{"id":32047,"date":"2026-09-13T00:40:56","date_gmt":"2026-09-12T22:40:56","guid":{"rendered":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/2026\/09\/13\/le-souverain-du-recit-par-lotfi-hadjiat\/"},"modified":"2026-09-13T00:40:56","modified_gmt":"2026-09-12T22:40:56","slug":"le-souverain-du-recit-par-lotfi-hadjiat","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/2026\/09\/13\/le-souverain-du-recit-par-lotfi-hadjiat\/","title":{"rendered":"Le souverain du r\u00e9cit, par Lotfi Hadjiat"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"466\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.lelibrepenseur.org\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/photo_2026-09-12_19-02-05.jpg?fit=768%2C466&amp;ssl=1\" class=\"webfeedsFeaturedVisual wp-post-image\" alt=\"Le souverain du r\u00e9cit, par Lotfi Hadjiat\" style=\"display: block;margin-bottom: 5px;clear:both;max-width: 100%\" data-attachment-id=\"6068966\" data-permalink=\"https:\/\/www.lelibrepenseur.org\/liberte-responsabilite-autorite\/photo_2026-09-12_19-02-05\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.lelibrepenseur.org\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/photo_2026-09-12_19-02-05.jpg?fit=1382%2C839&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"1382,839\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;,&quot;alt&quot;:&quot;&quot;}\" data-image-title=\"Le souverain du r\u00e9cit, par Lotfi Hadjiat\" data-image-description=\"&lt;p&gt;Le souverain du r\u00e9cit, par Lotfi Hadjiat&lt;\/p&gt;\n\" data-image-caption=\"&lt;p&gt;Le souverain du r\u00e9cit, par Lotfi Hadjiat&lt;\/p&gt;\n\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.lelibrepenseur.org\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/photo_2026-09-12_19-02-05.jpg?fit=300%2C182&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.lelibrepenseur.org\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/photo_2026-09-12_19-02-05.jpg?fit=1024%2C622&amp;ssl=1\" \/><\/p>\n<div class=\"intro-text\">\n<p data-rm-block-id=\"block-1\"><span style=\"font-size: 14pt\"><span class=\"dropcap \" style=\"background-color: #ffffff;color: #000000;border-color: #ffffff\"><strong>L<\/strong><\/span>e long chemin de la libert\u00e9 commence par ce constat, en suivant le sentier trac\u00e9 par la famille, que la libert\u00e9 n\u2019est pas une n\u00e9cessit\u00e9 mais un id\u00e9al, un risque, pour sa s\u00e9curit\u00e9. On d\u00e9couvre par la suite, si on s\u2019aventure \u00e0 vouloir d\u00e9cider de notre vie, que la souffrance (l\u2019angoisse, dirait Kierkegaard) peut \u00eatre le signe, la marque, la preuve de la libert\u00e9, puis on d\u00e9couvre quel est son prix : la responsabilit\u00e9. Voil\u00e0 pourquoi, les hommes, en g\u00e9n\u00e9ral, sacrifient leur libert\u00e9 \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 et se r\u00e9signent \u00e0 cette servitude de ne pas d\u00e9cider de sa vie. <em>Servitude volontaire<\/em>, comme disait La Bo\u00e9tie. Mais lorsque l\u2019autorit\u00e9 sociale ou politique ne nous garantit plus la s\u00e9curit\u00e9, et qu\u2019elle nous garantit plut\u00f4t l\u2019ins\u00e9curit\u00e9, alors soit on exige encore plus de cette autorit\u00e9 dans une servitude aveugle, soit on met fin \u00e0 notre sacrifice et on devient libre, non pas par amour de la libert\u00e9, mais pour survivre. La libert\u00e9 n\u2019est alors plus un id\u00e9al, elle devient une n\u00e9cessit\u00e9, pour tracer un nouveau sentier vers la s\u00e9curit\u00e9\u2026<\/span><\/p>\n<p data-rm-block-id=\"block-2\"><span style=\"font-size: 14pt\">Ainsi, le sacrifice de la libert\u00e9 peut apporter une s\u00e9curit\u00e9, et l\u2019exercice de la libert\u00e9 peut conduire aussi \u00e0 une s\u00e9curit\u00e9. Tel est le grand paradoxe de la libert\u00e9. Sacrifi\u00e9e ou exerc\u00e9e, elle peut toujours conduire \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9. Le premier cas correspond \u00e0 une s\u00e9curit\u00e9 re\u00e7ue ; le second, \u00e0 une s\u00e9curit\u00e9 construite. L\u2019humanit\u00e9 pourrait ainsi se divisait en deux, ceux qui sacrifient leur libert\u00e9 et ceux qui l\u2019exercent. Mais parmi ces derniers, il y a cependant le cas particulier de ceux qui d\u00e9sirent la libert\u00e9 pour elle-m\u00eame, ceux pour qui elle n\u2019est plus un moyen mais une fin, quel qu\u2019en soit le prix, y compris celui de la mort. On pourrait croire qu\u2019il y a une distinction entre l\u2018homme qui veut vivre en s\u00e9curit\u00e9 et l\u2019homme qui veut vivre libre. Mais l\u2019homme qui veut et croit vivre en s\u00e9curit\u00e9 ne vit pourtant pas en s\u00e9curit\u00e9 face \u00e0 la mort, il vit plut\u00f4t dans l\u2019angoisse de ce p\u00e9ril. Lors que l\u2019homme qui vit sa libert\u00e9 comme une fin sans craindre d\u2019y sacrifier sa vie, lui, ne vit pas dans l\u2019angoisse du p\u00e9ril mortel. Une fausse s\u00e9curit\u00e9 am\u00e8ne donc une vraie angoisse ! Mais sommes-nous vraiment souverains lorsque nous vivons libres ? Qu\u2019est-ce donc que vivre libre ?<\/span><\/p>\n<p data-rm-block-id=\"block-3\"><span style=\"font-size: 14pt\">Il y a chez l\u2019homme un attachement \u00e0 la vie qui le fait lutter contre la mort. Sa libert\u00e9 aussi grande soit elle n\u2019a pas le pouvoir de vaincre la limite de la mort, et lui fait d\u00e9sirer une libert\u00e9 plus grande : une souverainet\u00e9. Vivre libre c\u2019est aspirer \u00e0 la souverainet\u00e9. La d\u00e9sirer. L\u2019imaginer. Imaginer une souverainet\u00e9 ou un souverain pour qui la mort ne serait pas une limite, un souverain vers lequel on pourrait se tourner, se rapprocher, pour d\u00e9passer la mort. Le d\u00e9sir de souverainet\u00e9 se projetterait donc dans toutes ces conceptions\u2026 Feuerbach l\u2019a montr\u00e9 pour les religions, et n\u2019a pas \u00e9pargn\u00e9 Platon. En effet, on pourrait voir aussi dans les th\u00e9ories de Platon une projection de son d\u00e9sir de souverainet\u00e9, et tout particuli\u00e8rement dans sa fameuse notion de Souverain bien, qui ne serait donc que le d\u00e9sir de Platon d\u2019un bien souverain, ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment, son d\u00e9sir que le bien soit souverain, le bien comme il le con\u00e7oit, ordonn\u00e9 selon la Raison. Cependant, on pourrait consid\u00e9rer aussi que cette souverainet\u00e9 intuitionn\u00e9e par Platon renvoie \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9\u2026 Pour autant, s\u2019il y a souverain, est-il repr\u00e9sentable ? Voyons bien que vouloir se le repr\u00e9senter c\u2019est d\u00e9j\u00e0 vouloir se l\u2019approprier, le r\u00e9duire \u00e0 sa mesure, le soumettre \u00e0 ses repr\u00e9sentations, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 le nier.<\/span><\/p>\n<p data-rm-block-id=\"block-4\"><span style=\"font-size: 14pt\">Notre d\u00e9sir de souverainet\u00e9 peut se comprendre comme un d\u00e9sir de r\u00e9soudre cette situation absurde : na\u00eetre \u00e0 la vie c\u2019est d\u00e9j\u00e0 na\u00eetre \u00e0 la mort ; le n\u00e9 \u00e0 la vie est d\u00e9j\u00e0 \u00e9tranger au monde qui le fait d\u00e9j\u00e0 n\u00e9 \u00e0 la mort. De Platon jusqu\u2019\u00e0 Spinoza, le d\u00e9sir de souverainet\u00e9 est exprim\u00e9 (Souverain bien, Moteur immobile, l\u2019Un, Dieu, nature naturante\u2026 ), et toujours ordonn\u00e9e en Raison. Parall\u00e8lement, un mouvement sceptique s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 depuis Pyrrhon d\u2019\u00c9lis,\u00a0en passant par Sextus Empiricus et culminant avec Hume, qui doute radicalement de la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019une souverainet\u00e9 supr\u00eame. Apr\u00e8s Hume, Kant ouvre la porte d\u2019une possible souverainet\u00e9 supr\u00eame avec sa fameuse chose en soi (<i>Ding an sich<\/i>), possibilit\u00e9 que Hegel va d\u00e9velopper jusqu\u2019au bout avec son \u00ab Esprit absolu \u00bb\u00a0(<i>absolute<\/i> <i>Geist<\/i>)\u00a0qui, se posant dans l\u2019ext\u00e9riorit\u00e9, va constituer la nature et s\u2019accomplira \u00e0 travers la subjectivit\u00e9 humaine, le sujet accompli \u00e9tant le moment par lequel l\u2019Esprit devient conscient de lui-m\u00eame. Mais Hegel, lui aussi, projette la Raison dans cet Esprit absolu. Schopenhauer va rejeter cette projection et faire de la souverainet\u00e9 supr\u00eame une Volont\u00e9 primordiale, \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans la nature, qui se manifesterait en nous \u00e0 travers notre volont\u00e9 individuelle. Mais cette Volont\u00e9 primordiale est aveugle et on peut y voir aussi une projection de Schopenhauer \u00e0 partir de ce qu\u2019il per\u00e7oit de la volont\u00e9 humaine. Avec Husserl, la souverainet\u00e9 supr\u00eame pourrait se voir dans l\u2019immanence de la vie transcendantale de la conscience, o\u00f9 la question de l\u2019\u00catre du monde est suspendue, car consid\u00e9r\u00e9e comme attitude na\u00efve\u2026 Husserl veut plut\u00f4t \u00e9lucider la constitution du sens de l\u2019\u00eatre de l\u2019\u00e9tant, il reconna\u00eet la transcendance des \u00e9tants mais pas de l\u2019\u00catre ; l\u00e0 il n\u2019y a plus projection mais carr\u00e9ment tentative d\u2019incarner soi-m\u00eame la souverainet\u00e9 ultime. Heidegger, son \u00e9l\u00e8ve, va contester ce point de vue. Chez Husserl, la vie est souveraine et l\u2019\u00eatre est un mode de donation de la vie. Chez Heidegger, l\u2019\u00eatre est souverain et la vie est un mode de donation de l\u2019\u00eatre. Irr\u00e9conciliables ! Apr\u00e8s Heidegger, Badiou va proposer une conception de l\u2019\u00catre tr\u00e8s particuli\u00e8re : le vide est le nom propre de l\u2019\u00catre, dit-il ! Badiou annihile toute souverainet\u00e9. Chez Heidegger, l\u2019Etre destine les \u00e9tants, chez Badiou l\u2019\u00catre ne destine rien, il est annihil\u00e9, derri\u00e8re la structuration du vide.<\/span><\/p>\n<p data-rm-block-id=\"block-5\"><span style=\"font-size: 14pt\">Chez ces philosophes, la conception de la souverainet\u00e9 part de l\u2019exp\u00e9rience du sujet humain, sans envisager une souverainet\u00e9 vivante pr\u00e9c\u00e9dant la subjectivit\u00e9 humaine. Un souverain vivant pr\u00e9c\u00e9dant la vie humaine. Par orgueil, le sujet humain ne peut envisager que sa libert\u00e9 soit subordonn\u00e9e. Ne peut envisager que sa libert\u00e9 ne soit pas l\u2019origine d\u2019elle m\u00eame. Au fond, la libert\u00e9 s\u2019exerce, se sacrifie, se prouve, s\u2019\u00e9prouve comme manque de souverainet\u00e9, comme volont\u00e9 de souverainet\u00e9. Le sujet d\u00e9sire ultimement la souverainet\u00e9 comme son bien ultime, son bien souverain. Il voudrait s\u2019approprier le souverain, par orgueil, mais le souverain n\u2019appartient pas au sujet. L\u2019\u00e9tymologie m\u00eame du mot \u00ab sujet \u00bb le laisse entendre. En effet, \u00ab sujet \u00bb vient de\u00a0<i>subjectus<\/i>, en latin, qui veut dire assujetti, o\u00f9 plus pr\u00e9cis\u00e9ment\u00a0<i>jectus<\/i>\u00a0veut dire jet\u00e9, et\u00a0<i>sub<\/i>\u00a0sous, donc jet\u00e9 sous, plac\u00e9 sous\u2026 sous la souverainet\u00e9 politique\u2026 Ainsi, \u00e0 l\u2019aune de son \u00e9tymologie, le sujet se d\u00e9finirait comme le sujet du souverain ou d\u2019une souverainet\u00e9. Le sujet ne pourrait donc \u00eatre ni souverain ni souverainet\u00e9, au regard de sa propre structure \u00e9tymologique. Le sujet peut seulement \u00eatre libre, pas souverain. Le souverain fait les lois quand la libert\u00e9 choisit entre les lois ; celui-la institue l\u2019ordre des possibles quand celle-ci choisit dans cet ordre. La libert\u00e9 du sujet ne peut aboutir qu\u2019\u00e0 une souverainet\u00e9 relative, que l\u2019on ne peut pas qualifier s\u00e9rieusement de souverainet\u00e9, au sens plein.<\/span><\/p>\n<p data-rm-block-id=\"block-6\"><span style=\"font-size: 14pt\">Si je n\u2019ai pas choisi de na\u00eetre, d\u2019exister, d\u2019o\u00f9 vient donc la libert\u00e9 par laquelle je choisis ce que je vais faire de mon existence ? D\u2019o\u00f9 vient ma souverainet\u00e9 relative ? L\u2019on ne peut concevoir, par orgueil, que notre libert\u00e9 puisse nous avoir \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e\u2026 L\u2019homme, par instinct s\u00e9curitaire, par orgueil, n\u2019envisage l\u2019origine de sa libert\u00e9 qu\u2019en lui-m\u00eame sans envisager qu\u2019elle le pr\u00e9c\u00e8de ontologiquement. Pourtant, une part essentielle de notre existence nous pr\u00e9c\u00e8de ; nous n\u2019avons pas choisi de na\u00eetre, ni le monde dans lequel nous sommes n\u00e9s, ni les circonstances qui nous ont constitu\u00e9s. Heidegger le dit, la\u00a0<i>Geworfenheit<\/i> (\u00eatre-jet\u00e9) d\u00e9crit le fait d\u2019\u00eatre jet\u00e9 dans l\u2019existence sans l\u2019avoir choisi (naissance, \u00e9poque, corps, culture), ouvrant le sentiment d\u2019une <i>Unheimlichkeit<\/i> fondamentale, d\u2019une \u00e9tranget\u00e9 (ne pas \u00eatre chez soi dans le monde), qui d\u00e9voile une ali\u00e9nation. Ali\u00e9nation qui suscite le d\u00e9sir de souverainet\u00e9, de souverain\u2026 Cette \u00e9tranget\u00e9 qui me rend le monde \u00e9tranger, se vit comme un \u00e9tranger en moi qui \u00ab n\u2019est pas chez lui dans le monde \u00bb, voire qui n\u2019est pas chez lui en moi. Un \u00e9tranger vivant qui se serait ali\u00e9n\u00e9 en moi. Apr\u00e8s nous \u00eatre pos\u00e9s la question de ce qui commence avec moi, mes perceptions et mes repr\u00e9sentations du monde, se pose alors la question de savoir ce qui a commenc\u00e9 avant moi, ma perception du temps et mes repr\u00e9sentations. Et si l\u2019ordre du monde n\u2019\u00e9tait pas le fruit de lois mais d\u2019un r\u00e9cit\u2026, les lois du monde que nous \u00e9tablissons ne constituent peut-\u00eatre pas le niveau ultime de l\u2019intelligibilit\u00e9 du r\u00e9el. Nous confondons peut-\u00eatre l\u2019intelligibilit\u00e9 du monde avec son origine. Au fond, nous postulons cette confusion. Vouloir \u00e9tablir des lois c\u2019est vouloir d\u00e9crire l\u2019ordre selon lequel le r\u00e9el se d\u00e9ploie ; mais ces lois ne r\u00e9pondent pas \u00e0 la question de savoir pourquoi cet ordre existe. Si l\u2019ordre du monde \u00e9tait donc le fruit d\u2019un r\u00e9cit\u2026 dont l\u2019un des aboutissements serait notre \u00e9tranget\u00e9, notre ali\u00e9nation\u2026 L\u2019ordre des possibles deviendrait alors ce qui devient possible dans le r\u00e9cit de cette ali\u00e9nation\u2026 r\u00e9cit souverain qui s\u2019est ali\u00e9n\u00e9 dans le sujet\u2026 r\u00e9cit souverain qui ne se clarifie qu\u2019en consentant \u00e0 cette souverainet\u00e9, et non en plaquant dessus notre logique, logique s\u00e9curitaire, logique rationnelle, pour tenter d\u2019y voir des lois\u2026<\/span><\/p>\n<p data-rm-block-id=\"block-7\"><span style=\"font-size: 14pt\">L\u2019erreur fondamentale de l\u2019homme consisterait ainsi \u00e0 confondre l\u2019exp\u00e9rience faite de ce r\u00e9cit avec l\u2019origine de celui-ci, pour ensuite analyser son exp\u00e9rience repr\u00e9sentative de ce r\u00e9cit afin d\u2019y \u00e9tablir des lois ; ce serait l\u00e0 la cause des interminables questions sur l\u2019origine des choses ! Questionnement qui d\u00e9tournerait notre ali\u00e9nation mais qui ne la r\u00e9soudrait pas. D\u00e9crire la grammaire d\u2019un r\u00e9cit n\u2019est pas conna\u00eetre l\u2019auteur du r\u00e9cit. Un auteur souverain\u2026 ; se dessine alors la figure du souverain du r\u00e9cit\u2026, souverain qui fonderait l\u2019ordre des possibles dans lequel notre libert\u00e9 s\u2019exerce\u2026, l\u2019homme serait libre dans le r\u00e9cit sans \u00eatre souverain du r\u00e9cit\u2026 souverain du r\u00e9cit de notre ali\u00e9nation\u2026 de l\u2019ali\u00e9nation en nous\u2026 de son ali\u00e9nation en nous. Un souverain ali\u00e9n\u00e9 en nous\u2026 Le souverain vivant cr\u00e9ateur du r\u00e9cit se serait ali\u00e9n\u00e9 en nous\u2026 Peut-on toutefois concevoir que le souverain s\u2019est ali\u00e9n\u00e9 dans le sujet\u2026 ? Naturellement, un souverain dominant son sujet n\u2019incline pas \u00e0 s\u2019ali\u00e9ner dans son sujet ! Sauf \u00e0 faire l\u2019hypoth\u00e8se m\u00e9taphysique d\u2019une souverainet\u00e9 qui nous pr\u00e9c\u00e8de mais qui ne nous domine pas, une souverainet\u00e9 bienveillante, une souverainet\u00e9 d\u2019amour qui se donne\u2026 Un gouffre d\u2019amour primordial se serait ainsi d\u00e9ploy\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9garement\u2026 du sujet. La souverainet\u00e9 v\u00e9ritable serait pr\u00e9cis\u00e9ment celle qui n\u2019a pas besoin de dominer, \u00e0 rebours de la conception humaine trop humaine de la souverainet\u00e9\u2026 Notre libert\u00e9 ne serait alors qu\u2019une ali\u00e9nation de cette souverainet\u00e9, fondant notre propre ali\u00e9nation. Tout comme le souverain s\u2019est ali\u00e9n\u00e9 dans le sujet, celui-ci va lui-m\u00eame corr\u00e9lativement s\u2019ali\u00e9ner dans l\u2019objet, l\u2019objet du monde\u2026 Le sujet serait ainsi la forme ali\u00e9n\u00e9e d\u2019une souverainet\u00e9 qui se donne par amour, et la libert\u00e9 le mouvement dialectique par lequel cette ali\u00e9nation peut se reconna\u00eetre et consentir son origine comme la pr\u00e9c\u00e9dant.\u00a0L\u2019ali\u00e9nation elle-m\u00eame serait le mode de pr\u00e9sence d\u2019une souverainet\u00e9 qui se donne.<\/span><\/p>\n<p data-rm-block-id=\"block-8\"><span style=\"font-size: 14pt\">Notre libert\u00e9 ne s\u2019accomplirait donc qu\u2019en consentant \u00e0 cet ordre souverain des possibles qui nous pr\u00e9c\u00e8de (nous et notre perception du temps et du monde) et contre lequel on ne peut rien, tout au long des jours et des nuits\u2026, en accueillant la vie le plus simplement du monde. En l\u2019accompagnant telle qu\u2019elle se donne, en la menant selon sa logique au bout de son d\u00e9ploiement, en accompagnant son d\u00e9ploiement plut\u00f4t qu\u2019en cherchant \u00e0 lui imposer le n\u00f4tre. L\u2019accomplissement de la libert\u00e9 ne se r\u00e9duit donc pas \u00e0 imposer sa volont\u00e9 au r\u00e9el, il advient quand on \u00e9prouve notre consentement libre \u00e0 ce qui nous pr\u00e9c\u00e8de et notre participation tout aussi libre \u00e0 celui-ci. L\u2019insondable harmonie naturelle pr\u00e9c\u00e8de la repr\u00e9sentation que nous nous faisons de la nature. Plut\u00f4t que de vouloir corriger celle-ci, la r\u00e9parer, en supposant qu\u2019elle est bris\u00e9e (Selon la kabbale juive lourianique, la Cr\u00e9ation porte en elle la trace d\u2019une brisure originaire : la\u00a0<i>Shevirat ha-Kelim<\/i>, la brisure des vases primordiaux, qui requiert alors le\u00a0<em>Tikkun<\/em>, la r\u00e9paration de la Cr\u00e9ation\u2026 ), il s\u2019agit plut\u00f4t d\u2019en accueillir l\u2019harmonie jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9lucider (l\u2019\u00e9merveillement devant l\u2019harmonie naturelle \u00e9tait le point de d\u00e9part de la philosophie, selon Platon). En faisant confiance \u00e0 sa logique plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 la n\u00f4tre. Jusqu\u2019\u00e0 admettre que sa logique et sa souverainet\u00e9 n\u2019\u00e9taient finalement pas n\u00f4tres, que cette souverainet\u00e9 se donne \u00e0 nous avant que nous nous donnions \u00e0 elle. Nous devrions donc participer \u00e0 la souverainet\u00e9 plut\u00f4t que chercher vainement \u00e0 nous l\u2019approprier. Notre orgueil nous poussait \u00e0 vouloir nous l\u2019approprier, l\u2019humilit\u00e9 nous incline \u00e0 y participer. Tout comme les choses sensibles participent aux Id\u00e9es, chez Platon, l\u2019\u00e2me humaine participe aussi en un certains sens au Souverain bien, en s\u2019\u00e9levant de l\u2019opinion (la <em>doxa<\/em>, la propagande dirait-on aujourd\u2019hui) vers la connaissance v\u00e9ritable (<em>\u00e9pist\u00e8m\u00e8<\/em>) jusqu\u2019\u00e0 l\u2019intellection du Bien lui-m\u00eame, elle y participe par le vrai, le bien et le beau.<\/span><\/p>\n<p data-rm-block-id=\"block-9\"><span style=\"font-size: 14pt\">Le sujet questionne ce qui vient \u00e0 lui, c\u2019est-\u00e0-dire ce qu\u2019il per\u00e7oit int\u00e9rieurement et ext\u00e9rieurement, mais n\u2019envisage pas ce qui pourrait pr\u00e9c\u00e9der ses perceptions, pr\u00e9c\u00e9der ce qui se pr\u00e9sente \u00e0 lui et qui \u00e9chapperait donc \u00e0 toute re-pr\u00e9sentation et \u00e0 toute perception. Et il ne se pose pas cette question car sa logique ne le lui permet pas, sa logique rationnelle\u2026 la Raison ne peut pas d\u00e9montrer son propre commencement, elle peut \u00e0 peine l\u2019envisager, et encore moins le concevoir\u2026 la Raison peut d\u00e9couvrir ses propres limites, mais elle ne peut pas franchir elle-m\u00eame ces limites par simple raisonnement\u2026 Cette servitude logique, aggrav\u00e9e encore par le formatage analytique impos\u00e9 peu \u00e0 peu par l\u2019intelligence artificielle, est le r\u00e9sultat de notre ali\u00e9nation, \u00e0 laquelle on ne peut \u00e9videmment mettre fin qu\u2019en nous lib\u00e9rant de cette servitude. L\u2019intelligibilit\u00e9 n\u2019est pas r\u00e9ductible aux conditions selon lesquelles quelque chose arrive, elle s\u2019\u00e9tend \u00e0 ce qui pourrait \u00eatre ant\u00e9rieur \u00e0 ces conditions elles-m\u00eames, ant\u00e9riorit\u00e9 inaccessible \u00e0 la Raison et que seule notre intuition peut ouvrir. Il s\u2019agit donc d\u2019envisager de d\u00e9plier nos intuitions, et, une intuition en ouvrant une autre, d\u2019explorer celles-ci selon des hypoth\u00e8ses m\u00e9taphysiques en les menant jusqu\u2019au bout de la coh\u00e9rence qu\u2019elles apportent.<\/span><\/p>\n<p data-rm-block-id=\"block-10\"><span style=\"font-size: 14pt\">Tel est le long chemin de la libert\u00e9 : d\u00e9couvrir d\u2019abord qu\u2019elle n\u2019est qu\u2019un id\u00e9al, puis comprendre qu\u2019elle a un prix, comprendre ensuite qu\u2019elle peut devenir une n\u00e9cessit\u00e9, constater plus tard qu\u2019elle est impuissante \u00e0 nous faire prendre possession de notre existence et d\u2019imposer notre propre chemin \u00e0 la vie, avant de reconna\u00eetre enfin qu\u2019elle n\u2019est pas la souverainet\u00e9 de l\u2019homme sur sa propre vie. Nous pensions devoir conqu\u00e9rir notre libert\u00e9 pour devenir souverains, nous d\u00e9couvrons finalement que la v\u00e9ritable libert\u00e9 ne consiste pas \u00e0 pouvoir faire de soi-m\u00eame l\u2019origine de son existence mais de pouvoir reconna\u00eetre et consentir \u00e0 suivre une souverainet\u00e9 qui nous pr\u00e9c\u00e8de et se donne \u00e0 nous, \u00e0 consentir \u00e0 ce qui ne d\u00e9pend pas de nous, plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 s\u2019en d\u00e9tourner, par orgueil. Consentir n\u2019est pas se r\u00e9signer ; consentir c\u2019est ouvrir une porte, accueillir\u2026 se r\u00e9signer c\u2019est accepter une porte ferm\u00e9e\u2026 Ce consentement est finalement une r\u00e9ponse, une gratitude, une reconnaissance \u00e0 cette libert\u00e9 qui nous a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e, don qu\u2019il nous revient de prolonger, et ce consentement est le d\u00e9but de ce prolongement. Si je suis capable de consentir librement \u00e0 ce qui m\u2019arrive, d\u2019o\u00f9 vient cette libert\u00e9 de consentement\u2026 Envisager que cette libert\u00e9 re\u00e7ue nous ait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e \u2013 et c\u2019est un don inou\u00ef dont on peut comprendre qu\u2019on veuille se l\u2019accaparer ! \u2013 requiert l\u2019humilit\u00e9. Seul l\u2019orgueil nous emp\u00eache d\u2019admettre une hi\u00e9rarchie ontologique entre ce qui commence avec nous et ce qui a commenc\u00e9 avant nous. Finalement, la sagesse est la r\u00e9solution d\u2019un probl\u00e8me moral, pas logique ; mais souffrez n\u00e9anmoins que je vous donne ici l\u2019expression logique de cette r\u00e9solution ! Nous croyions que devenir libre, c\u2019\u00e9tait devenir souverain ; nous d\u00e9couvrons que devenir libre, c\u2019est reconna\u00eetre que nous ne le sommes pas, souverain, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment, c\u2019est consentir librement \u00e0 ne pas l\u2019\u00eatre, mais plut\u00f4t \u00e0 le laisser \u00eatre. Car la libert\u00e9 la plus \u00e9clair\u00e9e est moins le pouvoir de commencer que le pouvoir de consentir \u00e0 ce qui a d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9. Finalement, pour conclure, la libert\u00e9 n\u2019est pas le pouvoir d\u2019\u00eatre l\u2019origine mais celui d\u2019entrer librement dans ce qui nous pr\u00e9c\u00e8de, jusqu\u2019\u00e0 participer consciemment \u00e0 ce qui nous pr\u00e9c\u00e8de. Tel est le long et paradoxal chemin de la libert\u00e9, qui commence comme volont\u00e9, comme d\u00e9sir \u00e9perdu de souverainet\u00e9 et s\u2019accomplit comme consentement \u00e0 une souverainet\u00e9 qui nous pr\u00e9c\u00e8de \u00e9ternellement.<\/span><\/p>\n<p data-rm-block-id=\"block-11\">\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014<\/p>\n<h3 data-rm-block-id=\"block-12\">Commander le dernier roman de Lotfi Hadjiat <a href=\"https:\/\/www.thebookedition.com\/fr\/un-mashiah-averti-en-vaut-deux-p-427465.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">ici<\/a> :<\/h3>\n<p data-rm-block-id=\"block-13\"><a href=\"https:\/\/www.thebookedition.com\/fr\/un-mashiah-averti-en-vaut-deux-p-427465.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-recalc-dims=\"1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.lelibrepenseur.org\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/photo_2026-02-28_21-26-28.jpg?resize=323%2C463&amp;ssl=1\" alt=\"\" width=\"323\" height=\"463\" \/><\/a><\/p>\n<p data-rm-block-id=\"block-14\">\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014<\/p>\n<p data-rm-block-id=\"block-15\">Pour suivre l\u2019auteur :<\/p>\n<p data-rm-block-id=\"block-16\"><a href=\"http:\/\/leblogdelotfihadjiat.unblog.fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/leblogdelotfihadjiat.unblog.fr<\/a><\/p>\n<p data-rm-block-id=\"block-17\">Nouveau compte Twitter X :<\/p>\n<p data-rm-block-id=\"block-18\"><a href=\"https:\/\/x.com\/HadjiatLeVrai\">https:\/\/x.com\/HadjiatLeVrai<\/a><\/p>\n<p data-rm-block-id=\"block-19\">\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014<\/p>\n<p data-rm-block-id=\"block-20\"><a href=\"https:\/\/gab.com\/LotfiHadjiat_Le_Vrai\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/gab.com\/LotfiHadjiat_Le_Vrai<\/a><\/p>\n<\/div>\n<p>L\u2019article <a rel=\"nofollow\" href=\"https:\/\/www.lelibrepenseur.org\/liberte-responsabilite-autorite\/\">Le souverain du r\u00e9cit, par Lotfi Hadjiat<\/a> est apparu en premier sur <a rel=\"nofollow\" href=\"https:\/\/www.lelibrepenseur.org\">Le Libre Penseur<\/a>.<\/p>\n<p class=\"verinews-source\">Source : <a href=\"https:\/\/www.lelibrepenseur.org\/liberte-responsabilite-autorite\/\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">Lire l\u2019article original<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le long chemin de la libert\u00e9 commence par ce constat, en suivant le sentier trac\u00e9 par la famille, que la libert\u00e9 n\u2019est pas une n\u00e9cessit\u00e9 mais un id\u00e9al, un risque, pour sa s\u00e9curit\u00e9. 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