{"id":23142,"date":"2026-01-28T19:44:38","date_gmt":"2026-01-28T18:44:38","guid":{"rendered":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/2026\/01\/28\/une-autre-histoire-de-la-resistance-reflexions-de-fidel-castro\/"},"modified":"2026-01-28T19:44:38","modified_gmt":"2026-01-28T18:44:38","slug":"une-autre-histoire-de-la-resistance-reflexions-de-fidel-castro","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/2026\/01\/28\/une-autre-histoire-de-la-resistance-reflexions-de-fidel-castro\/","title":{"rendered":"Une autre histoire de la R\u00e9sistance (R\u00e9flexions de Fidel Castro)"},"content":{"rendered":"<p> <br \/>\n<\/p>\n<div style=\"word-wrap:break-word;\">\n<p>Ayant \u00e9voqu\u00e9 <a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.legrandsoir.info\/avec-eux-la-guerre-ne-se-fait-pas-en-dentelles-pas-plus-que-la-verite.html\">dans mon \u00e9crit pr\u00e9c\u00e9dent<\/a>, \u00e0 l\u2019occasion de la mort au combat de trente-deux Cubains du dernier cordon de d\u00e9fense de Nicol\u00e1s Maduro, le tragique \u00e9pisode de la Grenade envahie en novembre 1983 par les troupes de Reagan, j\u2019ai pens\u00e9 qu\u2019il serait int\u00e9ressant d\u2019en \u00e9voquer un autre o\u00f9 les combattants cubains se sont retrouv\u00e9s une fois de plus dans une situation de d\u00e9savantage et d\u2019in\u00e9galit\u00e9 militaire totale\u00a0: celui de Cangamba (Angola), en ao\u00fbt de cette m\u00eame ann\u00e9e, quelques mois avant, donc. Cette fois-l\u00e0, l\u2019ennemi direct n\u2019\u00e9tait pas les rambos \u00e9tasuniens, mais l\u2019arm\u00e9e sud-africaine et l\u2019UNITA, auxquelles les Cubains et les Angolais r\u00e9sist\u00e8rent du 2 au 12 ao\u00fbt sans laisser l\u2019ennemi aboutir \u00e0 ses fins. On ne parle plus gu\u00e8re de nos jours de cet exemple \u00e9tonnant d\u2019internationalisme militant. Alors, en ces temps sinistres que nous vivons, pourquoi ne pas rappeler que si, l\u2019apartheid s\u2019est effondr\u00e9 en Afrique du Sud, si Nelson Mandela a pu sortir de sa tombe de Robben Island, si la Namibie a acc\u00e9d\u00e9 \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance, etc., c\u2019est en grande partie, contrairement au discours \u00ab\u00a0officiel\u00a0\u00bb, non gr\u00e2ce aux pr\u00e9tendues sanctions contre Pretoria ou aux pressions de la \u00ab\u00a0communaut\u00e9 internationale\u00a0\u00bb, voire des USA, mais bel et bien parce que, quinze longues ann\u00e9es durant et au prix de plus de 2\u00a0000 tu\u00e9s, des internationalistes cubains ont vers\u00e9 leur sang en Angola et fait pi\u00e8ce, aux c\u00f4t\u00e9s des combattants angolais et namibiens, aux plans et projets de l\u2019Afrique du Sud, soutenue par l\u2019Occident.<\/p>\n<p>Une fois retir\u00e9 pour cause de maladie de la vie publique, Fidel \u00e9crit \u00e0 partir du 28 mars 2007 des \u00ab\u00a0r\u00e9flexions\u00a0\u00bb sur des faits de toutes sortes. Il en r\u00e9digera 424 jusqu\u2019au 8\u00a0octobre 2016, \u00e0 peine un mois et demi avant sa mort, la derni\u00e8re \u00e9tant intitul\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019incertaine destin\u00e9e de l\u2019esp\u00e8ce humaine\u00a0\u00bb (que dirait-il aujourd\u2019hui\u00a0!). Ce fut un bonheur de les traduire pendant toutes ces ann\u00e9es. (Pour les int\u00e9ress\u00e9s, elles apparaissent toutes en huit langues sur l\u2019excellent site que je recommande\u00a0: \u00ab\u00a0Fidel, soldat des id\u00e9es\u00a0\u00bb, <a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.fidelcastro.cu\/fr\" class=\"spip_out\" rel=\"external\">http:\/\/www.fidelcastro.cu\/fr<\/a> les R\u00e9flexions apparaissant sous la rubrique\u00a0: \u00ab\u00a0Articles\u00a0\u00bb.\u00a0)<\/p>\n<p>Les quatre qui apparaissent ci-dessous sont d\u2019octobre 2008. On y trouvera aussi le message de Fidel aux combattants de Cangamba en pleine action, qui a \u00e9t\u00e9, en fait, le point de d\u00e9part de mon envie de le faire conna\u00eetre (c\u2019est la m\u00eame attitude qu\u2019en janvier 2026\u00a0: se battre jusqu\u2019au bout) et les \u00ab\u00a0r\u00e9flexions\u00a0\u00bb de Ra\u00fal Castro apr\u00e8s avoir lu le livre cit\u00e9 ci-apr\u00e8s. Le message confirme la hauteur de vue de Fidel\u00a0(et de la R\u00e9volution cubaine)\u00a0; le second texte offre l\u2019image d\u2019un dirigeant r\u00e9volutionnaire trop caricatur\u00e9 par ses ennemis, et dont on trouvera ici un t\u00e9moignage fort diff\u00e9rent, tout empreint de sensibilit\u00e9 humaine et de profondeur. Au total, 18 Cubains perdirent la vie durant les op\u00e9rations de Cangamba.<\/p>\n<p>Alors que, selon des fonctionnaires anonymes consult\u00e9s par le <i>Wall Street Journal<\/i>, le fou furieux (car, quand on a vu son piteux spectacle de Davos, \u00e9cout\u00e9 jusqu\u2019au bout sans broncher \u2013 ce qui est encore plus piteux \u2013 par le richissime parterre \u00e0 ses pieds, c\u2019est bien ce qu\u2019il est) pense refaire le coup de Maduro et liquider le communisme \u00e0 Cuba d\u2019ici la fin de l\u2019ann\u00e9e, il serait bon que son \u00e2me damn\u00e9e (\u00e0 supposer qu\u2019il en ait une\u00a0!) de Narco Rubio se replonge dans l\u2019histoire de la R\u00e9volution cubaine avant de se lancer dans cette \u00e9quip\u00e9e.<\/p>\n<p>Face \u00e0 l\u2019odeur de ranci que d\u00e9gageait le parterre dont je viens de parler (malgr\u00e9 les v\u00eatements homme et femme haut de gamme, les lunettes dernier cri, les parfums parmi les plus cot\u00e9s de la plan\u00e8te, etc.), je vous invite \u00e0 vous \u00e9loigner de ces miasmes morbides, comme disait l\u2019autre, et prendre de l\u2019envol vers des hauteurs plus respirables\u2026<\/p>\n<p><strong>Jacques-Fran\u00e7ois Bonaldi<\/strong><\/p>\n<hr\/>\n<p><center><\/p>\n<h2 class=\"spip\">R\u00c9FLEXIONS DU COMPA\u00d1ERO FIDEL<\/h2>\n<p><\/center><center><strong>Kangamba<\/strong><\/center><\/p>\n<p><i>Kangamba<\/i> est l\u2019un des films les plus s\u00e9rieux et les plus dramatiques que j\u2019aie jamais vus*. En DVD, sur le petit \u00e9cran d\u2019un t\u00e9l\u00e9viseur. Il se peut que mon jugement soit influenc\u00e9 par des souvenirs ind\u00e9l\u00e9biles. Des centaines de milliers de compatriotes auront le privil\u00e8ge de le voir sur grand \u00e9cran.<\/p>\n<p>*Film cubain de 2008, r\u00e9alis\u00e9 par Rogelio Par\u00eds, produit par l\u2019Institut cubain de l\u2019art et de l\u2019industrie cin\u00e9matographiques (ICAIC). Bas\u00e9 sur les faits r\u00e9els de la bataille de Cangamba (1983, Angola).<\/p>\n<p>Les artistes ont fait un travail exceptionnel. J\u2019ai cru un instant que la production du film avait exig\u00e9 la participation des dizaines d\u2019Angolais. Du point de vue humain, on assiste \u00e0 des sc\u00e8nes qui se d\u00e9marquent radicalement de la fa\u00e7on m\u00e9prisante et raciste dont l\u2019imp\u00e9rialisme aborde traditionnellement les us et coutumes et les m\u0153urs africaines. Les images de maisons incendi\u00e9es par les projectiles que les dirigeants sud-africains fournirent \u00e0 une ethnie africaine pour la lancer contre ses fr\u00e8res angolais sont impossibles \u00e0 oublier.<\/p>\n<p>Ce qui s\u2019est pass\u00e9 sur ce champ de bataille o\u00f9 nos compatriotes aux c\u00f4t\u00e9s des Angolais ont r\u00e9alis\u00e9 cet exploit est vraiment bouleversant. Ils seraient tous morts sans leur r\u00e9sistance h\u00e9ro\u00efque.<\/p>\n<p>Ceux qui sont tomb\u00e9s ne sont pas tomb\u00e9s en vain. L\u2019arm\u00e9e sud-africaine avait \u00e9t\u00e9 vaincue en 1976 apr\u00e8s que Cuba eut d\u00e9p\u00each\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 42 000 combattants pour \u00e9viter que l\u2019ind\u00e9pendance pour laquelle le peuple fr\u00e8re angolais avait lutt\u00e9 si longtemps ne soit escamot\u00e9e par l\u2019invasion tra\u00eetresse du r\u00e9gime de l\u2019apartheid dont les soldats furent contraints de battre en retraite jusqu\u2019\u00e0 la fronti\u00e8re d\u2019o\u00f9 ils \u00e9taient partis\u00a0: leur colonie de Namibie.<\/p>\n<p>Peu apr\u00e8s la fin de cette guerre et alors que Cuba avait entrepris de retirer graduellement ses combattants sur pression des dirigeants sovi\u00e9tiques, les Sud-Africains recommenc\u00e8rent leurs incursions contre l\u2019Angola.<\/p>\n<p>La bataille de Cuito Cuanavale, quatre ans apr\u00e8s celle de Cangamba \u2013 dont c\u2019est la vraie orthographe \u2013 et le drame qui se d\u00e9roula \u00e0 cet endroit furent la cons\u00e9quence de la strat\u00e9gie erron\u00e9e des Sovi\u00e9tiques qui conseillaient le haut commandement angolais. Nous avions toujours \u00e9t\u00e9 partisans d\u2019interdire \u00e0 l\u2019arm\u00e9e de l\u2019apartheid d\u2019intervenir en Angola, de m\u00eame que nous l\u2019avions \u00e9t\u00e9, apr\u00e8s la victoire de 1976, d\u2019exiger en \u00e9change l\u2019ind\u00e9pendance de la Namibie.<\/p>\n<p>L\u2019URSS fournissait les armes\u00a0; nous, nous entra\u00eenions les combattants angolais et conseillions leurs brigades quasiment oubli\u00e9es qui se battaient contre les bandits de l\u2019UNITA, telle la 32e qui op\u00e9rait \u00e0 Cuanza, presque \u00e0 la limite centrale de l\u2019Est du pays.<\/p>\n<p>Nous refusions syst\u00e9matiquement de participer \u00e0 l\u2019offensive lanc\u00e9e presque tous les ans contre le poste de commandement hypoth\u00e9tique ou r\u00e9el de Jonas Savimbi, chef de cette organisation contre-r\u00e9volutionnaire, dans la lointaine pointe sud-est de l\u2019Angola, \u00e0 plus de mille kilom\u00e8tres de la capitale, par des brigades dot\u00e9es d\u2019\u00e9quipements sovi\u00e9tiques dernier cri \u2013 armes, chars et transports blind\u00e9s. Les soldats et officiers angolais \u00e9taient sacrifi\u00e9s inutilement \u00e0 peine avaient-ils p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 dans la profondeur du territoire ennemi, car c\u2019est alors qu\u2019intervenaient les forces de l\u2019air, l\u2019artillerie \u00e0 long port\u00e9e et les troupes sud-africaines.<\/p>\n<p>Cette fois-l\u00e0, ayant essuy\u00e9 de lourdes pertes, les brigades angolaises avaient recul\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 vingt kilom\u00e8tres de Cuito Cuanavale, une ancienne base a\u00e9rienne de l\u2019OTAN. C\u2019est alors que nous ordonn\u00e2mes pour notre compte \u00e0 nos troupes de d\u00e9p\u00eacher une brigade de chars afin d\u2019en finir une fois pour toutes avec les interventions des forces sud-africaines. Nous renfor\u00e7\u00e2mes nos troupes en Angola depuis Cuba\u00a0: des unit\u00e9s compl\u00e8tes, les armes et les moyens n\u00e9cessaires au succ\u00e8s de cette mission. Le chiffre de combattants d\u00e9passa cette fois-l\u00e0 55 000.<\/p>\n<p>La bataille de Cuito Cuanavale, engag\u00e9e en novembre 1987, se mena en combinaison avec les unit\u00e9s qui se d\u00e9pla\u00e7aient d\u00e9j\u00e0 vers la fronti\u00e8re namibienne o\u00f9 se d\u00e9roula la troisi\u00e8me action importante.<\/p>\n<p>Quand on tournera un autre film sur cette bataille, le cin\u00e9ma recueillera des \u00e9pisodes encore plus dramatiques et impressionnants que <i>Kangamba<\/i>, durant lesquels Cubains et Angolais firent preuve d\u2019un h\u00e9ro\u00efsme massif jusqu\u2019\u00e0 la d\u00e9faite humiliante de l\u2019apartheid.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 la fin de ces derni\u00e8res batailles que les combattants cubains furent sur le point d\u2019\u00eatre frapp\u00e9s, cette fois-ci aux c\u00f4t\u00e9s de leurs fr\u00e8res angolais, par les armes nucl\u00e9aires que l\u2019administration \u00e9tasunienne avait livr\u00e9es au r\u00e9gime ignominieux de l\u2019apartheid.<\/p>\n<p>Il serait bon de produire au moment opportun un troisi\u00e8me film de la cat\u00e9gorie de <i>Kangamba<\/i> que notre peuple peut voir maintenant dans les cin\u00e9mas du pays.<\/p>\n<p>En attendant, l\u2019Empire s\u2019enlise dans une crise \u00e9conomique sans pr\u00e9c\u00e9dent dans son histoire d\u00e9cadente, et Bush s\u2019\u00e9gosille dans des discours sans queue ni t\u00eate. C\u2019est de cela dont on parle le plus ces jours-ci.<\/p>\n<p><strong>Fidel Castro Ruz<\/strong><br class=\"autobr\"\/><br \/>\nLe 30 septembre 2008<br class=\"autobr\"\/><br \/>\n19 h 40<\/p>\n<p><center><strong>*****<\/strong><\/center><center><strong>LA V\u00c9RIT\u00c9 EN BATAILLE ET L\u2019OUVRAGE DE MART\u00cdN BLANDINO<\/strong> <\/center><center><strong>Premi\u00e8re partie<\/strong> <\/center><\/p>\n<p>Toute la presse internationale parle de l\u2019ouragan \u00e9conomique qui s\u2019abat sur le monde. Beaucoup le pr\u00e9sentent comme un ph\u00e9nom\u00e8ne nouveau. Pas pour nous\u00a0: c\u2019\u00e9tait pr\u00e9visible. Je pr\u00e9f\u00e8re donc aborder aujourd\u2019hui une autre question actuelle tr\u00e8s int\u00e9ressante aussi pour notre peuple.<\/p>\n<p>Quand j\u2019ai \u00e9crit mes R\u00e9flexions sur Cangamba, je n\u2019avais pas lu le magnifique ouvrage du journaliste et chercheur dont je donne le nom dans le titre**, je n\u2019avais vu que le film <i>Kangamba<\/i> qui a soulev\u00e9 en moi tant de souvenirs \u00e9mouvants. Je ne cessais d\u2019\u00e9voquer la phrase\u00a0: Ceux qui sont tomb\u00e9s \u00e0 Cangamba ne sont pas morts en vain\u00a0!<\/p>\n<p>**Jorge Mart\u00edn Blandino, <i>Cangamba<\/i>, La Havane, 2006, Casa Editorial Verde Olivo, 350 p.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait exactement le m\u00eame propos qui inspirait le message que j\u2019avais adress\u00e9 le 12 ao\u00fbt 1983 au chef de notre mission militaire en Angola.<\/p>\n<p>A l\u2019aube, l\u2019ennemi s\u2019\u00e9tait retir\u00e9 du champ de bataille. Comptant plus de 3 000 hommes arm\u00e9s et conseill\u00e9 par les racistes sud-africains, il avait attaqu\u00e9 jour et nuit, depuis le 2 ao\u00fbt, les tranch\u00e9es qu\u2019occupaient environ 600 Angolais de la 32e brigade des FAPLA et 84 internationalistes cubains, plus un renfort de 102 hommes d\u00e9p\u00each\u00e9s depuis la r\u00e9gion militaire de Luena. Angolais et Cubains s\u2019\u00e9taient battus sans r\u00e9pit, priv\u00e9s d\u2019eau et d\u2019aliments\u00a0; ils avaient eu 78 morts et 204 bless\u00e9s, dont 18 et 27 respectivement \u00e9taient des Cubains. Au moment o\u00f9 il avait d\u00e9cid\u00e9 de se retirer, l\u2019ennemi avait perdu la quasi-totalit\u00e9 de ses armes et munitions et essuy\u00e9 de lourdes pertes. Les deux meilleures brigades de l\u2019UNITA avaient \u00e9t\u00e9 mises hors de combat.<\/p>\n<p>L\u2019ouvrage de Jorge Mart\u00edn Blandino, de 2007***, a vu le jour quand, pour des raisons de sant\u00e9, je n\u2019\u00e9tais plus en premi\u00e8re ligne. Il est le fruit d\u2019une longue recherche et d\u2019entretiens avec de nombreux protagonistes des faits, de la consultation de trente-quatre livres sur ce th\u00e8me, dont certains \u00e9crits par des \u00ab\u00a0officiers sud-africains de l\u2019\u00e9poque de l\u2019apartheid\u00a0\u00bb\u00a0ou par des gens qui, tromp\u00e9s, collabor\u00e8rent avec l\u2019UNITA.<\/p>\n<p>***En r\u00e9alit\u00e9, 2006.<\/p>\n<p>L\u2019auteur \u00e9crit dans un des chapitres les plus int\u00e9ressants\u00a0:<\/p>\n<blockquote class=\"spip\">\n<p>Ce soir-l\u00e0, alors que les horloges marquent 14 heures \u00e0 La Havane et 19 heures \u00e0 Luanda, nouvelle conversation t\u00e9l\u00e9phonique avec la Mission militaire cubaine en Angola. [\u2026] A peine le coup de fil conclu, envoi imm\u00e9diat de la d\u00e9p\u00eache qui formalise les instructions fournies, lesquelles r\u00e9affirment la d\u00e9cision adopt\u00e9e\u00a0: \u00e9vacuer de toute urgence tous les Cubains de Cangamba, tenter de convaincre les Angolais de faire pareil, poursuivre les explorations aux abords du village et surveiller les mouvements de troupes ennemies dans la province de Moxico.<\/p>\n<p>[\u2026] Entre temps, \u00e0 Luanda, \u00e0 9 heures du matin, le pr\u00e9sident Jos\u00e9 Eduardo dos Santos convoque l\u2019ambassadeur cubain, Puente Ferro, et le chef d\u2019\u00e9tat-major de la Mission militaire cubaine en Angola, le colonel Amels Escalante, \u00e0 une r\u00e9union. Les deux Cubains s\u2019\u00e9tonnent de constater la pr\u00e9sence du chef de la Mission militaire sovi\u00e9tique, le g\u00e9n\u00e9ral Konstantin [Y. Kourotchkine]. Le ministre angolais de la D\u00e9fense et le chef de l\u2019\u00e9tat-major g\u00e9n\u00e9ral des FAPLA, le colonel N\u2019Dalu, arrivent presque aussit\u00f4t.<\/p>\n<p>L\u2019ambassadeur est le premier \u00e0 entrer dans le bureau du pr\u00e9sident dos Santos \u00e0 qui il remet officiellement le message que lui a adress\u00e9 le commandant en chef. Entre ensuite le colonel Escalante, qui lui explique en d\u00e9tail l\u2019\u00e9valuation faite par la plus haute direction cubaine de la situation militaire, laquelle justifie la d\u00e9cision d\u2019\u00e9vacuer les internationalistes de Cangamba, propose de faire de m\u00eame sans retard avec les combattants des FAPLA et de stopper l\u2019op\u00e9ration en marche dans la province de Moxico.<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sident dit qu\u2019il est d\u2019accord avec Fidel et demande de faire entrer le g\u00e9n\u00e9ral Konstantin [Y. Kourotchkine]. Apr\u00e8s une br\u00e8ve introduction du pr\u00e9sident Dos Santos, le colonel Escalante reprend les arguments susmentionn\u00e9s. Le chef de la mission militaire sovi\u00e9tique demande la parole et \u00e9met une opinion qui surprend et f\u00e2che les Cubains. Il affirme que, comme homme politique, il pourrait au mieux accepter l\u2019id\u00e9e, mais que, comme militaire, il n\u2019est pas d\u2019accord de stopper l\u2019op\u00e9ration, car, \u00e0 son avis, les conditions sont cr\u00e9\u00e9es pour exploiter le succ\u00e8s en introduisant par exemple de nouvelles forces, dont la brigade de d\u00e9barquement et d\u2019assaut qui vient d\u2019arriver de Cuba. [\u2026]<\/p>\n<p>Le colonel Escalante lui rappelle combien il a \u00e9t\u00e9 difficile de faire parvenir des approvisionnements durant les dures journ\u00e9es de l\u2019attaque ennemie contre la localit\u00e9. Le militaire sovi\u00e9tique lui rappelle l\u2019arriv\u00e9e r\u00e9cente d\u2019un avion IL-76 charg\u00e9 de missiles C-5, ce \u00e0 quoi le Cubain r\u00e9torque qu\u2019il avait fallu d\u2019abord les faire venir de Cuba, car ils n\u2019\u00e9taient pas sur place au moment voulu. Devant le tour pris par la r\u00e9union, dos Santos d\u00e9cide de la conclure et de renvoyer \u00e0 plus tard une d\u00e9cision d\u00e9finitive.<\/p>\n<p>Quelques heures apr\u00e8s, le g\u00e9n\u00e9ral Konstantin [Y. Kourotchkine] se pr\u00e9sente \u00e0 la Mission militaire cubaine. Il s\u2019excuse pour la fa\u00e7on dont il a exprim\u00e9 ses vues lors de la r\u00e9union avec le pr\u00e9sident et reconna\u00eet qu\u2019avant d\u2019\u00e9mettre une opinion de ce genre, il aurait d\u00fb \u00e9tudier en profondeur la situation r\u00e9elle.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019explication de l\u2019historien est tr\u00e8s claire\u00a0: il s\u2019\u00e9tait cr\u00e9\u00e9e une situation embarrassante dont les implications \u00e9taient vraiment s\u00e9rieuses de tous points de vue. Les risques \u00e9taient r\u00e9els, et l\u2019\u00e9tat-major cubain avait d\u00fb faire preuve de beaucoup de fermet\u00e9 et de sang-froid.<\/p>\n<p>Quand on prend diff\u00e9rents moments du livre, on s\u2019explique le fond du probl\u00e8me\u00a0:<\/p>\n<blockquote class=\"spip\">\n<p>Colonel N\u2019Dalu<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il n\u2019y a pas d\u2019unit\u00e9 de pens\u00e9e, et quand ce probl\u00e8me existe, alors les uns pensent comme ci et les autres comme \u00e7a. On parle beaucoup de la \u00ab\u00a0souverainet\u00e9\u00a0\u00bb, mais il n\u2019est pas facile de contr\u00f4ler un si grand territoire, car nous n\u2019avons pas assez de troupes. Ce n\u2019est pas seulement Cangamba, il y a bien d\u2019autres positions o\u00f9 nous disons que nous y sommes, simplement pour le dire, mais qui n\u2019ont pas d\u2019importance du point de vue strat\u00e9gique, et nous pouvons renvoyer d\u2019autres offensives \u00e0 plus tard. Nous discutons entre nous \u00e0 l\u2019\u00e9tat-major, et avec le ministre de la D\u00e9fense, et il n\u2019y a pas d\u2019unit\u00e9 de crit\u00e8res. Ce qui explique pourquoi \u00e0 certains moments, les d\u00e9cisions prennent du retard, parce qu\u2019il faut convaincre les gens, car si une unit\u00e9 se retire et qu\u2019il se passe quelque chose, les autres disent\u00a0:\u00a0\u2019C\u2019est la faute de ceux qui ont demand\u00e9 de se retirer\u2019\u00a0; si elle reste et qu\u2019il se passe quelque chose\u00a0: \u2019C\u2019est la faute \u00e0 ceux qui ont dit que les troupes devaient rester.\u2019 En fait, nous devons d\u00e9fendre les zones les plus peupl\u00e9es, \u00e0 plus grand int\u00e9r\u00eat \u00e9conomique et social, et laisser pour plus tard les territoires dont le contr\u00f4le, qu\u2019il soit \u00e0 nous ou \u00e0 l\u2019UNITA, ne modifie pas l\u2019\u00e9quilibre. Eux, ils disent qu\u2019ils contr\u00f4lent, mais en fait ils ne sont pas sur place\u00a0; ce qu\u2019ils savent, en revanche, c\u2019est que nous n\u2019y sommes pas non plus.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019auteur reproduit des documents officiels de notre minist\u00e8re des Forces arm\u00e9es r\u00e9volutionnaires (MINFAR)\u00a0:<\/p>\n<blockquote class=\"spip\">\n<p>\u00ab\u00a0Le commandant en chef, apr\u00e8s une br\u00e8ve r\u00e9flexion, demande de transmettre les arguments suivants au chef de la Mission militaire cubaine\u00a0: il se demande quel sens \u00e7a peut avoir maintenant de rester \u00e0 Cangamba. Il s\u2019est av\u00e9r\u00e9 qu\u2019il n\u2019y pas d\u2019assez d\u2019h\u00e9licopt\u00e8res et d\u2019avions de combat et de transport en Angola, ainsi que de logistique correspondante, pour pouvoir appuyer une op\u00e9ration de grande envergure \u00e0 une distance si \u00e9norme entre les bases a\u00e9riennes et le petit village. Il est encore plus complexe, comme on l\u2019a vu dans la pratique, de garantir l\u2019avanc\u00e9e terrestre de troupes de renfort, situ\u00e9es elles aussi \u00e0 des centaines de kilom\u00e8tres sur des chemins infernaux et infest\u00e9s d\u2019ennemis. S\u2019il a \u00e9t\u00e9 extraordinairement difficile de d\u00e9placer des d\u00e9tachements blind\u00e9s \u00e0 la saison s\u00e8che, comment songer \u00e0 un mouvement d\u2019une telle ampleur alors que la saison des pluies est proche.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u2019On a remport\u00e9 un grand succ\u00e8s [\u2026] et il ne serait pas raisonnable d\u2019aspirer \u00e0 plus en ce moment\u2026\u2019 [Le commandant en chef] r\u00e9fl\u00e9chit sur les jours amers pass\u00e9s durant l\u2019encerclement et le danger d\u2019annihilation du petit groupe d\u2019internationalistes, et il alerte au sujet de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00eatre r\u00e9alistes et de ne pas se laisser entra\u00eener par l\u2019euphorie qui accompagne toujours le triomphe.\u00a0\u2019Nous ne pouvons laisser la victoire se convertir en revers.\u2019<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le chef de la Mission militaire cubaine est d\u2019accord, et d\u00e9cision est prise d\u2019\u00e9vacuer rapidement\u00a0les internationalistes cubains affect\u00e9s \u00e0 Cangamba. Le commandant en chef r\u00e9dige aussit\u00f4t un message personnel au pr\u00e9sident angolais, Jos\u00e9 Eduardo dos Santos, dans lequel, partant des m\u00eames raisonnements que partage le g\u00e9n\u00e9ral de division Cintra Fr\u00edas [<i>mais contest\u00e9s par le g\u00e9n\u00e9ral sovi\u00e9tique<\/i>], il juge n\u00e9cessaire que les FAPLA \u00e9vacuent elles aussi les villages de Cangamba et de Tempu\u00e9, et imp\u00e9rieux de renforcer la d\u00e9fense de Luena, de Lucusse et de Kuito Bie. Compte tenu de la situation, il lui communique sa d\u00e9cision de retirer tous les Cubains de Cangamba dans de brefs d\u00e9lais. Il lui sugg\u00e8re aussi de retarder jusqu\u2019\u00e0 la prochaine saison s\u00e8che toute action offensive dans la r\u00e9gion de Moxico et de concentrer les efforts pour le moment sur la lutte contre l\u2019ennemi dans l\u2019immense territoire qui s\u00e9pare Luanda de la ligne que d\u00e9fendent les troupes internationalistes cubaines au Sud du pays, une zone que l\u2019UNITA consid\u00e8re comme son IIe front strat\u00e9gique.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u2026le colonel Amels Escalante communique au chef de l\u2019\u00e9tat-major g\u00e9n\u00e9ral des FAPLA et au chef de la Mission militaire sovi\u00e9tique en Angola la d\u00e9cision du commandant en chef de stopper l\u2019op\u00e9ration que m\u00e8nent les troupes internationalistes cubaines, compte tenu des difficult\u00e9s de d\u00e9placement des colonnes, des probl\u00e8mes de logistique, surtout pour l\u2019aviation, et de la proximit\u00e9 de la saison des pluies. Peu apr\u00e8s, l\u2019ambassadeur Puente Ferro et le colonel Escalante se r\u00e9unissent avec le ministre de la D\u00e9fense pour lui transmettre la m\u00eame information.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le colonel Amels Escalante avait l\u2019espoir que le colonel N\u2019Dalu, chef de l\u2019\u00e9tat-major des FAPLA, comprendrait la n\u00e9cessit\u00e9 de se retirer de Cangamba.<\/p>\n<p>Le g\u00e9n\u00e9ral d\u2019arm\u00e9e angolais, Kundi Payhama, un combattant aux m\u00e9rites exceptionnels, a t\u00e9moign\u00e9 \u00e0 l\u2019auteur\u00a0:<\/p>\n<blockquote class=\"spip\">\n<p>\nIl y avait de la fraternit\u00e9, il y avait de l\u2019amiti\u00e9, et tout ce qui se faisait ici se faisait dans un sens diff\u00e9rent. L\u2019amiti\u00e9, l\u2019affection, le sacrifice, le d\u00e9vouement des compagnons cubains, qui ont vers\u00e9 ici leur sueur et leur sang, n\u2019ont pas de prix. Qu\u2019on dise que nous sommes des fr\u00e8res de fait et \u00e9ternellement. Il n\u2019y a rien, mais alors rien en ce monde qui justifie que quelque chose ternisse l\u2019amiti\u00e9 entre l\u2019Angola et Cuba.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 suivre dans le <i>Granma<\/i> de lundi.<\/p>\n<p>Fidel Castro Ruz<br class=\"autobr\"\/><br \/>\nLe 9 octobre 2008<br class=\"autobr\"\/><br \/>\n17 h 46<\/p>\n<p><center><strong>*****<\/strong><\/center><center><strong>LA V\u00c9RIT\u00c9 EN BATAILLE ET L\u2019OUVRAGE DE MART\u00cdN BLANDINO<\/strong><\/center><center><strong>Deuxi\u00e8me Partie<\/strong> <\/center><\/p>\n<p>L\u2019auteur d\u00e9crit ainsi l\u2019intensit\u00e9 des actions men\u00e9es par le petit groupe de pilotes de Mig-21\u00a0:<\/p>\n<blockquote class=\"spip\">\n<p>\u00ab\u00a0On a beau exiger le maximum de discr\u00e9tion \u00e0 ceux qui forment les \u00e9tats-majors et les personnels des postes de commandement, on apprend toujours quelque chose d\u2019une action de guerre qui dure depuis maintenant huit jours et qui a maintenu au maximum de tension des centaines d\u2019hommes et de femmes des deux c\u00f4t\u00e9s de l\u2019oc\u00e9an.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Comment occulter, par exemple, le bruit assourdissant de deux cent trente-neuf d\u00e9collages d\u2019avions de combat \u00e0 r\u00e9action et autant d\u2019atterrissages \u2013 plus d\u2019une cinquantaine par jour \u2013 m\u00eame si tant de missions ont \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9es par seulement neuf pilotes, qui ont vol\u00e9 deux heures et demie en moyenne par jour de combat, dont l\u2019un a accompli presque quatre missions par jour, soit trois heures quarante-cinq minutes de vol \u00e0 chacune de ces journ\u00e9es de tension\u00a0?<\/p>\n<p>[\u2026]<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Quelle m\u00e9thode peut garantir que le d\u00e9placement des milliers d\u2019hommes formant les colonnes blind\u00e9es de renfort reste occulte\u00a0? Comment faire en sorte que la marche d\u2019environ deux cents v\u00e9hicules composant chacune d\u2019elle, dont des chars, des pi\u00e8ces d\u2019artillerie et des transports blind\u00e9s, s\u2019av\u00e8re invisible sur des centaines de kilom\u00e8tres jusqu\u2019\u00e0 Munhango, Tempu\u00e9, Luena et d\u2019autres endroits, depuis Huambe, Menongue et d\u2019autres points du vaste territoire angolais\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La colonne blind\u00e9e de Huambo qui se dirige vers Cangamba et re\u00e7oit ensuite l\u2019ordre, l\u2019encerclement ayant cess\u00e9, de prendre \u00e0 gauche en direction de Luena, informe le PC par radio qu\u2019 \u00ab\u00a0<i>elle est \u00e0 court de carburant<\/i>\u00a0\u00bb. Comme le livre le r\u00e9v\u00e8le, \u00ab\u00a0<i>on lui indique, ainsi qu\u2019\u00e0 celle de Menongue, de rester sur place et de prendre les mesures de s\u00e9curit\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019on les r\u00e9approvisionne. D\u00e9cision est prise que les h\u00e9licopt\u00e8res leur apportent le carburant. Comme toujours, il est difficile de rep\u00e9rer la colonne. Les appareils volent depuis un bon moment sans rencontrer aucun indice. Ils finissent par rep\u00e9rer l\u2019endroit gr\u00e2ce \u00e0 des draps accroch\u00e9s sur des arbres.<\/i>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le colonel Calvo communique\u00a0: \u00ab\u00a0<i>Six h\u00e9licopt\u00e8res partent de Luena pour Munhango, environ vingt-cinq kilom\u00e8tres plus au sud, pour amener quarante-deux bidons d\u2019essence, en gros dix mille litres, \u00e0 la colonne de Sotomayor. Les h\u00e9lices du H-8 se brisent \u00e0 l\u2019atterrissage. Deux autres h\u00e9licopt\u00e8res partent ensuite vers la r\u00e9gion de Tampu\u00e9 pour rep\u00e9rer la colonne de Su\u00e1rez, lui apporter des documents et \u00e9vacuer trois bless\u00e9s.<\/i>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La colonne blind\u00e9e de Su\u00e1rez, qui \u00e9tait partie de Menongue pour Cangamba, se trouvait \u00e0 grande distance de Luena d\u2019o\u00f9 avaient d\u00e9coll\u00e9 les h\u00e9licopt\u00e8res emportant le carburant. C\u2019\u00e9tait un long trajet, compte tenu de la superficie de l\u2019Angola, qui fait presque onze fois celle de Cuba. C\u2019\u00e9tait l\u00e0 que le conseiller sovi\u00e9tique insistait pour lancer une offensive avec la brigade d\u2019assaut cubaine, ce qui avait donn\u00e9 lieu au diff\u00e9rend d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9.<\/p>\n<blockquote class=\"spip\">\n<p>\u00ab\u00a0Quelques minutes apr\u00e8s minuit, alors qu\u2019il est le samedi 13 ao\u00fbt \u00e0 Luanda, Cuba est inform\u00e9e que l\u2019ordre d\u2019\u00e9vacuer de Cangamba jusqu\u2019au dernier internationaliste cubain a \u00e9t\u00e9 totalement ex\u00e9cut\u00e9. Le haut commandement des FAR ratifie la d\u00e9cision que la colonne de Huambo poursuive sa marche vers Luena et que celle de Menongue y retourne. Celle-ci se trouve alors pr\u00e8s du fleuve Cuito, o\u00f9 elle fait de petits mouvements et attaque quelques bases de l\u2019ennemi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Colonel Calvo\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019est aussi mon anniversaire et je re\u00e7ois tr\u00e8s t\u00f4t le baiser que m\u2019envoie ma famille \u2013 par t\u00e9l\u00e9pathie. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, on me fait cadeau d\u2019une bouteille de vin et d\u2019une autre de rhum\u00a0; nous f\u00eatons l\u2019anniversaire du <i>comandante<\/i> et en m\u00eame temps le mien.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019auteur continue d\u2019expliquer\u00a0:<\/p>\n<blockquote class=\"spip\">\n<p>\u00ab\u00a0Mais pour les pilotes et les membres des colonnes blind\u00e9es, les actions sont loin d\u2019avoir conclu. Deux h\u00e9licopt\u00e8res d\u00e9collent, emportant quatorze bidons d\u2019essence, environ deux mille huit cents litres, destin\u00e9s \u00e0 la colonne de Menongue qui a entrepris de regagner cette ville. Une fois termin\u00e9 ce premier vol, ils mettent le cap sur l\u2019a\u00e9roport de Menongue pour poursuivre de l\u00e0 les approvisionnements de carburant. Quatre Mi-8 d\u00e9collent aussi de Luena en direction de Munhango, emportant cinq mille six cents litres d\u2019essence afin de r\u00e9approvisionner la colonne qui roule alors pour renforcer les troupes d\u00e9fendant Luena.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ce ne sont pas les raisons qui manquent pour prendre toutes ces mesures, car le commandement cubain continue de s\u2019inqui\u00e9ter. Les autorit\u00e9s angolaises ont, semble-t-il, d\u00e9cid\u00e9, du moins pour le moment, de ne pas \u00e9vacuer leurs troupes de Cangamba, si bien que le risque continue d\u2019exister que l\u2019ennemi attaque de nouveau aussi bien le village que les colonnes qui se d\u00e9placent encore sur des itin\u00e9raires dangereux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e9crivant en d\u00e9tail les \u00e9v\u00e9nements de Cangamba en partant de t\u00e9moignages et de documents, l\u2019auteur nous conduit aux heures les plus tendues de ces journ\u00e9es-l\u00e0 dans le chapitre intitul\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Les appr\u00e9ciations se confirment\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<blockquote class=\"spip\">\n<p>\u00ab\u00a0Le soleil n\u2019est pas encore lev\u00e9 en Angola. Nous sommes le dimanche 14 ao\u00fbt. \u00c0 Luanda, les horloges marquent 04 h 45, et les combattants de garde au Centre de communications de l\u2019\u00e9tat-major de la Mission militaire cubaine sont plong\u00e9s dans l\u2019\u00e9tat de torpeur qui accompagne au petit matin ceux qui ont veill\u00e9 toute la nuit. L\u2019arriv\u00e9e d\u2019un message en provenance de La Havane, o\u00f9 il est encore 23 h 45 du jour pr\u00e9c\u00e9dent, dissipe rapidement la somnolence des occupants du local bourr\u00e9 de moyens techniques.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le texte chiffr\u00e9 devient peu \u00e0 peu lisible. Il est adress\u00e9 au g\u00e9n\u00e9ral de division Leopoldo Cintra Fr\u00edas et contient des instructions pr\u00e9cises du commandant en chef\u00a0: \u00eatre pr\u00eats \u00e0 apporter un appui a\u00e9rien aux FAPLA \u00e0 Cangamba. Au cas o\u00f9 les Angolais d\u00e9cideraient enfin de se retirer, les aider au moyen des h\u00e9licopt\u00e8res. Fidel alerte que l\u2019ennemi a essuy\u00e9 de lourdes pertes, mais qu\u2019il ne faut pas s\u2019y fier. \u2019Nous avons fait notre devoir, et nous avons agi et conseill\u00e9 ce qui \u00e9tait correct.\u2019\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce dimanche, au petit matin, huit bombardiers sud-africains larguaient leurs charges de mort sur les positions que les forces cubaines et angolaises avaient occup\u00e9es \u00e0 Cangamba. Une fois de plus, le r\u00e9gime d\u2019apartheid intervenait directement en Angola. Les Yankees et leurs alli\u00e9s sud-africains ne se r\u00e9signaient pas \u00e0 cette d\u00e9sastreuse d\u00e9faite. Les Mig-21 et les radars les plus proches se trouvaient \u00e0 quatre cents kilom\u00e8tres.<\/p>\n<blockquote class=\"spip\">\n<p>\n\u00ab\u00a0Colonel N\u2019gongo (chef adjoint de l\u2019\u00e9tat-major des FAPLA)<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Une fois les fantoches battus, les Sud-Africains sont contraints d\u2019intervenir directement dans le combat. C\u2019est ainsi que les forces racistes sud-africaines, utilisant quatre avions type Canberra et quatre avions type Impala MK-2, d\u00e9truisent compl\u00e8tement le village de Cangamba.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Lieutenant-colonel Henry<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u2026nous avons gagn\u00e9 la bataille \u00e0 Cangamba. Nous, les pilotes, on avait m\u00eame pr\u00e9vu de faire un d\u00e9fil\u00e9 a\u00e9rien dans toutes les r\u00e8gles de l\u2019art, de survoler l\u2019endroit\u2026, [et Fidel dit]\u00a0: \u2019Je ne veux personne sur place, ni Cubains ni FAPLA.\u2019 [\u2026] Je dois avouer que nous avons ob\u00e9i par discipline, par confiance [dans le commandant en chef], mais, vrai, \u00e0 ce moment-l\u00e0 on ne comprenait pas\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Colonel Escalante<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0On se disait\u00a0: \u2019C\u2019est vrai que le <i>comandante<\/i>, ou c\u2019est un magicien ou il a une boule de cristal&#8230;\u2019 Il ordonne d\u2019\u00e9vacuer Cangamba d\u2019urgence et peu apr\u00e8s une escadrille d\u2019Impala et une autre de Canberra a flanqu\u00e9 un de ces bombardements sur \u00e7a\u00a0! Il pr\u00e9voit que les Sud-Africains, justement \u00e0 cause de la d\u00e9faite qu\u2019a subie l\u2019UNITA, vont bombarder. Nous, \u00e0 la Mission, on se disait\u00a0: \u2019Ben, merde alors, le <i>comandante<\/i> a pris la d\u00e9cision qui tombait pile\u00a0!\u2019\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0G\u00e9n\u00e9ral de division Leopoldo Cintra Fr\u00edas<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0On se dit parfois que le <i>comandante<\/i> est un voyant. Si les Cubains avaient \u00e9t\u00e9 encore l\u00e0, on se serait retrouv\u00e9 de nouveau impliqu\u00e9s dans un combat encore plus prolong\u00e9 et dans des conditions pires pour nous, parce que les approvisionnements auraient \u00e9t\u00e9 encore plus difficiles.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces avis \u00e9taient \u00e9mis \u00e0 un moment o\u00f9 les tensions se rel\u00e2chaient, apr\u00e8s les journ\u00e9es incertaines et dramatiques de la bataille, mais aucun de ces chefs n\u2019a cess\u00e9 d\u2019ex\u00e9cuter avec une discipline, une efficacit\u00e9 et un s\u00e9rieux absolus les instructions qu\u2019il recevait. Il est tout \u00e0 fait vrai qu\u2019aux moments difficiles, si les gens ne font pas confiance \u00e0 ceux qui dirigent, rien ne marche.<\/p>\n<p>Amels Escalante, qui est aussi un chercheur sagace et profond, a d\u00e9crit avec une rigueur absolue, vingt ans apr\u00e8s Cangamba, la bataille de Jig\u00fce durant laquelle, en juillet 1958, soit quarante-cinq ans avant, environ cent vingt hommes, presque tous recrues de l\u2019\u00e9cole de Minas del Fr\u00edo, s\u2019\u00e9taient battus pendant dix jours aux ordres de dix \u00e0 douze chefs v\u00e9t\u00e9rans de notre guerre dans la Sierra Maestra, causant \u00e0 l\u2019arm\u00e9e ennemie et \u00e0 ses renforts trois morts et bless\u00e9s par combattant ayant particip\u00e9 \u00e0 l\u2019action et saisissant des centaines d\u2019armes. Recourant \u00e0 la m\u00eame m\u00e9thode que Jorge Mart\u00edn Blandino, Amels avait obtenu plus de d\u00e9tails que moi sur le d\u00e9roulement de cette bataille.<\/p>\n<p>Dans son ouvrage <i>Cangamba<\/i>, Mart\u00edn Blandino fournit d\u2019autres d\u00e9tails\u00a0:<\/p>\n<blockquote class=\"spip\">\n<p>\u00ab\u00a0Du 18 au 23 ao\u00fbt 1983, quelques jours \u00e0 peine apr\u00e8s l\u2019\u00e9vacuation des conseillers cubains de Cangamba, les cargos <i>Donato M\u00e1rmol<\/i>, <i>Ignacio Agramonte<\/i> et <i>Pepito Rey<\/i> appareillent de Santiago de Cuba, de Matanzas et de Mariel pour l\u2019Angola. C\u2019est la r\u00e9p\u00e9tition, dans d\u2019autres circonstances, de la prouesse de 1975. Ils emportent dans leurs cales, dissimul\u00e9s aux moyens de renseignement ennemis, trois bataillons de chars et un d\u2019infanterie motoris\u00e9e. Ces premi\u00e8res mesures sont vite suivies de bien d\u2019autres sur les plans militaire, politique et diplomatique, de sorte que les FAPLA et le contingent internationaliste cubain puissent \u00eatre en conditions de faire pi\u00e8ce \u00e0 la nouvelle escalade de l\u2019agresseur \u00e9tranger et de ses alli\u00e9s du cru.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Tout ceci se passe par ailleurs \u00e0 un moment o\u00f9 Cuba risque de faire l\u2019objet d\u2019une agression militaire directe \u00e0 grande \u00e9chelle de la part des forces arm\u00e9es \u00e9tasuniennes, alors que le pays fait des efforts gigantesques pour mettre en \u0153uvre la conception de la guerre du peuple tout entier, face aux menaces constantes de l\u2019administration Reagan\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Comment les \u00e9v\u00e9nements qu\u2019expose le chercheur se sont-ils donc pr\u00e9cipit\u00e9s\u00a0?<\/p>\n<p>Depuis Cuba, faisant preuve d\u2019une logique \u00e9l\u00e9mentaire, nous avions t\u00f4t saisi les intentions de l\u2019ennemi \u00e0 mesure que les combats se d\u00e9roulaient\u00a0et nous adoptions les mesures de riposte pertinentes. La premi\u00e8re de toutes, quand les nouvelles de l\u2019encerclement subi par la 32e brigade et ses conseillers nous parvinrent, fut de renvoyer aussit\u00f4t en Angola le chef de la Mission militaire, le g\u00e9n\u00e9ral de division Leopoldo Cintra Fr\u00edas, v\u00e9t\u00e9ran de la Sierra Maestra, sympathisant d\u00e9vou\u00e9 des FAPLA, qui se trouvait alors \u00e0 Cuba. \u00ab\u00a0Il faut sauver ces forces \u00e0 tout prix\u00a0\u00bb, tel \u00e9tait l\u2019ordre qu\u2019il avait re\u00e7u.<\/p>\n<p>Nous avons exp\u00e9di\u00e9 par avion la brigade de d\u00e9barquement et d\u2019assaut (son nom de l\u2019\u00e9poque) vers le pays attaqu\u00e9 syst\u00e9matiquement par l\u2019Afrique du Sud.<\/p>\n<p>J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 affirm\u00e9 que nous avions souffert pendant des ann\u00e9es des cons\u00e9quences de l\u2019impunit\u00e9 dont jouissait le r\u00e9gime fasciste d\u2019apartheid, pourtant battu apr\u00e8s son agression contre la R\u00e9publique populaire d\u2019Angola. J\u2019ai aussi expliqu\u00e9 aux dirigeants sovi\u00e9tiques les vues de Cuba et les raisons pour lesquelles elle les soutenait.<\/p>\n<p>\u00c0 suivre demain mardi<\/p>\n<p>Fidel Castro Ruz<br class=\"autobr\"\/><br \/>\nLe 12 octobre 2008<br class=\"autobr\"\/><br \/>\n17 h 23<\/p>\n<p><center><strong>*****<\/strong> <\/center><center><strong>LA V\u00c9RIT\u00c9 EN BATAILLE ET L\u2019OUVRAGE DE MART\u00cdN BLANDINO<\/strong><\/center><center><strong>Troisi\u00e8me et derni\u00e8re partie<\/strong> <\/center><\/p>\n<p>\u00c0 mesure que les combats dramatiques se d\u00e9roulaient \u00e0 Cangamba, nous constations que l\u2019ennemi avait bien plus qu\u2019une simple action isol\u00e9e en t\u00eate. Mais il fallait tout d\u2019abord sauver les internationalistes cubains et les hommes de la 32e brigade des FAPLA.<\/p>\n<p>Le 7 ao\u00fbt, j\u2019adressai une lettre manuscrite aux assi\u00e9g\u00e9s, leur promettant que nous les sauverions co\u00fbte que co\u00fbte.<\/p>\n<p>Nous d\u00e9p\u00each\u00e2mes par avion la brigade de d\u00e9barquement et d\u2019assaut. Nous emploierions tous les moyens disponibles, le cas \u00e9ch\u00e9ant. Nous les exhortions \u00e0 r\u00e9sister comme ils l\u2019avaient fait jusque-l\u00e0. Une fois remplie la mission d\u2019\u00e9craser les forces attaquantes, il fallait adopter aussit\u00f4t toutes les mesures requises pour liquider les plans strat\u00e9giques de l\u2019ennemi.<\/p>\n<p>Dans sa recherche historique, Blandino reconstruit les vis\u00e9es de l\u2019ennemi \u00e0 partir des preuves et t\u00e9moignages qu\u2019il a recueillis.<\/p>\n<blockquote class=\"spip\">\n<p>\u00ab\u00a0Cangamba n\u2019est pas le seul \u00e0 \u00eatre sous le feu de l\u2019ennemi. Ce dernier attaque simultan\u00e9ment avec les pi\u00e8ces d\u2019artillerie et les mortiers Munhango, Calapo, Tempu\u00e9 et Luena, des localit\u00e9s situ\u00e9es au nord de Cangamba, et Cangumbe, qui se trouve au sud. Il ne parvient \u00e0 s\u2019emparer que de Cangumbe\u00a0; ailleurs, il est repouss\u00e9. Son objectif strat\u00e9gique est d\u2019isoler la province de Moxico et d\u2019emp\u00eacher l\u2019arriv\u00e9e de renforts, afin de s\u2019emparer ensuite de Luena, une ville qu\u2019il pr\u00e9tend proclamer capitale d\u2019une \u2019R\u00e9publique noire\u2019 coup\u00e9e de l\u2019Angola et pour laquelle il chercherait une reconnaissance internationale. Mais, pour l\u2019instant, son but est de s\u2019emparer de Cangamba et de capturer ou de tuer les conseillers cubains qui s\u2019y trouvent. Il mise sur l\u2019impact politique, moral et psychologique d\u2019un coup pareil.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0G\u00e9n\u00e9ral de division Leopoldo Cintra Fr\u00edas.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le plan de l\u2019UNITA \u00e9tait de s\u2019emparer de l\u2019endroit, de faire prisonniers les quatre-vingt-deux Cubains qui \u00e9taient l\u00e0 puis de tenter de contraindre Cuba \u00e0 n\u00e9gocier directement avec elle, sans la participation du gouvernement angolais. [\u2026]<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0G\u00e9n\u00e9ral N\u2019Dalu.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Comme l\u2019UNITA sait qu\u2019il y a des Cubains l\u00e0, elle concentre une grande force, beaucoup d\u2019hommes, pour voir si elle peut les capturer et les pr\u00e9senter \u00e0 la presse internationale. Elle redouble donc d\u2019efforts. Nous, on est tr\u00e8s inquiets \u00e0 cette perspective\u00a0; ce serait tr\u00e8s mauvais pour tout, pour la lutte que nous menons, qu\u2019elle puisse pr\u00e9senter des prisonniers cubains, et aussi parce que nos gens sont en train de souffrir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le t\u00e9moignage du colonel Wambu, qui a \u00e9t\u00e9 chef des renseignements des Forces arm\u00e9es pour la lib\u00e9ration de l\u2019Angola (FALA) de l\u2019UNITA lors de l\u2019op\u00e9ration de Cangamba, est tout \u00e0 fait int\u00e9ressant\u00a0:<\/p>\n<blockquote class=\"spip\">\n<p>\u00ab\u00a0On a pr\u00e9vu la participation de l\u2019aviation sud-africaine, surtout \u00e0 cause de la pr\u00e9sence des Cubains. On peut consid\u00e9rer l\u2019op\u00e9ration comme le premier heurt entre les forces sud-africaines et l\u2019UNITA r\u00e9unies, et les forces de l\u2019Etat angolais avec les soutiens qu\u2019il a pu obtenir de son c\u00f4t\u00e9. La pr\u00e9sence des Cubains a un int\u00e9r\u00eat strat\u00e9gique particulier [\u2026]\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s s\u2019\u00eatre approch\u00e9 par l\u2019ouest et le sud, les 12e et 13e brigades semi-r\u00e9guli\u00e8res de l\u2019ennemi, autrement dit deux de ses trois unit\u00e9s les plus importantes, ass\u00e8nent le coup principal sur Cangamba. Interviennent aussi deux autres bataillons ind\u00e9pendants et une compagnie \u00e0 destination sp\u00e9ciale. Au total, trois mille hommes. Ce puissant groupement dispose de cinquante \u00e0 soixante pi\u00e8ces d\u2019artillerie et mortiers, de sept installations antia\u00e9riennes multiples de 14,5 mm, et de lance-missiles antia\u00e9riens portables.<\/p>\n<p>Le colonel des FALA susmentionn\u00e9 ajoute\u00a0:<\/p>\n<blockquote class=\"spip\">\n<p>\u00ab\u00a0Pour parler en termes classiques, nous avons sur le terrain une brigade selon un dispositif \u00e9largi, car il ne s\u2019agit pas seulement des trois bataillons d\u2019infanterie, mais d\u2019effectifs largement \u00e9toff\u00e9s, parce que, m\u00eame s\u2019il n\u2019existe pas de troupes terrestres sud-africaines comme telles, le fait qu\u2019il y ait des observateurs et des pointeurs pour le feu antia\u00e9rien, ainsi que la logistique, en plus des chauffeurs, etc., permet de parler d\u2019effectifs allant jusqu\u2019\u00e0 un bataillon. On peut parler d\u2019une brigade conventionnelle de troupes des FALA, plus deux bataillons commandos et de services, plus un bataillon mixte d\u2019appui \u00e0 la logistique, artillerie, reconnaissance a\u00e9rienne, en plus des officiers de liaison de la partie sud-africaine\u00a0: officiers du renseignement, des forces de l\u2019air et d\u2019autres sp\u00e9cialit\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Lieutenant-colonel <i>Ngongo (chef adjoint de l\u2019\u00e9tat-major des Forces arm\u00e9es pour la lib\u00e9ration de l\u2019Angola, FAPLA) <\/i><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ce m\u00eame jour, la presse occidentale commence \u00e0 informer que Cangamba est encercl\u00e9 par neuf mille hommes, environ, et que le village va donc tomber t\u00f4t ou tard aux mains de l\u2019UNITA.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>J\u2019ajoute que la colonne blind\u00e9e partie de Huambo avait renforc\u00e9 Luena avec des forces suffisantes pour repousser toute attaque de l\u2019Afrique du Sud dans cette direction, ce qui avait constitu\u00e9 un progr\u00e8s notable. De Luanda, capitale de l\u2019Angola, \u00e0 l\u2019ouest, et Luena, chef-lieu de Moxico, il y a mille cent kilom\u00e8tres par la route, soit autant que de La Havane \u00e0 Santiago de Cuba. Les bandes de l\u2019UNITA avaient d\u00e9truit les ponts. Les caravanes d\u2019approvisionnements et les constructeurs de passerelles provisoires afin d\u2019approvisionner les populations progressaient avec beaucoup de difficult\u00e9s, et il fallait prot\u00e9ger les points clefs.<\/p>\n<p>La colonne blind\u00e9e de Menongue avait \u00e9t\u00e9 fortement renforc\u00e9e \u2013 et par cons\u00e9quent aussi le front Sud \u2013 gr\u00e2ce aux nouveaux bataillons de chars d\u00e9p\u00each\u00e9s de Cuba dont j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9. Nous \u00e9tions plus forts. Il fallut pourtant attendre encore quatre ans et supporter les cons\u00e9quences des strat\u00e9gies erron\u00e9es de Konstantin qui co\u00fbt\u00e8rent de nombreuses vies angolaises.<\/p>\n<p>Le conseiller sovi\u00e9tique \u00e9tait arriv\u00e9 en R\u00e9publique populaire d\u2019Angola fin 1982 en tant que chef de la mission militaire de son pays. Sa mission termin\u00e9e, il rentra en URSS en 1985 et revint en Angola en 1987 dot\u00e9 d\u2019une hi\u00e9rarchie militaire plus \u00e9lev\u00e9e. Il fut le strat\u00e8ge des offensives absurdes sur Jamba, dans le lointain sud-est angolais, o\u00f9 se trouvait hypoth\u00e9tiquement le poste de commandement de Savimbi, tandis que les bandes de l\u2019UNITA, soutenues par l\u2019Afrique du Sud, op\u00e9raient dans des communes proches de Luanda, comme je l\u2019ai dit \u00e0 d\u2019autres moments. La derni\u00e8re de ces offensives, avec toujours les m\u00eames r\u00e9sultats d\u00e9sastreux, donna toutefois lieu \u00e0 la bataille de Cuito Cuanavale, qui marqua le d\u00e9but de la fin de l\u2019apartheid, quand les unit\u00e9s angolaises, d\u00e9cim\u00e9es pour rien, \u00e9taient en train de reculer et que l\u2019arm\u00e9e sud-africaine se heurta \u00e0 la brigade de chars, aux BM-21 et aux forces cubaines venues d\u00e9fendre l\u2019ancienne base a\u00e9rienne de l\u2019OTAN.<\/p>\n<p>\u00c0 ce moment d\u00e9cisif, le pr\u00e9sident angolais soutint \u00e0 fond nos points de vue. Plus de trente mille soldats angolais et quarante mille combattants internationalistes cubains, conduits par des officiers et chefs bien entra\u00een\u00e9s et chevronn\u00e9s dans la lutte, entreprirent, \u00e0 peine les derniers \u00e9chos des canonnades avaient-ils fini de rouler dans ce lointain bastion, de progresser vers le sud-ouest angolais en direction des lignes sud-africaines \u00e0 la fronti\u00e8re namibienne. Nous d\u00e9p\u00each\u00e2mes de Cuba une grande quantit\u00e9 de chars, de lance-missiles antia\u00e9riens et d\u2019autres armes avec les personnels correspondants.<\/p>\n<p>Nous poss\u00e9dions relativement peu de Mig-23 en comparaison de la quantit\u00e9 d\u2019avions de combat sud-africains, mais nos pilotes eurent la ma\u00eetrise du ciel gr\u00e2ce \u00e0 leur audace. L\u2019URSS existait encore. C\u2019est le pays qui se solidarisa le plus avec Cuba. Gorbatchev \u00e9tait devenu chef du parti et chef de l\u2019\u00c9tat. Je lui adressai un message personnel pour lui demander d\u2019urgence l\u2019envoi de douze Mig-23 suppl\u00e9mentaires. Il fit cas de ma requ\u00eate.<\/p>\n<p>Nous avions construit en quelques semaines une piste avanc\u00e9e dans le Sud-Est angolais, \u00e0 plus de deux cents kilom\u00e8tres de ce qui avait \u00e9t\u00e9 la ligne d\u00e9fensive la plus importantes dans cette direction. Notre principal probl\u00e8me \u00e9tait la p\u00e9nurie de r\u00e9servoirs d\u2019appoint pour les Mig-23. Il \u00e9tait quasiment impossible que quelqu\u2019un nous en livre un certain nombre. De toute fa\u00e7on, les quartiers sud-africains de premi\u00e8re ligne \u00e9taient \u00e0 notre port\u00e9e et, sauf de distants avions de combat, ne poss\u00e9daient pratiquement pas d\u2019armes antia\u00e9riennes. Les rares r\u00e9servoirs d\u2019appoint dont nous disposions nous permettaient de frapper les racistes jusqu\u2019\u00e0 Windhoek, la capitale namibienne.<\/p>\n<p>L\u2019Afrique du Sud poss\u00e9dait toutefois sept armes atomiques fournies par l\u2019administration Reagan. Comme nous avions devin\u00e9 \u00e0 certains indices qu\u2019elle pouvait en disposer, nous pla\u00e7\u00e2mes des charges explosives sur la digue d\u2019un important barrage angolais construit par les colonialistes portugais presque \u00e0 la fronti\u00e8re de la Namibie, tout pr\u00e8s des positions principales de l\u2019arm\u00e9e sud-africaine dans ce pays. Pr\u00e9voyant que Pretoria pourrait utiliser ces armes contre les troupes cubaines et angolaises, nous d\u00e9ploy\u00e2mes celles-ci de fa\u00e7on \u00e0 ce qu\u2019elles puissent faire face \u00e0 une attaque de ce genre. Rien ne pouvait d\u00e9passer l\u2019h\u00e9ro\u00efsme d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9 des combattants internationalistes d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 liquider l\u2019apartheid.<\/p>\n<p>L\u2019Afrique du Sud fut incapable de relever le d\u00e9fi et n\u00e9gocia apr\u00e8s avoir re\u00e7u les premiers coups dans cette direction, encore en Angola. Yankees, racistes, Angolais, Sovi\u00e9tiques et Cubains s\u2019assirent \u00e0 la m\u00eame table de n\u00e9gociation durant des mois.<\/p>\n<p>Et parmi ceux qui s\u2019exprimaient en faveur de notre cause, il y avait Konstantin. J\u2019avais fait alors sa connaissance, et je m\u2019\u00e9tais efforc\u00e9 d\u2019\u00e9viter qu\u2019il se sente humili\u00e9 par nos divergences et par nos succ\u00e8s. Il avait sans doute de l\u2019influence dans le commandement militaire de la glorieuse arm\u00e9e sovi\u00e9tique. Ce sont ses erreurs qui contribu\u00e8rent le plus \u00e0 la d\u00e9cision de notre pays d\u2019interdire aux racistes d\u2019intervenir en Angola et de rectifier les erreurs politiques que les dirigeants de l\u2019URSS avaient commises en 1976.<\/p>\n<p>Faisant preuve de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 avec celui qui avait \u00e9t\u00e9 notre adversaire en questions strat\u00e9giques, nous octroy\u00e2mes \u00e0 Konstantin l\u2019ordre Che Guevara, une distinction qu\u2019il re\u00e7ut apparemment avec satisfaction. Sa pire faute, toutefois, n\u2019est pas celle qu\u2019il avait commise avant, mais celle qu\u2019il commit apr\u00e8s. Une fois l\u2019URSS disparue, il fit des d\u00e9clarations opportunistes, calomniant Cuba qui avait \u00e9t\u00e9 si g\u00e9n\u00e9reuse \u00e0 son \u00e9gard. Le militaire de m\u00e9tier de Cangamba, partisan d\u2019initiatives absurdes et inventeur d\u2019offensives st\u00e9riles vers la lointaine Jamba, s\u2019\u00e9tait laiss\u00e9 conqu\u00e9rir par l\u2019id\u00e9ologie anticubaine de l\u2019ennemi. Ils ne seront pas nombreux \u00e0 le d\u00e9fendre dans son peuple patriotique.<\/p>\n<p>Konstantin \u00e9tait son nom de guerre. Le sien, sans nom de famille, je l\u2019ai mentionn\u00e9 un jour, car c\u2019est celui que je me rappelais bien alors. Je ne tiens pas \u00e0 le redire.<\/p>\n<p>Savimbi resta \u00e9gal \u00e0 lui-m\u00eame comme aventurier et mercenaire, au service tout d\u2019abord des colonialistes portugais, ensuite des racistes sud-africains, enfin, directement, des imp\u00e9rialistes yankees. Une fois le r\u00e9gime d\u2019apartheid liquid\u00e9 par le peuple sud-africain et \u00e0 la suite du coup d\u00e9vastateur essuy\u00e9 en Angola, les Yankees le confi\u00e8rent \u00e0 Mobutu qui avait alors amass\u00e9 une fortune de quarante milliards de dollars en pillant le Za\u00efre. L\u2019Europe conna\u00eet bien cette histoire, \u00e0 coup s\u00fbr. Savimbi r\u00e9cup\u00e9rait des diamants pour lui et pour l\u2019UNITA dans le Centre et le Nord de l\u2019Angola. C\u2019est ainsi qu\u2019il poursuivit sa guerre brutale contre les Angolais. Les Cubains n\u2019\u00e9taient plus alors sur place, puisque, mission accomplie, ils s\u2019\u00e9taient retir\u00e9s progressivement en fonction du calendrier pr\u00e9vu.<\/p>\n<p>Les FAPLA, converties en des forces arm\u00e9es exp\u00e9riment\u00e9es et aguerries, mirent hors de combat l\u2019arm\u00e9e de Savimbi appuy\u00e9e par Mobutu et au service des Yankees. L\u2019UNITA dut renoncer \u00e0 toute r\u00e9bellion. La nation angolaise avait pr\u00e9serv\u00e9 son ind\u00e9pendance et son int\u00e9grit\u00e9.<\/p>\n<p>Il faut que de jeunes internationalistes et r\u00e9volutionnaires, capables de sentir et d\u2019agir, recueillent pour l\u2019Histoire les pages que le peuple cubain a \u00e9t\u00e9 capable d\u2019\u00e9crire.<\/p>\n<p>Les Forces arm\u00e9es r\u00e9volutionnaires (FAR) constituent pour notre parti un bastion inexpugnable, une arm\u00e9e <i>mambi<\/i> qui, cette fois-ci, n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9sarm\u00e9e et qui ne le sera jamais.<\/p>\n<p>Fidel Castro Ruz<br class=\"autobr\"\/><br \/>\nLe 14 octobre 2008<br class=\"autobr\"\/><br \/>\n11 h 36<\/p>\n<p><center><strong>*****<\/strong><\/center><center><strong>MESSAGE DE FIDEL AUX COMBATTANTS DE CANGAMBA<\/strong><\/center><center><i>Aux Cubains et \u00e0 la 32e Brigade FAPLA qui luttent en Angola<\/i><\/center><\/p>\n<p>Chers compagnons,<\/p>\n<p>Nous avons suivi d\u2019heure en heure, pendant des jours, votre r\u00e9sistance h\u00e9ro\u00efque face \u00e0 des forces tr\u00e8s sup\u00e9rieures en quantit\u00e9 et en moyens des fantoches de l\u2019Afrique du Sud \u00e0 Cangamba.<\/p>\n<p>Nous avons adopt\u00e9 toutes les mesures pour appuyer les troupes assi\u00e9g\u00e9es. L\u2019envoi \u00e0 ce point de renforts cubains par h\u00e9licopt\u00e8re prouve notre d\u00e9termination de livrer et de gagner cette bataille aux c\u00f4t\u00e9s des Angolais.<\/p>\n<p>De puissantes colonnes blind\u00e9es avancent d\u00e9j\u00e0 rapidement vers Cangamba.<\/p>\n<p>Tout d\u00e9pend maintenant de votre capacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9sister le minimum de temps indispensable jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e de ces troupes.<\/p>\n<p>Si l\u2019ennemi prend Cangamba, il sera sans piti\u00e9 pour les bless\u00e9s et les prisonniers.<\/p>\n<p>De vos positions, bien retranch\u00e9s, sereinement, ayant confiance en vous-m\u00eames et absolument d\u00e9cid\u00e9s, vous devez repousser les attaques ennemies, r\u00e9sister de pied ferme au feu de l\u2019artillerie et annihiler ceux qui tentent de s\u2019emparer de votre position.<\/p>\n<p>Vous devez \u00e9conomiser les munitions et viser \u00e0 coup s\u00fbr, et supporter fermement la faim et la soif en cas d\u2019\u00e9puisement des vivres et de l\u2019eau.<\/p>\n<p>Nous emploierons tous les moyens et toutes les forces cubaines, s\u2019il le fallait, pour vous lib\u00e9rer de l\u2019encerclement ennemi.<\/p>\n<p>Nos troupes arriveront vite, en trois ou quatre jours, mais si la distance, les obstacles naturels et l\u2019action de l\u2019ennemi les retardaient le double ou le triple de temps, voire plus, il faut que vous r\u00e9sistiez, parce qu\u2019elles arriveront co\u00fbte que co\u00fbte.<\/p>\n<p>Que Cangamba devienne le cimeti\u00e8re des mercenaires qui servent les int\u00e9r\u00eats odieux des racistes sud-africains.<\/p>\n<p>Que Cangamba soit un symbole imp\u00e9rissable du courage des Cubains et des Angolais.<\/p>\n<p>Que Cangamba soit un exemple que le sang que les Angolais et les Cubains ont vers\u00e9 pour la libert\u00e9 et la dignit\u00e9 de l\u2019Afrique ne l\u2019a pas \u00e9t\u00e9 en vain.<\/p>\n<p>Je fais confiance \u00e0 votre courage insurpassable, et je vous promets que nous vous sauverons co\u00fbte que co\u00fbte.<\/p>\n<p>Patria o Muerte\u00a0!<br class=\"autobr\"\/><br \/>\nVenceremos\u00a0!<\/p>\n<p>Fidel Castro Ruz<br class=\"autobr\"\/><br \/>\n7 ao\u00fbt 1983<br class=\"autobr\"\/><br \/>\n18 h<\/p>\n<p><center><strong>*****<\/strong><\/center><center><strong>UN EXEMPLE, UNE LE\u00c7ON<\/strong><\/center><center><strong>Ra\u00fal Castro Ruz<\/strong><\/center><\/p>\n<p>Tir\u00e9 de Jorge Mart\u00edn Blandino, <i>Cangamba<\/i>, La Havane, 2006, Casa Editorial Verde Olivo, pp. 281-284. L\u2019auteur signale en note\u00a0: \u00ab\u00a0Synth\u00e8se de ses r\u00e9flexions [de Ra\u00fal Castro] \u00e0 la lecture des originaux du livre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ce livre nous permet de faire un nouveau pas dans l\u2019\u00e9tude de notre histoire la plus r\u00e9cente, et nous ne nous arr\u00eaterons pas en si bon chemin, surtout quand nous pouvons compter sur les t\u00e9moignages irrempla\u00e7ables des protagonistes. Il s\u2019agit tout \u00e0 la fois d\u2019un engagement avec le pass\u00e9 et d\u2019une n\u00e9cessit\u00e9 pr\u00e9sente et future.<\/p>\n<p>A la guerre, il ne se passe pas toujours ce que l\u2019on attend, et c\u2019est bien ce qui est arriv\u00e9 le 2\u00a0ao\u00fbt 1983 avec l\u2019attaque ennemie \u00e0 Cangamba. Il s\u2019agit d\u2019une petite localit\u00e9, situ\u00e9e \u00e0 grande distance de la r\u00e9gion qui faisait l\u2019objet des agressions de l\u2019arm\u00e9e sud-africaine et o\u00f9 les troupes internationalistes cubaines \u00e9taient d\u00e9ploy\u00e9es justement pour emp\u00eacher une invasion militaire \u00e9trang\u00e8re.<\/p>\n<p>A Cangamba, il n\u2019y avait qu\u2019un petit groupe de conseillers cubains de l\u2019unit\u00e9 des forces arm\u00e9es angolaises cantonn\u00e9e l\u00e0, form\u00e9e essentiellement de paysans de l\u2019endroit poss\u00e9dant peu d\u2019exp\u00e9rience militaire et un armement limit\u00e9, une unit\u00e9 parmi les quelques-unes qui faisaient face \u00e0 la pr\u00e9tendue contre-r\u00e9volution interne, qui \u00e9tait soutenue en fait par les Etats-Unis et d\u2019autres puissances occidentales, surtout par Afrique du Sud interpos\u00e9e.<\/p>\n<p>Nous vivions l\u2019\u00e9poque de l\u2019administration Reagan \u00e0 la Maison-Blanche aux Etats-Unis, dont l\u2019agressivit\u00e9 nous avait conduit \u00e0 mettre au point la conception de la Guerre du peuple tout entier. Les officiers des Forces arm\u00e9es r\u00e9volutionnaires (FAR) \u00e9taient attel\u00e9s \u00e0 des t\u00e2ches incontournables et complexes, telles que l\u2019organisation et la pr\u00e9paration des toutes nouvelles Milices des troupes territoriales (MTT), les conseils de d\u00e9fense et les zones de d\u00e9fense. Nous continuions toutefois de remplir nos devoirs internationalistes et avions accept\u00e9, comme nous l\u2019avait demand\u00e9 le gouvernement angolais, de conseiller les unit\u00e9s qui combattaient les forces irr\u00e9guli\u00e8res ennemies.<\/p>\n<p>Celles-ci \u00e9taient constitu\u00e9es par des membres de l\u2019UNITA qui, apr\u00e8s la d\u00e9faite essuy\u00e9e en 1976, \u00e9taient parvenus \u00e0 se r\u00e9organiser dans des camps militaires sud-africains en Namibie. Par ailleurs, les troupes sp\u00e9ciales sud-africaines commen\u00e7aient \u00e0 accro\u00eetre leurs actions secr\u00e8tes sous couvert de gu\u00e9rillas locales.<\/p>\n<p>Ce sont essentiellement les officiers de la r\u00e9serve et des Milices des troupes territoriales, v\u00e9t\u00e9rans de la Lutte contre les bandits que notre pays avait livr\u00e9e dans les ann\u00e9es 60, qui remplirent cette mission de conseillers d\u2019une mani\u00e8re exemplaire.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 donc quels \u00e9taient les internationalistes qui se trouvaient \u00e0 Cangamba, en plus de quelques sergents et soldats, dont beaucoup \u00e9taient des appel\u00e9s qui r\u00e9alisaient des missions comme membres de la s\u00e9curit\u00e9, chauffeurs et d\u2019autres de ce genre, et qui \u00e9taient all\u00e9s en Angola d\u2019une fa\u00e7on absolument volontaire, comme tout le restant des troupes.<\/p>\n<p>Bien qu\u2019il ait eu vent d\u2019activit\u00e9s ennemies, le commandement de la Mission militaire cubaine ne s\u2019attendait certainement pas \u00e0 une action de telle ampleur dans cette r\u00e9gion inhospitali\u00e8re de faible importance. Opinion renforc\u00e9e en bonne mesure par le fait qu\u2019une attaque de ce genre \u00e9tait impossible sans l\u2019appui logistique et l\u2019exploration a\u00e9rienne, voire la conduite en premi\u00e8re ligne des forces arm\u00e9es sud-africaines, comme l\u2019ont reconnu ensuite ceux qui se battaient de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019ennemi obtint au d\u00e9part quelque chose de tr\u00e8s important\u00a0: le facteur surprise. Par ailleurs, ses troupes \u00e9taient enhardies par la sup\u00e9riorit\u00e9 que leur procurait le tr\u00e8s fort soutien mat\u00e9riel et organisationnel du r\u00e9gime raciste. Mais elles ne parvinrent pas \u00e0 convertir cette situation favorable en une victoire. Celle-ci fut emp\u00each\u00e9e par la r\u00e9sistance h\u00e9ro\u00efque des combattants cubains et angolais qui d\u00e9fendirent bec et ongles, sept jours durant, une position qui, pendant plusieurs jours, fut r\u00e9duite aux proportions d\u2019un terrain de foot, pratiquement sans eau, ni m\u00e9dicaments ni aliments.<\/p>\n<p>Tout aussi d\u00e9cisive fut l\u2019action courageuse et exemplaire des pilotes internationalistes de l\u2019aviation de combat qui caus\u00e8rent \u00e0 l\u2019ennemi le gros de ses pertes et qui, aux c\u00f4t\u00e9s de l\u2019aviation de transport et des h\u00e9licopt\u00e8res, prirent tous les risques pour sauver leurs compagnons encercl\u00e9s.<\/p>\n<p>De plus, l\u2019avanc\u00e9e de puissantes colonnes blind\u00e9es contournant d\u2019\u00e9normes obstacles constitua un facteur de dissuasion important pour que l\u2019ennemi d\u00e9cide finalement de se retirer sans avoir atteint son objectif principal\u00a0: annihiler ou capturer les combattants internationalistes pour obtenir une victoire retentissante, surtout \u00e0 l\u2019\u00e9chelle internationale.<\/p>\n<p>Le monde a beaucoup chang\u00e9 depuis ces journ\u00e9es d\u2019ao\u00fbt 1983, mais l\u2019amiti\u00e9 forg\u00e9e dans le combat entre les peuples angolais et cubain reste invariable. Et la signification de l\u2019exemple des pr\u00e8s de 400\u00a0000 Cubains qui, par leur fusil solidaire, appliqu\u00e8rent dans la r\u00e9alit\u00e9 la pens\u00e9e de Mart\u00ed\u00a0: \u00ab\u00a0La patrie est l\u2019humanit\u00e9\u00a0\u00bb, ne cesse de grandir en ces temps-ci non moins h\u00e9ro\u00efques. Rien qu\u2019en Angola et en \u00c9thiopie, 378 763 combattants, dont 117\u00a0197 r\u00e9servistes, ont rempli une mission internationaliste.<\/p>\n<p>En plus de l\u2019hommage que m\u00e9rite le courage extraordinaire des v\u00e9t\u00e9rans de Cangamba, leur exemple d\u2019accomplissement v\u00e9ritable du devoir a une importance inappr\u00e9ciable. Chaque t\u00e9moignage [du livre] est un exemple, une le\u00e7on absolument d\u2019actualit\u00e9.<\/p>\n<p>La reddition, la d\u00e9faite ou la possibilit\u00e9 de tomber prisonnier n\u2019effleura jamais l\u2019esprit d\u2019aucun d\u2019entre eux. Ils d\u00e9cid\u00e8rent fermement de faire face \u00e0 l\u2019ennemi jusqu\u2019aux ultimes cons\u00e9quences, sans penser \u00e0 son nombre ni \u00e0 son meilleur armement.<\/p>\n<p>Le chef des conseillers cubains en Cangamba, Fidencio Gonz\u00e1lez Peraza, alors lieutenant-colonel et aujourd\u2019hui H\u00e9ros de la R\u00e9publique de Cuba et colonel de la r\u00e9serve, conserva fermement le commandement, aux c\u00f4t\u00e9s de l\u2019organisation du Parti, des officiers de son petit \u00e9tat-major et des chefs des secteurs de d\u00e9fense. Il remplit chaque ordre re\u00e7u et, quand il ne put plus en recevoir, il agit \u00e0 partir de ses principes et de ses convictions. Et si les chefs surent pr\u00e9server le moral des soldats, ceux-ci leur inject\u00e8rent \u00e0 leur tour une dose \u00e9lev\u00e9e de courage et de d\u00e9cision.<\/p>\n<p>En lan\u00e7ant cette op\u00e9ration militaire complexe, l\u2019ennemi ne visa \u00e0 aucun moment \u00e0 conserver le contr\u00f4le d\u2019une localit\u00e9 \u00e9loign\u00e9e, sans valeur strat\u00e9gique. De notre c\u00f4t\u00e9, nous f\u00fbmes cons\u00e9quents avec un principe\u00a0: la R\u00e9volution n\u2019abandonne aucun de ses enfants.<\/p>\n<p>La nouvelle de l\u2019attaque \u00e0 peine re\u00e7ue, le commandant en chef en fut inform\u00e9\u00a0: il prit aussit\u00f4t le commandement et continua de l\u2019exercer jusqu\u2019\u00e0 la fin d\u2019une fa\u00e7on directe et permanente. Lui, et tous ceux d\u2019entre nous qui particip\u00e2mes \u00e0 l\u2019organisation, \u00e0 la logistique et \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution de l\u2019op\u00e9ration, \u00e0 Cuba ou en Angola, nous dorm\u00eemes tr\u00e8s peu ces jours-l\u00e0. Apprendre la mort au combat ou les blessures de chaque compagnon nous incitait \u00e0 redoubler d\u2019efforts.<\/p>\n<p>Je me souviens de ce premier moment d\u2019apaisement quand le retrait de l\u2019ennemi fut confirm\u00e9 le 10 ao\u00fbt. Cette apr\u00e8s-midi-l\u00e0, dans mon bureau du minist\u00e8re des Forces arm\u00e9es que le commandant en chef avait transform\u00e9 en poste de commandement durant toute la dur\u00e9e de l\u2019op\u00e9ration, je lui demandai s\u2019il se souvenait dans notre vie de r\u00e9volutionnaires d\u2019une semaine de tensions aussi dramatiques, et il co\u00efncida avec moi qu\u2019aucune autre pareille ne venait \u00e0 sa m\u00e9moire.<\/p>\n<p>Ceci peut para\u00eetre une affirmation plus symbolique qu\u2019objective, motiv\u00e9e par la proximit\u00e9 du fait, surtout provenant du protagoniste principal de tant de grandes et petites batailles. Toujours est-il qu\u2019il existait une diff\u00e9rence essentielle\u00a0: la plupart des fois, nous partagions les risques sur le terrain. Dans ce cas, nous \u00e9tions particuli\u00e8rement stress\u00e9s \u00e0 l\u2019id\u00e9e de nous trouver \u00e0 dix mille kilom\u00e8tres de ces plus de cent compagnons en p\u00e9ril de mort imminent.<\/p>\n<p>Je sais que chaque r\u00e9volutionnaire cubain me comprend. Nous nous sommes tous form\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9cole de courage et de sacrifice de Fidel et nous nous effor\u00e7ons d\u2019agir en cons\u00e9quence. Cangamba, une fois de plus, l\u2019a largement prouv\u00e9.<\/p>\n<p>*****<\/p>\n<\/div>\n<p><br \/>\n<br \/><a href=\"https:\/\/www.legrandsoir.info\/une-autre-histoire-de-la-resistance-reflexions-de-fidel-castro.html\" target=\"_blank\"\">Source link <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ayant \u00e9voqu\u00e9 dans mon \u00e9crit pr\u00e9c\u00e9dent, \u00e0 l\u2019occasion de la mort au combat de trente-deux Cubains du dernier cordon de d\u00e9fense de Nicol\u00e1s Maduro, le tragique \u00e9pisode de la Grenade&hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":23143,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-23142","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23142","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=23142"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23142\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/23143"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=23142"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=23142"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=23142"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}