{"id":20256,"date":"2025-12-01T10:51:36","date_gmt":"2025-12-01T09:51:36","guid":{"rendered":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/2025\/12\/01\/pourquoi-revoir-mon-oncle-de-jacques-tati-la-science-de-lesprit-sott-net\/"},"modified":"2025-12-01T10:51:36","modified_gmt":"2025-12-01T09:51:36","slug":"pourquoi-revoir-mon-oncle-de-jacques-tati-la-science-de-lesprit-sott-net","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/2025\/12\/01\/pourquoi-revoir-mon-oncle-de-jacques-tati-la-science-de-lesprit-sott-net\/","title":{"rendered":"Pourquoi revoir \u00ab\u00a0Mon Oncle\u00a0\u00bb, de Jacques Tati \u2014 La Science de l&rsquo;Esprit \u2014 Sott.net"},"content":{"rendered":"<p> <br \/>\n<\/p>\n<div>\n<div class=\"article-image-super to-center\"><a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/fr.sott.net\/image\/s36\/736931\/full\/arton178.jpg\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.sott.net\/image\/s36\/736931\/super\/arton178.jpg\" alt=\"cghfgfn\" title=\"Cliquer pour agrandir\"\/><\/a><\/div>\n<p>Si l&rsquo;ex\u00e9g\u00e8se tactique a cri\u00e9 au trop grand classicisme de <em>Mon oncle<\/em>, il faut rendre hommage \u00e0 la justesse de ce film. Le regard du spectateur actualise et invente l&rsquo;effet comique, offrant une r\u00e9flexion sur le cin\u00e9ma : le cin\u00e9ma n&rsquo;en appelle pas qu&rsquo;au c\u0153ur, mais \u00e9galement au discernement.<\/p>\n<p>Et revoil\u00e0 \u00ab l&rsquo;ange hurluberlu \u00bb[1] \u00e0 la dr\u00f4le de silhouette et au grand imperm\u00e9able chic et chiffonn\u00e9. Un monsieur Hulot qui navigue entre le vieux St Maur tout d\u00e9glingouill\u00e9 et le monde gris-bleu archi moderne des Arpel. Ah ! les Arpel ! Ces deux petits gros \u00e0 la Botero qui s&rsquo;agitent sans fausse note, dorlotant leur maison toute bourr\u00e9e d&rsquo;objets modernistes que nous n&rsquo;avons m\u00eame pas au XXIe si\u00e8cle : la machine \u00e0 faire sauter le steak, le thermom\u00e8tre \u00e0 \u0153ufs&#8230; Tandis que leur petit gar\u00e7on, G\u00e9rard, fait les 400 coups chez les hulots et les hulottes, pour un petit brin de fantaisie.<\/p>\n<p>La description de ces deux mondes parfaitement antith\u00e9tiques est loin d&rsquo;\u00eatre une critique d&rsquo;un modernisme exacerb\u00e9 ou l&rsquo;\u00e9loge d&rsquo;un monde perdu. On ne doit voir dans la d\u00e9marche du cin\u00e9aste ni pass\u00e9isme, ni nostalgie. Tati offre un point de vue sur notre soci\u00e9t\u00e9, mais ce point de vue se pose comme une maquette. Le cin\u00e9aste s&rsquo;affranchit du flot pr\u00e9cipit\u00e9 de la vie, et par la lenteur de l&rsquo;image en retire l&rsquo;essentiel. La maison des Arpel, outranci\u00e8rement moderne, est d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment une fausse maison. Parall\u00e8lement, le march\u00e9 St Maur offre un condens\u00e9 de vie typiquement fran\u00e7aise : le vieux poissonnier grincheux, le bon fran\u00e7ais, la baguette sous le bras, le poivrot irr\u00e9sistiblement attir\u00e9 par le petit troquet&#8230; Tous les \u00e9l\u00e9ments tendrement franchouillards nous ram\u00e8nent \u00e0 l&rsquo;illusion comique qu&rsquo;appr\u00e9hende le cin\u00e9ma de Tati.<br \/>\n<\/p>\n<div class=\"article-image-super to-center\"><a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/fr.sott.net\/image\/s36\/736952\/full\/10857_1.jpg\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/fr.sott.net\/image\/s36\/736952\/super\/10857_1.jpg\" alt=\"fhdghdfg\" title=\"Cliquer pour agrandir\"\/><\/a><\/div>\n<p>Pourquoi aller revoir <em>Mon oncle<\/em> ? Parce que dans notre monde d&rsquo;images mal \u00e9lev\u00e9es, ce film d\u00e9tonne par sa pudeur \u00e9l\u00e9gante. Tati garde toujours une distance respectueuse par rapport aux choses. Il se contente, comme les enfants sages, d&rsquo;effleurer le monde du bout des yeux. Et par la fr\u00e9quence de ces plans d&rsquo;ensemble, par l&rsquo;habilet\u00e9 d&rsquo;un montage lent qui va \u00e0 l&rsquo;encontre du cin\u00e9ma comique, Tati offre sa propre vision du cin\u00e9ma. <\/p>\n<blockquote class=\"typ1\"><p>\n Le spectateur auquel il s&rsquo;adresse est celui du cirque, celui du music-hall. Pas un spectateur qui se tortille sur son si\u00e8ge, b\u00e9at devant du tout-cuit ; mais un spectateur critique dont l&rsquo;\u0153il farfouille dans la jungle de l&rsquo;image.\n<\/p><\/blockquote>\n<p> Il faut \u00eatre attentif devant un film de Tati, un peu \u00e0 l&rsquo;image de cet \u0153il coup\u00e9 en deux par un rasoir dans <em>Un chien andalou<\/em>. Il faut revenir \u00e0 ce credo : les choses sont bonnes \u00e0 voir. Souvent, on aura beau scruter l&rsquo;image, attendre le gag, eh bien, on sera bernique. L&rsquo;ascension de M. Hulot dans sa maison en est un bon exemple. Il grimpe dans cette maison tarabiscot\u00e9e pendant une s\u00e9quence enti\u00e8re. Rien n&rsquo;arrive, pas la moindre sinuosit\u00e9, mais les choses sont seulement bonnes \u00e0 voir. M\u00eame les yeux de la maison des Arpel : ils nous regardent et nous les regardons. Le monde nous appara\u00eet de loin. On peut presque l&rsquo;affilier \u00e0 M. Hulot. Affable, r\u00e9serv\u00e9 et distant.<br \/>\n<\/p>\n<div class=\"article-image-super to-center\"><a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/fr.sott.net\/image\/s36\/736948\/full\/mon_oncle6.gif\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/fr.sott.net\/image\/s36\/736948\/super\/mon_oncle6.gif\" alt=\"dfdfhgh\" title=\"Cliquer pour agrandir\"\/><\/a><\/div>\n<p>Par ailleurs, la structure dramatique de <em>Mon oncle<\/em> explicite cet exercice du regard. Malgr\u00e9 la simplicit\u00e9 du sc\u00e9nario, le r\u00e9cit s&rsquo;ing\u00e9nie \u00e0 recouvrir la trame et \u00e0 en briser la ligne par de multiples notes descriptives qui en troublent le m\u00e9canisme.<\/p>\n<p>Plut\u00f4t que l&rsquo;habituel encha\u00eenement des causes et des effets propres aux com\u00e9dies, Tati choisit d&rsquo;y substituer une m\u00e9canique distendue. Il ins\u00e8re entre les n\u0153uds dramatiques de longues p\u00e9riodes d&rsquo;observation gr\u00e2ce auxquelles l&rsquo;effet comique gagne en force. On doit se rappeler les plans pr\u00e9c\u00e9dents, jouer au jeu des diff\u00e9rences pour saisir la force du grain comique. D&rsquo;ailleurs, l&rsquo;examen du syst\u00e8me des fondus confirme l&rsquo;estompage du sch\u00e9ma dramatique[2].<\/p>\n<p>L&rsquo;organisation des fondus cr\u00e9e une respiration totalement ind\u00e9pendante de la tension \u00e9v\u00e9nementielle : d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, un fondu cl\u00f4t chaque journ\u00e9e ; de l&rsquo;autre, chaque journ\u00e9e comporte aussi, \u00e0 la fin de son avant-derni\u00e8re s\u00e9quence, un fondu au noir permettant de passer doucettement du jour \u00e0 la nuit. Ce syst\u00e8me temporel et esth\u00e9tique s&rsquo;incruste tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment dans l&rsquo;esprit du film : Tati ne raconte pas une histoire en scandant les p\u00e9rip\u00e9ties, ce serait du pr\u00e9-m\u00e2ch\u00e9. Non, il s&rsquo;agit d&rsquo;inviter le spectateur \u00e0 observer, et \u00e0 se faire son petit avis. C&rsquo;est pourquoi le sch\u00e9ma narratif est violent\u00e9. Un peu comme si, \u00e0 l&rsquo;image des tuyaux plastac, il \u00e9tait une forme absurde qu&rsquo;on devait dissimuler. Revoir <em>Mon oncle<\/em>, c&rsquo;est s&rsquo;appliquer \u00e0 ouvrir un livre d&rsquo;images et \u00e0 en d\u00e9busquer toutes les subtilit\u00e9s, en tirant un peu la langue dans l&rsquo;effort.<br \/>\n<\/p>\n<div class=\"article-image-super to-center\"><a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/fr.sott.net\/image\/s36\/736949\/full\/mon_oncle.jpg\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/fr.sott.net\/image\/s36\/736949\/super\/mon_oncle.jpg\" alt=\"linjhjk\" title=\"Cliquer pour agrandir\"\/><\/a><\/div>\n<p>La r\u00e9flexion sur le regard se double par ailleurs d&rsquo;une r\u00e9flexion sur le son : <em>Mon oncle, on<\/em> l&rsquo;entend de pr\u00e8s. Michel Chion le disait mieux que tout le monde : le son fixe chez Tati c&rsquo;est \u00ab le grelot de la chose \u00bb. Madame Arpel, propre comme un sou neuf, est toujours accompagn\u00e9e dans ses d\u00e9placements par le son clair et sec de ses chaussures sur le dallage. <span class=\"Hilite\">Le son est insolitement proche du spectateur.<\/span> Et n&rsquo;allons pas croire que ce petit tintement a une valeur simplement illustrative. Il rel\u00e8ve plut\u00f4t de l&rsquo;effet : injecter l&rsquo;id\u00e9e que Mme Arpel est un objet parmi les objets. Ces gros plans sonores orientent la lecture des plans d&rsquo;ensemble. Les \u00e9ructations sonores du poisson jet d&rsquo;eau par exemple lui donnent sa place magistrale dans l&rsquo;image ; ce poisson n&rsquo;\u00e9tant jamais cadr\u00e9 seul, mais toujours d\u00e9centr\u00e9, il ne se met \u00e0 exister pleinement que lorsque le bruitage le rappelle \u00e0 nous. R\u00e9v\u00e9lant alors la pleine force de cet accessoire protocolaire arp\u00e9lien.<\/p>\n<p>Entre le son et l&rsquo;image, le rire. On rigole. D&rsquo;un rire formidablement sympathique. Un amusement sans condescendance. On rit sans faire de morts derri\u00e8re soi. \u00c0 ce rire, Baudelaire a donn\u00e9 un nom : \u00ab le rire des enfants tout \u00e0 la joie de contempler \u00bb. Ou, ajoute-t-il, \u00ab est-ce plut\u00f4t le sourire, quelque chose d&rsquo;analogue au balancement de queue des chiens ou au ronron des chats \u00bb[3].<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"560\" height=\"315\" src=\"https:\/\/ok.ru\/videoembed\/6581585119992?nochat=1\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"\" allow=\"encrypted-media; web-share;\"><\/iframe><\/p>\n<p><strong>Notes<\/strong><\/p>\n<p>Notes\u21911<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Andr\u00e9 Bazin, \u00ab Le Temps dans Les Vacances de M. Hulot \u00bb.\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>\u21912 \u00c0 ce sujet, lire l&rsquo;\u00e9tude critique Ramirez et Rolot, \u00ab Mon oncle \u00bb, coll. Synopsis Nathan, p.50.<\/p>\n<p>\u21913 In \u00ab De l&rsquo;essence du rire et g\u00e9n\u00e9ralement du comique dans les arts plastiques \u00bb, \u0152uvres compl\u00e8tes, t.2, p.973, Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade, Paris, Gallimard, 1961. Cit\u00e9 par Ramirez.\n\t\t<\/p>\n<\/div>\n<p><br \/>\n<br \/><a href=\"https:\/\/fr.sott.net\/article\/44467-Pourquoi-revoir-Mon-Oncle-de-Jacques-Tati\" target=\"_blank\"\">Source link <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si l&rsquo;ex\u00e9g\u00e8se tactique a cri\u00e9 au trop grand classicisme de Mon oncle, il faut rendre hommage \u00e0 la justesse de ce film. Le regard du spectateur actualise et invente l&rsquo;effet&hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":20257,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-20256","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/20256","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=20256"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/20256\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/20257"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=20256"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=20256"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=20256"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}