{"id":26060,"date":"2026-04-02T16:14:05","date_gmt":"2026-04-02T14:14:05","guid":{"rendered":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/2026\/04\/02\/une-nep-aux-caracteristiques-chinoises-notes-pour-une-recherche\/"},"modified":"2026-04-02T16:14:05","modified_gmt":"2026-04-02T14:14:05","slug":"une-nep-aux-caracteristiques-chinoises-notes-pour-une-recherche","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/2026\/04\/02\/une-nep-aux-caracteristiques-chinoises-notes-pour-une-recherche\/","title":{"rendered":"UNE \u00ab\u00a0NEP\u00a0\u00bb AUX CARACTERISTIQUES CHINOISES ? (Notes pour une recherche)"},"content":{"rendered":"<p> [ad_1]<br \/>\n<\/p>\n<div id=\"\">\n<p>Les succ\u00e8s de la Chine contemporaine ne cessent d\u2019interroger nos conceptions habituelles. Savons-nous seulement quels sont les ressorts de cette modernisation r\u00e9ussie, et quelles perspectives elle offre pour l\u2019avenir du socialisme\u00a0? Une des questions fondamentales qu\u2019il convient de se poser \u00e0 propos de la Chine contemporaine est la suivante\u00a0: de quelle nature est la formation sociale chinoise actuelle\u00a0?<\/p>\n<p>Poser cette question centrale a pour vertu d\u2019ouvrir deux pistes de r\u00e9flexion, sur lesquelles ces quelques notes ont pour seule ambition d\u2019ouvrir le d\u00e9bat et de stimuler les recherches.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re piste de r\u00e9flexion est la suivante\u00a0: quels sont les modes de production qui figurent dans cette formation sociale, et comment s\u2019articulent-ils\u00a0? Quelle signification faut-il accorder \u00e0 l\u2019existence d\u2019un secteur capitaliste en Chine\u00a0? Autrement, dit, quel est le mode de production dominant autour duquel se d\u00e9ploie la structure propre \u00e0 cette formation sociale\u00a0?<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me piste de r\u00e9flexion est la suivante\u00a0: quelle est la gen\u00e8se historique de cette formation sociale originale\u00a0? Quelles sont les \u00e9tapes qu\u2019elle a franchies pour parvenir au stade actuel\u00a0? Cette gen\u00e8se historique pr\u00e9sente-t-elle des similitudes avec la Nouvelle politique \u00e9conomique (NEP) men\u00e9e par le pouvoir sovi\u00e9tique de 1921 \u00e0 1928\u00a0? A-t-elle l\u2019aspect d\u2019une trajectoire lin\u00e9aire, ou au contraire d\u2019un processus it\u00e9ratif, marqu\u00e9 par des acc\u00e9l\u00e9rations, mais aussi des retours en arri\u00e8re\u00a0? \u2029<\/p>\n<p>Il y a aussi une troisi\u00e8me piste de r\u00e9flexion, qui est celle des perspectives ouvertes par l\u2019accomplissement historique dont t\u00e9moigne la Chine depuis 1949\u00a0: au-del\u00e0 du \u201cstade primaire du socialisme\u201d, quels sont les objectifs propres aux \u00e9tapes suivantes de cette modernisation\u00a0? La transition socialiste doit-elle encore \u00eatre pens\u00e9e, comme le veut la th\u00e9orie marxiste classique, dans l\u2019horizon du communisme\u00a0? Trop importante pour \u00eatre trait\u00e9e ici, cette piste de r\u00e9flexion fera l\u2019objet d\u2019un travail ult\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Reprenons donc les deux premi\u00e8res pistes de r\u00e9flexion et tentons d\u2019y cheminer autant que faire se peut, de mani\u00e8re n\u00e9cessairement partielle et provisoire.\u2029Pour commencer, partons d\u2019une observation que chacun peut faire\u00a0: la Chine est une formation sociale singuli\u00e8re que la plupart des commentateurs, fussent-ils \u201csinologues\u201d, peinent g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 d\u00e9crire ou \u00e0 nommer. Le plus souvent, cette difficult\u00e9 est imputable \u00e0 des biais id\u00e9ologiques ais\u00e9s \u00e0 deviner, mais elle traduit aussi parfois l\u2019absence, tout simplement, d\u2019instruments intellectuels ad\u00e9quats. C\u2019est pourquoi, afin de traiter la question de fa\u00e7on rationnelle, il me semble indispensable de s\u2019appuyer sur l\u2019analyse marxiste des diff\u00e9rents modes de production, de leur succession dans l\u2019histoire et de leur combinaison au sein d\u2019une formation sociale donn\u00e9e.<\/p>\n<p>La question est en effet de savoir en quoi consiste pr\u00e9cis\u00e9ment la formation sociale chinoise contemporaine, telle qu\u2019elle se pr\u00e9sente \u00e0 l\u2019observateur en 2026, et sur quelle base mat\u00e9rielle elle repose, avec les caract\u00e9ristiques historiques qui sont les siennes. Or, dans ce travail d\u2019analyse, il faut \u00e9videmment se d\u00e9prendre d\u2019un certain nombre de travers intellectuels dans lesquelles tombent de nombreux commentateurs.<\/p>\n<p>Le principal travers consiste \u00e0 refuser de voir dans la formation sociale chinoise une formation complexe, hybride, caract\u00e9ris\u00e9e par la transition inachev\u00e9e d\u2019un mode d\u2019organisation sociale \u00e0 un autre. Certains observateurs, g\u00e9n\u00e9ralement hostiles \u00e0 la R\u00e9publique populaire de Chine, ont tendance \u00e0 essentialiser le mod\u00e8le chinois en recourant \u00e0 des notions simplistes ou inad\u00e9quates. Ils d\u00e9finissent la formation sociale chinoise, par exemple, en la subsumant sous le concept commode de \u201ccapitalisme d\u2019\u00c9tat \u201d ou de \u201csocialo-capitalisme\u201d, quand ils ne r\u00e9duisent pas la Chine contemporaine \u00e0 un m\u00e9lange funeste de \u201ccapitalisme sauvage\u201d et de \u201cdictature totalitaire\u201d. Autant de qualifications h\u00e2tives et caricaturales qui ne peuvent manquer d\u2019induire en erreur, car elles oublient un fait essentiel\u00a0: l\u2019existence de rapports sociaux de type capitaliste en Chine n\u2019implique nullement le caract\u00e8re capitaliste de la soci\u00e9t\u00e9 chinoise.<\/p>\n<p>Dans certains milieux, on disait autrefois de l\u2019URSS qu\u2019elle \u00e9tait caract\u00e9ris\u00e9e par un \u201ccapitalisme sans capitalistes\u201d, dans la mesure o\u00f9 elle apparaissait comme le mod\u00e8le achev\u00e9 d\u2019un capitalisme d\u2019\u00c9tat dans lequel l\u2019appropriation priv\u00e9e des moyens de production \u00e9tait bannie au profit d\u2019un robuste dirigisme \u00e9tatique. Au nom du \u201cprol\u00e9tariat\u201d ou du \u201cpeuple tout entier\u201d, une nouvelle classe dominante, apr\u00e8s avoir investi le pouvoir d\u2019\u00c9tat, aurait saisi les r\u00eanes de l\u2019\u00e9conomie et de la soci\u00e9t\u00e9. Sous couvert de socialisme, les rapports sociaux capitalistes auraient \u00e9t\u00e9 reconduits au profit de cette nouvelle couche dominante, la \u201cbureaucratie sovi\u00e9tique\u201d. On ne se prononcera pas ici sur cette qualification, qui est sans doute partiellement erron\u00e9e et fort discutable d\u2019un point de vue historique. Ce qui est certain, c\u2019est qu\u2019elle ne correspond nullement \u00e0 la situation de la formation sociale chinoise actuelle, qui se caract\u00e9rise au contraire par la pr\u00e9sence de capitalistes, mais sans capitalisme.<\/p>\n<p>Afin de faire la lumi\u00e8re sur ce paradoxe apparent, tournons-nous donc vers l\u2019analyse marxiste des modes de production et des formations sociales. Rappelons qu\u2019un mode de production, c\u2019est l\u2019ensemble constitu\u00e9 par les forces productives (la force de travail et les instruments de production) et les rapports de production, c\u2019est-\u00e0-dire les rapports sociaux nou\u00e9s par les individus dans la sph\u00e8re productive. Un mode de production, comme son nom l\u2019indique, d\u00e9signe une mani\u00e8re de produire les biens mat\u00e9riels indispensables \u00e0 l\u2019existence des individus qui vivent dans une formation sociale donn\u00e9e. Sans entrer dans le d\u00e9tail de la th\u00e9orie marxiste, il suffit de retenir \u00e0 ce stade que le mode de production constitue la base mat\u00e9rielle de l\u2019existence des hommes et qu\u2019il qualifie la formation sociale d\u00e9termin\u00e9e dans laquelle cette base mat\u00e9rielle joue un r\u00f4le d\u00e9terminant.<\/p>\n<p>Or c\u2019est ici qu\u2019une pr\u00e9cision s\u2019impose\u00a0: l\u2019articulation entre la formation sociale et le mode de production implique aussi que, dans toute formation sociale, il n\u2019existe pas un seul mode de production\u00a0: la plupart du temps, il en existe au moins deux, et parfois beaucoup plus. Parmi ces modes de production, l\u2019un d\u2019entre eux est dit \u201cdominant\u201d et les autres \u201cdomin\u00e9s\u201d. Ces derniers sont soit des survivances du pass\u00e9 de l\u2019ancienne formation sociale, soit des modes de production en train de na\u00eetre dans le pr\u00e9sent m\u00eame de la formation sociale. Cette pr\u00e9cision est importante, car cette pluralit\u00e9 des modes de production, ins\u00e9parable de la pr\u00e9dominance d\u2019un mode de production sur les autres, permet de rendre compte de la complexit\u00e9 des faits observables dans toute formation sociale concr\u00e8te. Et c\u2019est aussi cette pluralit\u00e9 in\u00e9gale des modes de production qui permet de d\u00e9celer les tendances contradictoires qui s\u2019affrontent dans la formation sociale consid\u00e9r\u00e9e et qui constituent, pour cette raison, le v\u00e9ritable moteur de son histoire.<\/p>\n<p>Revenons maintenant \u00e0 la formation sociale chinoise contemporaine et \u00e0 ce qui nous int\u00e9resse ici, \u00e0 savoir sa composition organique\u00a0: autrement, dit, l\u2019articulation sp\u00e9cifique entre les modes de production qui concourent \u00e0 son existence historique.\u2029Pour tenter de la d\u00e9celer, il faut d\u2019abord proc\u00e9der \u00e0 une photographie, n\u00e9cessairement descriptive dans un premier temps, de cette pluralit\u00e9 concr\u00e8te qui caract\u00e9rise la formation sociale chinoise actuelle.<\/p>\n<p>Mais avant de pr\u00e9senter cet inventaire des modes de production \u00e0 l\u2019\u0153uvre en Chine, il faut bien pr\u00e9ciser un point qui me semble essentiel.<\/p>\n<p>Comme tout le monde, les Chinois vivent dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9termin\u00e9e, une \u201cformation sociale\u201d concr\u00e8te, caract\u00e9ris\u00e9e par la pr\u00e9dominance d\u2019un mode de production d\u00e9termin\u00e9. Mais quel est ce mode de production\u00a0? Car il ne suffit pas qu\u2019une formation sociale existe pour qu\u2019elle poss\u00e8de son propre mode de production. Une formation sociale capitaliste, comme les \u00c9tats-Unis par exemple, se caract\u00e9rise par un mode de production dominant, le mode de production capitaliste. Mais une soci\u00e9t\u00e9 socialiste comme la soci\u00e9t\u00e9 chinoise, en revanche, poss\u00e8de-t-elle pour autant un mode de production socialiste\u00a0? Si cette expression n\u2019existe pas chez Marx, Engels et L\u00e9nine, c\u2019est parce qu\u2019aux yeux de la th\u00e9orie marxiste une formation sociale peut \u00eatre en transition entre deux modes de production, sans avoir un mode de production exclusif. Durant cette p\u00e9riode transitoire, qui peut \u00eatre extr\u00eamement longue, les \u00e9l\u00e9ments de la soci\u00e9t\u00e9 future ont tendance \u00e0 prendre le dessus sur les \u00e9l\u00e9ments de la soci\u00e9t\u00e9 pass\u00e9e, modifiant peu \u00e0 peu la composition organique de la formation sociale. Et cette situation n\u2019a rien d\u2019anormal\u00a0: elle est l\u2019effet direct du d\u00e9veloppement des forces productives et des luttes de classes qui traversent toute formation sociale.<\/p>\n<p>Ce point \u00e9tant pr\u00e9cis\u00e9, faisons l\u2019inventaire des modes de production de la formation sociale chinoise.<\/p>\n<p>Quels sont, pr\u00e9cis\u00e9ment, ces modes de production dont la combinaison fournit son ossature mat\u00e9rielle \u00e0 la formation sociale chinoise contemporaine\u00a0?<\/p>\n<p>1. Premi\u00e8rement, le mode de production socialis\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire le mode de production caract\u00e9ris\u00e9 par l\u2019existence d\u2019unit\u00e9s de production \u00e9conomique dont la propri\u00e9t\u00e9 du capital est une propri\u00e9t\u00e9 publique.<\/p>\n<p>Ces unit\u00e9s de production sont principalement les grandes entreprises d\u2019\u00c9tat qui d\u00e9tiennent, en Chine, les secteurs-cl\u00e9s de l\u2019industrie comme la sid\u00e9rurgie, l\u2019\u00e9nergie (le charbon, le gaz, l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, le p\u00e9trole et le nucl\u00e9aire), mais aussi les infrastructures de transport et l\u2019industrie de l\u2019armement. Particuli\u00e8rement intensifs en capital, ces secteurs strat\u00e9giques sont la propri\u00e9t\u00e9 exclusive de la puissance publique qui les contr\u00f4le \u00e0 travers un r\u00e9seau de 325 000 entreprises publiques diss\u00e9min\u00e9es sur l\u2019ensemble du territoire aux niveaux national, r\u00e9gional et local. Mais \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ce vaste secteur public largement d\u00e9centralis\u00e9, c\u2019est surtout par le truchement de 97 tr\u00e8s grandes entreprises que l\u2019\u00c9tat central d\u00e9tient l\u2019essentiel du capital industriel, soit 55\u00a0% des actifs de toutes les entreprises, publiques et priv\u00e9es, du pays.<\/p>\n<p>Appartiennent aussi \u00e0 ce vaste secteur public les innombrables \u00e9tablissements bancaires qui contr\u00f4lent 80\u00a0% des actifs de cette cat\u00e9gorie dans l\u2019ensemble du pays. En Chine, c\u2019est le r\u00e9seau des banques publiques, et non les institutions financi\u00e8res priv\u00e9es, qui assure de mani\u00e8re pr\u00e9pond\u00e9rante le financement de l\u2019\u00e9conomie. Cette pr\u00e9dominance du secteur public est fondamentale\u00a0: elle affranchit la sph\u00e8re financi\u00e8re de la rapacit\u00e9 des actionnaires priv\u00e9s et l\u2019ordonne aux imp\u00e9ratifs du d\u00e9veloppement planifi\u00e9 de l\u2019\u00e9conomie nationale. Loin de cette domination des int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s qui caract\u00e9rise les pays capitalistes, la socialisation de la finance redouble celle de la production et consolide l\u2019ossature publique de la structure sociale. Aussi l\u2019activit\u00e9 boursi\u00e8re est-elle peu d\u00e9velopp\u00e9e en Chine\u00a0: la somme des capitalisations boursi\u00e8res chinoises sur les places de Shanghai et Hong Kong demeure largement inf\u00e9rieure \u00e0 celle de leurs homologues occidentales, alors m\u00eame que l\u2019\u00e9conomie chinoise calcul\u00e9e en PPA occupe la premi\u00e8re place mondiale et ne cesse de progresser. Que la part de la Chine dans la sph\u00e8re productive soit inversement proportionnelle \u00e0 sa part dans la sph\u00e8re sp\u00e9culative n\u2019est donc pas le fait du hasard, mais un effet de structure.<\/p>\n<p>Il r\u00e9sulte des deux points pr\u00e9c\u00e9dents que le mode de production dominant, au sein de la formation sociale chinoise, ne peut \u00eatre que le mode de production socialis\u00e9. Cette pr\u00e9dominance rev\u00eat trois aspects. Elle est d\u2019abord quantitative\u00a0: la puissance publique contr\u00f4le l\u2019essentiel du capital industriel et du capital financier. Mais elle est \u00e9galement qualitative\u00a0: en occupant les hauteurs strat\u00e9giques de l\u2019\u00e9conomie, l\u2019\u00c9tat les met au service du d\u00e9veloppement global. En d\u00e9liant les secteurs-cl\u00e9 de l\u2019exigence de rentabilit\u00e9 \u00e0 court terme, la planification \u00e9tatique oriente l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique dans une direction conforme \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. Cette pr\u00e9dominance du secteur public en amont de la cha\u00eene de valeur influe notamment sur la formation des prix\u00a0: elle rend possible une politique de bas co\u00fbt des intrants qui sont fournis \u00e0 l\u2019ensemble de l\u2019\u00e9conomie. Ce qui explique la capacit\u00e9 du secteur productif \u00e0 satisfaire les besoins de la population sur le march\u00e9 int\u00e9rieur (il suffit de vivre en Chine pour y mesurer l\u2019absence de tensions inflationnistes), mais aussi la comp\u00e9titivit\u00e9 internationale de l\u2019\u00e9conomie chinoise, laquelle a constitu\u00e9 l\u2019un des moteurs de son d\u00e9veloppement au cours des vingt derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n<p>J\u2019ajouterai une remarque lexicale pour finir\u00a0: contrairement \u00e0 d\u2019autres auteurs, j\u2019emploie l\u2019expression \u201cmode de production socialis\u00e9\u201d, et non \u201cmode de production \u00e9tatique\u201d ou \u201cmode de production socialiste\u201d. Le terme \u201csocialis\u00e9\u201d indique clairement, en effet, que l\u2019existence de ce mode de production r\u00e9sulte d\u2019un processus (la r\u00e9volution socialiste) et que sa caract\u00e9ristique principale r\u00e9side dans la propri\u00e9t\u00e9 sociale (ou publique) du capital. En revanche, la notion de \u201cmode de production \u00e9tatique\u201d me parait r\u00e9ductrice\u00a0: l\u2019\u00c9tat n\u2019est pas le seul intervenant dans la gestion du secteur public, et les collectivit\u00e9s locales jouent un r\u00f4le essentiel dans un syst\u00e8me qui est tr\u00e8s d\u00e9centralis\u00e9. Quant au  \u201cmode de production socialiste\u201d, cette expression ne correspond pas \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9\u00a0: la formation sociale chinoise \u00e9tant une formation en transition, c\u2019est cette transition qui est socialiste, et non tel ou tel des modes de production qui lui fournissent sa base mat\u00e9rielle. En somme, le mot \u201csocialisme\u201d ne peut pas d\u00e9signer, \u00e0 la fois, le tout et la partie.<\/p>\n<p>2. Deuxi\u00e8mement, le mode de production capitaliste, lequel existe bel et bien dans la formation sociale chinoise, depuis qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 r\u00e9introduit au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990 par les r\u00e9formes de Deng Xiaoping.<\/p>\n<p>Ce secteur capitaliste joue un r\u00f4le important dans un certain nombre de domaines qui ont n\u00e9cessit\u00e9 des capitaux, des comp\u00e9tences et des technologies indispensables \u00e0 la modernisation du pays et dont ne disposait pas imm\u00e9diatement la puissance publique. Au d\u00e9but des r\u00e9formes, ces apports de capitaux priv\u00e9s provenaient surtout de la diaspora chinoise d\u2019outre-mer, puis ils sont venus pour une part grandissante des capitalistes nationaux et des investisseurs ext\u00e9rieurs. Rel\u00e8vent en effet du mode de production capitaliste les entreprises priv\u00e9es \u00e0 capitaux \u00e9trangers qui se sont install\u00e9es progressivement depuis les ann\u00e9es 1990 sur le sol chinois. Ces investissements directs \u00e9trangers (IDE) ont \u00e9t\u00e9 encourag\u00e9s, de mani\u00e8re s\u00e9lective, par les autorit\u00e9s du pays, afin d\u2019y cr\u00e9er des emplois et de favoriser les transferts de technologies. C\u2019est notamment gr\u00e2ce \u00e0 ces apports de capitaux que l\u2019\u00e9conomie chinoise a connu une nouvelle phase de son d\u00e9veloppement dans les ann\u00e9es 2000.<\/p>\n<p>Loin de constituer le mode de production dominant, le mode de production capitaliste a donc \u00e9t\u00e9 r\u00e9introduit en Chine sous le contr\u00f4le de l\u2019\u00c9tat socialiste afin d\u2019obtenir des fonds et des technologies, mais aussi pour stimuler l\u2019effort de modernisation des entreprises nationales sous l\u2019aiguillon de la concurrence \u00e9trang\u00e8re. Le moins qu\u2019on puisse dire, c\u2019est que ce pari de la modernisation sous la contrainte externe a \u00e9t\u00e9 largement gagn\u00e9. L\u2019apport du capital priv\u00e9 a \u00e9t\u00e9 judicieusement calcul\u00e9 par les autorit\u00e9s chinoises afin de doper la croissance endog\u00e8ne, sans mettre en p\u00e9ril la souverainet\u00e9 \u00e9conomique du pays ni s\u2019exposer aux extravagances du march\u00e9 provoqu\u00e9es par les crises cycliques du capitalisme mondial. Appliquant le principe mao\u00efste selon lequel il faut \u201cchercher la v\u00e9rit\u00e9 dans les faits\u201d, les planificateurs chinois ont exp\u00e9riment\u00e9 les vertus d\u2019un secteur capitaliste circonscrit au n\u00e9cessaire et s\u00e9v\u00e8rement rappel\u00e9 \u00e0 l\u2019ordre lorsqu\u2019il outrepassait ses pr\u00e9rogatives de force d\u2019appoint.<\/p>\n<p>Au demeurant, les dizaines de Chinois richissimes sanctionn\u00e9s depuis quinze ans (y compris, dans un cas extr\u00eame, au moyen de l\u2019ex\u00e9cution capitale) pour leurs malversations financi\u00e8res, leurs interventions intempestives ou leur pratiques monopolistiques, t\u00e9moignent des limites de l\u2019influence du mode de production capitaliste en R\u00e9publique populaire de Chine. On conviendra qu\u2019il est difficile, dans ces conditions, d\u2019inf\u00e9rer le caract\u00e8re capitaliste de la formation sociale chinoise de la pr\u00e9sence de \u201ccapitalistes\u201d en son sein.<\/p>\n<p>Mais l\u2019aspect le plus int\u00e9ressant, dans cette r\u00e9habilitation sous conditions du capitalisme, concerne sans doute les transferts de comp\u00e9tences attendus par les responsables chinois. Apr\u00e8s tout, c\u2019est avec les hommes d\u2019aujourd\u2019hui qu\u2019il faut construire le socialisme de demain, et dans un contexte de p\u00e9nurie il faut savoir utiliser les ressources disponibles. Lorsque Mao Zedong, dans le cadre de la \u201cd\u00e9mocratie nouvelle\u201d (1949-1953), a class\u00e9 la \u201cbourgeoisie nationale\u201d au rang des \u201cclasses r\u00e9volutionnaires\u201d, il songeait surtout \u00e0 utiliser les comp\u00e9tences techniques de cette classe sociale instruite\u00a0: des entrepreneurs priv\u00e9s sont ainsi devenus les directeurs de leur propre usine, d\u00e9sormais plac\u00e9e sous le contr\u00f4le des syndicats et mise au service de la r\u00e9volution.<\/p>\n<p>A l\u2019adresse de ceux qui jugent r\u00e9dhibitoire d\u2019un point de vue marxiste la participation des capitalistes \u00e0 la transition socialiste, citons aussi ce que disait L\u00e9nine en 1920 \u00e0 propos des \u201cconcessions\u201d accord\u00e9es au \u201ccapital priv\u00e9\u201d dans le cadre de ce \u201ccapitalisme d\u2019\u00c9tat\u201d qu\u2019il concevait comme \u201cl\u2019antichambre du socialisme\u201d\u00a0: \u201cNous payons un certain tribut au capitalisme mondial, nous lui payons une ran\u00e7on\u201d pour obtenir \u201cun certain degr\u00e9 d\u2019affermissement du pouvoir sovi\u00e9tique, d\u2019am\u00e9lioration des conditions de notre gestion \u00e9conomique\u201d. Aussi, \u201cnous ne devons pas craindre d\u2019avouer que nous pouvons et devons encore beaucoup apprendre des capitalistes\u201d. Certes, \u201ccela peut sembler paradoxal\u00a0: le capitalisme priv\u00e9 dans le r\u00f4le d\u2019auxiliaire du socialisme\u00a0? Mais cela n\u2019a rien d\u2019un paradoxe, c\u2019est un fait \u00e9conomique, absolument incontestable\u201d. La v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est que \u201cle capitalisme est un mal par rapport au socialisme, mais qu\u2019il est un bien par rapport au Moyen Age, par rapport \u00e0 la petite production, par rapport au bureaucratisme qu\u2019engendre l\u2019\u00e9parpillement des petits producteurs\u201d. Et puisque \u201cnous ne sommes pas encore en mesure de r\u00e9aliser le passage imm\u00e9diat de la petite production au socialisme, le capitalisme est dans une certaine mesure in\u00e9vitable, comme une cons\u00e9quence naturelle de la petite production. Nous devons donc utiliser le capitalisme, (surtout en l\u2019orientant dans la voie du capitalisme d\u2019\u00c9tat) comme maillon interm\u00e9diaire, conduisant de la petite production au socialisme. Nous devons l\u2019utiliser comme moyen, voie, proc\u00e9d\u00e9, modalit\u00e9, permettant d\u2019augmenter les forces productives\u201d.<\/p>\n<p>3. Troisi\u00e8mement, le mode de production familial, qui est encore largement pr\u00e9pond\u00e9rant dans l\u2019agriculture chinoise.<\/p>\n<p>Ce mode de production a connu une histoire singuli\u00e8re\u00a0: sous sa forme actuelle, il r\u00e9sulte des r\u00e9formes des ann\u00e9es 1980 cons\u00e9cutives au d\u00e9mant\u00e8lement des structures collectives cr\u00e9\u00e9es  dans les ann\u00e9es 1950. Au lendemain de la victoire sur l\u2019envahisseur japonais, en 1945, les terres appartenant aux propri\u00e9taires fonciers ont \u00e9t\u00e9 redistribu\u00e9es \u00e0 la paysannerie pauvre, et cette redistribution massive a \u00e9t\u00e9 ent\u00e9rin\u00e9e par la grande loi agraire de 1950. Cette r\u00e9volution paysanne a mis fin aux rapports sociaux de domination qui livraient la majorit\u00e9 des paysans \u00e0 une exploitation f\u00e9roce. Elle a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 une agriculture form\u00e9e d\u2019une multitude de petites exploitations familiales dont la productivit\u00e9, trop faible, ne permettait pas un v\u00e9ritable d\u00e9collage de la production agricole. C\u2019est pourquoi Mao Zedong a lanc\u00e9 en 1953 la collectivisation des terres, achev\u00e9e en 1957, qui a donn\u00e9 naissance aux fameuses \u201ccommunes populaires\u201d dans lesquelles les cultivateurs travaillaient, pour l\u2019essentiel de leur temps de travail, au profit de la collectivit\u00e9.<\/p>\n<p>Avec la modernisation des \u00e9quipements, la g\u00e9n\u00e9ralisation de l\u2019usage des engrais, la s\u00e9lection de plus en plus rigoureuse des semences, les conditions techniques de la production ont progressivement chang\u00e9. Le collectivisme strict des communes populaires a \u00e9t\u00e9 peu \u00e0 peu att\u00e9nu\u00e9 et les paysans ont pu cultiver un lopin individuel. Apr\u00e8s la R\u00e9volution culturelle (achev\u00e9e en 1976), les autorit\u00e9s ont d\u00e9cid\u00e9, dans le cadre des nouvelles r\u00e9formes, de r\u00e9tablir le syst\u00e8me de l\u2019exploitation familiale afin de stimuler la productivit\u00e9 de ces unit\u00e9s autonomes de production que constitueraient d\u00e9sormais les fermes familiales. L\u2019agriculture chinoise telle qu\u2019elle existe aujourd\u2019hui est donc le r\u00e9sultat combin\u00e9 de trois processus historiques\u00a0: une redistribution \u00e9galitaire des parcelles entre les familles paysannes (acquise en 1950 et renouvel\u00e9e en 1984 avec la dissolution des communes populaires), une succession de progr\u00e8s techniques due aux investissements r\u00e9alis\u00e9s durant la p\u00e9riode mao\u00efste, et enfin une lib\u00e9ralisation des march\u00e9s agricoles dans le cadre des r\u00e9formes de Deng Xiaoping. Le mode de production dominant dans l\u2019agriculture chinoise est donc le mode production familial, la famille paysanne \u00e9tant li\u00e9e contractuellement avec les collectivit\u00e9s locales (au nom de l\u2019\u00c9tat), et b\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019un droit h\u00e9r\u00e9ditaire et exclusif \u00e0 l\u2019exploitation d\u2019une parcelle attribu\u00e9e en fonction du nombre d\u2019habitants.<\/p>\n<p>Lorsque les enfants ne veulent pas reprendre l\u2019exploitation agricole de leurs parents, l\u2019usage de la terre peut \u00eatre lou\u00e9 \u00e0 d\u2019autres cultivateurs, ce qui explique la taille tr\u00e8s variable des exploitations existantes. Mais la terre ne peut pas \u00eatre vendue, puisqu\u2019elle appartient \u00e0 l\u2019\u00c9tat qui en est le propri\u00e9taire ultime, et ce sont les collectivit\u00e9s locales qui en organisent l\u2019attribution en fonction des besoins, agricoles et non agricoles. Au total, ce syst\u00e8me donne aux exploitants une grande autonomie de gestion, et le contrat avec l\u2019\u00c9tat leur garantit de surcro\u00eet un v\u00e9ritable droit \u00e0 la terre. La famille paysanne, en vertu de la loi, est l\u2019attributaire exclusive d\u2019une parcelle qui lui fournit l\u2019essentiel de sa subsistance et lui permet de commercialiser librement ses produits sur le march\u00e9. Notons cependant que ce mode de production familial ne va pas sans une contradiction entre la propri\u00e9t\u00e9 publique de la terre, favorable au maintien d\u2019une agriculture parcellaire de petite dimension, et la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e de la production, ob\u00e9issant aux lois du march\u00e9 et \u00e0 ses contraintes de comp\u00e9titivit\u00e9. Ajoutons \u00e0 ce tableau que l\u2019agriculture chinoise, pas plus que les autres secteurs, n\u2019est chimiquement pure\u00a0: elle comprend aussi des \u00e9l\u00e9ments emprunt\u00e9s \u00e0 d\u2019autres modes de production lorsqu\u2019elle recourt au travail salari\u00e9 ou requiert des investissements importants dans les secteurs \u00e0 forte valeur ajout\u00e9e, ce qui est le cas de certaines productions commerciales.<\/p>\n<p>4. Quatri\u00e8mement, le mode de production individuel, incarn\u00e9 par des personnes physiques qui exercent une activit\u00e9 artisanale, tertiaire ou lib\u00e9rale, de mani\u00e8re quasiment ind\u00e9pendante (souvent dans un cadre familial) sans avoir le statut de salari\u00e9, ni celui de patron.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s nombreuses en Chine, ces petites entreprises individuelles (qui correspondent en gros au statut d\u2019auto-entrepreneur tel que nous le connaissons) ne rel\u00e8vent \u00e9videmment pas du secteur capitaliste\u00a0: elles ignorent le plus souvent l\u2019emploi de travailleurs salari\u00e9s et reposent sur la valorisation d\u2019un travail individuel ou familial. Et cela, m\u00eame si leur activit\u00e9 se d\u00e9ploie dans un environnement qui est lui-m\u00eame hybride, puisque le travailleur individuel doit c\u00f4toyer des entreprises priv\u00e9es de taille variable dont il d\u00e9pend parfois et avec lesquelles il noue toutes sortes de rapports.<\/p>\n<p>Notons que cette tr\u00e8s petite entreprise existait d\u00e9j\u00e0 durant l\u2019\u00e9poque mao\u00efste, mais de fa\u00e7on r\u00e9siduelle, dans les interstices d\u2019une \u00e9conomie largement collectivis\u00e9e. Avec les r\u00e9formes, ce mode de production a connu un essor consid\u00e9rable dans les villes et dans les campagnes. Favoris\u00e9e par les nouvelles habitudes de consommation, elle a aussi \u00e9t\u00e9 encourag\u00e9e par les autorit\u00e9s, lorsqu\u2019elles ont officiellement reconnu la libert\u00e9 d\u2019entreprendre et la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e. L\u2019appel \u00e0 l\u2019initiative individuelle et l\u2019app\u00e2t du gain ont stimul\u00e9 le d\u00e9veloppement de toute une s\u00e9rie d\u2019activit\u00e9s l\u00e9g\u00e8res, tr\u00e8s faibles en capital, et reposant pour l\u2019essentiel sur l\u2019ardeur \u00e0 la t\u00e2che du travailleur individuel ou du petit entrepreneur\u00a0: petit commerce, restauration, transport de personnes, etc.<\/p>\n<p>5. Cinqui\u00e8mement, le mode de production coop\u00e9ratif, qui s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 de mani\u00e8re exponentielle dans la phase de transition.<\/p>\n<p>L\u2019exemple le plus embl\u00e9matique de la puissance du secteur coop\u00e9ratif en Chine, c\u2019est tr\u00e8s certainement l\u2019entreprise Huawei, dont le capital est d\u00e9tenu par les salari\u00e9s, le fondateur de l\u2019entreprise, ancien colonel de l\u2019Arm\u00e9e populaire de lib\u00e9ration, ne d\u00e9tenant lui-m\u00eame que 1\u00a0% de ce capital. Naturellement, cette entreprise n\u2019est pas cot\u00e9e en bourse et elle est donc l\u2019affaire de ses salari\u00e9s-associ\u00e9s, manifestement recrut\u00e9s sur des crit\u00e8res de comp\u00e9tence au vu des prouesses technologiques accomplies par cette entreprise de tr\u00e8s haut niveau, qui dame le pion aux multinationales occidentales de la m\u00eame cat\u00e9gorie. Mais la coop\u00e9ration fait \u00e9galement un retour spectaculaire dans le monde agricole. Afin d\u2019am\u00e9liorer les performances du secteur, une loi vot\u00e9e en 2007 a pr\u00e9vu des financements publics pour faciliter la mise en place de \u201ccoop\u00e9ratives sp\u00e9cialis\u00e9es\u201d. Le syst\u00e8me des petites parcelles \u00e9parpill\u00e9es ayant r\u00e9v\u00e9l\u00e9 ses limites, la cr\u00e9ation de coop\u00e9ratives permet d\u00e9sormais de mutualiser les moyens et d\u2019investir dans des techniques agricoles plus modernes, augmentant ainsi les surfaces cultivables et le rendement des exploitations. Aujourd\u2019hui, on compte deux millions de coop\u00e9ratives, regroupant la moiti\u00e9 des familles paysannes. Singuli\u00e8re ironie de l\u2019histoire, qui voit le retour en force d\u2019un esprit coop\u00e9ratif que l\u2019on croyait rang\u00e9 au magasin des accessoires depuis le d\u00e9mant\u00e8lement des communes populaires et le partage des terres collectives.<\/p>\n<p>Il est particuli\u00e8rement int\u00e9ressant, \u00e0 ce propos, de rappeler ce que L\u00e9nine, en mai 1923, disait des coop\u00e9ratives. \u201cIl est certain que dans un \u00c9tat capitaliste, les coop\u00e9ratives sont des institutions capitalistes collectives. Sous le capitalisme priv\u00e9, les entreprises coop\u00e9ratives se distinguent des entreprises capitalistes comme les entreprises collectives se distinguent des entreprises priv\u00e9es\u201d. Or tout change avec la r\u00e9volution socialiste. \u201cDans notre r\u00e9gime actuel, les entreprises coop\u00e9ratives se distinguent des entreprises capitalistes priv\u00e9es comme entreprises collectives, mais elles ne se distinguent pas des entreprises socialistes, si la terre o\u00f9 elles sont b\u00e2ties et les moyens de production appartiennent \u00e0 l\u2019\u00c9tat, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la classe ouvri\u00e8re. On oublie donc que gr\u00e2ce au caract\u00e8re particulier de notre r\u00e9gime politique, la coop\u00e9ration acquiert chez nous une importance tout \u00e0 fait exceptionnelle\u201d. Quel est le rapport entre la coop\u00e9ration et le socialisme\u00a0? La r\u00e9ponse de L\u00e9nine est on ne peut plus claire. \u201cAujourd\u2019hui, nous sommes en droit de dire que le simple d\u00e9veloppement de la coop\u00e9ration s\u2019identifie au d\u00e9veloppement du socialisme\u201d.<\/p>\n<p>Une NEP aux caract\u00e9ristiques chinoises\u00a0?<\/p>\n<p>Cette photographie des modes de production en vigueur dans la formation sociale chinoise a le m\u00e9rite de souligner son pluralisme constitutif\u00a0: le syst\u00e8me chinois actuel associe diff\u00e9rents modes de production, diff\u00e9rents r\u00e9gimes de propri\u00e9t\u00e9 et diff\u00e9rentes classes sociales. Loin de toute utopisme, il ne pr\u00e9tend pas avoir aboli la division interne de la soci\u00e9t\u00e9 et les in\u00e9galit\u00e9s qui la traversent. Ce pluralisme assum\u00e9 constitue-t-il une anomalie en regard de la transition socialiste\u00a0? Comme on l\u2019a vu plus haut, toute formation sociale historiquement d\u00e9termin\u00e9e comprend plusieurs modes de production tout en ayant un mode de production dominant. Et dans le cas de la Chine contemporaine, formation de transition qui est encore au \u201cstade primaire du socialisme\u201d, c\u2019est le mode de production socialis\u00e9 qui est le mode de production dominant.<\/p>\n<p>Pour citer encore L\u00e9nine, on sait qu\u2019il s\u2019est livr\u00e9 devant ses camarades, en 1920, \u00e0 un exercice analytique comparable \u00e0 propos de l\u2019\u00e9conomie russe de l\u2019\u00e9poque. D\u00e9crivant la transition en cours dans la Russie des soviets, il rappelle que \u201cle r\u00e9gime actuellement existant renferme des \u00e9l\u00e9ments, des parcelles, de petits morceaux de capitalisme et de socialisme\u201d.\u2029Quels sont ces \u00e9l\u00e9ments relevant de \u201cdiff\u00e9rents r\u00e9gimes de l\u2019\u00e9conomie sociale\u201d\u00a0? Le premier \u00e9l\u00e9ment, dit-il, c\u2019est \u201cl\u2019\u00e9conomie paysanne patriarcale\u201d. Le deuxi\u00e8me \u00e9l\u00e9ment, c\u2019est \u201cla petite production marchande\u201d, cette cat\u00e9gorie comprenant \u201cla plupart des paysans qui vendent du bl\u00e9\u201d. Le troisi\u00e8me \u00e9l\u00e9ment, c\u2019est \u201cle capitalisme priv\u00e9\u201d. Le quatri\u00e8me, c\u2019est \u201cle capitalisme d\u2019\u00c9tat\u201d. Le cinqui\u00e8me, \u201cc\u2019est le socialisme\u201d.\u2029\u201dLa Russie est si grande et si vari\u00e9e\u201d, dit-il, \u201cque toutes ces diverses formes \u00e9conomiques et sociales s\u2019y entrem\u00ealent, et c\u2019est ce qui fait l\u2019originalit\u00e9 de la situation\u201d. Parmi ces \u00e9l\u00e9ments, quels sont ceux qui pr\u00e9dominent\u00a0? \u201cDans un pays de petite paysannerie, poursuit L\u00e9nine, c\u2019est l\u2019\u00e9l\u00e9ment petit bourgeois qui pr\u00e9domine et ne peut pas ne pas pr\u00e9dominer\u201d. La majorit\u00e9 des cultivateurs \u00e9tant de \u201cpetits marchands\u201d, le probl\u00e8me de la transition sera donc de faire pr\u00e9valoir le socialisme, peu \u00e0 peu, sur la petite production marchande.<\/p>\n<p>Mais cette transition, L\u00e9nine la con\u00e7oit comme un processus qui prendra beaucoup de temps, par \u00e9tapes successives, sans forcer le mouvement au risque de faire \u00e9chouer l\u2019entreprise. Avec la nouvelle politique \u00e9conomique (NEP), la Russie sovi\u00e9tique a pris en 1921 la direction d\u2019une transition de longue dur\u00e9e accompagn\u00e9e d\u2019une \u201cr\u00e9volution culturelle\u201d (ce sont les mots de L\u00e9nine) destin\u00e9e \u00e0 \u00e9lever le niveau de la population, \u00e0 la rendre capable de prendre en mains son destin. \u201cNous n\u2019avons jamais \u00e9t\u00e9 des utopistes, et nous n\u2019avons jamais pens\u00e9 que nous allions construire la soci\u00e9t\u00e9 communiste avec les mains bien propres de communistes proprets, qui doivent na\u00eetre et s\u2019\u00e9duquer dans la soci\u00e9t\u00e9 communiste pure. Ce sont l\u00e0 des contes d\u2019enfants. Nous devons b\u00e2tir le communisme avec les d\u00e9bris du capitalisme\u201d. Car \u201cle prol\u00e9tariat n\u2019est pas exempt des d\u00e9fauts et faiblesses de la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste. Il lutte pour le socialisme et en m\u00eame temps, il combat ses propres insuffisances\u201d. Certes, \u201cnous \u00e9l\u00e8verons la culture de la campagne, mais c\u2019est l\u00e0 une affaire de longues, tr\u00e8s longues ann\u00e9es\u201d.<\/p>\n<p>Pour conduire cette transition de longue dur\u00e9e, et compte tenu des circonstances, L\u00e9nine a la conviction qu\u2019il faut d\u2019abord recourir au capitalisme d\u2019\u00c9tat. \u201cLe socialisme est impossible sans la technique de la grosse industrie capitaliste, technique organis\u00e9e selon le dernier mot de la science moderne. Il est impossible sans une organisation m\u00e9thodique r\u00e9gl\u00e9e par l\u2019\u00c9tat, et qui impose \u00e0 des dizaines de millions d\u2019hommes la stricte observation d\u2019une norme unique dans la production et la r\u00e9partition des produits. Nous marxistes, l\u2019avons toujours dit\u201d. En effet, \u201cce n\u2019est pas sans raison que les ma\u00eetres du socialisme ont parl\u00e9 de toute une p\u00e9riode de transition du capitalisme au socialisme, ce n\u2019est pas sans motif qu\u2019ils ont insist\u00e9 sur les longues douleurs de l\u2019enfantement de la nouvelle soci\u00e9t\u00e9, cette derni\u00e8re \u00e9tant elle aussi une abstraction, incapable de devenir une r\u00e9alit\u00e9 autrement qu\u2019\u00e0 la suite d\u2019une s\u00e9rie de tentatives concr\u00e8tes, vari\u00e9es et imparfaites pour fonder tel ou tel \u00c9tat socialiste\u201d. Or \u201cle capitalisme de monopole de l\u2019\u00c9tat est la pr\u00e9paration mat\u00e9rielle la plus compl\u00e8te du socialisme, l\u2019antichambre du socialisme, l\u2019\u00e9chelon historique qu\u2019aucun autre \u00e9chelon interm\u00e9diaire ne s\u00e9pare de l\u2019\u00e9chelon appel\u00e9 socialisme\u201d.<\/p>\n<p>Sous l\u2019\u00e9gide de l\u2019\u00c9tat prol\u00e9tarien, quelle est notre politique \u00e9conomique, demande L\u00e9nine en 1923, deux ans apr\u00e8s le lancement de la NEP\u00a0? Notre politique, c\u2019est de \u201cdonner aux petits paysans, en \u00e9change du bl\u00e9, tous les produits dont il ont besoin et que fournit la grosse industrie socialiste\u201d. C\u2019est pourquoi il ne faut pas \u201cbloquer le d\u00e9veloppement des \u00e9changes priv\u00e9s non pratiqu\u00e9s par l\u2019\u00c9tat, c\u2019est-\u00e0-dire du commerce, c\u2019est-\u00e0-dire du capitalisme\u201d. Car c\u2019est \u201cun d\u00e9veloppement in\u00e9vitable\u201d lorsqu\u2019il y a \u201cdes millions de petits producteurs\u201d. Entraver ces \u00e9changes, ce serait \u201cune sottise et un suicide pour le parti qui aurait essay\u00e9 de le faire, une sottise, parce que cette politique est \u00e9conomiquement impossible, un suicide, parce que les partis qui essaient de pratiquer une politique de ce genre aboutissent \u00e0 une faillite certaine\u201d. Ce que nous devons faire, \u201cce n\u2019est pas bloquer le d\u00e9veloppement du capitalisme, mais s\u2019appliquer \u00e0 l\u2019orienter dans la voie du capitalisme d\u2019\u00c9tat, chose \u00e9conomiquement possible, puisque le capitalisme d\u2019\u00c9tat existe sous une forme ou sous une autre partout o\u00f9 il existe des \u00e9l\u00e9ments de commerce libre et de capitalisme en g\u00e9n\u00e9ral\u201d. C\u2019est pourquoi \u201cl\u2019\u00c9tat prol\u00e9tarien doit devenir un patron prudent, soigneux et habile, un n\u00e9gociant en gros consciencieux. Sinon il ne pourra pas mettre debout, \u00e9conomiquement, ce pays de petits paysans\u201d. Il ne faut pas oublier, en effet, que \u201cla mis\u00e8re et la ruine sont telles que nous ne pouvons pas r\u00e9tablir d\u2019embl\u00e9e la grosse production socialiste, les grandes usines de l\u2019\u00c9tat\u201d.  Nous devons donc aider \u201cla petite industrie qui ne demande pas de machines et qui est \u00e0 m\u00eame d\u2019apporter une aide imm\u00e9diate \u00e0 l\u2019\u00e9conomie paysanne et de relever ses forces productives\u201d. Et cela, m\u00eame si, \u201c\u00e0 la faveur d\u2019une certaine libert\u00e9 du commerce, renaissent la petite bourgeoisie et le capitalisme\u201d.<\/p>\n<p>Chacun conna\u00eet l\u2019issue historique de la NEP et le tournant adopt\u00e9 par la politique sovi\u00e9tique \u00e0 partir de 1929\u00a0: la mise en \u0153uvre du premier plan quinquennal, l\u2019industrialisation acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e et la collectivisation de l\u2019agriculture. Mais ce qu\u2019un tel d\u00e9tour par L\u00e9nine et la NEP permet de comprendre, c\u2019est que la transition socialiste, quelles que soient les circonstances, doit toujours composer avec la pluralit\u00e9 des modes de production. Et ce qu\u2019illustre la voie chinoise vers le socialisme, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019acceptation de cette r\u00e9alit\u00e9 objective. Avec la \u201cd\u00e9mocratie nouvelle\u201d th\u00e9oris\u00e9e en 1940, Mao Zedong avait d\u00e9j\u00e0 pris acte de la r\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te de la formation sociale chinoise dont le parti communiste parvenu au pouvoir assumerait d\u00e9sormais le pesant h\u00e9ritage. \u201cLe prol\u00e9tariat, la paysannerie, la petite bourgeoisie et la bourgeoisie nationale\u201d constituent, aux yeux de Mao, les \u201cquatre classes r\u00e9volutionnaires\u201d avec lesquelles la Chine nouvelle fond\u00e9e en 1949 va s\u2019engager sur la voie du socialisme. Mais cette orientation initiale sera s\u00e9rieusement r\u00e9vis\u00e9e \u00e0 partir du premier plan quinquennal (1953-1957), lorsque lui succ\u00e9dera la \u201cconstruction des bases du socialisme\u201d. Avec la collectivisation de l\u2019agriculture et la cr\u00e9ation d\u2019une puissante industrie d\u2019\u00c9tat, la formation sociale chinoise se dote d\u2019un mode de production socialis\u00e9 qui deviendra, au cours de la p\u00e9riode mao\u00efste, son mode de production quasi exclusif. Soci\u00e9t\u00e9 collectiviste, \u00e9galitaire et frugale, la Chine de Mao exp\u00e9rimente une forme de socialisme in\u00e9dit, dont le point culminant sera atteint durant la R\u00e9volution culturelle (1966-1976).<\/p>\n<p>La question de savoir si cette \u201cr\u00e9volution dans la r\u00e9volution\u201d a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9e par ses propres exc\u00e8s est une question que les communistes chinois ont tranch\u00e9e en 1981 en la qualifiant de \u201cd\u00e9viation gauchiste\u201d. Ce qui est s\u00fbr c\u2019est que la politique nouvelle, celle des \u201cquatre modernisations\u201d qui sera engag\u00e9e \u00e0 partir de 1978, marque un changement de cap \u00e9conomique dont les effets se font sentir jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui. Tandis que l\u2019\u00c9tat socialiste conserve le contr\u00f4le des principaux moyens de production, l\u2019agriculture est restitu\u00e9e \u00e0 l\u2019exploitation familiale et les activit\u00e9s tertiaires confi\u00e9es au secteur priv\u00e9. Loin de constituer le mode de production exclusif, le mode de production socialis\u00e9, celui des entreprises d\u2019\u00c9tat, fournit l\u2019ossature de l\u2019\u00e9conomie. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un vaste secteur priv\u00e9 \u00e9merge une nouvelle couche sociale qui n\u2019est pas sans ressembler \u00e0 la \u201cbourgeoisie nationale\u201d des ann\u00e9es 1949-1953, la principale diff\u00e9rence r\u00e9sidant dans le fait que cette n\u00e9o-bourgeoisie se voit l\u00e9gitim\u00e9e dans ses pr\u00e9rogatives, puisque la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e et l\u2019initiative individuelle sont d\u00e9sormais consacr\u00e9es par la loi et m\u00eame par la Constitution. \u2029<\/p>\n<p>Il en r\u00e9sulte une composition organique originale, o\u00f9 le mode de production socialis\u00e9 domine, de toute sa hauteur, les autres modes de production, lesquels se voient attribuer diff\u00e9rents segments de l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique et sociale. D\u2019une certaine fa\u00e7on, on peut donc interpr\u00e9ter \u201cla r\u00e9forme et l\u2019ouverture\u201d engag\u00e9es depuis les ann\u00e9es 1980 comme une sorte de \u201cNEP aux caract\u00e9ristiques chinoises\u201d, puisqu\u2019on y retrouve \u00e0 peu pr\u00e8s les m\u00eames ingr\u00e9dients\u00a0: le monopole du pouvoir exerc\u00e9 par le PC, la direction planifi\u00e9e de l\u2019\u00e9conomie par l\u2019\u00c9tat socialiste, la pr\u00e9dominance du mode de production socialis\u00e9, la coexistence avec d\u2019autres modes de production comme l\u2019agriculture familiale, la petite production marchande et une forme de capitalisme tol\u00e9r\u00e9e dans les limites de la transition socialiste. Remarquons toutefois que la ressemblance s\u2019arr\u00eate \u00e0 cette description empirique des diff\u00e9rents modes de production. Car le processus historique qui lui a donn\u00e9 naissance est \u00e9videmment tr\u00e8s diff\u00e9rent. Dans la Russie des soviets, la NEP visait \u00e0 d\u00e9velopper les forces productives en lib\u00e9ralisant le commerce et en stimulant la production agricole. Au lendemain, de la p\u00e9riode dramatique du \u201ccommunisme de guerre\u201d, qui avait vu l\u2019\u00c9tat prol\u00e9tarien naissant imposer des pr\u00e9l\u00e8vements sur la production de mani\u00e8re autoritaire, il s\u2019agissait de desserrer l\u2019\u00e9treinte cr\u00e9\u00e9e par la guerre civile\u00a0: pour lib\u00e9rer l\u2019activit\u00e9 productive, il fallait accepter, durant une certaine p\u00e9riode, le d\u00e9veloppement du capitalisme et la permanence de la petite production marchande.<\/p>\n<p>En Chine , \u201cla r\u00e9forme et l\u2019ouverture\u201d avaient pour vocation, comme la NEP de L\u00e9nine, de stimuler le d\u00e9veloppement des forces productives en lib\u00e9rant d\u2019abord les \u00e9nergies de la paysannerie, puis celles du secteur priv\u00e9 renaissant dans les villes. Et dans les deux cas, la pluralit\u00e9 restaur\u00e9e des modes de production s\u2019est accompagn\u00e9e de la pr\u00e9dominance du mode de production socialis\u00e9. Mais dans le cas de la Russie sovi\u00e9tique, l\u2019arri\u00e9ration \u00e9conomique \u00e9tait imputable \u00e0 l\u2019\u00e9tat de d\u00e9labrement de l\u2019\u00e9conomie russe, l\u00e9gu\u00e9 par le r\u00e9gime tsariste. En Chine, l\u2019\u00e9tat d\u2019arri\u00e9ration de l\u2019\u00e9conomie \u00e9tait d\u00fb, selon les dirigeants chinois, \u00e0 la stagnation provoqu\u00e9e par la \u201cR\u00e9volution culturelle\u201d. Ainsi, non seulement les pr\u00e9misses historiques des deux p\u00e9riodes ne sont pas les m\u00eames, mais la situation est diam\u00e9tralement oppos\u00e9e. Pour les bolcheviks au pouvoir, en 1921, la NEP vient r\u00e9parer les d\u00e9g\u00e2ts caus\u00e9s par la guerre civile et pr\u00e9parer la collectivisation \u00e0 venir. Pour les communistes chinois, en 1978, \u201cla r\u00e9forme et l\u2019ouverture\u201d viennent r\u00e9parer les errements d\u2019une collectivisation excessive. Lorsque les Chinois s\u2019engagent dans les r\u00e9formes, ce n\u2019est pas un r\u00e9pit rendu n\u00e9cessaire par la r\u00e9gression \u00e9conomique, mais le d\u00e9but d\u2019une nouvelle phase historique\u00a0: apr\u00e8s avoir fait l\u2019exp\u00e9rience d\u2019un collectivisme rigide, le parti communiste chinois comprend qu\u2019il faut changer de m\u00e9thode pour parvenir au socialisme.<\/p>\n<p>C\u2019est la raison pour laquelle la politique adopt\u00e9e par les Chinois en 1978, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de la NEP, s\u2019inscrit d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment dans une temporalit\u00e9 extr\u00eamement longue. Lorsque le PCC adopte la th\u00e9orie du \u201cstade primaire du socialisme\u201d, en 1987, il sait que cette orientation sera valable pour les d\u00e9cennies \u00e0 venir, et Deng Xiaoping parlera de 2049 comme d\u2019un horizon raisonnable pour l\u2019ach\u00e8vement de la modernisation socialiste. La \u201cNEP aux caract\u00e9ristiques chinoises\u201d, par cons\u00e9quent, risque fort d\u2019\u00eatre autre chose qu\u2019une simple parenth\u00e8se ou qu\u2019un simple r\u00e9pit. Tout indique au contraire que la composition organique de cette formation sociale qu\u2019est la Chine contemporaine a atteint un point d\u2019\u00e9quilibre et que, pour les dirigeants chinois, la pr\u00e9dominance du mode de production socialis\u00e9 garantit que le pays ne d\u00e9viera pas de la voie socialiste. Il n\u2019y a aucune raison d\u2019envisager de faire dispara\u00eetre les autres modes de production, des lors que cette pluralit\u00e9 organique, sous le r\u00e9gime socialiste, a permis le d\u00e9veloppement spectaculaire de l\u2019\u00e9conomie chinoise au cours des vingt derni\u00e8res ann\u00e9es. Si \u201cla pratique est le seul crit\u00e8re de la v\u00e9rit\u00e9\u201d (Mao), il faut mettre les id\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de la pratique pour v\u00e9rifier si ce sont des id\u00e9es justes. Or la pratique a montr\u00e9 qu\u2019une \u00e9conomie mixte r\u00e9gul\u00e9e par un \u00c9tat planificateur permettait d\u2019atteindre un niveau de d\u00e9veloppement jamais atteint et manifestait son \u00e9clatante sup\u00e9riorit\u00e9 sur les autres mod\u00e8les de d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p>Lorsque Deng Xiaoping a lanc\u00e9 les r\u00e9formes, il les avait justifi\u00e9es en disant que \u201cnous avons 20 \u00e0 30 ans de retard sur les pays avanc\u00e9s en mati\u00e8re de d\u00e9veloppement de la science et de la technologie\u201d, qu\u2019il fallait \u201cabsolument combler ce retard\u201d, et c\u2019est pourquoi il fallait \u201cstimuler la croissance des forces productives et conduire \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration de la vie mat\u00e9rielle et culturelle du peuple chinois\u201d. Le mod\u00e8le socialiste et le mod\u00e8le capitaliste doivent \u00eatre jug\u00e9s sur leurs r\u00e9sultats, et non en fonction d\u2019id\u00e9es abstraites. \u201cSi le taux de croissance des forces productives dans un pays socialiste est inf\u00e9rieur \u00e0 celui des pays capitalistes sur une longue p\u00e9riode historique, comment pouvons-nous parler de la sup\u00e9riorit\u00e9 du syst\u00e8me socialiste\u00a0?\u201d Les succ\u00e8s de la modernisation chinoise chinois depuis le lancement des r\u00e9formes sont la v\u00e9rification pratique que cette orientation \u00e9tait ad\u00e9quate. Comment le nier\u00a0? Du point de vue mat\u00e9rialiste des r\u00e9alisations concr\u00e8tes, le syst\u00e8me adopt\u00e9 par la Chine sous l\u2019\u00e9gide de Deng Xiaoping et consolid\u00e9 sous la direction de Xi Jinping a fait la preuve de sa solidit\u00e9 et de son efficacit\u00e9. Il a conjugu\u00e9 une tr\u00e8s forte croissance \u00e9conomique et une remarquable stabilit\u00e9 sociale. Les Chinois vivent de mieux en mieux, dans un pays qui a \u00e9radiqu\u00e9 la mis\u00e8re et l\u2019analphab\u00e9tisme. \u201cLe capitalisme se d\u00e9veloppe depuis plusieurs centaines d\u2019ann\u00e9es, rappelait Deng Xiaoping. Depuis combien de temps construisons-nous le socialisme\u00a0? Si nous pouvons faire de la Chine un pays mod\u00e9r\u00e9ment d\u00e9velopp\u00e9 dans les cent ans suivant la fondation de la R\u00e9publique populaire, ce sera une r\u00e9alisation extraordinaire\u201d.<\/p>\n<\/div>\n<p>[ad_2]<br \/>\n<br \/><a href=\"https:\/\/www.legrandsoir.info\/une-nep-aux-caracteristiques-chinoises-notes-pour-une-recherche.html\" target=\"_blank\"\">Source link <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[ad_1] Les succ\u00e8s de la Chine contemporaine ne cessent d\u2019interroger nos conceptions habituelles. 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