{"id":22329,"date":"2026-01-12T18:37:35","date_gmt":"2026-01-12T17:37:35","guid":{"rendered":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/2026\/01\/12\/levenement-pagnol-par-emmanuel-burdeau-le-monde-diplomatique-janvier-2026\/"},"modified":"2026-01-12T18:37:35","modified_gmt":"2026-01-12T17:37:35","slug":"levenement-pagnol-par-emmanuel-burdeau-le-monde-diplomatique-janvier-2026","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/2026\/01\/12\/levenement-pagnol-par-emmanuel-burdeau-le-monde-diplomatique-janvier-2026\/","title":{"rendered":"L\u2019\u00e9v\u00e9nement Pagnol, par Emmanuel Burdeau (Le Monde diplomatique, janvier 2026)"},"content":{"rendered":"<p> <br \/>\n<\/p>\n<div couleurfade=\"e6e6e6\" couleurclaire=\"e6e6e6\" couleurpale=\"cccccc\" couleurmi=\"666666\" couleurfoncee=\"4d4d4d\" couleursombre=\"1a1a1a\" couleurfond=\"4c4c4c\" couleurtexte=\"ffffff\">\n<p><span class=\"mot-lettrine\"><span class=\"lettrine\">D<\/span>es<\/span> films sortent, des films ressortent. Un \u00e9v\u00e9nement, parfois, se produit. C\u2019est plus rare qu\u2019on ne le dit. Ce nom, la r\u00e9trospective dont il est question ici le m\u00e9rite absolument. \u00c0 l\u2019occasion du cinquantenaire de sa mort, le distributeur Carlotta a propos\u00e9 un certain nombre de films r\u00e9alis\u00e9s par Marcel Pagnol entre 1934 et 1954. Une dizaine d\u2019entre eux ont \u00e9t\u00e9 repris \u00e0 partir de l\u2019\u00e9t\u00e9\u00a02024. Six autres ont suivi l\u2019\u00e9t\u00e9 suivant. Le programme devrait continuer de circuler en salles en 2026.<\/p>\n<figure class=\"spip_document_41447 spip_documents spip_documents_right\" style=\"float:right; width:200px;\">\n<div class=\"limage\">\n<p>\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/\/local\/cache-vignettes\/L200xH309\/pagnoletraimu-78ca1.jpg?1766062636\" width=\"200\" height=\"309\" class=\"spip_logos\" alt=\"JPEG - 24.3\u00a0kio\"\/><\/p><\/div><figcaption>\n<\/figcaption><\/figure>\n<p>La premi\u00e8re salve comportait la trilogie marseillaise, <i>Marius, Fanny, C\u00e9sar,<\/i> ainsi que les quatre adaptations de Jean Giono\u00a0: <i>Jofroi<\/i> (1934), <i>Ang\u00e8le<\/i> (1934), <i>Regain<\/i> (1937), <i>La Femme du boulanger<\/i> (1938). La seconde compte des titres moins fameux, dont deux de 1935, <i>Merlusse<\/i> et <i>Cigalon.<\/i> Pourquoi parler d\u2019\u00e9v\u00e9nement<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>? Ces films ne sont-ils donc pas connus<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>? N\u2019\u00e9taient-ils pas visibles jusque-l\u00e0<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>? La plupart l\u2019\u00e9taient, c\u2019est vrai. Ou plut\u00f4t l\u2019avaient \u00e9t\u00e9, \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 la t\u00e9l\u00e9vision aimait les rediffuser. Cela faisait en revanche des lustres qu\u2019ils n\u2019avaient \u00e9t\u00e9 montr\u00e9s au cin\u00e9ma. L\u2019auteur de ces lignes peut t\u00e9moigner qu\u2019au cours de ces trente derni\u00e8res ann\u00e9es il ne garde le souvenir d\u2019aucune salle montrant un film de Pagnol<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0(<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2026\/01\/BURDEAU\/69129#nb25-1\" class=\"spip_note\" rel=\"appendix\" title=\"Deux coffrets sont sortis en 2025 chez CMF-MPC\u00a0: Pagnol et Raimu \u2014 qui\u00a0(\u2026)\" id=\"nh25-1\">1<\/a>)<\/span><small class=\"fine\">\u00a0<\/small>!<\/p>\n<p>Ce cin\u00e9ma \u00e9tait donc devenu invisible. Oubli\u00e9<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>? Presque. Deux ou trois choses demeuraient sues. La Nouvelle Vague avait v\u00e9n\u00e9r\u00e9 Pagnol. Roberto Rossellini avait reconnu en <i>Jofroi<\/i> \u2014 d\u2019apr\u00e8s une br\u00e8ve nouvelle tir\u00e9e du recueil <i>Solitude de la piti\u00e9 de Giono<\/i> \u2014 l\u2019origine v\u00e9ritable du n\u00e9or\u00e9alisme. Jean Renoir avait tourn\u00e9 <i>Toni<\/i> (1935) avec une \u00e9quipe et une inspiration venues de Pagnol. On continuait de l\u2019adapter, des \u00c9tats-Unis au Japon, de Claude Berri dans les ann\u00e9es\u00a01980 \u00e0 Daniel Auteuil au d\u00e9but des ann\u00e9es\u00a02010. Pagnol n\u2019\u00e9tait donc pas oubli\u00e9. Mais il semblait appartenir \u00e0 des traditions et \u00e0 des mani\u00e8res d\u2019un autre temps, populaires, r\u00e9gionales et, peut-\u00eatre, quelque peu r\u00e9actionnaires.<\/p>\n<figure class=\"spip_document_41446 spip_documents spip_documents_right\" style=\"float:right; width:200px;\">\n<div class=\"limage\">\n<p>\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/\/local\/cache-vignettes\/L200xH323\/fernandel-a8fa8.jpg?1766062636\" width=\"200\" height=\"323\" class=\"spip_logos\" alt=\"JPEG - 30.7\u00a0kio\"\/><\/p><\/div><figcaption>\n<\/figcaption><\/figure>\n<p>On savait moins, en revanche, que, d\u00e8s son av\u00e8nement, Pagnol avait pris fait et cause pour le parlant, allant jusqu\u2019\u00e0 cr\u00e9er, en 1933, une revue d\u00e9volue \u00e0 sa d\u00e9fense, <i>Les Cahiers du film.<\/i> De f\u00e9roces pol\u00e9miques firent alors rage. On accusa Pagnol de tout, de vouloir s\u2019enrichir encore, de ne rien comprendre au cin\u00e9ma, d\u2019ignorer l\u2019ellipse\u2026 Car ce qu\u2019on savait le mieux, \u00e0 propos de Pagnol, avait trait \u00e0 cela, la parole, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment au privil\u00e8ge exorbitant que lui accorde son cin\u00e9ma. Aucun cin\u00e9ma, en effet, ne parle comme celui de Pagnol. M\u00eame les films de Sacha Guitry n\u2019en \u00e9galent pas \u00e0 cet \u00e9gard la folie, l\u2019ivresse, le comique. Comment fonctionne la parole pagnolienne<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>? De deux fa\u00e7ons peut-\u00eatre. D\u2019une part \u2014 \u00e0 la diff\u00e9rence de la fonction qu\u2019elle a par exemple chez Renoir\u00a0\u2014, elle ne sert pas chez lui \u00e0 marquer l\u2019\u00e9cart entre personnage et personne, \u00eatre social et \u00eatre r\u00e9el. Elle appara\u00eet comme le moyen dont chacun use \u2014 abuse \u2014 pour se pr\u00e9senter comme absolument ad\u00e9quat \u00e0 la place que la soci\u00e9t\u00e9 lui assigne. Le boulanger comme l\u2019instituteur, le bistrot comme le \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>schpountz<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb, tous revendiquent ce qu\u2019ils sont.<\/p>\n<p>La parole, d\u2019autre part, ne sert pas \u00e0 nommer le r\u00e9el. Ou si peu. Le rapport qu\u2019elle entretient avec le monde mat\u00e9riel reste vague et comme indiff\u00e9rent. La parole permet plut\u00f4t de construire, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de celui-ci, un autre monde qui ne vit que par elle. Elle promet ou elle menace. Jette des sorts ou voue aux g\u00e9monies. Imagine, affabule, d\u00e9lire. Un restaurateur refuse, au nom de l\u2019amour qu\u2019il a pour son m\u00e9tier, de faire la cuisine <i>(Cigalon).<\/i> Un paysan, \u00e0 force d\u2019annoncer qu\u2019il va se tuer, s\u00e8me la panique dans son village <i>(Jofroi).<\/i> Un cur\u00e9 terrorise ses ouailles par le r\u00e9cit \u2014 invent\u00e9 \u2014 d\u2019un r\u00eave litt\u00e9ralement infernal (<i>Le Cur\u00e9 de Cucugnan,<\/i> 1968). Loin de pr\u00e9parer une action, le monologue pagnolien s\u2019y substitue. Son aberrante logique, \u00e0 la fois d\u00e9licieuse et vertigineuse \u00e0 suivre, en tient int\u00e9gralement lieu.<\/p>\n<p>Tel serait donc l\u2019\u00e9v\u00e9nement\u00a0: celui d\u2019une parole en \u00e9quilibre entre plein et vide, adh\u00e9rence et envol\u00e9e, actuel et virtuel.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<p><br \/>\n<br \/><a href=\"https:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2026\/01\/BURDEAU\/69129\" target=\"_blank\"\">Source link <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des films sortent, des films ressortent. Un \u00e9v\u00e9nement, parfois, se produit. C\u2019est plus rare qu\u2019on ne le dit. 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