{"id":16978,"date":"2025-10-03T14:10:19","date_gmt":"2025-10-03T12:10:19","guid":{"rendered":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/2025\/10\/03\/senvoler-vers-soi-par-ernest-london-le-monde-diplomatique-octobre-2022\/"},"modified":"2025-10-03T14:10:19","modified_gmt":"2025-10-03T12:10:19","slug":"senvoler-vers-soi-par-ernest-london-le-monde-diplomatique-octobre-2022","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/2025\/10\/03\/senvoler-vers-soi-par-ernest-london-le-monde-diplomatique-octobre-2022\/","title":{"rendered":"S\u2019envoler vers soi, par Ernest London (Le Monde diplomatique, octobre 2022)"},"content":{"rendered":"<p> <br \/>\n<\/p>\n<div couleurfade=\"e5e8e5\" couleurclaire=\"e3e7e3\" couleurpale=\"bddabd\" couleurmi=\"5f6c5f\" couleurfoncee=\"306830\" couleursombre=\"171b17\" couleurfond=\"4c524c\" couleurtexte=\"ffffff\">\n<figure class=\"spip_document_30376 spip_documents spip_documents_right\" style=\"float:right; width:200px;\">\n<div class=\"limage\">\n<p>            <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/\/local\/cache-vignettes\/L200xH314\/les-trente-noms-de-la-nuit-746d3.jpg?1663938902\" width=\"200\" alt=\"\" height=\"314\"\/><\/p><\/div>\n<\/figure>\n<p><span class=\"mot-lettrine\"><span class=\"lettrine\">L<\/span>es<\/span> oiseaux occupent sa vie et ses pens\u00e9es. Ceux qui croisent ses d\u00e9ambulations dans les rues de New York\u00a0: pigeons, bruants \u00e0 gorge blanche, chouettes, corbeaux, chardonnerets \u00e9chapp\u00e9s de la cargaison d\u2019un \u00e9leveur clandestin sur Washington Street, hirondelles\u2026 Ceux de la fresque qu\u2019il a peinte sur la fa\u00e7ade en briques \u00e9corch\u00e9es d\u2019un immeuble promis \u00e0 la destruction, ultime vestige de Little Syria, l\u2019ancienne enclave de la communaut\u00e9 syrienne, d\u00e9molie pour permettre la construction des bretelles d\u2019entr\u00e9e du Brooklyn-Battery Tunnel\u00a0: les <i>hudhud,<\/i> ces huppes qui sont les h\u00e9ro\u00efnes de <i>La Conf\u00e9rence des oiseaux,<\/i> le po\u00e8me m\u00e9di\u00e9val persan de Farid Al-Din Attar contant le chemin de l\u2019illumination. Mais il y a aussi les \u00e9tourneaux m\u00e9caniques de sa s\u0153ur Reem, et tous ceux qu\u2019\u00e9tudiait leur m\u00e8re, ornithologue morte dans un incendie cinq ans plus t\u00f4t, le docteur Benjamin Young et Laila Zeytouneh. De cette derni\u00e8re, artiste myst\u00e9rieusement disparue, il poss\u00e8de le journal intime, qui est aussi un cahier d\u2019observations. Il lui a \u00e9t\u00e9 en quelque sorte transmis par la chouette qui rend visite chaque jour \u00e0 sa grand-m\u00e8re malade\u00a0: elle l\u2019a conduit \u00e0 fouiner dans la cavit\u00e9 d\u2019une cloison.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, ces deux r\u00e9cits, ces deux destin\u00e9es de deux peintres que deux g\u00e9n\u00e9rations s\u00e9parent, ne vont cesser de se croiser, de se r\u00e9pondre, pour finir par se rejoindre, racontant la qu\u00eate d\u2019un oiseau si rare que beaucoup doutent de son existence\u00a0: le <i>Geronticus simurghus.<\/i> \u00c9cho du <i>simorgh,<\/i> l\u2019oiseau mythique que recherchent les huppes du po\u00e8me, et dont le nom peut signifier \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>trente oiseaux<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb.<\/p>\n<p>Mais le narrateur est tout aussi motiv\u00e9 par une autre qu\u00eate, celle de son identit\u00e9. N\u00e9 dans un corps de fille mais convaincu de n\u2019en \u00eatre pas une, \u00e0 l\u2019instar de Zeyn Joukhadar, il ne rencontre dans cette recherche-l\u00e0 pas moins d\u2019obstacles et de doutes, comme si seul ce qui est d\u00e9j\u00e0 connu et catalogu\u00e9 pouvait \u00eatre reconnu. <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Les gens ne voient que ce qu\u2019ils sont pr\u00eats \u00e0 voir.<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Ce subtil entrem\u00ealement narratif fait \u00e9cho \u00e0 l\u2019enchev\u00eatrement quasi m\u00e9taphorique des discours. Les oiseaux \u00e9voqu\u00e9s, qui s\u2019av\u00e8rent souvent migrateurs, r\u00e9agissent en permanence aux mouvements de la ville\u00a0: semblables \u00e0 tous les migrants qui esp\u00e8rent <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>ne pas \u00eatre d\u00e9vor\u00e9s par l\u2019app\u00e9tit insatiable de ces m\u00eames forces qui les avaient chass\u00e9s de leur pays natal, en esp\u00e9rant s\u2019en sortir dans ce lieu qui n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 construit pour eux<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb.<\/i> Celui qui n\u2019aura de nom qu\u2019\u00e0 la fin de sa qu\u00eate est encombr\u00e9 par un corps qui lui semble \u00e9tranger, et l\u2019emprisonne tout autant que le regard des autres. Depuis l\u2019adolescence, une gaine aplatit, au niveau de la cage thoracique, <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>les deux passagers qui, install\u00e9s sur [s]a poitrine, cachent la surface [de lui]-m\u00eame<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb.<\/i> Pour que les autres le rencontrent vraiment, il va se couper les cheveux et demander qu\u2019on l\u2019appelle d\u00e9sormais Nadir. Mais la compr\u00e9hension par le lecteur de cette prise de conscience est aussi progressive que celle-ci a d\u00fb l\u2019\u00eatre.<\/p>\n<p>Car l\u2019auteur am\u00e9ricano-syrien, originaire de New York, raconte avec beaucoup de finesse, de pudeur, d\u2019intelligence et de force le poids de toutes les injonctions, l\u2019enfermement provoqu\u00e9 par toute forme de fronti\u00e8re et le d\u00e9fi \u00e0 cette pesanteur lanc\u00e9 par les oiseaux\u00a0: <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Le monde serait diff\u00e9rent s\u2019il \u00e9tait plus indulgent pour celles et ceux dont la migration est le dernier recours contre l\u2019an\u00e9antissement.<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i><\/p>\n<\/p><\/div>\n<p><br \/>\n<br \/><a href=\"https:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2022\/10\/LONDON\/65160\" target=\"_blank\"\">Source link <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les oiseaux occupent sa vie et ses pens\u00e9es. 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