{"id":2915,"date":"2025-02-19T09:01:46","date_gmt":"2025-02-19T08:01:46","guid":{"rendered":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/2025\/02\/19\/repenser-le-financement-de-lhumanitaire-par-pierre-micheletti-le-monde-diplomatique-mars-2023\/"},"modified":"2025-02-19T09:01:46","modified_gmt":"2025-02-19T08:01:46","slug":"repenser-le-financement-de-lhumanitaire-par-pierre-micheletti-le-monde-diplomatique-mars-2023","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/2025\/02\/19\/repenser-le-financement-de-lhumanitaire-par-pierre-micheletti-le-monde-diplomatique-mars-2023\/","title":{"rendered":"Repenser le financement de l\u2019humanitaire, par Pierre Micheletti (Le Monde diplomatique, mars 2023)"},"content":{"rendered":"<p> <br \/>\n<\/p>\n<div couleurfade=\"fcede5\" couleurclaire=\"fadfd0\" couleurpale=\"f3c0a4\" couleurmi=\"ba4c11\" couleurfoncee=\"8b390d\" couleursombre=\"2e1304\" couleurfond=\"7a5c4c\" couleurtexte=\"ffffff\">\n<p><span class=\"mot-lettrine\"><span class=\"lettrine\">P<\/span>ar<\/span> sa soudainet\u00e9, sa violence et les d\u00e9g\u00e2ts qu\u2019elle cause, la guerre en Ukraine a plong\u00e9 le monde entier dans la tourmente, posant la question du financement des nouvelles urgences et des potentielles cons\u00e9quences sur le syst\u00e8me humanitaire mondial. Le conflit a en effet surgi alors que de nombreuses autres crises massives, durables, ne sont toujours pas r\u00e9solues, voire tendent aujourd\u2019hui \u00e0 \u00eatre oubli\u00e9es.<\/p>\n<p>En 2020, 243\u00a0millions de personnes (dont 82\u00a0millions ont \u00e9t\u00e9 contraintes \u00e0 des d\u00e9placements forc\u00e9s), r\u00e9parties dans soixante-quinze pays (Soudan du Sud, R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo, Centrafrique, \u00c9thiopie, Somalie, Syrie, Y\u00e9men, Bangladesh, Ha\u00efti, Venezuela\u2026), survivaient avec le soutien d\u2019une aide internationale d\u2019urgence. Une situation aggrav\u00e9e par la pand\u00e9mie de Covid-19, qui a d\u2019une part d\u00e9grad\u00e9 la situation \u00e9conomique, sanitaire et nutritionnelle des pays les plus pauvres, plongeant dix-neuf millions de personnes dans un besoin d\u2019assistance humanitaire imm\u00e9diate, d\u2019autre part induit une tentation de r\u00e9tractation du c\u00f4t\u00e9 des pays donateurs, d\u00e9sireux d\u2019accorder la priorit\u00e9 aux cons\u00e9quences, chez eux, de la crise sanitaire.<\/p>\n<p>L\u2019invasion de l\u2019Ukraine par la Russie le 24\u00a0f\u00e9vrier\u00a02022 a eu pour cons\u00e9quence de mettre en p\u00e9ril des pays pauvres puis sous pression le Programme alimentaire mondial\u00a0(PAM), l\u2019organe des Nations unies qui se trouve en premi\u00e8re ligne pour r\u00e9pondre au probl\u00e8me de la faim. Plusieurs ph\u00e9nom\u00e8nes expliquent la forte diminution des approvisionnements qu\u2019ont connue certains pays\u00a0: l\u2019augmentation du prix du bl\u00e9, pass\u00e9 de 250 \u00e0 400\u00a0dollars la tonne en quelques semaines<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>; la hausse du prix des engrais azot\u00e9s, \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 celle du prix du gaz n\u00e9cessaire \u00e0 leur production<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>; l\u2019augmentation de tarifs du fret maritime et l\u2019engorgement de ports vitaux pour le transport des denr\u00e9es agricoles<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0(<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2023\/03\/MICHELETTI\/65575#nb1\" class=\"spip_note\" rel=\"appendix\" title=\"\u00ab\u00a0The impact on trade and development of the war in Ukraine\u00a0\u00bb\u00a0(PDF),\u00a0(...)\" id=\"nh1\">1<\/a>)<\/span>\u2026<\/p>\n<p>Or les contributions des \u00c9tats se r\u00e9v\u00e8lent tr\u00e8s insuffisantes pour couvrir des besoins humanitaires qui croissent \u00e0 mesure que se multiplient guerres et crises de toutes sortes. Cette carence oblige \u00e0 une r\u00e9flexion sur la solidarit\u00e9 internationale d\u2019urgence\u00a0: comment fonctionne ce syst\u00e8me<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>? Quelles en sont les failles et comment y rem\u00e9dier<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>?<\/p>\n<p>Chaque ann\u00e9e, les Nations unies lancent un appel coordonn\u00e9 indiquant les financements n\u00e9cessaires afin de r\u00e9pondre aux situations de crise humanitaire. Et, chaque ann\u00e9e, elles constatent un fort d\u00e9calage entre les fonds sollicit\u00e9s et les contributions gouvernementales effectivement obtenues. Le montant des besoins a presque quadrupl\u00e9 entre 2009 et 2022, passant de 9\u00a0milliards \u00e0 40\u00a0milliards de dollars (37\u00a0milliards d\u2019euros). Mais, de fa\u00e7on relativement stable, seuls 60<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>% des sommes requises sont finalement vers\u00e9s par les pays contributeurs \u2014 sauf en 2020 quand, pour la premi\u00e8re fois depuis plus de dix ans, cette proportion est pass\u00e9e sous la barre des 50<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>%<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0(<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2023\/03\/MICHELETTI\/65575#nb2\" class=\"spip_note\" rel=\"appendix\" title=\"Les donn\u00e9es cit\u00e9es dans cet article sur les montants de l\u2019aide humanitaire\u00a0(...)\" id=\"nh2\">2<\/a>)<\/span>.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Un alourdissement des proc\u00e9dures<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/h3>\n<p>Cette m\u00eame ann\u00e9e, sur les 9,5\u00a0milliards de dollars jug\u00e9s n\u00e9cessaires pour lutter contre les effets du Covid-19, seuls 3,8\u00a0milliards ont \u00e9t\u00e9 vers\u00e9s pour venir en aide aux pays pauvres. Une somme d\u00e9risoire quand on la compare aux montants inject\u00e9s afin de relancer les \u00e9conomies occidentales d\u00e9stabilis\u00e9es par la crise sanitaire\u00a0: 1\u00a0900\u00a0milliards de dollars pour les \u00c9tats-Unis, 900\u00a0milliards pour l\u2019Union europ\u00e9enne. En octobre\u00a02020, la directrice du Fonds mon\u00e9taire international\u00a0(FMI), Mme\u00a0Kristalina Georgieva, annon\u00e7ait m\u00eame que <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>les pouvoirs publics<\/i> [des pays occidentaux avaient] <i>vers\u00e9 environ 12\u00a0000\u00a0milliards de dollars d\u2019aides aux m\u00e9nages et aux entreprises<\/i><span class=\"spip_note_ref\">\u00a0(<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2023\/03\/MICHELETTI\/65575#nb3\" class=\"spip_note\" rel=\"appendix\" title=\"Kristalina Georgieva, \u00ab\u00a0La longue ascension\u00a0: surmonter la crise et b\u00e2tir une\u00a0(...)\" id=\"nh3\">3<\/a>)<\/span><i><small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb.<\/i> Pour 2023, l\u2019Organisation des Nations unies\u00a0(ONU) a lanc\u00e9 un appel record de 51,5\u00a0milliards de dollars. Soit \u00e0 peine 11<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>% du chiffre d\u2019affaires d\u2019Amazon, ou la moiti\u00e9 du b\u00e9n\u00e9fice net d\u2019Apple<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>; et, pourtant, il est \u00e0 peu pr\u00e8s certain que ces besoins ne seront pas couverts.<\/p>\n<p>Pour comprendre une telle d\u00e9faillance, il faut revenir \u00e0 l\u2019identit\u00e9 des pays donateurs, \u00e0 la structure globale des recettes entre fonds priv\u00e9s et fonds publics et, enfin, \u00e0 l\u2019identit\u00e9 des pays destinataires de ces dons. Ces \u00e9l\u00e9ments \u00e9clairent le \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>processus<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb humanitaire\u00a0: ils traduisent ses tendances lourdes en m\u00eame temps qu\u2019ils permettent de comprendre les priorit\u00e9s g\u00e9ographiques et politiques des donateurs.<\/p>\n<p>Une vingtaine de pays seulement contribuent volontairement \u00e0 la quasi-totalit\u00e9 des donations de fonds publics. Les \u00c9tats-Unis occupent la t\u00eate du classement, suivis par l\u2019Allemagne, l\u2019Union europ\u00e9enne (en tant qu\u2019entit\u00e9), le Royaume-Uni et la Su\u00e8de. Premier constat\u00a0: certaines grandes puissances \u00e9conomiques (Chine, Russie, Indon\u00e9sie, Mexique\u2026) n\u2019apparaissent pas dans la liste des principaux pays donateurs. Deuxi\u00e8me constat\u00a0: rapport\u00e9e au revenu national brut\u00a0(RNB) de chaque \u00c9tat donateur, l\u2019aide vers\u00e9e varie largement \u2014 de plus de 0,15<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>% du RNB du Luxembourg, de la Su\u00e8de, de la Norv\u00e8ge ou du Danemark \u00e0 0,03-0,04<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>% de ceux des \u00c9tats-Unis, du Canada, du Qatar, de l\u2019Italie et de la Nouvelle-Z\u00e9lande. La France ne figure pas parmi les vingt pays qui contribuent le plus au financement de l\u2019aide humanitaire selon cet indicateur.<\/p>\n<div class=\"carto_in\" style=\"width:890px\">\n<figure>\n\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/\/local\/cache-vignettes\/L890xH2151\/aide_humanitaire-d8d5d-92dd7.png?1677513647\" width=\"890\" height=\"2151\" data-photo=\"IMG\/png\/aide_humanitaire.png\" data-photo-w=\"1200\" data-photo-h=\"2900\" alt=\"Aide humanitaire, qui donne et qui re\u00e7oit\"\/><figcaption>\n<p><h3>Aide humanitaire, qui donne et qui re\u00e7oit<\/h3>\n<\/p>\n<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n<p>Une analyse plus d\u00e9taill\u00e9e r\u00e9v\u00e8le par ailleurs qu\u2019au d\u00e9ficit global de recettes s\u2019ajoutent d\u2019importantes disparit\u00e9s dans l\u2019attribution des fonds publics. En 2018, par exemple, l\u2019appel financier coordonn\u00e9 lanc\u00e9 par l\u2019ONU comportait trente-quatre demandes, au profit de vingt-neuf pays. Mais tous n\u2019ont pas suscit\u00e9 la m\u00eame g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9. Si 89<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>% de la somme sollicit\u00e9e pour l\u2019Irak a \u00e9t\u00e9 r\u00e9unie, et 67<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>% pour le Nigeria, les Philippines et la Cor\u00e9e du Nord furent moins bien loties\u00a0(24<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>%). Ce \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>taux de couverture<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb ne d\u00e9pend pas de l\u2019ampleur des sommes attendues. Le Y\u00e9men a re\u00e7u 85<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>% des 3,1\u00a0milliards de dollars demand\u00e9s, tandis que Ha\u00efti n\u2019a obtenu que 13<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>% des 252\u00a0millions de dollars qu\u2019elle attendait\u2026<\/p>\n<p>Ces \u00e9carts s\u2019expliquent ais\u00e9ment\u00a0: chaque \u00c9tat donateur peut attribuer librement ses fonds aux pays de son choix, et ainsi privil\u00e9gier certaines causes plut\u00f4t que d\u2019autres. En\u00a02020, 83<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>% des sommes allou\u00e9es aux agences de l\u2019ONU ont ainsi fait l\u2019objet d\u2019une affectation choisie par les \u00c9tats. Ce fonctionnement met \u00e0 mal un principe cardinal de l\u2019action humanitaire, celui de l\u2019impartialit\u00e9, en vertu duquel l\u2019aide doit \u00eatre octroy\u00e9e sur la seule base des besoins, sans discrimination.<\/p>\n<p>En sus du manque d\u2019argent et des in\u00e9galit\u00e9s de r\u00e9partition, les ONG qui sollicitent des fonds de l\u2019ONU pour financer leurs actions dans des pays pauvres se trouvent confront\u00e9es \u00e0 une inflation des proc\u00e9dures bureaucratiques, qui pose un double probl\u00e8me, \u00e0 la fois \u00e9thique et s\u00e9curitaire. Les clauses contractuelles inscrites dans les budgets allou\u00e9s imposent aux organisations qui agissent dans les zones de conflit d\u2019op\u00e9rer un \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>criblage<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb et un contr\u00f4le obligatoire, parfois r\u00e9p\u00e9titif, de leurs salari\u00e9s, de leurs prestataires et de leurs partenaires. Elles doivent par exemple s\u2019assurer qu\u2019aucun d\u2019entre eux ne figure sur les listes internationales de personnes suspect\u00e9es d\u2019activit\u00e9s terroristes, au moyen de logiciels sp\u00e9cifiques. <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Le temps et l\u2019\u00e9nergie consacr\u00e9s \u00e0 ces nouvelles pratiques de s\u00e9curisation ont pour premi\u00e8re cons\u00e9quence un alourdissement extr\u00eame des proc\u00e9dures administratives, comme des co\u00fbts de fonctionnement<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb,<\/i> d\u00e9nonce une tribune sign\u00e9e par plusieurs responsables d\u2019organisations non gouvernementales\u00a0(ONG)\u00a0(<i>Le Monde,<\/i> 15\u00a0d\u00e9cembre\u00a02020). <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Cela aboutit au d\u00e9tournement d\u2019une part non n\u00e9gligeable du temps de nos \u00e9quipes vers des t\u00e2ches non directement b\u00e9n\u00e9fiques aux besoins des personnes secourues.<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Une exigence suppl\u00e9mentaire des pays donateurs se profile\u00a0: \u00e9tendre ce criblage aux b\u00e9n\u00e9ficiaires directs de l\u2019aide, ce qui pourrait constituer un danger majeur pour la s\u00e9curit\u00e9 des \u00e9quipes humanitaires, pla\u00e7ant les ONG dans le r\u00f4le de \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>mouchards<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb aux yeux des mouvements rebelles impliqu\u00e9s dans certaines guerres. L\u2019exemption humanitaire \u00e0 l\u2019\u00e9gard des lois antiterroristes est pourtant n\u00e9cessaire pour pr\u00e9server les principes fondateurs de neutralit\u00e9 (l\u2019aide humanitaire ne doit favoriser aucun camp dans les conflits arm\u00e9s) et d\u2019ind\u00e9pendance (les objectifs humanitaires doivent \u00eatre d\u00e9tach\u00e9s des objectifs \u00e9conomiques, militaires\u2026). Si l\u2019extension du criblage a \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9e en bloc par les ONG fran\u00e7aises lors de la Conf\u00e9rence nationale humanitaire du 17\u00a0d\u00e9cembre\u00a02020, elle reste soutenue par divers services de l\u2019Agence fran\u00e7aise de d\u00e9veloppement\u00a0(AFD), et l\u2019id\u00e9e pourrait resurgir \u00e0 tout moment.<\/p>\n<p>Pour combler le manque d\u2019argent vers\u00e9 par les agences onusiennes, les ONG internationales doivent trouver elles-m\u00eames des financements compl\u00e9mentaires. Il leur faut alors se tourner vers des fonds priv\u00e9s, entra\u00eenant une forme de marchandisation de leurs missions ainsi qu\u2019une \u00e9ventuelle d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019\u00e9gard des donateurs individuels. Ces financements priv\u00e9s repr\u00e9sentent environ un quart des sommes r\u00e9unies chaque ann\u00e9e pour faire face aux n\u00e9cessit\u00e9s humanitaires (soit 6,7\u00a0milliards de dollars en 2020). Ils sont, \u00e0 plus de 85<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>%, r\u00e9colt\u00e9s aupr\u00e8s du grand public lors des campagnes r\u00e9alis\u00e9es par les ONG internationales, le reste provenant de fondations et, dans une moindre mesure, du m\u00e9c\u00e9nat d\u2019entreprise.<\/p>\n<p>Mais, l\u00e0 encore, les fonds allou\u00e9s ne correspondent pas n\u00e9cessairement \u00e0 l\u2019ampleur des besoins. Selon les pays et les crises, les donateurs se montrent plus ou moins g\u00e9n\u00e9reux, en fonction des proximit\u00e9s culturelles, linguistiques, historiques avec les populations frapp\u00e9es par les crises. Les records de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 concernent surtout les grandes catastrophes environnementales ou technologiques\u00a0: tsunami en Indon\u00e9sie\u00a0(2004)<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>; s\u00e9isme en Ha\u00efti\u00a0(2010)<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>; s\u00e9isme au N\u00e9pal\u00a0(2015)<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>; explosion chimique au Liban\u00a0(2020).<\/p>\n<p>On peut se demander ce qui justifie que le grand public \u2014 c\u2019est-\u00e0-dire essentiellement des citoyens de pays occidentaux \u2014 occupe un tel r\u00f4le dans le financement et les orientations de l\u2019action humanitaire. Du reste, ce mod\u00e8le impose aux ONG non pas seulement la prise en compte des logiques des grands pays contributeurs mais aussi celle d\u2019un marketing humanitaire proche d\u2019une forme de consum\u00e9risme. Dans leur qu\u00eate de fonds priv\u00e9s, les ONG doivent int\u00e9grer la versatilit\u00e9 des donateurs individuels. Elles peuvent, afin de susciter la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, s\u2019exposer \u00e0 une forme de simplisme quand elles pr\u00e9sentent les tenants et les aboutissants d\u2019un conflit, avec la tentation de r\u00e9duire les populations aid\u00e9es \u00e0 une repr\u00e9sentation visuelle d\u00e9grad\u00e9e, dans une optique publicitaire.<\/p>\n<p>Les ONG des pays pauvres apparaissent comme les grandes perdantes de ce mod\u00e8le de financement. En effet, les organisations qui agissent sur le terrain sont presque exclusivement issues de pays europ\u00e9ens ou nord-am\u00e9ricains. En 2016, le sommet humanitaire mondial d\u2019Istanbul avait plaid\u00e9, parmi ses \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>recommandations prioritaires<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb, pour un r\u00e9\u00e9quilibrage substantiel des fonds en faveur des acteurs locaux, qui ne g\u00e9raient alors que 2,8<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>% de l\u2019enveloppe humanitaire totale. Le sommet d\u2019Istanbul avait fix\u00e9 un objectif de 25<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>% en 2020. Le r\u00e9sultat fut finalement de 3<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>%, alors m\u00eame que les confinements et la paralysie des transports a\u00e9riens mettaient en \u00e9vidence la n\u00e9cessit\u00e9 de relocaliser l\u2019aide humanitaire. En 2022, seul 1,2<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>% de l\u2019aide internationale profite \u00e0 des ONG situ\u00e9es dans les pays affect\u00e9s par des crises.<\/p>\n<p>En 2019, tandis que les d\u00e9penses militaires ont d\u00e9pass\u00e9 les 1\u00a0900\u00a0milliards de dollars, les \u00c9tats ont vers\u00e9 20\u00a0milliards de dollars pour l\u2019aide humanitaire. Or consacrer 20\u00a0milliards de fonds publics \u00e0 l\u2019aide humanitaire, c\u2019est pr\u00e9tendre soigner toutes les urgences de la plan\u00e8te avec 10<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>% des sommes engag\u00e9es par la France pour couvrir ses \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>d\u00e9penses courantes de sant\u00e9<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb. Mais d\u00e9noncer l\u2019insuffisance des moyens ne suffit pas. Il faut repenser l\u2019ensemble du financement de l\u2019action humanitaire internationale, qui ne peut plus se r\u00e9duire aux seules contributions volontaires des pays actuellement donateurs. Il suffirait, par exemple, que chacun des pays class\u00e9s par la Banque mondiale comme \u00e9tant \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00e0 revenus \u00e9lev\u00e9s<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb consacre entre 0,03<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>% (chiffre de 2019) et 0,07<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>% (chiffre post-Covid) de son RNB \u00e0 l\u2019action humanitaire pour couvrir l\u2019ensemble des sommes demand\u00e9es par l\u2019ONU.<\/p>\n<p>Les ONG pourraient faire pression afin que les Nations unies instaurent un principe de contribution obligatoire des pays appartenant \u00e0 ce groupe. Cela obligerait notamment de puissants \u00c9tats comme la Russie, la Chine, le Br\u00e9sil ou l\u2019Indon\u00e9sie \u00e0 donner davantage. Une telle mesure irait de pair avec une plus grande allocation des fonds aux ONG locales, afin de sortir du syst\u00e8me actuel, o\u00f9 des organisations occidentales, principalement financ\u00e9es par des \u00c9tats et des citoyens occidentaux, agissent dans les pays du Sud.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<p><br \/>\n<br \/><a href=\"https:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2023\/03\/MICHELETTI\/65575\" target=\"_blank\"\">Source link <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par sa soudainet\u00e9, sa violence et les d\u00e9g\u00e2ts qu\u2019elle cause, la guerre en Ukraine a plong\u00e9 le monde entier dans la tourmente, posant la question du financement des nouvelles urgences&hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2916,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-2915","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2915","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2915"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2915\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2916"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2915"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2915"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2915"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}