{"id":17474,"date":"2025-10-11T20:28:53","date_gmt":"2025-10-11T18:28:53","guid":{"rendered":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/2025\/10\/11\/maria-corina-machado-le-prix-nobel-et-la-longue-guerre-contre-le-venezuela-weaponized-information\/"},"modified":"2025-10-11T20:28:53","modified_gmt":"2025-10-11T18:28:53","slug":"maria-corina-machado-le-prix-nobel-et-la-longue-guerre-contre-le-venezuela-weaponized-information","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/2025\/10\/11\/maria-corina-machado-le-prix-nobel-et-la-longue-guerre-contre-le-venezuela-weaponized-information\/","title":{"rendered":"Mar\u00eda Corina Machado, le prix Nobel et la longue guerre contre le Venezuela (Weaponized Information)"},"content":{"rendered":"<p> <br \/>\n<\/p>\n<div id=\"\">\n<p><strong>La paix de l\u2019Empire<\/strong><\/p>\n<p>Ils ont appel\u00e9 cela une victoire pour la paix. Les flashs cr\u00e9pitaient, les diplomates souriaient, et quelque part \u00e0 Oslo, un public repu applaudissait pendant que le Comit\u00e9 Nobel apposait son sceau d\u2019or sur Mar\u00eda Corina Machado, une femme qui, jadis, supplia des arm\u00e9es \u00e9trang\u00e8res d\u2019envahir son propre pays. La presse s\u2019empressa d\u2019en faire un th\u00e9\u00e2tre moral\u202f\u00a0: \u00ab\u00a0\u202fune courageuse championne de la d\u00e9mocratie\u202f\u00a0\u00bb, \u00e9crivait-on, comme si l\u2019Histoire n\u2019\u00e9tait pas t\u00e9moin. Pour ceux qui observent depuis l\u2019ext\u00e9rieur de la chambre d\u2019\u00e9cho imp\u00e9riale, difficile de ne pas en rire. C\u2019\u00e9tait donc cela la paix, cette paix qui ne jaillit que du canon d\u2019un fusil venu de Washington.<\/p>\n<p>Machado n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 une artisane de paix. Toute sa carri\u00e8re politique rel\u00e8ve du sabotage\u202f\u00a0: des coups d\u2019\u00c9tat travestis en campagnes \u00e9lectorales, des \u00e9meutes d\u00e9guis\u00e9es en r\u00e9volutions, et des sanctions maquill\u00e9es en bienveillance humanitaire. Elle a applaudi lorsque les banques am\u00e9ricaines ont gel\u00e9 les avoirs p\u00e9troliers du Venezuela et a publiquement appel\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0\u202fmettre le chaos dans les rues\u202f\u00a0\u00bb pour renverser son propre gouvernement. Aujourd\u2019hui, elle parade devant le monde comme une incarnation de la vertu, serrant la main des m\u00eames \u00e9lites occidentales qui ont arm\u00e9 des dictateurs et affam\u00e9 des nations. Ce n\u2019est pas de l\u2019ironie\u202f\u00a0; c\u2019est la logique imp\u00e9riale. Le m\u00eame syst\u00e8me qui a jadis couronn\u00e9 Henry Kissinger et Barack Obama \u00ab\u00a0\u202ffaiseurs de paix\u202f\u00a0\u00bb r\u00e9compense d\u00e9sormais une oligarque v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne pour avoir contribu\u00e9 \u00e0 d\u00e9truire son pays. Le prix Nobel de la paix, jadis con\u00e7u pour honorer la d\u00e9cence humaine, est devenu la c\u00e9r\u00e9monie annuelle d\u2019autocongratulation de l\u2019empire.<\/p>\n<p>Soyons clairs\u202f\u00a0: le Comit\u00e9 Nobel ne d\u00e9cerne pas des prix pour la paix, il distribue des licences d\u2019ob\u00e9issance. C\u2019est la branche morale de l\u2019OTAN, celle qui blanchit le sang sous couvert de bureaucratie. Tous les quelques ans, il s\u00e9lectionne quelqu\u2019un qui sert le r\u00e9cit imp\u00e9rial, grave son nom sur une m\u00e9daille et intime au monde d\u2019applaudir. En 1973, il l\u2019offrit \u00e0 Kissinger alors que les bombes tombaient encore sur Hano\u00ef. En 2009, \u00e0 Obama, au moment pr\u00e9cis o\u00f9 il intensifiait la guerre des drones. Et en 2025, \u00e0 Machado \u2014 une femme qui r\u00eave d\u2019un Venezuela administr\u00e9 par ExxonMobil et prot\u00e9g\u00e9 par les Marines am\u00e9ricains. C\u2019est devenu une tradition\u202f\u00a0: meurtre le matin, m\u00e9daille le soir.<\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9e imp\u00e9riale de la paix, c\u2019est le silence du cimeti\u00e8re. Ils veulent des march\u00e9s calmes, des rues paisibles et un peuple trop affam\u00e9 pour se r\u00e9volter. Leur \u00ab\u00a0\u202fd\u00e9mocratie\u202f\u00a0\u00bb est un syst\u00e8me o\u00f9 les riches \u00e9lisent et les pauvres ob\u00e9issent. Leur \u00ab\u00a0\u202flibert\u00e9\u202f\u00a0\u00bb, c\u2019est le droit pour les multinationales de piller sans cons\u00e9quence. Quand ils parlent de paix, ils parlent en r\u00e9alit\u00e9 de pacification, de gestion de la r\u00e9sistance. Et lorsqu\u2019ils honorent des figures comme Machado, c\u2019est la loyaut\u00e9 \u00e0 ce projet qu\u2019ils r\u00e9compensent. Le message est limpide\u202f\u00a0: servez fid\u00e8lement l\u2019empire, et l\u2019Histoire se r\u00e9\u00e9crira en votre faveur.<\/p>\n<p>Mais le peuple v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lien, lui, sait mieux. Il a v\u00e9cu les sanctions, le sabotage et la guerre psychologique. Il a vu son \u00e9conomie \u00e9trangl\u00e9e, ses h\u00f4pitaux priv\u00e9s de ressources, son p\u00e9trole vol\u00e9 \u2014 tout cela au nom de la \u00ab\u00a0\u202frestauration de la d\u00e9mocratie\u202f\u00a0\u00bb. Et pourtant, il tient bon. Il construit, s\u2019organise, r\u00e9siste. Il comprend que la paix ne tombe pas d\u2019Oslo ou de Washington\u202f\u00a0; elle se forge dans la lutte, se b\u00e2tit d\u2019en bas, se d\u00e9fend dans la rue et dans les champs. C\u2019est la paix de la souverainet\u00e9, non de la soumission \u2014 la paix de la dignit\u00e9, pas celle du d\u00e9sespoir. Et aucune m\u00e9daille frapp\u00e9e en Europe ne pourra effacer cette v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Qu\u2019ils aient donc leur c\u00e9r\u00e9monie\u202f\u00a0! Qu\u2019ils trinquent \u00e0 leurs faux proph\u00e8tes et accrochent des m\u00e9dailles \u00e0 leurs mercenaires\u202f\u00a0! La paix de l\u2019empire s\u2019effondrera sous le poids de sa propre hypocrisie. La v\u00e9ritable paix \u2014 la paix r\u00e9volutionnaire \u2014 viendra de celles et ceux qui n\u2019ont plus rien \u00e0 perdre sinon leurs cha\u00eenes, et tout \u00e0 gagner en les brisant.<\/p>\n<p><strong>L\u2019industrie de la paix<\/strong><\/p>\n<p>Ne nous racontons pas d\u2019histoires. Le Comit\u00e9 Nobel norv\u00e9gien est nomm\u00e9 par le Parlement de Norv\u00e8ge, le m\u00eame organe qui vote les d\u00e9ploiements de l\u2019OTAN et les sanctions \u00e9conomiques. Ses membres sont des politiciens, non des philosophes. L\u2019argent qui finance le prix \u2014 plus de onze\u202fmillions de couronnes su\u00e9doises cette ann\u00e9e \u2014 provient d\u2019un portefeuille d\u2019investissements d\u2019environ sept\u202fmilliards, g\u00e9r\u00e9 par la Fondation Nobel et r\u00e9parti entre fonds sp\u00e9culatifs, obligations d\u2019entreprises et immobilier. Les profits issus de l\u2019exploitation sont ainsi transform\u00e9s en symboles de vertu morale. Ce n\u2019est pas la paix\u202f\u00a0; c\u2019est de l\u2019alchimie financi\u00e8re.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019on regarde l\u2019histoire du prix, le sch\u00e9ma saute aux yeux. En\u202f1973, Henry\u202fKissinger re\u00e7ut le prix Nobel de la paix alors que l\u2019aviation am\u00e9ricaine bombardait encore le Cambodge et le Vietnam. Le\u202fDuc\u202fTho, son cor\u00e9cipiendaire, eut la dignit\u00e9 de le refuser. En\u202f2009, Barack\u202fObama re\u00e7ut la m\u00eame distinction pour ses \u00ab\u00a0\u202fespoirs\u202f\u00a0\u00bb de paix, quelques semaines avant d\u2019intensifier les guerres en Afghanistan, en\u202fLibye et au\u202fY\u00e9men. En\u202f2019, l\u2019\u00c9thiopien Abiy\u202fAhmed fut honor\u00e9 pour avoir r\u00e9concili\u00e9 son pays avec l\u2019\u00c9rythr\u00e9e, avant de pr\u00e9cipiter la sienne dans une guerre g\u00e9nocidaire quelques mois plus tard. Le Comit\u00e9 Nobel ne r\u00e9compense pas la paix\u202f\u00a0; il r\u00e9compense l\u2019alignement. C\u2019est un m\u00e9canisme d\u2019autorisation morale, un moyen pour l\u2019empire de se sanctifier par le rite et la r\u00e9p\u00e9tition.<\/p>\n<p>Lorsque le nom de Mar\u00eda\u202fCorina\u202fMachado fut annonc\u00e9 cette ann\u00e9e, ceux qui connaissent le th\u00e9\u00e2tre de la l\u00e9gitimit\u00e9 imp\u00e9riale n\u2019en furent pas surpris. Les m\u00eames institutions qui ont sanctionn\u00e9 le Venezuela jusqu\u2019\u00e0 la crise d\u00e9cernent aujourd\u2019hui un prix \u00e0 celle qui applaudissait cette politique. La m\u00eame Europe qui a gel\u00e9 les avoirs v\u00e9n\u00e9zu\u00e9liens acclame d\u00e9sormais l\u2019oligarque qui l\u2019avait exig\u00e9. Les m\u00eames gouvernements qui arment Isra\u00ebl pendant qu\u2019il massacre Gaza font d\u00e9sormais la le\u00e7on au monde sur la paix et les\u202fdroits de\u202fl\u2019homme. Ce n\u2019est pas une contradiction\u202f\u00a0; c\u2019est une continuit\u00e9. L\u2019empire ne peut fonctionner qu\u2019en transformant ses crimes en vertus et ses collaborateurs en\u202fic\u00f4nes.<\/p>\n<p>Le prix Nobel de la paix est n\u00e9 de la culpabilit\u00e9 d\u2019Alfred\u202fNobel pour avoir invent\u00e9 la dynamite, une tentative de rachat face \u00e0 la violence que sa fortune avait rendue possible. Qu\u2019il soit devenu le bras moral d\u2019un syst\u00e8me vivant encore des profits de la destruction n\u2019a donc rien d\u2019un hasard\u202f\u00a0: derri\u00e8re chaque laur\u00e9at se cache une bombe, un blocus ou un coup d\u2019\u00c9tat. Jamais le Comit\u00e9 n\u2019a remis en cause le pouvoir imp\u00e9rial\u202f\u00a0; il existe pour le d\u00e9guiser. Quand l\u2019empire ne peut plus justifier ses guerres, il les d\u00e9core. Quand il ne parvient plus \u00e0 obtenir l\u2019assentiment par la v\u00e9rit\u00e9, il fabrique la vertu par la\u202fc\u00e9r\u00e9monie. Mar\u00eda\u202fCorina\u202fMachado n\u2019est que le dernier produit de cette\u202fusine\u202f\u00a0: une arme de\u202f<i>soft power<\/i>, polie et pr\u00e9sent\u00e9e comme un symbole de\u202fpaix.<\/p>\n<p><strong>De Washington, avec amour<\/strong><\/p>\n<p>Pour comprendre pourquoi Mar\u00eda\u202fCorina\u202fMachado arbore aujourd\u2019hui une m\u00e9daille plut\u00f4t que de compara\u00eetre devant un tribunal, il faut retracer son parcours, non pas \u00e0 travers Caracas, mais \u00e0 travers Washington. Son histoire politique s\u2019est toujours \u00e9crite en anglais, imprim\u00e9e sur du papier \u00e0 en-t\u00eate am\u00e9ricain et financ\u00e9e par les m\u00eames institutions qui ont fait du changement de r\u00e9gime une industrie de politique \u00e9trang\u00e8re. Elle n\u2019est pas l\u2019auteure de son ascension\u202f\u00a0; elle en est la franchise.<\/p>\n<p>Machado entra pour la premi\u00e8re fois dans le radar imp\u00e9rial lors de la tentative de coup\u202fd\u2019\u00c9tat de\u202f2002 contre Hugo\u202fCh\u00e1vez. Elle comptait parmi ceux qui sign\u00e8rent le d\u00e9cret\u202fCarmona, lequel dissolvait l\u2019Assembl\u00e9e nationale et abolissait la Constitution v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne au nom du \u00ab\u00a0\u202fretour \u00e0 la d\u00e9mocratie\u202f\u00a0\u00bb. Ce coup \u00e9choua parce que le peuple\u202f &#8211; ouvriers, soldats, habitants des <i>barrios<\/i>\u202f- descendit massivement dans la rue pour d\u00e9fendre la r\u00e9volution. Mais Washington ne pardonna jamais au Venezuela d\u2019avoir surv\u00e9cu, et\u202fMachado devint l\u2019un de ses instruments les plus dociles dans la longue guerre qui\u202fsuivit.<\/p>\n<p>En\u202f2004, elle cofondait une\u202fONG baptis\u00e9e\u202fSumate, cens\u00e9e \u0153uvrer pour la \u00ab\u00a0\u202ftransparence \u00e9lectorale\u202f\u00a0\u00bb. En\u202fr\u00e9alit\u00e9, c\u2019\u00e9tait un cheval de Troie financ\u00e9 par les\u202f\u00c9tats\u2011Unis, arros\u00e9 d\u2019argent par la <i>National Endowment for Democracy<\/i> et l\u2019USAID. Une d\u00e9p\u00eache de l\u2019ambassade am\u00e9ricaine \u00e0 l\u2019\u00e9poque d\u00e9crivait\u202fSumate comme \u00ab\u00a0\u202fun groupe d\u2019opposition tr\u00e8s efficace et bien organis\u00e9\u202f\u00a0\u00bb. M\u00eame le nom tenait du slogan\u202f\u00a0: \u00ab\u00a0\u202fRejoins\u2011nous\u202f\u00a0\u00bb, une invitation faite aux V\u00e9n\u00e9zu\u00e9liens de s\u2019enr\u00f4ler dans une op\u00e9ration politique dirig\u00e9e de l\u2019ext\u00e9rieur. L\u2019ann\u00e9e suivante, elle fut re\u00e7ue dans le Bureau\u202fOvale par le pr\u00e9sident\u202fGeorge\u202fW.\u202fBush, qui la traita non comme une citoyenne v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne, mais comme une interm\u00e9diaire coloniale. Washington avait trouv\u00e9 sa messag\u00e8re id\u00e9ale\u202f\u00a0: polie, photog\u00e9nique et ma\u00eetrisant parfaitement le langage du\u202fn\u00e9olib\u00e9ralisme.<\/p>\n<p>Sa\u202fcollaboration se\u202frenfor\u00e7a \u00e0 mesure que la\u202fstrat\u00e9gie imp\u00e9riale passait des coups\u202fd\u2019\u00c9tat ouverts \u00e0 la\u202fguerre hybride. En\u202f2013, lors d\u2019une r\u00e9union en\u202fColombie \u00e0 laquelle participaient le responsable am\u00e9ricain Mark Feierstein et des\u202fop\u00e9rateurs colombiens li\u00e9s \u00e0\u202f\u00c1lvaro\u202fUribe, un\u202f\u00ab\u00a0\u202fPlan\u202fstrat\u00e9gique pour le\u202fVenezuela\u202f\u00a0\u00bb fut \u00e9labor\u00e9. Il recommandait explicitement de \u00ab\u00a0\u202fcr\u00e9er des situations de\u202fcrise dans la\u202frue\u202f\u00a0\u00bb et, chaque fois que possible, de \u00ab\u00a0\u202fprovoquer morts ou bless\u00e9s\u202f\u00a0\u00bb afin de justifier une intervention \u00e9trang\u00e8re. Quelques mois plus tard, Machado et\u202fson\u202falli\u00e9\u202fLeopoldo\u202fL\u00f3pez\u202flanc\u00e8rent\u202f<i>La\u202fSalida<\/i>\u202f\u2014 (La\u202fSortie). Leur plan \u00e9tait simple\u202f\u00a0: paralyser le\u202fpays, provoquer l\u2019effusion de\u202fsang et en\u202faccuser le gouvernement. Machado l\u2019avait dit clairement\u202f\u00a0: \u00ab\u00a0\u202fNous devons cr\u00e9er le chaos dans les rues jusqu\u2019\u00e0 ce que Maduro soit renvers\u00e9.\u202f\u00a0\u00bb Des dizaines de\u202fpersonnes furent tu\u00e9es lors des\u202f<i>guarimbas<\/i> qui\u202fsuivirent. Ce\u202fn\u2019\u00e9tait pas la d\u00e9mocratie en\u202faction\u202f\u00a0; c\u2019\u00e9tait de la contre\u2011insurrection import\u00e9e.<\/p>\n<p>Rien de tout cela ne fit d\u2019elle une paria en Occident. Bien au contraire\u202f\u00a0: cela fit d\u2019elle une c\u00e9l\u00e9brit\u00e9. Elle fut interview\u00e9e sur CNN, encens\u00e9e par des <i>think tanks<\/i> et accueillie dans des parlements qui traitent les agents du changement de r\u00e9gime comme des combattants de la libert\u00e9. Lorsque Washington lan\u00e7a son si\u00e8ge \u00e9conomique contre le Venezuela, saisissant des milliards d\u2019actifs, sabotant la production p\u00e9troli\u00e8re et affamant la population \u00e0 coups de sanctions, Machado applaudit. Quand l\u2019administration Trump reconnut le pantin autoproclam\u00e9 Juan\u202fGuaid\u00f3, elle y vit \u00ab\u00a0\u202fune nouvelle aube pour la libert\u00e9\u202f\u00a0\u00bb. Et lorsque les mercenaires de l\u2019empire \u00e9chou\u00e8rent \u00e0 livrer la marchandise, elle r\u00e9clama une \u00ab\u00a0\u202fcoalition des volontaires\u202f\u00a0\u00bb pour intervenir militairement. Sa politique tient en peu de mots\u202f\u00a0: si Washington ne peut pas diriger le Venezuela directement, qu\u2019il le fasse par son interm\u00e9diaire.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 donc la femme que le Comit\u00e9 Nobel pr\u00e9sente aujourd\u2019hui comme une \u00ab\u00a0\u202fd\u00e9fenseuse de la paix\u202f\u00a0\u00bb. Une figure qui a pass\u00e9 deux d\u00e9cennies \u00e0 tenter de transformer sa patrie en colonie. Une politicienne dont chaque succ\u00e8s a \u00e9t\u00e9 pay\u00e9 par un gouvernement \u00e9tranger et mesur\u00e9 \u00e0 l\u2019aune de la souffrance de son propre peuple. La v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est que Mar\u00eda\u202fCorina\u202fMachado ne repr\u00e9sente pas le peuple v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lien, mais l\u2019oligarchie mondiale qui prosp\u00e8re sur sa mis\u00e8re. Elle incarne \u00e0 elle seule la classe <i>comprador<\/i>, celle qui troque la souverainet\u00e9 nationale contre une place au banquet imp\u00e9rial. Quand elle sourit sur la sc\u00e8ne du Nobel, ce n\u2019est pas le Venezuela qu\u2019on honore, mais l\u2019empire lui\u2011m\u00eame, applaudissant sa servante la plus fid\u00e8le.<\/p>\n<p><strong>Le coup d\u2019\u00c9tat des entreprises<\/strong><\/p>\n<p>Derri\u00e8re chacun des discours de\u202fMachado sur la \u00ab\u00a0\u202flibert\u00e9\u202f\u00a0\u00bb et la \u00ab\u00a0\u202fd\u00e9mocratie\u202f\u00a0\u00bb se cache la m\u00eame \u00e9quation imp\u00e9riale\u202f\u00a0: le profit priv\u00e9 \u00e9quivaut \u00e0 la vertu publique. Son programme politique n\u2019a rien d\u2019un myst\u00e8re\u202f\u00a0; c\u2019est un manuel de recolonisation. Anya\u202fParampil l\u2019a qualifi\u00e9 pour ce qu\u2019il est\u202f\u00a0: un coup d\u2019\u00c9tat corporatif. C\u2019est la fusion entre la politique \u00e9trang\u00e8re am\u00e9ricaine, l\u2019oligarchie v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne et le capital transnational, d\u00e9guis\u00e9e en d\u00e9mocratie. L\u2019objectif n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 de restituer des droits au peuple v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lien, mais de restituer des actifs aux entreprises qui les avaient perdus lorsque la R\u00e9volution bolivarienne reprit le contr\u00f4le des richesses nationales.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s qu\u2019Hugo\u202fCh\u00e1vez eut nationalis\u00e9 l\u2019industrie p\u00e9troli\u00e8re et r\u00e9orient\u00e9 ses profits vers des programmes sociaux \u2014 construisant des logements, finan\u00e7ant l\u2019\u00e9ducation et r\u00e9duisant la pauvret\u00e9 de plus de moiti\u00e9 \u2014 le Venezuela devint un probl\u00e8me pour l\u2019empire. Non parce qu\u2019il mena\u00e7ait la s\u00e9curit\u00e9 des\u202f\u00c9tats\u2011Unis, mais parce qu\u2019il prouvait qu\u2019un autre mod\u00e8le \u00e9tait possible. En r\u00e9ponse, Washington lan\u00e7a sa guerre totale\u202f\u00a0: sanctions, sabotage, propagande et politique par procuration. Quand les coups d\u2019\u00c9tat ouverts \u00e9chou\u00e8rent, il se tourna vers les r\u00e9seaux de \u00ab\u00a0\u202fsoci\u00e9t\u00e9 civile\u202f\u00a0\u00bb et la \u00ab\u00a0\u202fpromotion de la d\u00e9mocratie\u202f\u00a0\u00bb. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019intervinrent Machado et les siens\u202f\u2014 visages souriants de la contre\u2011r\u00e9volution, <i>soft power<\/i> en tailleurs de luxe.<\/p>\n<p>Le Bureau des Initiatives de Transition de l\u2019USAID, un d\u00e9partement dont le nom \u00e0 lui seul rel\u00e8ve d\u00e9j\u00e0 de la parodie, fit transiter des millions de dollars dans l\u2019orbite de\u202fMachado. L\u2019argent circulait via des ONG se pr\u00e9sentant comme des projets civiques mais agissant en r\u00e9alit\u00e9 comme v\u00e9hicules politiques de l\u2019agenda de Washington. Un employ\u00e9 de l\u2019OTI l\u2019a reconnu\u202f\u00a0: \u00ab\u00a0\u202fNous leur avons donn\u00e9 de l\u2019argent. Ils d\u00e9tournaient les gens de\u202fCh\u00e1vez, subtilement.\u202f\u00a0\u00bb Assez subtilement pour que les journalistes occidentaux les qualifient de \u00ab\u00a0\u202fleaders communautaires\u202f\u00a0\u00bb, mais suffisamment clairement pour que les\u202fV\u00e9n\u00e9zu\u00e9liens comprennent qui ils \u00e9taient\u202f\u00a0: des agents de la recolonisation.<\/p>\n<p>Ce r\u00e9seau s\u2019\u00e9tendit ensuite autour du parti\u202f<i>Voluntad\u202fPopular<\/i>, cofond\u00e9 par l\u2019alli\u00e9 de\u202fMachado, Leopoldo\u202fL\u00f3pez, et plus tard repr\u00e9sent\u00e9 par\u202fJuan\u202fGuaid\u00f3. Les\u202f\u00c9tats\u2011Unis le reconnurent comme \u00ab\u00a0\u202fopposition officielle\u202f\u00a0\u00bb, non pour sa popularit\u00e9 (qui n\u2019a jamais d\u00e9pass\u00e9 quelques pourcents), mais parce qu\u2019il ob\u00e9issait aux ordres. Lorsque l\u2019administration\u202fTrump vola les r\u00e9serves internationales du\u202fVenezuela et remit le contr\u00f4le de\u202fCitgo\u202f\u2014 la filiale p\u00e9troli\u00e8re bas\u00e9e aux\u202f\u00c9tats\u2011Unis\u202f\u2014 \u00e0 l\u2019opposition, le camp de\u202fMachado applaudit. Ce\u202fn\u2019\u00e9tait pas la d\u00e9mocratie\u202f\u00a0; c\u2019\u00e9tait la privatisation par \u00e9tranglement \u00e9conomique. L\u2019empire n\u2019avait nul besoin d\u2019envahir\u202f\u00a0: il lui suffisait d\u2019asphyxier l\u2019\u00e9conomie et de r\u00e9compenser celles et ceux qui applaudissaient la souffrance.<\/p>\n<p>La m\u00eame logique sous\u2011tend son \u00ab\u00a0\u202fProgramme de gouvernement\u202f2024\u202f\u00a0\u00bb, publi\u00e9 sous le slogan <i>Venezuela Tierra\u202fde\u202fGracia<\/i>, un titre gorg\u00e9 d\u2019ironie pour un pays qui paie depuis des d\u00e9cennies le prix de la gr\u00e2ce imp\u00e9riale. Le document offre la vision la plus claire \u00e0 ce jour de ce que signifie r\u00e9ellement sa pr\u00e9tendue \u00ab\u00a0\u202fpaix\u202f\u00a0\u00bb. On le lit comme un m\u00e9mo de la\u202fBanque\u202fmondiale fusionn\u00e9 \u00e0 un prospectus colonial\u202f\u00a0: promesses de privatisation, d\u00e9r\u00e9gulation, r\u00e9int\u00e9gration au\u202fFMI et mise en concurrence ouverte des ressources naturelles du Venezuela. L\u2019objectif n\u2019est pas la reconstruction nationale, mais la liquidation nationale.<\/p>\n<p><strong>Au c\u0153ur du programme<\/strong><\/p>\n<p>Au fond, le programme de\u202fMachado propose le d\u00e9mant\u00e8lement complet de l\u2019\u00c9tat v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lien\u202f\u00a0: \u00ab\u00a0\u202fun gouvernement plus petit et plus efficace\u202f\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0\u202fla restructuration des entreprises publiques\u202f\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0\u202fl\u2019incitation \u00e0 l\u2019investissement priv\u00e9\u202f\u00a0\u00bb\u202f\u2014 les m\u00eames euph\u00e9mismes qui ont ravag\u00e9 l\u2019Am\u00e9rique latine dans les ann\u00e9es\u202f1980. Il s\u2019engage \u00e0 \u00ab\u00a0\u202fd\u00e9sengager l\u2019\u00c9tat\u202f\u00a0\u00bb de \u00ab\u00a0\u202fcentaines d\u2019entreprises inefficaces\u202f\u00a0\u00bb, \u00e0 convier les grandes compagnies p\u00e9troli\u00e8res \u00e9trang\u00e8res dans la ceinture de l\u2019Or\u00e9noque et \u00e0 \u00ab\u00a0\u202fr\u00e9int\u00e9grer le syst\u00e8me financier international\u202f\u00a0\u00bb. En langage clair\u202f\u00a0: livrer la souverainet\u00e9 nationale \u00e0 Wall\u202fStreet. Ses conseillers parlent de \u00ab\u00a0\u202fstabilisation macro\u00e9conomique\u202f\u00a0\u00bb\u202f\u2014 le code du FMI pour d\u00e9signer l\u2019aust\u00e9rit\u00e9\u202f\u2014\u202fet \u00ab\u00a0\u202fd\u2019ouverture aux march\u00e9s mondiaux\u202f\u00a0\u00bb, autrement dit\u202f\u00a0: baisse des salaires, privatisation des soins de sant\u00e9 et vente aux ench\u00e8res des infrastructures publiques aux investisseurs \u00e9trangers.<\/p>\n<p>La composante sociale du plan sonne comme un oraison fun\u00e8bre de l\u2019\u00c9tat\u2011providence bolivarien. La sant\u00e9 et l\u2019\u00e9ducation doivent \u00eatre \u00ab\u00a0\u202fmodernis\u00e9es\u202f\u00a0\u00bb par des syst\u00e8mes de bons, des sch\u00e9mas d\u2019assurance et des partenariats public\u2011priv\u00e9. L\u2019\u00e9cole gratuite et la sant\u00e9 universelle, parmi les plus grandes conqu\u00eates de l\u2019\u00e8re\u202fCh\u00e1vez, seraient remplac\u00e9es par les lois du march\u00e9. M\u00eame les programmes alimentaires et les retraites sont r\u00e9imagin\u00e9s comme des \u00ab\u00a0\u202fopportunit\u00e9s pour le secteur priv\u00e9\u202f\u00a0\u00bb. En somme, c\u2019est la m\u00eame architecture n\u00e9olib\u00e9rale qui, il y a une g\u00e9n\u00e9ration, a condamn\u00e9 l\u2019Am\u00e9rique latine \u00e0 la d\u00e9pendance, reconstruite aujourd\u2019hui sous la banni\u00e8re du \u00ab\u00a0\u202frenouveau\u202f\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Et pourtant, Machado appelle cela \u00ab\u00a0\u202fla paix\u202f\u00a0\u00bb. Une paix b\u00e2tie sur la privatisation, achet\u00e9e au prix du d\u00e9mant\u00e8lement de ce qui reste de la r\u00e9volution. Son programme de gouvernement imagine le Venezuela non comme une r\u00e9publique souveraine, mais comme un condominium d\u2019entreprise\u202f\u00a0: dirig\u00e9 par des technocrates, surveill\u00e9 par des financiers, administr\u00e9 pour l\u2019exportation. C\u2019est le pendant int\u00e9rieur de la politique \u00e9trang\u00e8re de Washington\u00a0: un\u202fVenezuela recolonis\u00e9, arrim\u00e9 au dollar am\u00e9ricain et endett\u00e9 au FMI, un\u202fVenezuela \u00ab\u00a0\u202fouvert aux affaires\u202f\u00a0\u00bb, mais ferm\u00e9 \u00e0 son propre peuple.<\/p>\n<p><strong>Le cycle se referme<\/strong><\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, le prix\u202fNobel de la paix boucle la boucle. Les m\u00eames puissances occidentales qui ont plong\u00e9 le Venezuela dans la crise lui remettent maintenant une m\u00e9daille \u00e0 celle qui les avait suppli\u00e9es de le faire. Les m\u00eames banques qui ont gel\u00e9 les avoirs du\u202fpays financent aujourd\u2019hui la fondation qui paie son prix. C\u2019est po\u00e9tique, d\u2019une mani\u00e8re morbide\u202f\u00a0: une \u00e9conomie circulaire de la moralit\u00e9 imp\u00e9riale. Ils pillent les nations au nom de la d\u00e9mocratie, puis d\u00e9corent leurs collaborateurs au nom de la paix. C\u2019est l\u2019\u00e9quivalent politique du blanchiment du sang avec des gants de velours.<\/p>\n<p>La carri\u00e8re de\u202fMachado n\u2019est donc pas une anomalie, mais un sympt\u00f4me. Elle incarne ce qui se produit lorsque la bourgeoisie p\u00e9riph\u00e9rique fusionne avec la bureaucratie imp\u00e9riale, lorsque l\u2019\u00e9lite locale cesse de se\u202ffaire passer pour nationale et devient sous\u2011traitante du capital \u00e9tranger. Sa \u00ab\u00a0\u202fpaix\u202f\u00a0\u00bb n\u2019est pas l\u2019absence de guerre, mais la victoire de la privatisation. Sa \u00ab\u00a0\u202fd\u00e9mocratie\u202f\u00a0\u00bb ne porte pas sur le vote, mais sur les march\u00e9s. La v\u00e9ritable r\u00e9volution qu\u2019elle d\u00e9fend est la restauration de l\u2019ordre n\u00e9olib\u00e9ral\u202f\u00a0: un monde o\u00f9 le p\u00e9trole appartient aux multinationales, o\u00f9 les riches vivent derri\u00e8re des murs, et o\u00f9 l\u2019on dit aux pauvres d\u2019attendre que la libert\u00e9 leur parvienne, goutte \u00e0 goutte. Voil\u00e0 la \u00ab\u00a0\u202fpaix\u202f\u00a0\u00bb que\u202fOslo applaudit.<\/p>\n<p>Mais la r\u00e9volution v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne, aussi \u00e9branl\u00e9e qu\u2019elle soit, continue de vivre. Sa plus grande victoire est sa survie. \u00c0 travers les blocus et les coupures d\u2019\u00e9lectricit\u00e9, les tentatives de coup\u202fd\u2019\u00c9tat et les campagnes de propagande, elle a refus\u00e9 de mourir. L\u2019empire peut fabriquer ses saints de la subversion, mais il ne peut tuer la m\u00e9moire d\u2019un peuple qui a appris \u00e0 se\u202fgouverner lui\u2011m\u00eame. Et c\u2019est cela, au fond, qui les effraie\u202f\u00a0: que la paix, un\u202fjour, signifie justice plut\u00f4t que soumission\u202f\u00a0; souverainet\u00e9 plut\u00f4t que silence. Pour l\u2019heure, ils distribuent des prix \u00e0 leurs fid\u00e8les serviteurs. Mais l\u2019Histoire tient ses propres comptes et elle n\u2019oubliera pas qui se tenait avec l\u2019empire, et qui se tenait avec le peuple.<\/p>\n<p><strong>La paix comme contre\u2011insurrection<\/strong><\/p>\n<p>Tout empire a ses missionnaires. Certains portent des fusils\u202f\u00a0; d\u2019autres, de la rh\u00e9torique. Le\u202fComit\u00e9\u202fNobel appartient \u00e0 cette seconde cat\u00e9gorie\u202f\u2014 les missionnaires de l\u2019anesth\u00e9sie morale. Sa fonction n\u2019est pas d\u2019arr\u00eater les guerres, mais de fa\u00e7onner la mani\u00e8re dont nous les percevons\u202f\u00a0; non pas de pr\u00e9venir la violence, mais de nous faire croire que nous restons civilis\u00e9s pendant qu\u2019elle s\u00e9vit. \u00c0 l\u2019\u00e8re du techno\u2011fascisme, voil\u00e0 ce qu\u2019est devenue la paix\u202f\u00a0: une op\u00e9ration psychologique, une campagne visant \u00e0 transformer la r\u00e9sistance en pathologie et la soumission en vertu. Quand Mar\u00eda Corina Machado re\u00e7oit un prix de la paix, ce n\u2019est pas une erreur\u202f\u00a0; c\u2019est le syst\u00e8me qui se f\u00e9licite d\u2019avoir converti le langage de la lib\u00e9ration en grammaire de l\u2019ob\u00e9issance.<\/p>\n<p>Dans le dictionnaire imp\u00e9rial, la paix ne signifie pas l\u2019absence de conflit. Elle d\u00e9signe la victoire de ceux qui \u00e9crivent les lois, poss\u00e8dent les banques et contr\u00f4lent les satellites. Elle d\u00e9signe le silence qui s\u2019installe lorsque la r\u00e9bellion a \u00e9t\u00e9 \u00e9cras\u00e9e et la pauvret\u00e9 normalis\u00e9e. L\u2019empire parle de la paix comme un gardien de prison parle de l\u2019ordre, comme d\u2019une condition de\u202fcontr\u00f4le. Ses soldats portent des \u00ab\u00a0\u202fr\u00e8gles d\u2019engagement\u202f\u00a0\u00bb\u202f\u00a0; ses \u00e9conomistes portent des \u00ab\u00a0\u202fajustements structurels\u202f\u00a0\u00bb. La fonction est la\u202fm\u00eame\u202f\u00a0: discipliner les\u202fpauvres, extraire leur travail, et garantir que la richesse du\u202fmonde continue de couler vers le\u202fhaut.<\/p>\n<p>Le prix\u202fNobel est l\u2019un des instruments les plus efficaces de la guerre douce imp\u00e9riale. Il fabrique le consentement moral. Chaque distinction devient un titre de presse, un passage dans les manuels scolaires, une page d\u2019histoire r\u00e9\u00e9crite en temps r\u00e9el. Kissinger, Obama et maintenant\u202fMachado\u202f\u00a0: trois visages diff\u00e9rents d\u2019un m\u00eame projet\u202f\u2014 convaincre le monde que la domination imp\u00e9riale peut \u00eatre bienveillante. Derri\u00e8re les discours et les s\u00e9ances photo se tient une arm\u00e9e de <i>think tanks<\/i>, d\u2019ONG et de cabinets de communication dont la mission est de transformer les crimes de l\u2019empire en devoirs de civilisation. Leurs armes sont des adjectifs\u202f\u00a0: \u00ab\u00a0\u202fd\u00e9mocratique\u202f\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0\u202fhumanitaire\u202f\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0\u202fr\u00e9formiste\u202f\u00a0\u00bb, chacun minutieusement calibr\u00e9 pour d\u00e9guiser l\u2019occupation en action humanitaire.<\/p>\n<p>Le prix de la paix d\u00e9cern\u00e9 \u00e0\u202fMachado s\u2019ins\u00e8re parfaitement dans cette machine. Elle est la \u00ab\u00a0\u202fr\u00e9volutionnaire acceptable\u202f\u00a0\u00bb\u202f\u00a0: assez rebelle pour inspirer les gros titres, assez docile pour prot\u00e9ger le capital. Son visage sur la sc\u00e8ne d\u2019Oslo est de la propagande incarn\u00e9e\u202f\u00a0: la preuve que la collaboration peut \u00eatre sanctifi\u00e9e et que la contre\u2011r\u00e9volution peut se vendre comme du courage. C\u2019est la m\u00eame formule utilis\u00e9e jadis pour blanchir les dictateurs\u202f\u00a0: leur donner une \u00e9ducation occidentale, les envelopper de slogans f\u00e9ministes et les laisser pr\u00eacher le salut par le march\u00e9 \u00e0 ceux qu\u2019ils affament. Ce que les bombes n\u2019ont pas pu accomplir, le <i>branding<\/i> s\u2019en chargera.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi que l\u2019empire m\u00e8ne ses guerres modernes. Les drones et les sanctions ne sont qu\u2019une moiti\u00e9 du tableau. L\u2019autre, c\u2019est le contr\u00f4le du r\u00e9cit, la bataille pour la l\u00e9gitimit\u00e9. Chaque blocus \u00e9conomique vient accompagn\u00e9 d\u2019un communiqu\u00e9 de presse sur la \u00ab\u00a0\u202frestauration de la d\u00e9mocratie\u202f\u00a0\u00bb. Chaque coup d\u2019\u00c9tat est suivi d\u2019un <i>hashtag<\/i>. Chaque crime est enseveli sous une avalanche de langage moral. Le prix\u202fNobel de la paix en est le sceau dor\u00e9, appos\u00e9 au bas du communiqu\u00e9, certifiant que l\u2019op\u00e9ration fut \u00ab\u00a0\u202fhumanitaire\u202f\u00a0\u00bb depuis le d\u00e9part.<\/p>\n<p>Mais les opprim\u00e9s ont la m\u00e9moire longue. Ils savent qu\u2019une paix impos\u00e9e d\u2019en haut n\u2019est qu\u2019une guerre par d\u2019autres moyens. Ils savent que derri\u00e8re chaque \u00ab\u00a0\u202fprocessus de paix\u202f\u00a0\u00bb se cache un programme de privatisation, derri\u00e8re chaque \u00ab\u00a0\u202ftransition\u202f\u00a0\u00bb, un transfert du pouvoir des pauvres vers les riches. Le peuple v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lien vit cette r\u00e9alit\u00e9 depuis des ann\u00e9es. Il a vu le mot \u00ab\u00a0\u202fdialogue\u202f\u00a0\u00bb servir de diversion, les \u00ab\u00a0\u202fn\u00e9gociations\u202f\u00a0\u00bb de sabotage, les \u00ab\u00a0\u202fdroits humains\u202f\u00a0\u00bb de pr\u00e9texte \u00e0 l\u2019asphyxie. Il comprend que la v\u00e9ritable paix ne peut venir de ceux qui tirent profit de sa souffrance. Elle doit \u00eatre arrach\u00e9e, organis\u00e9e et d\u00e9fendue, non pas dans les salons d\u2019Oslo, mais dans les <i>barrios<\/i>, les usines et les champs.<\/p>\n<p>Ainsi, lorsque l\u2019empire applaudit\u202fMachado comme artisane de paix, il s\u2019applaudit lui\u2011m\u00eame, son appareil de propagande, son architecture financi\u00e8re, son pouvoir de d\u00e9finir la r\u00e9alit\u00e9. Mais sous cette rh\u00e9torique polie, une autre paix germe\u202f\u00a0: une paix n\u00e9e de la r\u00e9sistance, construite par ceux qui refusent de plier le genou. C\u2019est la paix des pauvres qui refusent de mourir en silence, la paix des colonis\u00e9s qui r\u00e9apprennent \u00e0 parler en leur nom propre. Face \u00e0 la fausse paix de l\u2019empire, ils \u00e9difient quelque chose d\u2019infiniment plus dangereux\u202f\u00a0: la solidarit\u00e9. Et aucun prix, aucune propagande, aucune c\u00e9r\u00e9monie imp\u00e9riale ne pourra la neutraliser.<\/p>\n<p><strong>La paix des vivants<\/strong><\/p>\n<p>La survie du Venezuela est un miracle discret, du genre que les empires feignent de ne pas voir. Depuis plus de deux d\u00e9cennies, il a endur\u00e9 tout ce que les nations les plus puissantes du monde pouvaient lui infliger\u202f\u00a0: si\u00e8ge \u00e9conomique, sabotage politique, cyberattaques, invasions de mercenaires et propagande incessante. Et pourtant, la R\u00e9volution bolivarienne respire encore. Son rythme bat dans les coop\u00e9ratives, les conseils communaux, les quartiers o\u00f9 l\u2019on continue \u00e0 partager le peu qu\u2019on poss\u00e8de. Cette endurance est la v\u00e9ritable paix que l\u2019empire redoute, une paix n\u00e9e non de la reddition, mais de la d\u00e9fiance collective.<\/p>\n<p>Lorsque les m\u00e9dias imp\u00e9riaux qualifient le Venezuela d\u2019\u00ab\u00a0\u202f\u00c9tat failli\u202f\u00a0\u00bb, ce qu\u2019ils veulent dire, c\u2019est que le Venezuela a refus\u00e9 d\u2019\u00e9chouer pour\u202fWall\u202fStreet. Le peuple a refus\u00e9 de privatiser ses r\u00eaves ou de vendre sa souverainet\u00e9 au plus offrant. Ce refus, simple, obstin\u00e9, profond\u00e9ment humain, est ce qui fait enrager l\u2019empire. Car dans un monde o\u00f9 tout a un prix, le simple fait de tenir bon devient r\u00e9volutionnaire. Il met \u00e0 nu le mensonge selon lequel l\u2019histoire appartiendrait aux puissants. Il rappelle au monde que la paix de l\u2019empire n\u2019est qu\u2019une forme de guerre, et que la lutte des pauvres est une forme de paix.<\/p>\n<p>Jorge\u202fArreaza \u00e9crivit un jour\u202f\u00a0: \u00ab\u00a0\u202fVotre coup d\u2019\u00c9tat a \u00e9chou\u00e9. Votre strat\u00e9gie brutale s\u2019est bris\u00e9e contre la dignit\u00e9 d\u2019un peuple v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lien libre.\u202f\u00a0\u00bb Ces mots p\u00e8sent du poids de la survie. Toute la machine imp\u00e9riale\u202f\u2014 ses dollars, ses drones, ses diplomates\u202f\u2014 n\u2019a pas r\u00e9ussi \u00e0 soumettre un peuple qui croit encore \u00e0 son droit d\u2019exister. Ce n\u2019est pas une utopie\u202f\u00a0; c\u2019est de la r\u00e9silience. Et c\u2019est plus r\u00e9volutionnaire que tous les discours prononc\u00e9s dans les palais de marbre. Car cela prouve que, m\u00eame lorsqu\u2019ils contr\u00f4lent le r\u00e9cit, les colonisateurs ne contr\u00f4lent pas l\u2019issue.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 le v\u00e9ritable sens de la paix bolivarienne\u202f\u00a0: non pas l\u2019absence de conflit, mais la pr\u00e9sence de la dignit\u00e9. C\u2019est une paix qui pousse \u00e0 travers la lutte, celle des travailleurs qui maintiennent la lumi\u00e8re allum\u00e9e malgr\u00e9 les blocus, des paysans qui reconstruisent la terre apr\u00e8s les sanctions, des m\u00e8res qui nourrissent leurs enfants alors que l\u2019empire tente de les r\u00e9duire par la faim. C\u2019est une paix faite de pers\u00e9v\u00e9rance. Une paix qui refuse que les pauvres disparaissent en chiffres dans une statistique. Une paix qui affirme que la souverainet\u00e9 n\u2019est pas une r\u00e9compense remise \u00e0\u202fOslo, mais un lien vivant entre un peuple et la terre qu\u2019il d\u00e9fend.<\/p>\n<p>Le Comit\u00e9\u202fNobel ne peut pas comprendre cette paix parce qu\u2019elle ne se mon\u00e9tise pas. Elle n\u2019a ni logo ni plaque de donateurs. Elle n\u2019est g\u00e9r\u00e9e par aucune\u202fONG, ni surveill\u00e9e par aucun\u202f<i>think tank<\/i>. Elle ne peut \u00eatre impos\u00e9e par le\u202fFMI ni prot\u00e9g\u00e9e par l\u2019OTAN. Elle na\u00eet d\u2019en bas, brute, non lucrative, indomptable. C\u2019est la paix de ceux qui ont tout perdu et refusent pourtant de se perdre les uns les autres. C\u2019est la paix des pauvres, des colonis\u00e9s, des\u202finsoumis.<\/p>\n<p>L\u2019histoire ne s\u2019\u00e9crit pas avec des r\u00e9compenses, mais avec l\u2019endurance. Et l\u2019histoire retiendra ceci\u202f\u00a0: pendant que l\u2019empire couronnait une tra\u00eetresse, le peuple v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lien gardait sa r\u00e9volution vivante. Pendant qu\u2019ils remettaient des m\u00e9dailles \u00e0 des mercenaires, les pauvres continuaient de b\u00e2tir des \u00e9coles, de semer, de s\u2019entraider. Le monde acclamera peut\u2011\u00eatre\u202fMachado aujourd\u2019hui\u202f\u00a0; mais l\u2019avenir, lui, saluera celles et ceux qui lui ont r\u00e9sist\u00e9. Car la seule paix qui vaille la lutte, c\u2019est la paix des vivants, non pas le silence de l\u2019empire, mais le chant d\u2019un peuple qui a refus\u00e9 de mourir.<\/p>\n<p>Traduction <a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/b-tornare.overblog.com\/\" class=\"spip_out\" rel=\"external\">Bernard Tornare<\/a><\/p>\n<p>Source en anglais <a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/weaponizedinformation.wordpress.com\/2025\/10\/10\/the-empire-of-peace-maria-corina-machado-the-nobel-prize-and-the-long-war-against-venezuela\/\" class=\"spip_out\" rel=\"external\">Weaponized Information<\/a><\/p>\n<\/div>\n<p><br \/>\n<br \/><a href=\"https:\/\/www.legrandsoir.info\/maria-corina-machado-le-prix-nobel-et-la-longue-guerre-contre-le-venezuela-weaponized-information.html\" target=\"_blank\"\">Source link <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La paix de l\u2019Empire Ils ont appel\u00e9 cela une victoire pour la paix. 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