culture (Unesco) en 1954, elle reprend l\u2019\u00e9criture. Des nouvelles, puis une poign\u00e9e de romans suffiront \u00e0 l\u2019imposer comme un grand nom de la litt\u00e9rature espagnole et europ\u00e9enne. Son plus grand succ\u00e8s, <i>La Place du diamant,<\/i> \u00e9dit\u00e9 en catalan en 1962, sera traduit en castillan trois ans plus tard<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0(<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2025\/08\/PARDO\/68655#nb1\" class=\"spip_note\" rel=\"appendix\" title=\"Sa traduction en fran\u00e7ais, chez Gallimard, est publi\u00e9e en 1971.\" id=\"nh1\">1<\/a>)<\/span>. Publi\u00e9 en 1967, <i>Le Jardin sur la mer<\/i> restait in\u00e9dit en fran\u00e7ais. Les six \u00e9t\u00e9s du r\u00e9cit se situent dans les ann\u00e9es 1920-1930. L\u2019enjeu n\u2019est pas des moindres\u00a0: \u00e9voquer des temps r\u00e9volus avec la plus grande simplicit\u00e9. Atteindre avec cette description d\u2019un paradis perdu une sorte de po\u00e9sie de la banalit\u00e9, d\u2019autant plus poignante au regard de l\u2019histoire. Avec l\u2019av\u00e8nement de la d\u00e9mocratie espagnole, Rodoreda mettra fin \u00e0 son exil et se fera construire une maison dans la r\u00e9gion de G\u00e9rone. En commen\u00e7ant par l\u2019am\u00e9nagement du jardin.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<p><br \/>\n<br \/><a href=\"https:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2025\/08\/PARDO\/68655\" target=\"_blank\"\">Source link <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00abCela fait si longtemps\u00a0\u00bb\u2026 Les souvenirs du vieil homme sont \u00e9gren\u00e9s \u00e0 voix basse, avec pudeur. 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