{"id":26553,"date":"2026-04-16T05:02:35","date_gmt":"2026-04-16T03:02:35","guid":{"rendered":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/2026\/04\/16\/un-tremblement-de-vie-par-christine-chaumeau-le-monde-diplomatique-avril-2026\/"},"modified":"2026-04-16T05:02:35","modified_gmt":"2026-04-16T03:02:35","slug":"un-tremblement-de-vie-par-christine-chaumeau-le-monde-diplomatique-avril-2026","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/2026\/04\/16\/un-tremblement-de-vie-par-christine-chaumeau-le-monde-diplomatique-avril-2026\/","title":{"rendered":"Un tremblement de vie, par Christine Chaumeau (Le Monde diplomatique, avril 2026)"},"content":{"rendered":"<p> <br \/>\n<\/p>\n<div couleurfade=\"e6fbe9\" couleurclaire=\"d4f6d9\" couleurpale=\"a6f1b2\" couleurmi=\"21aa37\" couleurfoncee=\"108824\" couleursombre=\"082a0d\" couleurfond=\"4c7653\" couleurtexte=\"000000\">\n<figure class=\"spip_document_41980 spip_documents spip_documents_right\" style=\"float:right; width:200px;\">\n<div class=\"limage\">\n<p>\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/local\/cache-vignettes\/L200xH324\/larbredelhoomme-6be58.jpg?1774279340\" width=\"200\" height=\"324\" class=\"spip_logos\" alt=\"JPEG - 58\u00a0kio\"\/><\/p><\/div><figcaption>\n<\/figcaption><\/figure>\n<p><span class=\"mot-lettrine\"><span class=\"lettrine\">L\u2019<\/span>Australien<\/span> Patrick White (1912-1990) a re\u00e7u le prix Nobel de litt\u00e9rature en 1973. Il a \u00e9t\u00e9 largement traduit et publi\u00e9 aux \u00e9ditions Gallimard, mais <i>L\u2019Arbre de l\u2019homme<\/i> (1955) restait in\u00e9dit en fran\u00e7ais. White a \u00e9t\u00e9 plus ou moins oubli\u00e9 ces derni\u00e8res d\u00e9cennies, et il a fallu, pour d\u00e9couvrir ce roman majeur, l\u2019audace de la maison d\u2019\u00e9dition Au vent des \u00eeles, qui en a confi\u00e9 la traduction au romancier David Fauquemberg<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>; ce dernier a su rendre l\u2019exceptionnelle plasticit\u00e9 de la langue de White, \u00e0 la fois po\u00e9tique et complexe.<\/p>\n<p><i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Dans ce district, les noms des choses n\u2019avaient gu\u00e8re d\u2019importance. Chacun vivait. Personne ou presque ne s\u2019interrogeait sur le but de la vie. On naissait. On vivait.<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i> Au d\u00e9but du <span class=\"siecle\">XX<sup class=\"typo_exposants\">e<\/sup><\/span>\u00a0si\u00e8cle, Stan, jeune homme en qu\u00eate de \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>permanence<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb, bricole une cabane sur le terrain jamais d\u00e9frich\u00e9 et broussailleux dont il a h\u00e9rit\u00e9. \u00c0 l\u2019occasion d\u2019un bal au village voisin, il rencontre Amy<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>; il l\u2019\u00e9pousera. Un gar\u00e7on puis une fille na\u00eetront de ce couple discret. Stan Parker est un peu rustre, un peu fruste, il ne sait pas exprimer ses sentiments, il ne trouve pas les mots qu\u2019il faudrait pour son fils Ray. Adulte, le gar\u00e7on tournera mal. Sa s\u0153ur Thelma, honteuse de ses origines, s\u2019emploie \u00e0 gravir l\u2019\u00e9chelle sociale et \u00e0 fr\u00e9quenter une soci\u00e9t\u00e9 plus raffin\u00e9e que celle de ses parents. Elle y parvient, en \u00e9pousant un avocat. Un jour o\u00f9 elle vient en visite \u00e0 la ferme, elle oublie m\u00eame d\u2019embrasser son p\u00e8re <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>parce qu\u2019on prenait toujours Papa pour acquis, il se dresserait l\u00e0, \u00e0 tout jamais, son tronc aussi dur que surprenant, enracin\u00e9<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb.<\/i> Il est vrai que Stan et Amy <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>sont du genre qui na\u00eet du paysage et pousse en m\u00eame temps que les arbres, ceux qui sont fins et poussi\u00e9reux, qui passent inaper\u00e7us<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb.<\/i><\/p>\n<p>L\u2019histoire est \u00e0 la fois simple et grandiose. Le roman suit Stan, Amy et leurs descendants, jusqu\u2019\u00e0 leur petit-fils. Il y a eu la Grande Guerre, la crue exceptionnelle, un incendie. Des moments fulgurants, de tr\u00e8s lents passages du temps. \u00c0 l\u2019unisson du flot de la vie et des questionnements essentiels. <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Parce qu\u2019il y avait la maison, et les arbres qui avaient pouss\u00e9 autour, et les cabanes et les granges qui s\u2019\u00e9taient accumul\u00e9es, et les sentiers qu\u2019ils avaient fray\u00e9s \u00e0 force de passage, et tout cela sugg\u00e9rait permanence et r\u00e9alit\u00e9. Et au c\u0153ur de cette r\u00e9alit\u00e9, son mari, qui ne levait m\u00eame pas les yeux lorsqu\u2019elle remontait l\u2019un des chemins rayonnant depuis leur maison, parce qu\u2019il savait qu\u2019elle viendrait. Elle \u00e9tait son \u00e9pouse.<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i><\/p>\n<p>La force du r\u00e9cit r\u00e9side dans cet enchev\u00eatrement permanent entre l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re et le durable, entre l\u2019\u00eatre int\u00e9rieur et l\u2019univers dans lequel on tente, minuscule entit\u00e9, de trouver sa place. Amy et Stan affrontent les \u00e9l\u00e9ments, les chagrins, les silences, le deuil, ils \u00e9l\u00e8vent ensemble deux enfants, ils travaillent ensemble, ils vieillissent ensemble, mais peut-on entrer dans le myst\u00e8re de l\u2019autre<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>?<\/p>\n<p>La chronique des Parker, qui se d\u00e9roule sur plus d\u2019un demi-si\u00e8cle, est aussi l\u2019histoire d\u2019un pays et d\u2019un paysage qui se transforment. Ils ont construit leur foyer dans le bush, mais il n\u2019en reste plus grand-chose au seuil de leur mort. Morcel\u00e9 et vendu, il devient une banlieue de Sydney. Ainsi, <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>toutes choses s\u2019entrelacent et se dissolvent \u00e0 cette heure d\u2019avant les \u00e9toiles<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb.<\/i> White c\u00e9l\u00e8bre l\u2019extraordinaire et banale po\u00e9sie inh\u00e9rente \u00e0 la vie de chaque \u00eatre humain.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<p><br \/>\n<br \/><a href=\"https:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2026\/04\/CHAUMEAU\/69418\" target=\"_blank\"\">Source link <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019Australien Patrick White (1912-1990) a re\u00e7u le prix Nobel de litt\u00e9rature en 1973. 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