{"id":16827,"date":"2025-10-01T05:28:42","date_gmt":"2025-10-01T03:28:42","guid":{"rendered":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/2025\/10\/01\/les-pacifistes-et-la-capitale-du-monde-par-jean-baptiste-malet-le-monde-diplomatique-septembre-2022\/"},"modified":"2025-10-01T05:28:42","modified_gmt":"2025-10-01T03:28:42","slug":"les-pacifistes-et-la-capitale-du-monde-par-jean-baptiste-malet-le-monde-diplomatique-septembre-2022","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/2025\/10\/01\/les-pacifistes-et-la-capitale-du-monde-par-jean-baptiste-malet-le-monde-diplomatique-septembre-2022\/","title":{"rendered":"Les pacifistes et la capitale du monde, par Jean-Baptiste Malet (Le Monde diplomatique, septembre 2022)"},"content":{"rendered":"<p> <br \/>\n<\/p>\n<div couleurfade=\"fff0e5\" couleurclaire=\"fee1cc\" couleurpale=\"f4c5a3\" couleurmi=\"cc5400\" couleurfoncee=\"993f00\" couleursombre=\"321500\" couleurfond=\"7f614c\" couleurtexte=\"ffffff\">\n<figure class=\"spip_document_30276 spip_documents spip_documents_center justecol\" style=\"width:650px;\">\n<div class=\"limage\">\n<p>\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/\/local\/cache-vignettes\/L650xH975\/img003-50-1fc8a.jpg?1661877501\" width=\"650\" height=\"975\" class=\"spip_logos\" alt=\"JPEG - 291.4\u00a0ko\"\/><\/p><\/div><figcaption>\n<p>H\u00e9liogravure de Jules Chauvet. Image extraite de l\u2019ouvrage de Hendrik Andersen \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Creation of a World Centre of Communication<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb, imprimerie Philippe Renouard, Paris, 1913<\/p>\n<\/figcaption><\/figure>\n<p><span class=\"mot-lettrine\"><span class=\"lettrine\">D<\/span><\/span> \u00e8s son arriv\u00e9e \u00e0 Bruxelles au d\u00e9but du mois de septembre\u00a01911, l\u2019ex-diplomate am\u00e9ricain Urbain Ledoux se pr\u00e9sente au si\u00e8ge de l\u2019Union des associations internationales. Il y fait la connaissance de deux figures du mouvement pacifiste\u00a0: le bibliographe Paul Otlet et son ami Henri La Fontaine. S\u00e9nateur du Parti ouvrier belge, La Fontaine pr\u00e9side le Bureau international de la paix, la plus importante instance pacifiste de la plan\u00e8te.<\/p>\n<p>Ledoux informe les deux Belges qu\u2019un couple d\u2019artistes am\u00e9ricains, Olivia et Hendrik Andersen, travaillent \u00e0 un projet de ville internationale, et r\u00e9mun\u00e8rent \u00e0 cette fin un architecte fran\u00e7ais, Ernest H\u00e9brard. \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Un prix de Rome<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb, pr\u00e9cise-t-il en tirant de sa sacoche un plan provisoire du Centre mondial de communication<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0(<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2022\/09\/MALET\/65036#nb1\" class=\"spip_note\" rel=\"appendix\" title=\"La biblioth\u00e8que de la Grande Assembl\u00e9e nationale de Turquie a num\u00e9ris\u00e9 une\u00a0(...)\" id=\"nh1\">1<\/a>)<\/span>. Le document passe de main en main.<\/p>\n<p>La Fontaine ajuste son pince-nez et \u00e9tudie minutieusement la feuille que lui tend Otlet. Ce dernier applaudit \u00e0 ce projet, puis explique \u00e0 Ledoux qu\u2019ils aspirent eux-m\u00eames, depuis plusieurs ann\u00e9es, \u00e0 offrir un point de ralliement \u00e0 tous les organismes mondiaux. <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Le s\u00e9nateur La Fontaine et moi-m\u00eame d\u00e9sirons loger leurs si\u00e8ges, leurs collections et leurs services en un m\u00eame centre international,<\/i> pr\u00e9cise Otlet. <i>Ce centre international, dont messieurs Andersen et H\u00e9brard ont r\u00eav\u00e9 dans sa r\u00e9alisation architecturale, nous l<\/i>\u2019<i>avons imagin\u00e9 dans son activit\u00e9 fonctionnelle.<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Compl\u00e9tant le propos, La Fontaine apprend \u00e0 Ledoux ce qu\u2019est, en Belgique, la Donation royale. En 1900, lors de son soixante-cinqui\u00e8me anniversaire, le roi L\u00e9opold II a souhait\u00e9 l\u00e9guer \u00e0 l\u2019\u00c9tat belge son immense fortune compos\u00e9e de nombreux terrains, ch\u00e2teaux et b\u00e2timents acquis au cours de son r\u00e8gne sur la Belgique et le Congo. Une institution publique autonome a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e afin de g\u00e9rer cet important patrimoine\u00a0: la Donation royale. L\u00e9opold II lui a l\u00e9gu\u00e9 ses biens immobiliers \u00e0 la condition qu\u2019ils demeurent \u00e0 jamais des biens publics.<\/p>\n<p>La Fontaine confie \u00e0 Ledoux qu\u2019il conna\u00eet personnellement les administrateurs de la Donation royale, et que celle-ci poss\u00e8de plus d\u2019une centaine d\u2019hectares de for\u00eat en p\u00e9riph\u00e9rie de Bruxelles, sur la commune de Tervuren.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Google de papier<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/h3>\n<p>Au d\u00e9but du <span class=\"siecle\">XX<sup>e<\/sup><\/span>\u00a0si\u00e8cle, la Belgique constitue le centre \u00e9conomique de l\u2019Europe continentale. Premier producteur mondial de fonte, de fer et d\u2019acier de 1900 \u00e0 1910, le royaume importe \u00e0 la m\u00eame p\u00e9riode plus de coton que la France ou l\u2019Allemagne. Avec ses sous-sols riches en minerai de fer et en charbon, ses terres agricoles fertiles, son r\u00e9seau ferr\u00e9 parmi les plus denses du monde, son port d\u2019Anvers, son immense colonie du Congo et ses fleurons industriels embrassant toutes les activit\u00e9s florissantes de l\u2019\u00e9poque, l\u2019\u00e9conomie belge se trouve \u00e0 l\u2019avant-garde du capitalisme industriel.<\/p>\n<p>M\u00e9tamorphos\u00e9e par la construction de splendides immeubles Art nouveau, parmi lesquels la Maison du peuple con\u00e7ue par l\u2019architecte Victor Horta pour le Parti ouvrier belge, Bruxelles s\u2019impose \u00e0 l\u2019aube du si\u00e8cle dernier comme le grand carrefour de l\u2019Europe. La florissante capitale vit au rythme d\u2019innovations artistiques, scientifiques et intellectuelles. Elle accueille deux Expositions universelles, en 1897 et 1910, et plus de congr\u00e8s internationaux que Londres, Paris ou New York. Ce contexte singulier explique en partie comment Otlet et La Fontaine ont mis en \u0153uvre depuis Bruxelles des entreprises pacifistes d\u2019une grande cr\u00e9ativit\u00e9.<\/p>\n<p>Au tournant du <span class=\"siecle\">XX<sup>e<\/sup><\/span>\u00a0si\u00e8cle, les grandes d\u00e9couvertes se multiplient, la litt\u00e9rature scientifique foisonne, les \u00e9changes intellectuels internationaux s\u2019acc\u00e9l\u00e8rent. Mais, paradoxalement, tandis que les savoirs \u00e9voluent \u00e0 toute vitesse et que des savants de diff\u00e9rentes nationalit\u00e9s coop\u00e8rent pour leurs travaux, il n\u2019existe aucun outil permettant \u00e0 un chercheur de conna\u00eetre rapidement toutes les r\u00e9f\u00e9rences bibliographiques se rapportant \u00e0 un th\u00e8me particulier. Si les chercheurs d\u2019aujourd\u2019hui peuvent compter sur l\u2019efficacit\u00e9 des catalogues en ligne pour explorer le fonds d\u2019une grande biblioth\u00e8que ou consulter des publications scientifiques du monde entier, ceux de la Belle \u00c9poque doivent se montrer infiniment plus patients car les publications n\u2019ont pas encore fait l\u2019objet d\u2019un r\u00e9f\u00e9rencement global.<\/p>\n<p>Depuis Bruxelles, pour faciliter l\u2019acc\u00e8s de l\u2019humanit\u00e9 \u00e0 l\u2019ensemble des informations disponibles sur terre, Otlet et La Fontaine ont une id\u00e9e audacieuse\u00a0: cr\u00e9er un R\u00e9pertoire bibliographique universel. Autrement dit, un gigantesque catalogue recensant l\u2019ensemble des livres, journaux et revues publi\u00e9s depuis l\u2019invention de l\u2019imprimerie. Pour r\u00e9aliser ce travail titanesque, les deux Belges fondent en 1895 l\u2019Office international de bibliographie, une institution travaillant en partenariat avec un r\u00e9seau de biblioth\u00e8ques du monde entier. Au sein de cette institution en partie adoss\u00e9e \u00e0 la Biblioth\u00e8que royale de Belgique, une \u00e9quipe de volontaires, compos\u00e9e majoritairement de femmes issues de la bourgeoisie bruxelloise, travaille quotidiennement \u00e0 la mise en fiche de l\u2019ensemble des connaissances du monde en appliquant le syst\u00e8me de classement r\u00e9volutionnaire invent\u00e9 par Otlet.<\/p>\n<p>De nos jours, les vastes centres de traitement et de conservation de donn\u00e9es des entreprises du num\u00e9rique abritent des quantit\u00e9s de serveurs informatiques. Au d\u00e9but des ann\u00e9es\u00a01910, le R\u00e9pertoire bibliographique universel se constitue d\u2019alignements similaires. Mais, au lieu de baies de stockage \u00e9lectroniques, l\u2019installation imagin\u00e9e par Otlet se mat\u00e9rialise par de grands meubles de bois abritant des milliers de petits tiroirs. Dans ces meubles, plusieurs millions de fiches de format standard \u2014\u00a012,5\u00a0centim\u00e8tres par 7,5\u00a0centim\u00e8tres \u2014 composent une sorte de \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Google de papier<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb avant l\u2019heure.<\/p>\n<p>Otlet et La Fontaine r\u00eavent d\u2019embrasser l\u2019ensemble des connaissances de l\u2019humanit\u00e9 afin d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer la coop\u00e9ration intellectuelle, scientifique, diplomatique et technique des nations. Par leur entreprise bibliographique in\u00e9dite, ils pensent \u0153uvrer \u00e0 l\u2019unification pacifique du monde.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, Otlet et La Fontaine organisent un congr\u00e8s mondial afin de coordonner les relations internationales entre scientifiques du monde entier, toutes disciplines confondues. \u00c0 cette fin, ils cr\u00e9ent en 1907 un office central, qui devient en 1910 l\u2019Union des associations internationales.<\/p>\n<p>Otlet fonde encore un centre rassemblant un \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>mus\u00e9e mondial<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb, une \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>biblioth\u00e8que internationale<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb et le R\u00e9pertoire bibliographique universel. Dans une brochure de pr\u00e9sentation, Otlet explique les objectifs de cette infrastructure\u00a0: <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Unir le monde civilis\u00e9 tout entier dans une action commune en vue de r\u00e9aliser certains buts d\u2019int\u00e9r\u00eat universel, d\u00e9passant les forces d\u2019un seul pays<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>; donner \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 les organes dont elle a besoin pour agir avec la puissance accrue d\u2019une collectivit\u00e9 plus nombreuse<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>; placer l\u2019activit\u00e9 humaine dans les conditions optimales pour qu\u2019elle se d\u00e9veloppe dans toute son ampleur.<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Si la pens\u00e9e scientiste et mondialiste d\u2019Otlet et La Fontaine s\u2019inscrit dans une vieille lign\u00e9e marqu\u00e9e par des penseurs aussi divers que Gottfried Wilhelm Leibniz (1646-1716), Claude-Henri de Rouvroy de Saint-Simon (1760-1825) et Charles Fourier (1772-1837), elle est d\u2019abord celle de deux socialistes de la fin du <span class=\"siecle\">XIX<sup>e<\/sup><\/span>\u00a0si\u00e8cle. Le positivisme et le marxisme influencent alors largement les intellectuels et dirigeants du mouvement ouvrier. La Charte de Quaregnon, une importante d\u00e9claration de principes adopt\u00e9e par le Parti ouvrier belge en 1894, \u00e9nonce que <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>les richesses en g\u00e9n\u00e9ral, et sp\u00e9cialement les moyens de production, sont ou des agents naturels ou les fruits du travail manuel et c\u00e9r\u00e9bral des g\u00e9n\u00e9rations ant\u00e9rieures, aussi bien que de la g\u00e9n\u00e9ration actuelle<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>; elles doivent par cons\u00e9quent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme le patrimoine de l\u2019humanit\u00e9<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb.<\/i><\/p>\n<p>Avant de pr\u00e9sider le Congr\u00e8s universel pour la paix \u00e0 La Haye en 1913, et de recevoir le prix Nobel la m\u00eame ann\u00e9e, La Fontaine a sign\u00e9 un ouvrage intitul\u00e9 <i>Le Collectivisme<\/i> (1897). Dans ce livre, le s\u00e9nateur socialiste pr\u00f4ne une collectivisation mondiale de la production, de la distribution et de la circulation des richesses. R\u00e9seaux de t\u00e9l\u00e9graphie, postes, chemins de fer, banques\u00a0: La Fontaine affirme que le progr\u00e8s de l\u2019humanit\u00e9 passe par la mise en commun de toutes les infrastructures de la communication et du commerce. Au d\u00e9but des ann\u00e9es\u00a01910, nombre d\u2019individus instruits estiment cette \u00e9volution in\u00e9luctable, et beaucoup imaginent qu\u2019elle pourrait permettre d\u2019instaurer un socialisme universel. Il n\u2019y a donc rien d\u2019incongru \u00e0 ce qu\u2019un fervent collectiviste tel que La Fontaine soit, du fait de ses passions pour l\u2019alpinisme et la musique, un familier du roi des Belges Albert Ier, monarque notoirement progressiste.<\/p>\n<p>\u00c0 la suite de l\u2019invention du premier appareil capable d\u2019envoyer des images fixes \u00e0 l\u2019aide du t\u00e9l\u00e9graphe \u2014 le b\u00e9linographe\u00a0\u2014, Otlet imagine que dans un futur proche les pages des livres pourraient s\u2019afficher sur des \u00e9crans, et qu\u2019en reliant entre elles les biblioth\u00e8ques du monde entier cette nouvelle technologie pourrait r\u00e9volutionner l\u2019acc\u00e8s au savoir. Dans son <i>Trait\u00e9 de documentation<\/i> (1934), ouvrage synth\u00e9tisant sa pens\u00e9e <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>en mati\u00e8re de bibliographie, de documentation et d\u2019organisation de la connaissance<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb,<\/i> Otlet imagine un <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>t\u00e9lescope \u00e9lectrique permettant de lire de chez soi des livres expos\u00e9s dans la salle teleg des grandes biblioth\u00e8ques, aux pages demand\u00e9es d\u2019avance. Ce sera le livre t\u00e9l\u00e9phot\u00e9<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb.<\/i> Pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle avant l\u2019invention d\u2019Internet, Otlet imagina que les t\u00e9l\u00e9phones du futur n\u2019auraient plus de fil, ressembleraient \u00e0 de petits cornets tenant dans une poche, et qu\u2019ils permettraient de recevoir toutes sortes d\u2019informations.<\/p>\n<p>L\u2019aspect le plus int\u00e9ressant de la pens\u00e9e d\u2019Otlet ne r\u00e9side cependant pas dans ses proph\u00e9ties technologiques, mais dans son approche socialiste et internationaliste du vaste r\u00e9seau d\u2019informations dont il a r\u00eav\u00e9 toute sa vie. Selon lui, ce syst\u00e8me global devait \u00eatre la propri\u00e9t\u00e9 collective des nations mise au service de l\u2019humanit\u00e9, et contr\u00f4l\u00e9e par une organisation internationale publique \u00e0 but non lucratif. Les donn\u00e9es devaient alimenter un outil de \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>pr\u00e9vision sociologique<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb. Autrement dit, la planification des besoins humains. Otlet r\u00eavait d\u2019un nouvel ordre mondial enti\u00e8rement \u00e9difi\u00e9 sur la raison et le progr\u00e8s. Pour cela, l\u2019humanit\u00e9 devait d\u00e9passer le stade du capitalisme et des rivalit\u00e9s nationales par le biais du cosmopolitisme et de la planification universelle.<\/p>\n<p>Le 20\u00a0novembre\u00a01913, Olivia et Hendrik Andersen, les concepteurs du Centre mondial de communication, re\u00e7oivent un t\u00e9l\u00e9gramme leur annon\u00e7ant que le roi des Belges Albert Ier attend Hendrik deux jours plus tard, le 22\u00a0novembre \u00e0 11\u00a0h\u00a045. Les deux Am\u00e9ricains montent aussit\u00f4t dans un train pour la Belgique. Otlet et La Fontaine accueillent chaleureusement les Andersen \u00e0 leur arriv\u00e9e \u00e0 Bruxelles. Les quatre utopistes se rendent ensemble, en automobile, sur l\u2019immense terrain de Tervuren o\u00f9 pourrait \u00eatre construite la capitale du monde.<\/p>\n<p>Lorsque le roi Albert Ier re\u00e7oit Hendrik le 22\u00a0novembre, il r\u00e9serve au sculpteur un accueil enthousiaste et sympathique.<\/p>\n<p><i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Cela peut para\u00eetre un r\u00eave\u2026,<\/i> explique Hendrik.<\/p>\n<p><i>\u2014 Certaines personnes doivent r\u00eaver pour les autres<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb,<\/i> lui r\u00e9pond Albert Ier avec bont\u00e9.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir rencontr\u00e9 un tr\u00e8s grand nombre d\u2019hommes dubitatifs, Hendrik est lui-m\u00eame surpris du ton enjou\u00e9 du roi des Belges.<\/p>\n<p><i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Ce plan est pratique,<\/i> poursuit l\u2019Am\u00e9ricain. <i>Notre projet de ville ne comporte rien qui ne puisse \u00eatre r\u00e9alis\u00e9.<\/i><\/p>\n<p><i>\u2014 Elle existera probablement un jour<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb,<\/i> compl\u00e8te le monarque.<\/p>\n<p>Hendrik n\u2019en revient pas\u00a0: il n\u2019a rien \u00e0 faire, Albert Ier est d\u00e9j\u00e0 convaincu de la n\u00e9cessit\u00e9 de construire cette cit\u00e9<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>!<\/p>\n<h3 class=\"spip\">\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Le roi Albert croit \u00e0 notre projet<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/h3>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, le roi a \u00e9t\u00e9 inform\u00e9 de l\u2019existence de ce projet par La Fontaine, gr\u00e2ce auquel Hendrik a obtenu cette audience. Comme le s\u00e9nateur socialiste, Albert Ier pense que l\u2019avenir de l\u2019humanit\u00e9 passe par l\u2019internationalisme et le d\u00e9veloppement du progr\u00e8s sous toutes ses formes.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019il relate la sc\u00e8ne \u00e0 Olivia, Hendrik confie son \u00e9tonnement et souligne combien cette audience a d\u00e9pass\u00e9 ses attentes. <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Le roi Albert croit \u00e0 notre projet,<\/i> explique-t-il. <i>Il reconna\u00eet que la Belgique aurait un avantage \u00e0 accueillir notre ville.<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Deux semaines plus tard, le 6\u00a0d\u00e9cembre\u00a01913 \u00e0 21\u00a0heures, alors que <i>Le Figaro<\/i> consacre sa \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>une<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb \u00e0 louanger le Centre mondial de communication \u2014 \u00e0 l\u2019unisson avec des articles pr\u00e9c\u00e9demment parus dans le <i>New York Times<\/i> et <i>L\u2019Illustration\u00a0\u2014,<\/i> Hendrik Andersen gravit l\u2019estrade du grand amphith\u00e9\u00e2tre de la Sorbonne comble.<\/p>\n<p>Le sculpteur Auguste Rodin, l\u2019architecte Otto Wagner, le biologiste Ernst Haeckel, le po\u00e8te \u00c9mile Verhaeren, le sociologue W. E. B. Du Bois, le Prix Nobel de la paix Paul d\u2019Estournelles de Constant, le r\u00e9novateur des Jeux olympiques Pierre de Coubertin, le Prix Nobel de m\u00e9decine Charles Richet\u2026 Toutes ces figures de la Belle \u00c9poque ont d\u00e9j\u00e0 rempli un bulletin d\u2019adh\u00e9sion \u00e0 la \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Conscience mondiale<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb, la soci\u00e9t\u00e9 internationale de soutien \u00e0 la construction du Centre mondial. Sa pr\u00e9sidente d\u2019honneur n\u2019est autre que la plus c\u00e9l\u00e8bre activiste pacifiste des ann\u00e9es\u00a01900, dont l\u2019effigie figure aujourd\u2019hui sur les pi\u00e8ces de 2\u00a0euros autrichiennes\u00a0: Bertha von Suttner, la premi\u00e8re femme r\u00e9cipiendaire du prix Nobel de la paix en 1905.<\/p>\n<p><i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Mesdames, messieurs, j\u2019apparais devant vous comme un r\u00eaveur,<\/i> d\u00e9bute Hendrik Andersen devant plus d\u2019un millier de personnes venues assister \u00e0 la pr\u00e9sentation de sa ville. <i>Mais j\u2019ai fait de mon mieux pour interpr\u00e9ter mon r\u00eave.<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i><\/p>\n<\/p><\/div>\n<p><br \/>\n<br \/><a href=\"https:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2022\/09\/MALET\/65036\" target=\"_blank\"\">Source link <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>H\u00e9liogravure de Jules Chauvet. Image extraite de l\u2019ouvrage de Hendrik Andersen \u00ab\u00a0Creation of a World Centre of Communication\u00a0\u00bb, imprimerie Philippe Renouard, Paris, 1913 D \u00e8s son arriv\u00e9e \u00e0 Bruxelles au&hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":16828,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-16827","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16827","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=16827"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16827\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/16828"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=16827"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=16827"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=16827"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}