{"id":22740,"date":"2026-01-21T01:10:57","date_gmt":"2026-01-21T00:10:57","guid":{"rendered":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/2026\/01\/21\/en-tunisie-lextractivisme-asphyxie-la-ville-de-gabes-par-hela-yousfi-le-monde-diplomatique-janvier-2026\/"},"modified":"2026-01-21T01:10:57","modified_gmt":"2026-01-21T00:10:57","slug":"en-tunisie-lextractivisme-asphyxie-la-ville-de-gabes-par-hela-yousfi-le-monde-diplomatique-janvier-2026","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/2026\/01\/21\/en-tunisie-lextractivisme-asphyxie-la-ville-de-gabes-par-hela-yousfi-le-monde-diplomatique-janvier-2026\/","title":{"rendered":"En Tunisie, l\u2019extractivisme asphyxie la ville de Gab\u00e8s, par H\u00e8la Yousfi (Le Monde diplomatique, janvier 2026)"},"content":{"rendered":"<p> <br \/>\n<\/p>\n<div couleurfade=\"eaebe6\" couleurclaire=\"e8eae0\" couleurpale=\"dae5b2\" couleurmi=\"717a51\" couleurfoncee=\"606e2a\" couleursombre=\"1c1e14\" couleurfond=\"54564c\" couleurtexte=\"ffffff\">\n<figure class=\"spip_document_41577 spip_documents spip_documents_center xl\" style=\"width:890px;\">\n<div class=\"limage\">\n<p>\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/\/local\/cache-vignettes\/L890xH501\/labess8-810f3.jpg?1768576626\" width=\"890\" height=\"501\" class=\"spip_logos\" alt=\"JPEG - 47.7\u00a0kio\"\/><\/p><\/div><figcaption>\n<p>Image extraite de \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u201cGab\u00e8s Labess\u201d &#8211; Tout va bien \u00e0 Gab\u00e8s<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb, de Habib Ayeb (5\/5 Productions, Les Productions de l\u2019Amaru, 2014). <\/p>\n<\/figcaption><\/figure>\n<p><span class=\"mot-lettrine\"><span class=\"lettrine\">L<\/span>e<\/span> 10\u00a0octobre 2025, la ville de Gab\u00e8s s\u2019est r\u00e9veill\u00e9e dans l\u2019horreur. Une fuite de gaz toxique dans une usine du Groupe chimique tunisien (GCT) a provoqu\u00e9 l\u2019hospitalisation de plus de cent vingt personnes, dont de nombreux enfants, en d\u00e9tresse respiratoire. Les images d\u2019\u00e9coliers suffoquant dans les salles de classe, masque sur le visage et yeux en larmes, ont boulevers\u00e9 le pays<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0(<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2026\/01\/YOUSFI\/69227#nb1\" class=\"spip_note\" rel=\"appendix\" title=\"Driss Rejichi, \u00ab\u00a0Tunisie\u00a0: autour de l\u2019usine de phosphates de Gab\u00e8s, le\u00a0(\u2026)\" id=\"nh1\">1<\/a>)<\/span>. Cet \u00e9pisode tragique n\u2019est pas un accident isol\u00e9\u00a0: il r\u00e9v\u00e8le l\u2019aboutissement d\u2019un demi-si\u00e8cle d\u2019exploitation \u00e9conomique, de pollution industrielle, d\u2019abandon politique et d\u2019injustice environnementale. En quelques heures, la col\u00e8re a explos\u00e9. Les habitants ont d\u00e9fil\u00e9 dans les rues aux cris de \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>L\u2019air n\u2019est pas \u00e0 vendre<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb, \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Le peuple veut d\u00e9manteler les unit\u00e9s<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0(<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2026\/01\/YOUSFI\/69227#nb2\" class=\"spip_note\" rel=\"appendix\" title=\"Les unit\u00e9s polluantes de la GCT.\" id=\"nh2\">2<\/a>)<\/span> et \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Gab\u00e8s veut vivre<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb. La cit\u00e9 c\u00f4ti\u00e8re s\u2019est ainsi transform\u00e9e en un foyer de contestation radicale contre un mod\u00e8le de d\u00e9veloppement qui sacrifie la vie humaine au nom du profit.<\/p>\n<p>Cet \u00e9v\u00e9nement dramatique braque un projecteur sur l\u2019une des facettes les plus sombres du capitalisme extractiviste, h\u00e9rit\u00e9 de la p\u00e9riode coloniale et consolid\u00e9 par la mondialisation n\u00e9olib\u00e9rale. Gab\u00e8s, seule oasis c\u00f4ti\u00e8re de la M\u00e9diterran\u00e9e, est aujourd\u2019hui le symbole d\u2019une industrialisation toxique qui d\u00e9truit les \u00e9cosyst\u00e8mes tout en alimentant les \u00e9conomies du Nord. Derri\u00e8re l\u2019empoisonnement de ses habitants se cache une cha\u00eene de d\u00e9pendance mondiale, de division internationale o\u00f9 s\u2019entrem\u00ealent int\u00e9r\u00eats industriels, complicit\u00e9s politiques et pacte n\u00e9ocolonial entre les \u00e9lites tunisiennes et les \u00e9lites europ\u00e9ennes, notamment \u00e0 travers le r\u00f4le central de la France et du groupe breton Roullier.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">Le phosphate, pivot d\u2019un pacte colonial extractiviste<\/h3>\n<p>Depuis le XIX\u1d49 si\u00e8cle, le capitalisme colonial extractiviste s\u2019est impos\u00e9 en Afrique du Nord comme l\u2019un des piliers de la domination coloniale. Con\u00e7u pour r\u00e9pondre aux besoins \u00e9nerg\u00e9tiques et agricoles des m\u00e9tropoles europ\u00e9ennes, ce syst\u00e8me repose sur la marchandisation de la nature et la privatisation des ressources<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0(<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2026\/01\/YOUSFI\/69227#nb3\" class=\"spip_note\" rel=\"appendix\" title=\"Cf. Hamza Hamouchen,\u00a0Extractivisme et r\u00e9sistance en Afrique du Nord,\u00a0(\u2026)\" id=\"nh3\">3<\/a>)<\/span>. L\u2019exploitation des phosphates du Maghreb (Tunisie, Maroc, et dans une moindre mesure Alg\u00e9rie) s\u2019inscrit dans la logique d\u2019un pacte colonial, c\u2019est-\u00e0-dire une organisation \u00e9conomique o\u00f9 les colonies produisent et exportent des mati\u00e8res premi\u00e8res vers la m\u00e9tropole \u00e0 bas prix, tandis qu\u2019elles importent les produits transform\u00e9s. Dans le cadre de ce pacte, l\u2019exploitation des phosphates tunisiens, domin\u00e9e par la Compagnie des phosphates et du chemin de fer de Gafsa, illustre la subordination \u00e9conomique du pays \u00e0 la France. Entre 25<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>% et 40<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>% des exportations tunisiennes provenaient de ce secteur, essentiellement tourn\u00e9 vers l\u2019Hexagone. Le mod\u00e8le repose sur une logique d\u2019extraction sans transformation locale\u00a0: la Tunisie fournit la mati\u00e8re premi\u00e8re brute \u00e0 bas prix, tandis que la valeur ajout\u00e9e est capt\u00e9e en m\u00e9tropole. Cette sp\u00e9cialisation forc\u00e9e a emp\u00each\u00e9 toute industrialisation r\u00e9elle, enfermant le pays dans une d\u00e9pendance structurelle o\u00f9 le capital, la technologie et les circuits commerciaux restaient entre des mains fran\u00e7aises.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s 1945, cette logique se prolonge sous couvert de modernisation \u00e9conomique. Les plans fran\u00e7ais de d\u00e9veloppement pour l\u2019Afrique du Nord visent officiellement \u00e0 am\u00e9liorer les infrastructures et le niveau de vie, mais ils servent avant tout les besoins \u00e9nerg\u00e9tiques et agricoles de la France. Les grandes entreprises et banques m\u00e9tropolitaines (Paribas, Schneider, Saint-Gobain, Pechiney) contr\u00f4lent toute la fili\u00e8re, du financement \u00e0 l\u2019exportation. M\u00eame apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance, la nationalisation progressive du secteur n\u2019a pas rompu cette d\u00e9pendance<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0(<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2026\/01\/YOUSFI\/69227#nb4\" class=\"spip_note\" rel=\"appendix\" title=\"Cf. Samir Saul, Int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques fran\u00e7ais et d\u00e9colonisation de l\u2019Afrique\u00a0(\u2026)\" id=\"nh4\">4<\/a>)<\/span>. La Tunisie est rest\u00e9e ins\u00e9r\u00e9e dans une cha\u00eene de valeur mondiale o\u00f9 l\u2019exportation du phosphate vers la France et l\u2019Europe continuait de structurer ses \u00e9changes et de limiter son autonomie \u00e9conomique\u00a0: les ressources \u00e9taient extraites pour l\u2019ext\u00e9rieur, pendant que les zones mini\u00e8res demeuraient pauvres, marginalis\u00e9es et pollu\u00e9es.<\/p>\n<p>Ce sch\u00e9ma s\u2019est perp\u00e9tu\u00e9 plus tard sous une forme n\u00e9olib\u00e9rale. L\u2019\u00c9tat tunisien, sous pression des institutions financi\u00e8res internationales, favorise alors les investissements \u00e9trangers et la lib\u00e9ralisation des terres, entra\u00eenant une intensification de l\u2019accaparement foncier. Les petits agriculteurs et les communaut\u00e9s rurales sont d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s de leurs moyens de subsistance, tandis que les multinationales et les \u00e9lites locales captent les profits. Ce processus d\u2019accumulation par d\u00e9possession a affaibli les solidarit\u00e9s communautaires, d\u00e9truit les syst\u00e8mes de gestion collective de l\u2019eau et aggrav\u00e9 les in\u00e9galit\u00e9s r\u00e9gionales<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0(<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2026\/01\/YOUSFI\/69227#nb5\" class=\"spip_note\" rel=\"appendix\" title=\"Cf. Safouan Azouzi, \u00ab\u00a0(Reflextion) on design as\/for common(s). Decolonial\u00a0(\u2026)\" id=\"nh5\">5<\/a>)<\/span>. Ici, une d\u00e9finition et un constat s\u2019imposent. L\u2019extractivisme n\u2019est pas seulement une logique \u00e9conomique, il est aussi \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>n\u00e9cropolitique<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb. Il transforme la nature en marchandise et la vie en ressource \u00e0 exploiter. En Tunisie, cette logique s\u2019exprime \u00e0 travers la concentration industrielle dans des r\u00e9gions p\u00e9riph\u00e9riques comme Gafsa, Sfax ou Gab\u00e8s, o\u00f9 les populations paient le prix \u00e9cologique et sanitaire d\u2019un mod\u00e8le qui les marginalise. Cette asym\u00e9trie \u00e9conomique traduit la continuit\u00e9 d\u2019un rapport colonial\u00a0: les pays du Nord consomment les produits finis, pendant que le Sud supporte les d\u00e9chets, la pollution et la maladie.<\/p>\n<p>Ainsi, les phosphates maghr\u00e9bins nourrissent la productivit\u00e9 agricole du Nord, tandis que les populations locales voient leur propre souverainet\u00e9 alimentaire, \u00e9cologique et politique compromise. Ce d\u00e9s\u00e9quilibre, traduit un transfert de vitalit\u00e9\u00a0: l\u2019Europe se fait fertile gr\u00e2ce \u00e0 la st\u00e9rilisation sociale et \u00e9cologique du Maghreb. En ce sens, l\u2019extractivisme devient un outil de gouvernement, non seulement des territoires, mais des possibilit\u00e9s de vie\u00a0: il r\u00e9gule la reproduction sociale, d\u00e9cide de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la sant\u00e9, \u00e0 l\u2019eau, \u00e0 la terre, et fabrique un ordre g\u00e9opolitique o\u00f9 la survie des populations locales est tol\u00e9r\u00e9e, mais non garantie.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">Gab\u00e8s\u00a0: l\u2019oasis sacrifi\u00e9e du capitalisme extractiviste colonial<\/h3>\n<p>Gab\u00e8s, jadis oasis maritime unique au monde <i>(lire \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small><a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2026\/01\/BRESILLON\/69226\" class=\"spip_in\">\u00c0 Gab\u00e8s, le dilemme insoluble de la pollution ou du ch\u00f4mage<\/a><small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb),<\/i> incarne tragiquement les cons\u00e9quences de ce mod\u00e8le mortif\u00e8re. Depuis 1972, l\u2019installation du GCT a transform\u00e9 la r\u00e9gion en zone industrielle pollu\u00e9e. Chaque jour, entre dix mille et quinze mille tonnes de phosphogypse \u2014\u00a0un r\u00e9sidu toxique contenant des m\u00e9taux lourds et des substances radioactives\u00a0\u2014 sont d\u00e9vers\u00e9es dans la M\u00e9diterran\u00e9e, en plus des phosphates et acides qui s\u2019\u00e9chappent dans l\u2019air<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0(<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2026\/01\/YOUSFI\/69227#nb6\" class=\"spip_note\" rel=\"appendix\" title=\"Cf. Mounir Berrich, \u00ab\u00a0Aspects de climat urbain et qualit\u00e9 de l\u2019air \u00e0 Gab\u00e8s\u00a0(\u2026)\" id=\"nh6\">6<\/a>)<\/span>. Cette pollution a transform\u00e9 Gab\u00e8s en <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>petit Tchernobyl tunisien<\/i><span class=\"spip_note_ref\">\u00a0(<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2026\/01\/YOUSFI\/69227#nb7\" class=\"spip_note\" rel=\"appendix\" title=\"Zo\u00e9 Vernin, \u00ab\u00a0Gab\u00e8s\u00a0: \u201cLa petite Tchernobyl de Tunisie\u201d revendique son droit\u00a0(\u2026)\" id=\"nh7\">7<\/a>)<\/span><i><small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb.<\/i> La mer autrefois poissonneuse est devenue st\u00e9rile<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>; plus de 90<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>% de la biodiversit\u00e9 marine locale a disparu. La crise \u00e9cologique et sociale issue de la surexploitation du phosphate produit ainsi un r\u00e9gime de mort lente\u00a0: ch\u00f4mage, maladies, d\u00e9sertification, migrations forc\u00e9es<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0(<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2026\/01\/YOUSFI\/69227#nb8\" class=\"spip_note\" rel=\"appendix\" title=\"Cf. Maha Abdelhamid, \u00ab\u00a0Les transformations socio-spatiales des oasis de\u00a0(\u2026)\" id=\"nh8\">8<\/a>)<\/span>.<\/p>\n<p>Par l\u2019entremise du Groupe Rouiller, bas\u00e9 \u00e0 Saint-Malo, la France occupe une place centrale dans cette cha\u00eene de d\u00e9pendance que subit la Tunisie et notamment la r\u00e9gion mini\u00e8re incluant Gab\u00e8s, Gafsa et Sfax. Sa filiale Phosphea s\u2019approvisionne directement aupr\u00e8s du GCT pour produire des compl\u00e9ments alimentaires et des engrais utilis\u00e9s massivement dans l\u2019agriculture fran\u00e7aise<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0(<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2026\/01\/YOUSFI\/69227#nb9\" class=\"spip_note\" rel=\"appendix\" title=\"Cf. \u00c9lodie Gu\u00e9guen, \u00ab\u00a0Derri\u00e8re les engrais en France, une ville sacrifi\u00e9e en\u00a0(\u2026)\" id=\"nh9\">9<\/a>)<\/span>. Si Roullier affirme ne pas produire de phosphogypse, son activit\u00e9 d\u00e9pend enti\u00e8rement de cette industrie polluante. Ainsi, la pollution de Gab\u00e8s n\u2019est pas une trag\u00e9die isol\u00e9e\u00a0: elle est le revers du mod\u00e8le agricole europ\u00e9en dont le maintien d\u00e9pend de la destruction de l\u2019environnement au sud de la M\u00e9diterran\u00e9e. En important des engrais issus de la transformation du phosphate tunisien, la France externalise sa pollution vers la Tunisie. Les profits circulent vers le Nord, les d\u00e9chets et destructions qui en r\u00e9sultent demeurent dans le Sud. Le silence des autorit\u00e9s fran\u00e7aises et europ\u00e9ennes, malgr\u00e9 l\u2019ampleur du d\u00e9sastre \u00e9cologique, r\u00e9v\u00e8le une complicit\u00e9 structurelle. L\u2019Union europ\u00e9enne promeut un \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>pacte vert<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb sur son territoire tout en fermant les yeux sur les crimes environnementaux commis \u00e0 ses marges<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0(<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2026\/01\/YOUSFI\/69227#nb10\" class=\"spip_note\" rel=\"appendix\" title=\"Allan Henry et Cl\u00e9ment Brelet, \u00ab\u00a0Dans l\u2019enfer des engrais import\u00e9s -\u00a0(\u2026)\" id=\"nh10\">10<\/a>)<\/span>. Gab\u00e8s devient ainsi un miroir invers\u00e9 de la pr\u00e9dation europ\u00e9enne\u00a0: pendant que le Nord se verdit, le Sud \u00e9touffe.<\/p>\n<figure class=\"spip_document_41575 spip_documents spip_documents_center xl\" style=\"width:890px;\">\n<div class=\"limage\">\n<p>\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/\/local\/cache-vignettes\/L890xH501\/labess3-fd8a2.jpg?1768576626\" width=\"890\" height=\"501\" class=\"spip_logos\" alt=\"JPEG - 113.6\u00a0kio\"\/><\/p><\/div><figcaption>\n<p>Image extraite de \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u201cGab\u00e8s Labess\u201d &#8211; Tout va bien \u00e0 Gab\u00e8s<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb, de Habib Ayeb (5\/5 Productions, Les Productions de l\u2019Amaru, 2014).<\/p>\n<\/figcaption><\/figure>\n<p>Face \u00e0 la crise actuelle du capitalisme dans les pays occidentaux, le syst\u00e8me renoue avec les m\u00e9canismes fondamentaux de l\u2019imp\u00e9rialisme<i> <\/i>occidental\u00a0: conqu\u00eate, spoliation, d\u00e9pendance ou g\u00e9nocide. Gaza ou Gab\u00e8s r\u00e9v\u00e8lent chacune, \u00e0 leur mani\u00e8re, comment les p\u00e9riph\u00e9ries servent de laboratoires militaro-industriels o\u00f9 les puissances exp\u00e9rimentent des modes de contr\u00f4le militaires, \u00e9conomiques et d\u00e9sormais g\u00e9nocidaires avant de les g\u00e9n\u00e9raliser.<\/p>\n<p>Comme \u00e0 la fin du XIX\u1d49 si\u00e8cle, l\u2019accumulation du capital d\u00e9pend \u00e0 nouveau de l\u2019expansion forc\u00e9e des zones de pillage \u2014\u00a0mati\u00e8res premi\u00e8res, terres rares, m\u00e9taux pr\u00e9cieux, main-d\u2019\u0153uvre bon march\u00e9\u00a0\u2014,\u00a0principalement situ\u00e9es dans les pays du Sud. Ce processus actualise ce que Rosa Luxemburg appelait la <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>subsomption du monde non capitaliste<\/i><span class=\"spip_note_ref\">\u00a0(<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2026\/01\/YOUSFI\/69227#nb11\" class=\"spip_note\" rel=\"appendix\" title=\"Rosa Luxemburg, L\u2019Accumulation du capital. Contribution \u00e0 l\u2019explication\u00a0(\u2026)\" id=\"nh11\">11<\/a>)<\/span><i><small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb, <\/i>c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019int\u00e9gration violente de tous les espaces r\u00e9siduels dans la r\u00e9alisation de la plus-value, essentielle \u00e0 la survie du capitalisme. Dans ce mode imp\u00e9rial d\u2019habiter la terre<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0(<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2026\/01\/YOUSFI\/69227#nb12\" class=\"spip_note\" rel=\"appendix\" title=\"Cf. Ulrich Brand et Markus Wissen, The Imperial Mode of Living\u00a0: Everyday\u00a0(\u2026)\" id=\"nh12\">12<\/a>)<\/span>, ce sont les int\u00e9r\u00eats du capitalisme fossile qui d\u00e9terminent qui peut vivre et qui peut mourir \u2014\u00a0non seulement par la violence directe, mais aussi en assignant certaines populations \u00e0 des espaces de mort lente. Gab\u00e8s illustre cette \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>n\u00e9cropolitique<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb environnementale, une population maintenue dans un territoire toxique o\u00f9 respirer s\u2019apparente \u00e0 un privil\u00e8ge.<\/p>\n<p>La dimension \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>n\u00e9cropolitique<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb de cet extractivisme r\u00e9side \u00e9galement dans la fa\u00e7on dont il est administr\u00e9 par l\u2019\u00c9tat postcolonial<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>; la ressource reste sacr\u00e9e, la vie des populations des zones mini\u00e8res est quant \u00e0 elle n\u00e9gociable. En cherchant \u00e0 pr\u00e9server la rente mini\u00e8re en Tunisie, les gouvernements successifs continuent d\u2019exercer un pouvoir de vie et de mort sur ces populations. \u00c0 titre d\u2019illustration, sous la dictature de Zine El-Abidine Ben Ali (1987-2011), il \u00e9tait interdit d\u2019\u00e9voquer ces crimes environnementaux. La pollution \u00e9tait alors pr\u00e9sent\u00e9e comme le prix in\u00e9vitable du d\u00e9veloppement. Aujourd\u2019hui encore, ce syst\u00e8me reproduit la logique du centre et de la p\u00e9riph\u00e9rie.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">Octobre 2025, Gab\u00e8s\u00a0: nouveau tournant du cycle protestataire tunisien<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>?<\/h3>\n<p>La catastrophe du 10\u00a0octobre 2025 a agi comme un \u00e9lectrochoc. Le 21\u00a0octobre, la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 Gab\u00e8s, lanc\u00e9e sur appel de l\u2019Union g\u00e9n\u00e9rale tunisienne du travail (UGTT), paralyse la ville\u00a0: \u00e9coles, commerces et administrations ferment leurs portes<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0(<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2026\/01\/YOUSFI\/69227#nb13\" class=\"spip_note\" rel=\"appendix\" title=\"Jean-Luc Eyguesier et Anne-Sophie Pieri, \u00ab\u00a0\u201cRespirer est un droit\u201d\u00a0: gr\u00e8ve\u00a0(\u2026)\" id=\"nh13\">13<\/a>)<\/span>. Le m\u00eame jour, une marche d\u2019une ampleur in\u00e9dite rassemble plusieurs milliers d\u2019habitants dont des avocats, des enseignants, des p\u00eacheurs et des familles enti\u00e8res, scandant\u00a0: \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>La sant\u00e9 est un droit, respirer est un droit<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>!<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb, et portant une revendication claire et unitaire\u00a0: \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Le peuple veut le d\u00e9mant\u00e8lement des unit\u00e9s [polluantes de la GCT].<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/p>\n<p>Cette mobilisation n\u2019est pas la premi\u00e8re dans son genre<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>; de longue date, des mobilisations citoyennes et \u00e9cologistes ont d\u00e9nonc\u00e9 \u00e0 Gab\u00e8s les effets de l\u2019extractivisme et r\u00e9clam\u00e9 la justice environnementale<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0(<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2026\/01\/YOUSFI\/69227#nb14\" class=\"spip_note\" rel=\"appendix\" title=\"Safouan Azouzi, op.\u00a0cit.\" id=\"nh14\">14<\/a>)<\/span>. Apr\u00e8s la chute du r\u00e9gime de Ben\u00a0Ali, en janvier\u00a02011, de nombreuses organisations ont vu le jour, telles que SOS\u00a0Environnement Gab\u00e8s, Gab\u00e8s Action, ou encore le collectif embl\u00e9matique Stop Pollution, qui structure la mobilisation et dispose d\u2019une page Facebook pour informer de ses actions. Face aux propositions insuffisantes du gouvernement \u2014\u00a0d\u00e9placement ou recyclage du phosphogypse\u00a0\u2014, le mouvement citoyen de Gab\u00e8s conclut qu\u2019un d\u00e9mant\u00e8lement complet et une relocalisation des sites de production sont les seules solutions acceptables. En juin\u00a02017, sous la pression populaire, le gouvernement tunisien annonce la cessation imm\u00e9diate des rejets de phosphogypse en mer, la fermeture des unit\u00e9s polluantes du GCT et la cr\u00e9ation d\u2019une nouvelle zone industrielle conforme aux normes environnementales internationales<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0(<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2026\/01\/YOUSFI\/69227#nb15\" class=\"spip_note\" rel=\"appendix\" title=\"Cf. \u00ab\u00a0Le 30 Juin 2017 \u00e0 Gab\u00e8s\u00a0: de la marche contre la pollution \u00e0 la\u00a0(\u2026)\" id=\"nh15\">15<\/a>)<\/span>. Historiques, ces d\u00e9cisions sont rest\u00e9es lettre morte. Les responsables du complexe chimique et le minist\u00e8re de l\u2019\u00e9nergie ont exprim\u00e9 leurs r\u00e9ticences, invoquant le co\u00fbt \u00e9lev\u00e9 de la transition. Les promesses de relocalisation n\u2019ont donc jamais \u00e9t\u00e9 concr\u00e9tis\u00e9es.<\/p>\n<figure class=\"spip_document_41578 spip_documents spip_documents_center xl\" style=\"width:890px;\">\n<div class=\"limage\">\n<p>\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/\/local\/cache-vignettes\/L890xH501\/labess5-29340.jpg?1768576626\" width=\"890\" height=\"501\" class=\"spip_logos\" alt=\"JPEG - 42\u00a0kio\"\/><\/p><\/div><figcaption>\n<p>Image extraite de \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u201cGab\u00e8s Labess\u201d &#8211; Tout va bien \u00e0 Gab\u00e8s<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb, de Habib Ayeb (5\/5 Productions, Les Productions de l\u2019Amaru, 2014). <\/p>\n<\/figcaption><\/figure>\n<p>Depuis la fin des ann\u00e9es\u00a02000, les mobilisations r\u00e9gionales en Tunisie constituent un barom\u00e8tre des tensions sociales, \u00e9conomiques et environnementales du pays. La r\u00e9volte du bassin minier de Gafsa en 2008, souvent consid\u00e9r\u00e9e comme un pr\u00e9lude \u00e0 la r\u00e9volution de 2011<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0(<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2026\/01\/YOUSFI\/69227#nb16\" class=\"spip_note\" rel=\"appendix\" title=\"Cf. L\u2019UGTT, une passion tunisienne. Enqu\u00eate sur les syndicalistes en\u00a0(\u2026)\" id=\"nh16\">16<\/a>)<\/span>, puis la mobilisation \u00e9cologique de Gab\u00e8s en 2025, repr\u00e9sentent deux moments-cl\u00e9s de la contestation sociale et politique dans les marges industrielles tunisiennes. Si ces deux \u00e9v\u00e9nements, s\u00e9par\u00e9s par plus de quinze ans, convergent dans leur d\u00e9nonciation d\u2019un mod\u00e8le de d\u00e9veloppement in\u00e9galitaire fond\u00e9 sur l\u2019exploitation des ressources et la marginalisation des populations locales, il est important de souligner la sp\u00e9cificit\u00e9 de ce nouveau cycle protestataire ouvert par la col\u00e8re de Gab\u00e8s.<\/p>\n<p>Cette mobilisation constitue une rupture majeure dans l\u2019histoire r\u00e9cente des mouvements sociaux tunisiens. Alors que les mouvements sociaux de Gafsa de 2008 et de l\u2019apr\u00e8s-2011 portaient principalement sur la d\u00e9nonciation de la marginalisation r\u00e9gionale, du ch\u00f4mage et de la corruption, celui de Gab\u00e8s se distingue par un cadre politique nouveau, o\u00f9 l\u2019\u00e9cologie devient un vecteur de justice sociale et territoriale. Autre singularit\u00e9, le mouvement d\u00e9passe les clivages sociaux et g\u00e9n\u00e9rationnels\u00a0: il rassemble militants \u00e9cologistes, syndicalistes de l\u2019UGTT, \u00e9tudiants et supporters de football en un front social in\u00e9dit. Cette convergence, rare dans le paysage tunisien militant largement fragment\u00e9, explique l\u2019ampleur des manifestations. Elle traduit la d\u00e9sillusion \u00e0 l\u2019\u00e9gard du pr\u00e9sident Ka\u00efs Sa\u00efed, \u00e0 qui l\u2019on reproche d\u2019avoir trahi ses promesses vis-\u00e0-vis de Gab\u00e8s, qu\u2019il avait pourtant qualifi\u00e9e de <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>ville martyre<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i> le 14\u00a0mars\u00a02021<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0(<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2026\/01\/YOUSFI\/69227#nb17\" class=\"spip_note\" rel=\"appendix\" title=\"Cf. \u00ab\u00a0Ka\u00efs Sa\u00efed \u00e0 Gab\u00e8s\u00a0: Je dois assumer ma responsabilit\u00e9 dans ce qui\u00a0(\u2026)\" id=\"nh17\">17<\/a>)<\/span>. Elle dit aussi l\u2019urgence d\u2019une solution \u00e0 la politique d\u2019asphyxie de la r\u00e9gion.<\/p>\n<p>Le mouvement se distingue enfin par la radicalit\u00e9 de son refus. Il ne s\u2019agit plus de n\u00e9gocier des r\u00e9formes ou des compensations dans le cadre d\u2019un syst\u00e8me jug\u00e9 corrompu et \u00e9touffant, mais de rejeter en bloc un mod\u00e8le de d\u00e9veloppement destructeur. L\u00e0 o\u00f9 les soul\u00e8vements pr\u00e9c\u00e9dents donnaient lieu \u00e0 des slogans g\u00e9n\u00e9raux comme \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Le peuple veut la chute du r\u00e9gime<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb, Gab\u00e8s formule une revendication concr\u00e8te et irr\u00e9ductible, la fermeture pure et simple des unit\u00e9s polluantes. Ce d\u00e9placement traduit une nouvelle vision politique \u2014\u00a0la conscience que la transformation ne passe plus seulement par la conqu\u00eate du pouvoir, mais par le d\u00e9mant\u00e8lement des structures mat\u00e9rielles et institutionnelles d\u2019oppression qui menacent la vie m\u00eame. En ce sens, la lutte \u00e9cologique devient le prolongement d\u2019un processus r\u00e9volutionnaire tunisien qui continue \u00e0 explorer diff\u00e9rentes tactiques de lutte, en r\u00e9investissant et en r\u00e9inventant en permanence les voies qui permettent d\u2019exprimer la qu\u00eate de la dignit\u00e9 nationale.<\/p>\n<p>Cependant, le poids strat\u00e9gique du secteur phosphatier, vital pour les exportations et les finances publiques, rend le d\u00e9mant\u00e8lement rapide du complexe industriel improbable. L\u2019\u00c9tat, en crise budg\u00e9taire et d\u00e9pendant d\u2019investissements \u00e9trangers, privil\u00e9gie la relance \u00e9conomique et l\u2019exportation des phosphates et de ses d\u00e9riv\u00e9s au d\u00e9triment des exigences \u00e9cologiques. L\u2019appel \u00e0 la Chine pour r\u00e9parer le complexe chimique tunisien ne convainc pas\u00a0: la col\u00e8re persiste, et la lutte de Gab\u00e8s, qui a d\u00e9j\u00e0 pris une dimension nationale, pourrait se maintenir et se durcir si rien n\u2019est fait pour stopper cette politique d\u2019asphyxie et de mort. Le succ\u00e8s de la mobilisation de Gab\u00e8s d\u00e9pendra de la capacit\u00e9 de ses acteurs \u00e0 instaurer un nouveau rapport de forces politiques dans un paysage largement fragment\u00e9 par l\u2019affaiblissement des diff\u00e9rentes structures interm\u00e9diaires (partis politiques, syndicats, associations, etc.) pendant plusieurs d\u00e9cennies<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0(<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2026\/01\/YOUSFI\/69227#nb18\" class=\"spip_note\" rel=\"appendix\" title=\"Lire H\u00e8la Yousfi, \u00ab\u00a0En Tunisie, une reprise en main du pouvoir s\u00e9curitaire\u00a0?\u00a0(\u2026)\" id=\"nh18\">18<\/a>)<\/span>.<\/p>\n<p>Gab\u00e8s n\u2019est pas un cas isol\u00e9. Sa situation est l\u2019expression d\u2019une crise plan\u00e9taire qui pose une question fondamentale\u00a0: qui a le droit de respirer, de vivre et de d\u00e9cider de l\u2019usage de la terre<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>? L\u00e0 o\u00f9 le capitalisme extractiviste s\u00e9vit, les paysages sont empoisonn\u00e9s et les peuples d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s. Mais Gab\u00e8s montre aussi que la r\u00e9sistance est possible et la voix de sa population r\u00e9sonne comme un avertissement. Aucun progr\u00e8s durable ne peut se b\u00e2tir sur l\u2019asphyxie d\u2019un peuple.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<p><br \/>\n<br \/><a href=\"https:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2026\/01\/YOUSFI\/69227\" target=\"_blank\"\">Source link <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Image extraite de \u00ab\u00a0\u201cGab\u00e8s Labess\u201d &#8211; Tout va bien \u00e0 Gab\u00e8s\u00a0\u00bb, de Habib Ayeb (5\/5 Productions, Les Productions de l\u2019Amaru, 2014). 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