{"id":1656,"date":"2024-12-07T00:09:01","date_gmt":"2024-12-06T23:09:01","guid":{"rendered":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/2024\/12\/07\/relire-homere-ou-le-lire-pour-la-premiere-fois-la-science-de-lesprit-sott-net\/"},"modified":"2024-12-07T00:09:01","modified_gmt":"2024-12-06T23:09:01","slug":"relire-homere-ou-le-lire-pour-la-premiere-fois-la-science-de-lesprit-sott-net","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/2024\/12\/07\/relire-homere-ou-le-lire-pour-la-premiere-fois-la-science-de-lesprit-sott-net\/","title":{"rendered":"Relire Hom\u00e8re (ou le lire pour la premi\u00e8re fois !) \u2014 La Science de l&rsquo;Esprit \u2014 Sott.net"},"content":{"rendered":"<p> <br \/>\n<\/p>\n<div>\n<div class=\"article-image-super to-center\"><a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/fr.sott.net\/image\/s35\/719386\/full\/LIliade_e1664046073670.jpg\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.sott.net\/image\/s35\/719386\/super\/LIliade_e1664046073670.jpg\" alt=\"fghj\" title=\"Cliquer pour agrandir\"\/><\/a><\/div>\n<p>Lire Hom\u00e8re \u00e0 la mani\u00e8re des \u00ab analystes \u00bb, qui font de l&rsquo;Iliade et de l&rsquo;Odyss\u00e9e un assemblage de pi\u00e8ces rapport\u00e9es, c&rsquo;est sacrifier bien des significations qui n&rsquo;existent que par l&rsquo;effet d&rsquo;ensemble, et comme \u00f4ter d&rsquo;un organisme le tissu conjonctif pour le r\u00e9duire \u00e0 un squelette.<br \/>\n<br \/>A l&rsquo;occasion de la parution des <em>Essais sur Hom\u00e8re<\/em> (PUF, 1999), Marcel Conche avait r\u00e9pondu aux questions de la revue <em>Antaios<\/em> (1993-2001).<\/p>\n<p><strong>Pourquoi relire Hom\u00e8re en 2000 ? En quoi est-il, incomparablement, l&rsquo;\u00c9ducateur par excellence ?<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;an 2000 de l&rsquo;\u00e8re chr\u00e9tienne ne signifie pour moi rien de particulier. Si l&rsquo;on fait partir l&rsquo;\u00e8re des Olympiades de 776 AC, nous voici, en effet, si je ne m&rsquo;abuse, dans la six cent quatre-vingt-quatorzi\u00e8me Olympiade, chiffre qui n&rsquo;a rien de particulier.<\/p>\n<p>Pourquoi relire Hom\u00e8re aujourd&rsquo;hui ? C&rsquo;est que nous vivons en un temps o\u00f9 l&rsquo;on sait que la vie humaine est une vie mortelle. Montaigne nous conte que saint Hilaire, \u00e9v\u00eaque de Poitiers (v. 315-v.367), craignant pour Abra, sa fille unique, les emb\u00fbches du monde, demanda sa mort \u00e0 Dieu, ce qu&rsquo;il obtint et \u00ab de quoi IL montra une singuli\u00e8re joie \u00bb.<\/p>\n<p>L&rsquo;an 1000, comme au IV\u1d49 si\u00e8cle, la vie \u00e9ternelle \u00e9tait objet de certitude. En l&rsquo;an 2000, c&rsquo;est le contraire. Les philosophes analysent la \u00ab finitude \u00bb (<em>Endlichkeit<\/em>) comme nous \u00e9tant essentielle, et notre \u00ab temporalit\u00e9 \u00bb (<em>Zeitlichkeit<\/em>) comme \u00e9tant, par essence, une temporalit\u00e9 finie. Comment vivre une vie mortelle ? Il s&rsquo;agit de r\u00e9soudre ce que Leibniz nomme un \u00ab probl\u00e8me de maximum et minimum \u00bb : obtenir, durant une vie br\u00e8ve, le maximum d&rsquo;effet. Quel \u00ab effet \u00bb ? Le plus d&rsquo;argent possible, pensent les financiers, les boursiers. Mais l&rsquo;argent n&rsquo;est pas une valeur en soi. Hom\u00e8re est l&rsquo;\u00c9ducateur par excellence, car il forme notre facult\u00e9 critique, la <em>krisis<\/em>, la facult\u00e9 de distinguer, de choisir \u2014 d&rsquo;un mot qui signifie \u00ab trier \u00bb. Il nous enseigne \u00e0 s\u00e9parer le bon grain de l&rsquo;ivraie des fausses valeurs, et \u00e0 choisir les valeurs d&rsquo;excellence. Comment vivre ? De fa\u00e7on \u00e0 ce que cette vie, dans sa bri\u00e8vet\u00e9, r\u00e9alise la plus haute excellence. Achille per\u00e7oit le bonheur comme une tentation. Il choisit quelque chose de plus \u00e9lev\u00e9 que le bonheur. Ainsi font les h\u00e9ros de l&rsquo;<em>Iliade<\/em>.<\/p>\n<p><strong>Mais comment le relire ? Avec quels yeux ?<\/strong><\/p>\n<p>Lire Hom\u00e8re \u00e0 la mani\u00e8re des \u00ab analystes \u00bb, qui font de l&rsquo;<em>Iliade<\/em> et de l&rsquo;<em>Odyss\u00e9e<\/em> un assemblage de pi\u00e8ces rapport\u00e9es, c&rsquo;est sacrifier bien des significations qui n&rsquo;existent que par l&rsquo;effet d&rsquo;ensemble, et comme \u00f4ter d&rsquo;un organisme le tissu conjonctif pour le r\u00e9duire \u00e0 un squelette. Les \u00ab difficult\u00e9s \u00bb relev\u00e9es par les \u00ab analystes \u00bb sont d&rsquo;ailleurs si peu nettes qu&rsquo;il a fallu vingt-cinq si\u00e8cles pour qu&rsquo;elles soient remarqu\u00e9es. Si elles \u00e9taient si peu que ce soit concluantes, les Grecs anciens les eussent per\u00e7ues. L&rsquo;<em>Iliade<\/em> et l&rsquo;<em>Odyss\u00e9e<\/em> supposent la vision visionnaire d&rsquo;un unique po\u00e8te qui est aussi un po\u00e8te unique : les \u00ab analystes \u00bb vont-ils tomber dans l&rsquo;absurdit\u00e9 de supposer plusieurs Hom\u00e8re ?<\/p>\n<p>Il faut lire Hom\u00e8re avec l&rsquo;\u0153il, non d&rsquo;un d\u00e9peceur, mais d&rsquo;un philosophe, si le philosophe est, comme le veut Platon, l&rsquo;homme des \u00ab vues d&rsquo;ensemble \u00bb (<em>R\u00e9publique<\/em>, VII, 537c) \u2014 un \u0153il, cependant, moins h\u00e9g\u00e9lien que goeth\u00e9en : il ne suffit pas d&rsquo;\u00eatre philosophe si l&rsquo;on n&rsquo;est pas quelque peu po\u00e8te. Car la pens\u00e9e pensante n&rsquo;est pas seulement conceptuelle : elle ne m\u00e9conna\u00eet pas la clart\u00e9 que peuvent apporter la comparaison et la m\u00e9taphore. H\u00e9raclite, Parm\u00e9nide, les Ant\u00e9socratiques en g\u00e9n\u00e9ral ne sont pas les seuls \u00e0 l&rsquo;avoir vu, mais aussi Bergson, Heidegger et d&rsquo;autres. Il est regrettable qu&rsquo;Heidegger n&rsquo;ait pas davantage m\u00e9dit\u00e9 Hom\u00e8re.<\/p>\n<p><strong>Dans \u00ab Le rationalisme d&rsquo;Hom\u00e8re \u00bb, vous \u00e9crivez : \u00ab les dieux d&rsquo;Hom\u00e8re ne sont ni en dehors de la nature, ni m\u00eame en dehors du monde : ils sont, comme nous, au monde \u2014 au m\u00eame monde \u00bb. Pouvez-vous pr\u00e9ciser votre vision du divin chez Hom\u00e8re ?<\/strong><\/p>\n<p>La phrase que vous citez me fait songer au fragment 30 d&rsquo;H\u00e9raclite : \u00ab Ce monde, le m\u00eame pour tous, ni dieu ni homme ne l&rsquo;a fait, mais il a toujours \u00e9t\u00e9, il est et il sera, feu toujours vivant, s&rsquo;allumant en mesure et s&rsquo;\u00e9teignant en mesure \u00bb. Ce monde, pour Hom\u00e8re comme pour H\u00e9raclite, est \u00ab le m\u00eame pour tous \u00bb : hommes et dieux. C&rsquo;est ainsi que la diff\u00e9rence du jour et de la nuit vaut pour les dieux comme pour les hommes. Les dieux sont \u00ab au monde \u00bb, comme nous. Le monde n&rsquo;est pas leur \u0153uvre, mais l&rsquo;\u0153uvre de la nature. Hom\u00e8re voit \u00ab l&rsquo;origine de tous les \u00eatres \u00bb (<em>Iliade<\/em>, 14.246) dans l&rsquo; \u00bbOc\u00e9an \u00bb, symbole de la puissance et de la f\u00e9condit\u00e9 de la nature. L&rsquo;\u00e9pop\u00e9e chante le monde humain, bien que la nature, avec ses m\u00e9t\u00e9ores, ses sources, ses fleuves, ses for\u00eats, ses b\u00eates sauvages, soit toujours pr\u00e9sente \u00e0 l&rsquo;esprit du po\u00e8te. Or, les grands dieux d&rsquo;Hom\u00e8re sont \u2014 on l&rsquo;a souvent observ\u00e9 \u2014 absolument semblables \u00e0 des hommes \u2014 except\u00e9 qu&rsquo;ils sont plus forts et sont immortels : ils mangent, boivent, festoient, aiment, ha\u00efssent, se vengent, souffrent, dorment, ont des syncopes, etc. D\u00e8s lors, o\u00f9 est le divin ? Je crois qu&rsquo;il faut le chercher moins chez les dieux pr\u00e9occup\u00e9s surtout par la guerre des hommes, engag\u00e9s dans cette guerre et tout p\u00e9n\u00e9tr\u00e9s de passions humaines, que chez ceux qui se tiennent loin des affaires humaines, vivent dans la proximit\u00e9 de la nature, en symbiose avec elle.<\/p>\n<p>Le divin est pr\u00e9sent sous la forme des innombrables dieux qui sont l&rsquo;esprit de la nature et dont la p\u00e9rennit\u00e9 relativise l&rsquo;aventure humaine &#8211; \u00e0 laquelle les grands dieux s&rsquo;int\u00e9ressent beaucoup trop, s&rsquo;agissant de ce qui agite \u00ab de pauvres humains, pareils \u00e0 des feuilles, qui tant\u00f4t vivent pleins d&rsquo;\u00e9clat et mangent le fruit de la terre, et tant\u00f4t se consument et tombent au n\u00e9ant \u00bb. Le divin pr\u00e9c\u00e8de les dieux : il consiste dans le don initial qui leur est fait, \u00e0 eux comme \u00e0 nous, de la vie, de la lumi\u00e8re. Quant au Donneur de ce don initial, c&rsquo;est la Nature, mais il ne faut pas la personnaliser : elle n&rsquo;est pas un \u00eatre, mais le fait m\u00eame de l&rsquo;\u00eatre &#8211; mot qui, dit Nietzsche, ne signifie rien d&rsquo;autre que \u00ab vivre \u00bb.<\/p>\n<p><strong>Vous consacrez un chapitre au pessimisme d&rsquo;Hom\u00e8re. Ne trouvons-nous pas de nombreux traits optimistes dans son oeuvre, \u00e0 commencer par une forme d&rsquo;humanisme, illustr\u00e9e par le bouleversant dialogue entre Achille et Priam ?<\/strong><\/p>\n<p>La r\u00e9ussite d&rsquo;Ulysse montre, ai-je dit, que \u00ab d\u00e9cisif est le r\u00f4le de la tromperie dans la r\u00e9ussite des hommes \u00bb. Comme tromper est un mal, et donc le mal l&#8217;emporte sur le bien dans la strat\u00e9gie de ceux qui veulent triompher dans le monde, on peut parler de \u00ab pessimisme \u00bb. Mais ce n&rsquo;en est pas la seule forme que l&rsquo;on peut discerner chez Hom\u00e8re. Il parle de la mort qui \u00ab tout ach\u00e8ve \u00bb : d\u00e8s lors que la mort ne laisse, apr\u00e8s elle, aucun espoir, il est difficile de parler \u00ab d&rsquo;optimisme \u00bb.<\/p>\n<p>Il est vrai que les plus hautes valeurs humaines sont incarn\u00e9es par les h\u00e9ros, et repr\u00e9sent\u00e9es par leur attitude et leur conduite :\n<\/p>\n<blockquote class=\"typ1\"><p>\nle respect de la foi jur\u00e9e (les Ach\u00e9ens font la guerre en vertu d&rsquo;une promesse faite \u00e0 M\u00e9n\u00e9las), l&rsquo;esprit de sacrifice, la volont\u00e9 d&rsquo;excellence, le courage, bien s\u00fbr, mais aussi la fid\u00e9lit\u00e9, le respect et l&rsquo;estime d&rsquo;autrui, f\u00fbt-il l&rsquo;ennemi, l&rsquo;esprit de bienveillance et la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 (chez Alkinoos, notamment), la sympathie, la compassion.\n<\/p><\/blockquote>\n<p> Mais pr\u00e9cis\u00e9ment, les plus belles qualit\u00e9s morales se trouvent chez les hommes, non chez les dieux. Or, ce sont les dieux qui ont la force et tiennent en main \u2014 dans les limites fix\u00e9es par le destin \u2014 le sort des humains. Une force, en laquelle il y a bien plus d&rsquo;arbitraire que de bont\u00e9 essentielle, domine tout. Que les dieux n&rsquo;aient pas les vertus que l&rsquo;on voit chez les hommes, il ne peut d&rsquo;ailleurs en \u00eatre autrement. Ces vertus viennent, en effet, de cela m\u00eame que les hommes ont en propre, qui est de mourir. Elles d\u00e9finissent la r\u00e9action de l&rsquo;homme noble face \u00e0 la mort : \u00e0 sa mort ou \u00e0 la mort d&rsquo;autrui. Certes, ces vertus, du moins les vertus d&rsquo;humanit\u00e9, sont comme mises entre parenth\u00e8ses dans le combat sanglant \u2014 ce pourquoi Hom\u00e8re condamne la guerre, comme le lui reproche H\u00e9raclite. Et l&rsquo;on pourrait parler \u00ab d&rsquo;optimisme \u00bb, s&rsquo;il laissait entrevoir un monde humain o\u00f9 r\u00e9gnerait la paix. Mais je ne vois rien de tel. Vous parlez d&rsquo; \u00bbhumanisme \u00bb. Soit ! si vous entendez : humanisme h\u00e9ro\u00efque. Hom\u00e8re veut que l&rsquo;homme regarde vers les hauteurs. \u00ab Pessimisme \u00bb, dis-je, mais, certes, pessimisme actif, h\u00e9ro\u00efque, essentiellement viril. Je veux bien admettre que le pessimisme tragique d&rsquo;Hom\u00e8re, avec, au fond, une telle confiance en l&rsquo;homme, est autre chose que simplement du \u00ab pessimisme \u00bb, au sens banal.<\/p>\n<p><strong>Jacqueline de Romilly a pu consacrer un fort beau livre \u00e0 Hector. Quelle figure vous s\u00e9duit le plus chez Hom\u00e8re ?<\/strong><\/p>\n<p>Hector est un chef valeureux, un beau-fr\u00e8re rassurant, un p\u00e8re et un \u00e9poux aimant et tendre, et il a bien d&rsquo;autres qualit\u00e9s qui en font un bel exemplaire d&rsquo;humanit\u00e9. Mais une qualit\u00e9 essentielle, pour celui qui veut le salut de son peuple et des siens, est l&rsquo;intelligence. Or, Hector en manque parfois. En tel moment critique, ne voyant pas au-del\u00e0 de l&rsquo;heure pr\u00e9sente, il refuse le \u00ab bon conseil \u00bb de Polydamas qui, lui, \u00ab voit \u00e0 la fois le pass\u00e9, l&rsquo;avenir \u00bb, et il juge inconsid\u00e9r\u00e9ment. Et les Troyens approuvent leur chef, \u00ab dont l&rsquo;avis fait leur malheur \u00bb. Et puis, j&rsquo;observe, chez lui, un trait d\u00e9plaisant. Il demande un \u00e9claireur pour aller, de nuit, surveiller ce que font les Ach\u00e9ens. Soit ! Dolon se porte volontaire, \u00e0 une condition : Hector doit jurer qu&rsquo;il lui donnera les chevaux et le char de bronze du P\u00e9l\u00e9ide. Hector jure. Il sait pourtant \u2014 j&rsquo;en suis persuad\u00e9 \u2014 que Dolon n&rsquo;a aucune chance de monter un jour les chevaux d&rsquo;Achille. Achille, h\u00e9ros d\u00e9monique et fascinant, m&rsquo;a captiv\u00e9 davantage qu&rsquo;Hector. Je lui ai consacr\u00e9 un chapitre (et m\u00eame deux). Il est le personnage cl\u00e9 de l&rsquo;<em>Iliade<\/em> \u2014 qui chante, ne l&rsquo;oublions pas, la \u00ab col\u00e8re d&rsquo;Achille \u00bb. Ce sont ses attitudes et ses choix qui d\u00e9terminent le mouvement et l&rsquo;action. Son inaction m\u00eame, qui joue le r\u00f4le de ce qu&rsquo;Hegel nomme la \u00ab n\u00e9gativit\u00e9 \u00bb, n&rsquo;est aucunement une absence. Inactif, mais en attente, il est singuli\u00e8rement pr\u00e9sent.<\/p>\n<p>Mais vous me demandez quelle figure me \u00ab s\u00e9duit \u00bb le plus. Je ne puis \u00eatre \u00ab s\u00e9duit \u00bb que par une nature f\u00e9minine. Je laisse de c\u00f4t\u00e9 les d\u00e9esses \u2014 pour lesquelles j&rsquo;ai peu d&rsquo;estime. parmi les mortelles, j&rsquo;ai le choix entre Bris\u00e9is, Andromaque et H\u00e9l\u00e8ne \u2014 les autres ayant moins de pr\u00e9sence. J&rsquo;ai un faible pour Bris\u00e9is ; j&rsquo;admire et je plains Andromaque. Mais H\u00e9l\u00e8ne a besoin que l&rsquo;on se porte \u00e0 son secours. Elle a ce que Gorgias nomme une \u00ab mauvaise r\u00e9putation \u00bb &#8211; \u00e0 cause de quoi, il s&rsquo;est fait son avocat. Avec raison. H\u00e9l\u00e8ne infid\u00e8le \u00e0 son mari, M\u00e9n\u00e9las ? A s&rsquo;en tenir aux apparences, on ne saurait le nier. Car enfin, elle suivit P\u00e2ris. De bon gr\u00e9 ? Sans doute, sinon e\u00fbt-elle emmen\u00e9 des tr\u00e9sors et ses esclaves ? Mais il y a deux sortes d&rsquo;amour : l&rsquo;amour de croisi\u00e8re, calme, raisonnable, m\u00e9dit\u00e9 &#8211; H\u00e9l\u00e8ne ne cessa jamais d&rsquo;aimer M\u00e9n\u00e9las de cet amour -, et il y a l&rsquo;amour d&#8217;emballement, la bourrasque d&rsquo;amour, o\u00f9 le d\u00e9sir conduit aux d\u00e9cisions que l&rsquo;on regrette ensuite. Mais la temp\u00eate sur la mer n&#8217;emp\u00eache pas le calme des grands fonds. Et l&rsquo;amour qui dure est toujours l\u00e0 lorsque l&rsquo;amour violent s&rsquo;est ext\u00e9nu\u00e9. On le voit bien lorsque, du haut des remparts de Troie, la femme de P\u00e2ris, aux ardeurs anciennes, aper\u00e7oit les Ach\u00e9ens et M\u00e9n\u00e9las, souffre, pleure et se confond en regrets.<\/p>\n<p>Entretien paru dans la revue <em>Antaios<\/em>, octobre 1999<br \/>\n<br \/>Source : <a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/archaion.hautetfort.com\/archive\/2006\/11\/07\/relire-homere.html\">archaion.hautetfort.com<\/a>\n\t\t<\/p>\n<\/div>\n<p><br \/>\n<br \/><a href=\"https:\/\/fr.sott.net\/article\/44146-Relire-Homere-ou-le-lire-pour-la-premiere-fois\" target=\"_blank\"\">Source link <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lire Hom\u00e8re \u00e0 la mani\u00e8re des \u00ab analystes \u00bb, qui font de l&rsquo;Iliade et de l&rsquo;Odyss\u00e9e un assemblage de pi\u00e8ces rapport\u00e9es, c&rsquo;est sacrifier bien des significations qui n&rsquo;existent que par&hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1657,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-1656","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1656","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1656"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1656\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1657"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1656"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1656"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1656"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}