{"id":23897,"date":"2026-02-12T05:41:54","date_gmt":"2026-02-12T04:41:54","guid":{"rendered":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/2026\/02\/12\/habitants-des-tenebres-par-faris-lounis-le-monde-diplomatique-fevrier-2026\/"},"modified":"2026-02-12T05:41:54","modified_gmt":"2026-02-12T04:41:54","slug":"habitants-des-tenebres-par-faris-lounis-le-monde-diplomatique-fevrier-2026","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/2026\/02\/12\/habitants-des-tenebres-par-faris-lounis-le-monde-diplomatique-fevrier-2026\/","title":{"rendered":"Habitants des t\u00e9n\u00e8bres, par Faris Lounis (Le Monde diplomatique, f\u00e9vrier 2026)"},"content":{"rendered":"<p> <br \/>\n<\/p>\n<div couleurfade=\"f8e6e6\" couleurclaire=\"f3d7d8\" couleurpale=\"efa8a9\" couleurmi=\"9c2f31\" couleurfoncee=\"861215\" couleursombre=\"270b0c\" couleurfond=\"704c4d\" couleurtexte=\"ffffff\">\n<figure class=\"spip_document_41735 spip_documents spip_documents_right\" style=\"float:right; width:200px;\">\n<div class=\"limage\">\n<p>\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/\/local\/cache-vignettes\/L200xH318\/leloupdelafam-c3a88.jpg?1769529457\" width=\"200\" height=\"318\" class=\"spip_logos\" alt=\"JPEG - 35\u00a0kio\"\/><\/p><\/div><figcaption>\n<\/figcaption><\/figure>\n<p><span class=\"mot-lettrine\"><span class=\"lettrine\">E<\/span>ntre<\/span> Liban et Syrie, entre la c\u00f4te m\u00e9diterran\u00e9enne et l\u2019arri\u00e8re-pays, des B\u00e9douins et des Gitans nomadisent. Un fleuve, le Nahr Al-Kabir, dessin\u00e9 par l\u2019auteur sur une carte au d\u00e9but du livre, est cens\u00e9 tracer au nord la fronti\u00e8re, mais elle est bien poreuse. Non loin, Tripoli. Dans son deuxi\u00e8me roman, qui s\u2019\u00e9tend de 1965 \u00e0 2013, mais en une chronologie peu lin\u00e9aire, Souhaib Ayoub \u00e9voque une famille b\u00e9douine sur plusieurs g\u00e9n\u00e9rations, brouille toutes sortes de fronti\u00e8res, y compris entre les genres, et livre, par bribes, quelques v\u00e9rit\u00e9s romanesques sur les dynamiques des guerres internes du Liban et de son histoire contemporaine. On pourrait croire, si on s\u2019en tenait \u00e0 un r\u00e9sum\u00e9 de quelques \u00e9v\u00e9nements saillants, \u00e0 une chronique de faits divers. Car il y a bien des crimes et des myst\u00e8res\u00a0: \u00e0 Tripoli, des femmes disparaissent. Les locataires d\u2019un immeuble d\u00e9couvrent le cadavre d\u00e9compos\u00e9 d\u2019un voisin. Une odeur terrifiante envahit les ruelles de la ville. Hassan Al-Sabe\u2019 assassine sa grand-m\u00e8re, peut-\u00eatre pour venger l\u2019a\u00efeul qui habite ses r\u00eaves. Mais <i>Le Loup de la famille<\/i> est loin d\u2019\u00eatre r\u00e9ductible \u00e0 un polar. Le souffle singulier qu\u2019il donne \u00e0 la langue arabe, magnifiquement rendu par la traduction de St\u00e9phanie Dujols, la puissance de la m\u00e9ditation paradoxale sur la joie et la peur qu\u2019il d\u00e9ploie, naviguant entre pulsion de mort et \u00e9lan vital, perturbant la s\u00e9paration entre r\u00eave et r\u00e9el, lui donnent une beaut\u00e9 qui trouble.<\/p>\n<p>Vies emp\u00each\u00e9es, vies \u00e9mancip\u00e9es\u00a0: en une grande galerie de portraits, \u00e0 la premi\u00e8re ou \u00e0 la troisi\u00e8me personne, les personnages se racontent, comme Dolce Vita, la femme trans, qui d\u00e9fie les miliciens lors de la guerre civile. Mais c\u2019est Hassan qui domine la narration. <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Les enfants du quartier se moquaient de moi, ils m\u2019appelaient la \u201ccanne \u00e0 sucre\u201d. Je d\u00e9testais mon corps et cette maigreur qui faisait de moi une guenille expos\u00e9e \u00e0 toutes les menaces. Cependant, je n\u2019avais peur de rien, m\u00eame pas de leurs coups cuisants.<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i> Trop diff\u00e9rent, trop particulier, mis \u00e0 l\u2019\u00e9cart par tous, celui qui est consid\u00e9r\u00e9 comme <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>le loup de la famille<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i> s\u2019\u00e9loigne des hauteurs de la ville. <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>J\u2019allais vers la mer pour fuir ce relent morbide qui infestait notre immeuble, la duret\u00e9 des pierres, la puanteur des \u00e9gouts qui se d\u00e9versaient dans nos quartiers mis\u00e9reux.<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i> Depuis les <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00eeles du palmier<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb,<\/i> il va consid\u00e9rer, avec une ironie ravageuse, le d\u00e9labrement de son quotidien et, en compagnie de Hamz\u00e9, son unique ami, il se prom\u00e8ne, il d\u00e9couvre, il parcourt les distances d\u2019un pas l\u00e9ger, erre pr\u00e8s du port et tisse des liens avec les p\u00eacheurs aux <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>gros doigts entaill\u00e9s par leurs filets<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb.<\/i> Dans le d\u00e9pouillement de cette existence, il per\u00e7oit, et c\u2019est affolant, les voix des anc\u00eatres qui ont d\u00e9ferl\u00e9 depuis les steppes, ainsi que les paroles du d\u00e9mon de son a\u00efeul syrien\u2026<\/p>\n<p>Meurtres, noyades. Mais aussi \u00e9clats de rire et app\u00e9tit d\u2019ogre pour la cuisine levantine\u00a0: malgr\u00e9 tout, on ne perd jamais espoir avec les personnages du <i>Loup de la famille<\/i> \u2014 d\u2019ailleurs, il en est qui ressuscitent apr\u00e8s une mort atroce. Souhaib Ayoub r\u00e9ussit dans cette \u00e9vocation hallucinatoire o\u00f9 passent esprits et monstres \u00e0 faire vivre en clair-obscur la grande histoire de sa ville et sa marginalisation actuelle, en une fantasmagorie absorbante, sans jamais verser dans l\u2019essentialisme ni le mis\u00e9rabilisme.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<p><br \/>\n<br \/><a href=\"https:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2026\/02\/LOUNIS\/69244\" target=\"_blank\"\">Source link <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Entre Liban et Syrie, entre la c\u00f4te m\u00e9diterran\u00e9enne et l\u2019arri\u00e8re-pays, des B\u00e9douins et des Gitans nomadisent. 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