{"id":18660,"date":"2025-11-01T02:42:39","date_gmt":"2025-11-01T01:42:39","guid":{"rendered":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/2025\/11\/01\/eloge-du-livre-et-autres-textes-sur-la-litterature-et-les-oeuvres-de-lesprit-stefan-zweig-la-science-de-lesprit-sott-net\/"},"modified":"2025-11-01T02:42:39","modified_gmt":"2025-11-01T01:42:39","slug":"eloge-du-livre-et-autres-textes-sur-la-litterature-et-les-oeuvres-de-lesprit-stefan-zweig-la-science-de-lesprit-sott-net","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/2025\/11\/01\/eloge-du-livre-et-autres-textes-sur-la-litterature-et-les-oeuvres-de-lesprit-stefan-zweig-la-science-de-lesprit-sott-net\/","title":{"rendered":"\u00c9loge du livre et autres textes sur la litt\u00e9rature et les \u0153uvres de l&rsquo;esprit, Stefan Zweig \u2014 La Science de l&rsquo;Esprit \u2014 Sott.net"},"content":{"rendered":"<p> <br \/>\n<\/p>\n<div>\n      Stefan Zweig fut un homme du monde d&rsquo;avant, c&rsquo;est-\u00e0-dire &#8211; \u00e0 Vienne ou ailleurs \u2014 d&rsquo;un monde o\u00f9 la pr\u00e9sence quotidienne, rassurante, des livres et l&rsquo;existence d&rsquo;abondantes biblioth\u00e8ques priv\u00e9es allaient de soi.<br \/>\n<\/p>\n<div class=\"article-image-super to-center\"><a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/fr.sott.net\/image\/s36\/735672\/full\/3a86e19063093f4adea5db58ce467d.jpg\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.sott.net\/image\/s36\/735672\/super\/3a86e19063093f4adea5db58ce467d.jpg\" alt=\"iujo\" title=\"Cliquer pour agrandir\"\/><\/a><\/div>\n<p>M\u00eame s&rsquo;il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 un produit industriel, le livre demeurait un objet pr\u00e9cieux, quasiment sacr\u00e9, reli\u00e9, encaustiqu\u00e9, transmis. Il ne s&rsquo;agit pas de dire que la m\u00e9tropole viennoise, comme toutes les grandes cit\u00e9s d&rsquo;Europe et m\u00eame les campagnes, n&rsquo;abritait pas un prol\u00e9tariat, voire un <em>lumpenproletariat<\/em> (Hitler en sortit), \u00e0 qui des charlatans promettaient l&rsquo;\u00e9mancipation sociale et o\u00f9, en attendant un Grand Soir qui n&rsquo;est toujours pas venu, on recrutait les domestiques qui permettaient aux classes sociales plus \u00e9lev\u00e9es de se livrer aux travaux de l&rsquo;esprit, quels qu&rsquo;ils soient.<\/p>\n<p>Il est aujourd&rsquo;hui difficile d&rsquo;imaginer l&rsquo;existence quotidienne de Zweig, qui pouvait \u00e9crire toute la journ\u00e9e et tous les jours (ce qui explique en partie le caract\u00e8re profus de son \u0153uvre) sans jamais se soucier de l&rsquo;intendance, du m\u00e9nage, des repas, <em>etc.<\/em><\/p>\n<p>L&rsquo;homme politique anglais Richard Crossman disait qu&rsquo;<em>un Juif est quelqu&rsquo;un qui lit agripp\u00e9 \u00e0 son stylo parce qu&rsquo;il est r\u00e9solu \u00e0 \u00e9crire un livre qui sera meilleur<\/em> (cit\u00e9 par George Steiner<em>, Les Livres que je n&rsquo;ai pas \u00e9crits<\/em>, Paris, Gallimard, 2008, p. 144). Zweig illustre parfaitement cette d\u00e9finition. Ayant v\u00e9cu d\u00e8s sa naissance au milieu des livres, il fit en sorte d&rsquo;en augmenter le nombre et il n&rsquo;est pas surprenant que de nombreuses pages \u00e9voquent d&rsquo;autres livres d&rsquo;autres \u00e9crivains, vivants ou morts.<\/p>\n<p>Les \u00e9ditions Archipoche ont eu l&rsquo;excellente id\u00e9e de colliger un floril\u00e8ge (en ayant le tact, rare dans l&rsquo;\u00e9dition fran\u00e7aise, de pourvoir le volume d&rsquo;un index) de textes malais\u00e9ment accessibles, parus dans des p\u00e9riodiques oubli\u00e9s, car si Zweig a \u00e9crit beaucoup de livres, il a publi\u00e9 encore plus d&rsquo;articles, prononc\u00e9 de discours et accord\u00e9 des entretiens. Il est question de Barbusse, de Franz Hellens, de Freud, de Georges Bizet, de Louis II de Bavi\u00e8re. Au-del\u00e0 de ces textes plus ou moins circonstanciels, les deux morceaux de choix sont <strong>l&rsquo;\u00c9loge du livre<\/strong> (qui donne son titre au recueil), publi\u00e9 en 1931 dans un journal hongrois de langue allemande (ce simple d\u00e9tail montre que nous \u00e9tions \u00e0 une autre \u00e9poque) et <strong>Le secret de la cr\u00e9ation artistique<\/strong>, conf\u00e9rence prononc\u00e9e \u00e0 Londres en 1938, alors que l&rsquo;horizon se faisait de plus en plus sombre.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;\u00c9loge du livre<\/strong> prend appui sur une anecdote curieuse. Lors d&rsquo;une travers\u00e9e de la M\u00e9diterran\u00e9e, de G\u00eanes \u00e0 Alger, Zweig se lia d&rsquo;amiti\u00e9 avec un personnel de bord, un gar\u00e7on de cabine, un jeune Italien qu&rsquo;il d\u00e9crit avec une \u00e9motion un peu trouble et on comprend bien que l&rsquo;\u00e9crivain autrichien ne fut pas insensible au charme latin et sauvage (l&rsquo;adjectif \u00ab barbare \u00bb se justifierait presque, comme on le verra) du jeune homme. Au bout de quelques jours de voyage, Zweig se rendit compte par hasard que son camarade de travers\u00e9e \u00e9tait analphab\u00e8te et cela le jeta dans un ab\u00eeme de m\u00e9ditation. Incapable, malgr\u00e9 tous les efforts, de se repr\u00e9senter ce qu&rsquo;est une vie sans l&rsquo;\u00e9crit, il s&rsquo;interroge sur la merveille banale que constitue cet artefact tellement r\u00e9pandu (\u00ab <em>le livre nous est devenu depuis longtemps si familier que nous avons cess\u00e9 d&rsquo;admirer avec une gratitude toujours renouvel\u00e9e le miracle \u00e9ternel qu&rsquo;il repr\u00e9sente<\/em> \u00bb, p. 102) qu&rsquo;on oublie qu&rsquo;il a bien fallu que quelqu&rsquo;un l&rsquo;invente, un jour.<\/p>\n<p>Le second texte est relatif \u00e0 ce que le livre, la toile ou la partition permettent d&rsquo;incarner (un terme th\u00e9ologique), l&rsquo;\u00e9lan cr\u00e9ateur, dont la naissance \u00ab <em>reste dans chaque cas individuelle, aussi entour\u00e9e de myst\u00e8re que la formation de notre monde, un ph\u00e9nom\u00e8ne inobservable, divin<\/em> \u00bb (p. 135). Autant que la m\u00e9decine permette de le savoir, le cerveau d&rsquo;un imb\u00e9cile est organis\u00e9 de la m\u00eame mani\u00e8re que celui d&rsquo;un g\u00e9nie. D\u00e9rob\u00e9 \u00e0 l&rsquo;autopsie par un l\u00e9giste ind\u00e9licat, le cerveau d&rsquo;Albert Einstein n&rsquo;a livr\u00e9 aucun secret, tr\u00e8s probablement parce que le secret du g\u00e9nie g\u00eet ailleurs que dans des circonvolutions de mati\u00e8re g\u00e9latineuse. D&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;engouement, voire le f\u00e9tichisme, assez r\u00e9cent, pour les manuscrits d&rsquo;\u00e9crivains. En ce qui concerne Shakespeare, par exemple, nous ne disposons que des textes imprim\u00e9s, c&rsquo;est-\u00e0-dire de l&rsquo;\u00e9tat achev\u00e9, terminal de son travail. Tout ce qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9, depuis la premi\u00e8re id\u00e9e h\u00e2tivement jet\u00e9e sur le papier jusqu&rsquo;au manuscrit confi\u00e9 \u00e0 l&rsquo;imprimeur, a disparu, parce que tel \u00e9tait \u00e0 son \u00e9poque l&rsquo;ordre des choses. La conservation d&rsquo;un exemplaire des <em>Essais<\/em> annot\u00e9 par Montaigne en vue d&rsquo;une nouvelle \u00e9dition est purement accidentelle.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude des manuscrits, quand nous en disposons encore, livre peu de consid\u00e9rations g\u00e9n\u00e9rales et ne permet de d\u00e9gager aucune loi qui pr\u00e9siderait \u00e0 la cr\u00e9ation artistique. Entre Mozart dont le tout premier jet \u00e9tait quasiment d\u00e9finitif et les ratures fi\u00e9vreuses, les repentirs (un autre terme appartenant au lexique th\u00e9ologique) jusque sur les \u00e9preuves d&rsquo;imprimerie, de Balzac ou de Proust, la gen\u00e8se de l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;art demeure opaque et hors d&rsquo;atteinte. \u00ab <em>L&rsquo;artiste saisi par l&rsquo;inspiration acquiert une sorte de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 ail\u00e9e.<\/em> [&#8230;] <em>L&rsquo;esprit cr\u00e9ateur passe en lui et \u00e0 travers lui, de m\u00eame que l&rsquo;air passe dans la fl\u00fbte et se transforme en musique<\/em> \u00bb (p. 144) : si belle soit-elle, la comparaison montre que l&rsquo;on n&rsquo;a pas progress\u00e9 depuis Platon.<\/p>\n<p>Comme dans d&rsquo;autres recueils de Zweig (ainsi <em>Pas de d\u00e9faite pour l&rsquo;esprit libre. \u00c9crits politiques<\/em>,Paris, Albin-Michel, 2020), on retrouve une forme tragique de d\u00e9crochage par rapport \u00e0 son \u00e9poque. Ainsi que ce sera le cas encore pour la g\u00e9n\u00e9ration n\u00e9e apr\u00e8s 1945 (il suffit d&rsquo;\u00e9couter le discours politique dominant en France), il ne voit pas d&rsquo;autre horizon que l&rsquo;Europe, sur laquelle il tient de tr\u00e8s beaux propos (\u00ab <em>l&rsquo;Europe est la Gr\u00e8ce du monde. Je ne m\u00e9connais point la valeur organisatrice et technique des Am\u00e9ricains. Mais, et la Russie et l&rsquo;Am\u00e9rique sont ce que Rome fut \u00e0 Ath\u00e8nes, sup\u00e9rieure en force, inf\u00e9rieure en culture. C&rsquo;est pourquoi tous nos efforts doivent tendre \u00e0 garder notre Europe qui a fait plus pour le monde qu&rsquo;aucune nation de l&rsquo;Histoire<\/em> \u00bb, p. 36), de m\u00eame que sur l&rsquo;esprit europ\u00e9en et l&rsquo;esprit tout court (p. 96), tout en se moquant de ceux qu&rsquo;on n&rsquo;appelait pas encore les \u00ab d\u00e9clinistes \u00bb (\u00ab <em>Assez de lamentations<\/em> \u00bb, p. 98), mais ses propos le montrent surtout compl\u00e8tement aveugle aux forces telluriques en train de s&rsquo;\u00e9veiller.\n\t\t<\/p>\n<\/div>\n<p><br \/>\n<br \/><a href=\"https:\/\/fr.sott.net\/article\/44447-Eloge-du-livre-et-autres-textes-sur-la-litterature-et-les-uvres-de-l-esprit-Stefan-Zweig\" target=\"_blank\"\">Source link <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Stefan Zweig fut un homme du monde d&rsquo;avant, c&rsquo;est-\u00e0-dire &#8211; \u00e0 Vienne ou ailleurs \u2014 d&rsquo;un monde o\u00f9 la pr\u00e9sence quotidienne, rassurante, des livres et l&rsquo;existence d&rsquo;abondantes biblioth\u00e8ques priv\u00e9es allaient&hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":18661,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-18660","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/18660","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=18660"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/18660\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/18661"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=18660"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=18660"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=18660"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}