{"id":33616,"date":"2026-11-06T08:18:58","date_gmt":"2026-11-06T07:18:58","guid":{"rendered":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/2026\/11\/06\/quand-le-doute-fissure-la-propagande-le-parcours-de-zhanna-agalakova-journaliste-russe\/"},"modified":"2026-11-06T08:18:58","modified_gmt":"2026-11-06T07:18:58","slug":"quand-le-doute-fissure-la-propagande-le-parcours-de-zhanna-agalakova-journaliste-russe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/2026\/11\/06\/quand-le-doute-fissure-la-propagande-le-parcours-de-zhanna-agalakova-journaliste-russe\/","title":{"rendered":"Quand le doute fissure la propagande : le parcours de Zhanna Agalakova, journaliste russe"},"content":{"rendered":"<div style=\"margin-top: 0px;margin-bottom: 0px\" class=\"sharethis-inline-share-buttons\"><\/div>\n<div>\n<h4><b>Le lundi 2 novembre 2026 avait lieu la Journ\u00e9e internationale de la fin de l&rsquo;impunit\u00e9 pour les crimes commis contre les journalistes. Cette semaine est donc l&rsquo;occasion pour revenir sur le parcours de Zhanna Agalakova, journaliste russe qui combat la propagande et lutte pour la libert\u00e9 de la presse.<\/b><\/h4>\n<\/div>\n<p><span id=\"more-2067794\"><\/span><em>[Temps de lecture estim\u00e9 : ~ 18 min]<\/em><\/p>\n<div>\n<p>Pendant pr\u00e8s de trente ans, Zhanna Agalakova a travaill\u00e9 pour la t\u00e9l\u00e9vision publique russe. D\u2019abord pr\u00e9sentatrice, dont la notori\u00e9t\u00e9 pourrait \u00e9voquer celle de Claire Chazal en France, elle est ensuite devenue correspondante \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Elle a couvert des \u00e9lections, r\u00e9alis\u00e9 des reportages et <strong>longtemps cru pouvoir exercer honn\u00eatement son m\u00e9tier.<\/strong> Jusqu\u2019\u00e0 ce que les compromis s\u2019accumulent, que sa propre fille lui renvoie une image qu\u2019elle ne peut plus ignorer et que l\u2019invasion de l\u2019Ukraine rende sa d\u00e9mission in\u00e9vitable.<\/p>\n<figure id=\"attachment_2067816\" aria-describedby=\"caption-attachment-2067816\" style=\"width: 1024px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-2067816\" src=\"https:\/\/mrmondialisation.org\/wp-content\/uploads\/2026\/11\/1030138clara1-576x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"1819\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2067816\" class=\"wp-caption-text\">Mois du Film Documentaire en C\u00f4tes d&rsquo;Armor. Ty Films \u00e0 Mellionnec.<\/figcaption><\/figure>\n<h2><b>Rencontre au Festival du documentaire de Mellionnec<\/b><\/h2>\n<p>Juin 2026. Dans le bourg de Mellionec, Zhanna Agalakova pr\u00e9sente son documentaire <em>A Little Gray Wolf Will Come.<\/em> <strong>La journaliste revient sur son cheminement intime et politique.<\/strong> La particularit\u00e9 du film tient aussi \u00e0 sa cam\u00e9ra, qui passe de main en main entre les trois membres d\u2019une m\u00eame famille. Les sc\u00e8nes du quotidien s\u2019entrem\u00ealent aux moments de travail, tandis que l\u2019actualit\u00e9 internationale et ses bouleversements s\u2019invitent dans leur intimit\u00e9. On d\u00e9couvre ainsi <strong>une journaliste, mais aussi une m\u00e8re et une compagne, dont la vie familiale ne peut rester \u00e0 l\u2019\u00e9cart du monde qu\u2019elle raconte.<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<p>La propagande ne commence pas toujours par un mensonge. Elle peut commencer par un chiffre que l\u2019on omet, une image que l\u2019on choisit plut\u00f4t qu\u2019une autre, un mot que l\u2019on remplace par un terme moins d\u00e9rangeant. Elle s\u2019installe dans les habitudes, les consignes de r\u00e9daction et les compromis que l\u2019on se promet de ne pas d\u00e9passer. <b>Jusqu\u2019au jour o\u00f9 l\u2019on ne sait plus exactement \u00e0 quel moment informer a cess\u00e9 de signifier \u00ab chercher la v\u00e9rit\u00e9 \u00bb.<\/b><\/p>\n<p>C\u2019est ce cheminement que raconte Zhanna Agalakova. Son histoire n\u2019est ni celle d\u2019une opposante qui aurait toujours vu clair, ni celle d\u2019une journaliste qui aurait d\u00e9cid\u00e9 un matin de fabriquer des r\u00e9cits \u00e0 base des mensonges. C\u2019est celle d\u2019une professionnelle de la t\u00e9l\u00e9vision publique qui a longtemps pens\u00e9 pouvoir faire son m\u00e9tier au sein d\u2019un syst\u00e8me dont elle a <strong>progressivement accept\u00e9 les r\u00e8gles, avant de reconna\u00eetre publiquement ce \u00e0 quoi elle participait.<\/strong><\/p>\n<p>Cette histoire me touche aussi pour une raison personnelle. Issue moi-m\u00eame d\u2019un environnement russophone et d\u2019un pays de l\u2019ex-URSS,<strong> j\u2019ai \u00e9t\u00e9 confront\u00e9e d\u00e8s l\u2019enfance aux r\u00e9cits politiques h\u00e9rit\u00e9s de cet espace.<\/strong> J\u2019ai moi aussi \u00e9t\u00e9 longtemps influenc\u00e9e par ces discours, avant de parvenir, \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte, \u00e0 les questionner et \u00e0 distinguer les faits de leur mise en sc\u00e8ne.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui encore, certaines personnes restent convaincues par le r\u00e9cit du Kremlin; d\u2019autres n\u2019y adh\u00e8rent plus, mais ont peur de dire ce qu\u2019elles pensent r\u00e9ellement.<strong> Rares sont les personnes qui peuvent s\u2019exprimer librement sans risquer de subir les cons\u00e9quences<\/strong> de leur opposition au r\u00e9gime autocratique russe.<\/p>\n<p>C\u2019est dans cet espace, entre adh\u00e9sion, conformisme et peur, que se situe le film d\u2019Agalakova. Son parcours d\u00e9passe ainsi le seul cas russe : <strong>que devient notre capacit\u00e9 \u00e0 penser<\/strong> lorsque le r\u00e9cit officiel finit par encadrer ce que l\u2019on peut dire, montrer et m\u00eame imaginer ?<\/p>\n<h2><b>Une berceuse pour apprendre la peur<\/b><\/h2>\n<p>Le titre du documentaire, <i>A Little Gray Wolf Will Come<\/i>, renvoie \u00e0 une berceuse russe que beaucoup d\u2019enfants de l\u2019espace post-sovi\u00e9tique entendent avant de s\u2019endormir : <em>\u00ab Le petit loup gris viendra te chercher \u00bb.<\/em> Une <strong>menace famili\u00e8re,<\/strong> r\u00e9p\u00e9t\u00e9e au fil de l\u2019enfance, qui finit par appartenir au paysage ordinaire.<\/p>\n<p>Au cours de notre entretien, Agalakova \u00e9tablit un autre parall\u00e8le avec d\u2019autres comptines russes. Certaines mettent en sc\u00e8ne <strong>un personnage confront\u00e9 \u00e0 une alternative sans issue heureuse :<\/strong> <em>\u00ab Si tu vas \u00e0 droite, tu perds ton cheval ; si tu vas \u00e0 gauche, tu perds ta t\u00eate. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Dans les deux cas, le choix est hant\u00e9 par la perte. Quelque chose de pr\u00e9cieux sera sacrifi\u00e9, quel que soit le chemin emprunt\u00e9. La peur n\u2019a pas besoin d\u2019\u00eatre constamment formul\u00e9e comme une <b>menace explicite : elle peut s\u2019installer dans les histoires, dans les r\u00e9flexes familiaux et dans les avertissements transmis <\/b>d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n<p>Agalakova trace les parall\u00e8les avec certains comportements durant les grandes manifestations de 2011 contre le r\u00e9gime de Poutine et la corruption. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, raconte-t-elle, des parents qui avaient grandi sous le r\u00e9gime sovi\u00e9tique <strong>conseillaient \u00e0 leurs enfants de ne pas y aller et de ne pas se m\u00ealer de politique.<\/strong><\/p>\n<p>Ce conditionnement ne suffit pas \u00e0 expliquer l\u2019histoire politique russe, et encore moins \u00e0 r\u00e9duire les Russes \u00e0 une population incapable de r\u00e9sister. Mais selon elle, il aide \u00e0 <strong>comprendre comment la prudence peut devenir une habitude, comment l\u2019autocensure se transmet et comment le silence finit parfois par sembler plus raisonnable<\/strong> que la prise de risque.<\/p>\n<h2><b>La propagande s\u2019installe dans les d\u00e9tails<\/b><\/h2>\n<p>Agalakova a longtemps travaill\u00e9 pour <em>Channel One<\/em>, l\u2019une des principales cha\u00eenes de t\u00e9l\u00e9vision publiques russes. Elle explique qu\u2019en 2005, <strong>elle croyait encore pouvoir devenir une journaliste honn\u00eate.<\/strong> \u00c0 cette \u00e9poque elle couvrait les \u00e9lections et les relations entre la Russie et l\u2019Europe \u00e9taient encore bonnes mais elle ne souhaitait pas \u00eatre responsable du traitement de la politique \u00e9trang\u00e8re de la cha\u00eene. C\u2019est \u00e0 ce moment que les compromis ont commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019accumuler.<\/p>\n<p>En 2010, alors qu\u2019elle est correspondante \u00e0 Paris, <strong>sa r\u00e9daction lui demande de ne pas pr\u00e9ciser de combien d\u2019ann\u00e9es l\u2019\u00e2ge l\u00e9gal de d\u00e9part \u00e0 la <a href=\"https:\/\/mrmondialisation.org\/capitalisation-fin-age-retraite\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">retraite<\/a> doit \u00eatre repouss\u00e9 en France : de 60 \u00e0 62 ans.<\/strong> Le d\u00e9tail para\u00eet anodin. Il ne l\u2019est pas. Sans ce chiffre, les t\u00e9l\u00e9spectateurs voient les manifestations, les gr\u00e8ves et les rues bloqu\u00e9es, mais ne disposent pas de l\u2019\u00e9l\u00e9ment essentiel pour comprendre ce qui mobilise les Fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9poque, en Russie, l\u2019\u00e2ge l\u00e9gal de d\u00e9part \u00e0 la retraite est encore fix\u00e9 \u00e0 55 ans pour les femmes et \u00e0 60 ans pour les hommes. Donner ce chiffre aurait donc permis aux t\u00e9l\u00e9spectateurs de comparer les deux situations et, peut-\u00eatre, de regarder autrement les revendications fran\u00e7aises.<b> En l&rsquo;omettant, le reportage pouvait r\u00e9duire une mobilisation sociale \u00e0 des images de d\u00e9sordre, <\/b>tout en \u00e9vitant une comparaison potentiellement embarrassante pour le pouvoir russe.<\/p>\n<p>L\u2019information n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9cessairement fausse : <strong>elle \u00e9tait priv\u00e9e de ce qui lui donnait son sens.<\/strong> La propagande fonctionne nonseulement en choisissant ce que l\u2019on montre, mais surtout ce que l\u2019on passe sous silence.<\/p>\n<p>Une autre fois, on lui demande de <strong>montrer des images particuli\u00e8rement violentes de manifestations afin de d\u00e9courager les t\u00e9l\u00e9spectateurs de participer<\/strong> eux-m\u00eames \u00e0 des rassemblements.<\/p>\n<p>En 2021, alors qu\u2019elle <strong>couvre une mobilisation de policiers en France,<\/strong> elle filme un policier qui lui dit, en substance :<\/p>\n<blockquote>\n<p><strong>\u00ab En Russie, vous respectez les policiers. \u00bb <\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce reportage est largement diffus\u00e9 et <strong>la r\u00e9daction se montre satisfaite.<\/strong> Pourtant, souligne Agalakova, son interlocuteur semblait ignorer \u00e0 quel point la police peut inspirer la peur en Russie.<\/p>\n<p>Ce qui importe ici n\u2019est pas seulement ce que les images montrent, mais ce qu\u2019elles permettent de raconter, et ce qu\u2019elles laissent hors champ. Un reportage peut <strong>contenir des sc\u00e8nes r\u00e9elles tout en construisant une repr\u00e9sentation trompeuse de la r\u00e9alit\u00e9.<\/strong> La propagande n\u2019exige pas toujours que l\u2019on invente les faits : elle peut s\u2019appuyer sur leur s\u00e9lection, leur hi\u00e9rarchisation et l\u2019absence de tout contrechamp.<\/p>\n<p>Ce m\u00e9canisme n\u2019est pas propre \u00e0 la Russie. En France aussi, <strong>le traitement t\u00e9l\u00e9visuel des mobilisations sociales m\u00e9rite d\u2019\u00eatre interrog\u00e9.<\/strong> Par exemple, le 18 octobre 2026, le journal de 20 heures de France 2 a diffus\u00e9 <strong>pr\u00e8s de douze minutes d\u2019images de violences<\/strong> survenues lors des manifestations de la veille, sans commentaire, rel\u00e9guant au second plan l\u2019ampleur des rassemblements pacifiques et festives. Cette s\u00e9quence <b>a provoqu\u00e9 des critiques jusque dans les rangs des journalistes de France T\u00e9l\u00e9visions.<\/b><\/p>\n<p>Le 24 octobre, les affrontements survenus en marge de nouveaux cort\u00e8ges ont, eux aussi, occup\u00e9 une place importante dans le r\u00e9cit m\u00e9diatique, <strong>alors que des manifestations se d\u00e9roulaient dans le calme dans plusieurs villes.<\/strong><\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit pas de confondre la situation fran\u00e7aise avec celle d\u2019une Russie o\u00f9 le pouvoir r\u00e9prime les voix dissidentes et verrouille l\u2019information. Mais montrer les violences sans donner \u00e0 voir la mobilisation dans son ensemble, c\u2019est risquer de transformer la couverture d\u2019un \u00e9v\u00e9nement en r\u00e9cit \u00e0 charge. La question n\u2019est donc pas seulement de<b> savoir si les images sont vraies, mais quelle r\u00e9alit\u00e9 leur accumulation finit par fabriquer.<\/b><\/p>\n<p><b>Quand devient-on propagandiste ?<\/b> Au moment o\u00f9 l\u2019on prononce consciemment un mensonge ? Ou plut\u00f4t, lorsqu\u2019on accepte de ne pas donner un chiffre, de ne montrer qu\u2019une partie d\u2019une manifestation, de ne plus poser certaines questions, tout en continuant \u00e0 se dire que l\u2019on fait correctement son travail ?<\/p>\n<div class=\"youtube-embed\" data-video_id=\"OT4yYh6AiqY\"><\/div>\n<p>Agalakova d\u00e9crit cette transformation comme un <strong>processus progessif :<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p><strong>\u00ab Quand il y a trop de compromis, on s\u2019y implique \u00bb<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle dit avoir pris la mauvaise direction en 2005 et ne pas avoir r\u00e9ussi \u00e0 partir \u00e0 ce moment-l\u00e0. Elle est <strong>finalement partie en temps de guerre.<\/strong><\/p>\n<p>Son t\u00e9moignage m\u00e9rite d\u2019\u00eatre entendu dans toute sa complexit\u00e9. Il ne s\u2019agit ni d\u2019effacer la responsabilit\u00e9 individuelle derri\u00e8re les contraintes du syst\u00e8me, ni de r\u00e9duire son parcours \u00e0 une succession de choix personnels mais bien de comprendre comment un syst\u00e8me d\u2019emprise peut se construire \u00e0 travers le travail : <b>la d\u00e9pendance \u00e0 un emploi, la peur de perdre sa place, les compromis successifs et les concessions que l\u2019on finit par justifier pour continuer \u00e0 exercer son m\u00e9tier. <\/b>Peu \u00e0 peu, le renoncement devient une habitude, jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019on ne mesure plus ce que l\u2019on a abandonn\u00e9 en chemin.<\/p>\n<h2><b>Quand les mots \u00e9dulcorent la r\u00e9alit\u00e9<\/b><\/h2>\n<p>La propagande se <strong>loge aussi dans le vocabulaire.<\/strong> Agalakova raconte que, lorsqu\u2019il \u00e9tait question de la guerre en Ukraine, il fallait parler de \u00ab r\u00e9unification \u00bb plut\u00f4t que d\u2019annexion. Le mot \u00ab explosion \u00bb ne pouvait pas \u00eatre prononc\u00e9 : il fallait lui pr\u00e9f\u00e9rer le terme russe <i>\u0445\u043b\u043e\u043f\u043e\u043a<\/i>, qui peut \u00e9voquer un claquement ou un bruit sourd selon le contexte. Une baisse de la production devenait, quant \u00e0 elle, une \u00ab croissance n\u00e9gative \u00bb.<\/p>\n<p>Ces expressions montrent <strong>comment les mots peuvent att\u00e9nuer une violence ou rendre acceptable une r\u00e9alit\u00e9<\/strong> qui, formul\u00e9e autrement, soul\u00e8verait des questions. Le langage journalistique cesse alors de d\u00e9crire le monde pour contribuer \u00e0 le rendre conforme au r\u00e9cit officiel.<\/p>\n<p>Le plus frappant, c\u2019est que ce m\u00e9canisme peut devenir presque ordinaire. <strong>Les consignes, les habitudes et la connaissance de ce qui est attendu suffisent parfois.<\/strong> Le journaliste apprend les limites, les anticipe, puis finit par les int\u00e9grer \u00e0 son travail.<\/p>\n<p>C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui rend le t\u00e9moignage d\u2019Agalakova important : elle d\u00e9crit moins un basculement soudain qu\u2019une s\u00e9rie de concessions, dont <strong>elle ne mesure pleinement le sens qu\u2019apr\u00e8s coup.<\/strong><\/p>\n<h2><b>Sa fille comme miroir<\/b><\/h2>\n<p>Dans le film, <strong>la prise de conscience de la journaliste se joue aussi au sein de sa famille.<\/strong> Sa fille, Alica, a grandi dans un environnement multiculturel et ne partage pas le m\u00eame rapport \u00e0 la Russie ni la m\u00eame adh\u00e9sion au r\u00e9cit patriotique que sa m\u00e8re voudrait lui transmettre. Elle regarde le travail de celle-ci avec une distance qu\u2019Agalakova n\u2019est plus capable de maintenir.<\/p>\n<p>\u00c0 seulement treize ans, <strong>sa fille lui pose une question directe : <\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p><strong>\u00ab Est-ce que tu fais de la propagande ? \u00bb<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Agalakova d\u00e9crit sa fille comme <em>\u00ab d\u00e9finitivement plus libre \u00bb<\/em>, n\u00e9e dans un autre monde. Elle explique que celle-ci lui a tendu un<em> \u00ab miroir impitoyable \u00bb<\/em>, sans rancune, <strong>en cherchant la v\u00e9rit\u00e9 et en poussant sa m\u00e8re \u00e0 regarder la sienne.<\/strong><\/p>\n<p>La sc\u00e8ne est centrale parce qu\u2019<strong>elle renverse les r\u00f4les.<\/strong> La journaliste, qui a longtemps interpr\u00e9t\u00e9 et racont\u00e9 le monde, se retrouve interrog\u00e9e par une adolescente qui <strong>ne reconna\u00eet pas dans son travail le journalisme que sa m\u00e8re pense exercer.<\/strong> Le doute ne vient pas seulement de l\u2019ext\u00e9rieur du syst\u00e8me m\u00e9diatique : il surgit dans l\u2019intimit\u00e9, l\u00e0 o\u00f9 les justifications professionnelles ne suffisent plus.<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce qui permet de <strong>reconna\u00eetre la propagande lorsque la personne qui la produit ne la voit plus ?<\/strong> Une autre g\u00e9n\u00e9ration ? Une \u00e9ducation diff\u00e9rente ? La distance avec le r\u00e9cit sovi\u00e9tique ? Le fait de ne pas avoir \u00e0 prot\u00e9ger une carri\u00e8re dans le m\u00eame univers professionnel ?<\/p>\n<p>Le film ne propose <strong>pas de r\u00e9ponse simple.<\/strong> Il montre plut\u00f4t comment le regard de sa fille rend visible une contradiction qu\u2019Agalakova pouvait jusque-l\u00e0 tenir \u00e0 distance.<\/p>\n<h2><em><b>\u00ab Abandonner est aussi une faute \u00bb<\/b><\/em><\/h2>\n<p>Le documentaire prend alors la forme d\u2019un <strong>examen de conscience.<\/strong> Agalakova ne se pr\u00e9sente pas comme une journaliste simplement tromp\u00e9e par un syst\u00e8me ext\u00e9rieur \u00e0 elle. Elle s\u2019interroge sur <strong>sa propre participation et sur les raisons pour lesquelles elle a accept\u00e9 de rester aussi longtemps.<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab Je pensais que lorsque ma fille aurait fini l\u2019\u00e9cole,<strong> je d\u00e9missionnerais \u00bb,<\/strong> confie-t-elle. La rupture n\u2019\u00e9tait donc pas totalement impensable avant 2022, mais en attendant,<strong> il fallait continuer.<\/strong><\/p>\n<p>Combien de temps faut-il pour <strong>reconna\u00eetre qu\u2019un syst\u00e8me est devenu<\/strong><b> inacceptable avant de trouver la force d\u2019en sortir ? <\/b>Combien de fois se dit-on que l\u2019on partira plus tard, quand les circonstances seront plus favorables, quand les responsabilit\u00e9s familiales seront moins lourdes, quand le risque para\u00eetra moins grand ?<\/p>\n<p>Agalakova formule sa culpabilit\u00e9 en des <strong>termes tr\u00e8s forts : <\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p><strong>\u00ab Chaque citoyen russe est coupable \u00e0 sa mani\u00e8re. Abandonner est aussi une faute. \u00bb<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il serait facile d\u2019en faire une condamnation g\u00e9n\u00e9rale de toute une population, mais ce serait <strong>passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la tension qui traverse son t\u00e9moignage.<\/strong> La responsabilit\u00e9 n\u2019est pas la m\u00eame pour tout le monde, pas plus que les risques encourus. Un journaliste install\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tranger ne se trouve pas dans la m\u00eame situation qu\u2019une personne qui vit en Russie, dont les proches y vivent aussi et qui sait qu\u2019une prise de parole peut avoir des cons\u00e9quences judiciaires.<\/p>\n<p>Mais Agalakova refuse pour autant de se r\u00e9fugier enti\u00e8rement derri\u00e8re la peur ou les contraintes du syst\u00e8me. Son film cherche \u00e0<b> faire comprendre les compromis qu\u2019elle a accept\u00e9s, sans faire dispara\u00eetre la question de sa propre responsabilit\u00e9.<\/b><\/p>\n<div class=\"youtube-embed\" data-video_id=\"Kp-YfW6RS4Y\"><\/div>\n<h2><b>Pourquoi faut-il partir pour parler ?<\/b><\/h2>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019invasion \u00e0 grande \u00e9chelle de l\u2019Ukraine, en f\u00e9vrier 2022, Agalakova d\u00e9missionne de Channel One. Elle se trouve alors \u00e0 Paris, o\u00f9 elle travaille comme correspondante. Elle sait qu\u2019elle ne pourrait probablement pas parler de la m\u00eame mani\u00e8re si elle \u00e9tait \u00e0 Moscou. Aujourd\u2019hui, elle le dit sans d\u00e9tour : elle ne peut plus retourner en Russie. Pour elle :<\/p>\n<blockquote>\n<p><strong>\u00ab La peur est le mot d\u2019ordre \u00bb<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette peur ne rel\u00e8ve pas seulement du ressenti individuel. Les m\u00e9canismes de r\u00e9pression sont document\u00e9s. En mars 2022,<b> les autorit\u00e9s russes ont adopt\u00e9 des dispositions p\u00e9nalisant la diffusion d\u2019informations sur l\u2019arm\u00e9e <\/b>consid\u00e9r\u00e9es comme fausses et la \u00ab discr\u00e9ditation \u00bb des forces arm\u00e9es. Ces lois ont servi \u00e0 poursuivre des journalistes et des personnes oppos\u00e9es \u00e0 la guerre. Le <em>Committee to Protect Journalists<\/em> a \u00e9galement <strong>document\u00e9 les emprisonnements, les condamnations et les poursuites<\/strong> par contumace visant des journalistes russes exil\u00e9s. <a href=\"https:\/\/cpj.org\/2026\/02\/russias-repression-record\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">CPJ, <i>Russia\u2019s repression record<\/i>, f\u00e9vrier 2026<\/a>.<\/p>\n<p>Le r\u00e9gime ne se maintient<b> pas seulement par l\u2019adh\u00e9sion au r\u00e9cit officiel, mais aussi aussi par le co\u00fbt de la dissidence :<\/b> le risque d\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9, de perdre son emploi, d\u2019exposer ses proches, de voir ses publications interdites ou de ne plus pouvoir exercer son m\u00e9tier.<strong> Le silence peut alors devenir une strat\u00e9gie de survie,<\/strong> m\u00eame chez des personnes qui ne croient plus au discours qu\u2019on leur demande de r\u00e9p\u00e9ter.<\/p>\n<p>Pour autant, <strong>l<\/strong><b>es Russes ne sont pas d\u00e9pourvus de capacit\u00e9 de r\u00e9sistance.<\/b> Des journalistes continuent de documenter les faits depuis l\u2019int\u00e9rieur du pays ; d\u2019autres poursuivent leur travail en exil, parfois au prix de poursuites judiciaires et de pressions exerc\u00e9es sur leurs proches. Des citoyens manifestent, enqu\u00eatent, publient, refusent de relayer la version officielle ou choisissent des formes de r\u00e9sistance moins visibles. La peur p\u00e8se sur ces actes, mais <strong>elle ne les efface pas.<\/strong><\/p>\n<p>La question devient alors : pourquoi certaines des prises de parole les plus libres ne deviennent-elles<strong> possibles qu\u2019une fois hors de Russie ?<\/strong> Et que perd-on lorsqu\u2019on doit quitter son pays pour retrouver la possibilit\u00e9 de parler ?<\/p>\n<p>L\u2019exil ne r\u00e9sout pas tout. Agalakova \u00e9voque <b>les difficult\u00e9s \u00e0 ouvrir un compte bancaire, \u00e0 trouver un travail, \u00e0 apprendre une nouvelle langue et \u00e0 reconstruire une vie ailleurs<\/b>. La guerre a boulevers\u00e9 l\u2019existence de nombreux Russes, y compris de celles et ceux qui la rejettent. Elle mentionne aussi des suicides parmi des journalistes russes en exil. Le prix de la rupture peut \u00eatre intime, mat\u00e9riel et social, bien au-del\u00e0 de la possibilit\u00e9 de s\u2019exprimer publiquement.<\/p>\n<p>Le film n\u2019est donc pas seulement l\u2019histoire d\u2019une journaliste qui quitte un m\u00e9dia d\u2019\u00c9tat pour devenir une opposante. Il <strong>raconte aussi l\u2019arrachement \u00e0 un pays auquel elle reste attach\u00e9e et la difficult\u00e9 de transmettre<\/strong> cet attachement \u00e0 sa fille sans lui transmettre en m\u00eame temps les r\u00e9cits qui ont fa\u00e7onn\u00e9 sa propre vision du monde.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me d\u2019Agalakova n\u2019est pas simplement qu\u2019elle cesse d\u2019aimer la Russie. C\u2019est peut-\u00eatre <b>pr\u00e9cis\u00e9ment qu\u2019elle l\u2019aime toujours, mais qu\u2019elle ne peut plus confondre cet amour avec l\u2019obligation d\u2019adh\u00e9rer au r\u00e9cit du pouvoir. <\/b>\u00c0 travers les images du film, on mesure combien elle reste attach\u00e9e \u00e0 ses racines et combien elle souhaite transmettre cet h\u00e9ritage familial \u00e0 sa fille, qui grandit entre l\u2019Europe occidentale et les \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<div class=\"youtube-embed\" data-video_id=\"\"><\/div>\n<h2><b>La libert\u00e9 de la presse, aussi une question fran\u00e7aise<\/b><\/h2>\n<p>La question de la libert\u00e9 de parole se pose aussi en France, m\u00eame dans un contexte tr\u00e8s diff\u00e9rent de celui que d\u00e9crit Agalakova. Apr\u00e8s les violences du 17 octobre, Gabriel Attal a \u00e9voqu\u00e9 la possibilit\u00e9 de <strong>bloquer temporairement certaines plateformes num\u00e9riques pour pr\u00e9venir de nouvelles \u00e9meutes.<\/strong> La lutte contre les appels \u00e0 la violence est une question r\u00e9elle. Mais d\u00e8s lors que l\u2019on envisage de couper l\u2019acc\u00e8s \u00e0 des espaces o\u00f9 circulent aussi des informations, des t\u00e9moignages et des appels \u00e0 manifester, une autre question se pose : comment emp\u00eacher les violences sans restreindre plus largement la possibilit\u00e9 de s\u2019informer et de s\u2019exprimer ?<\/p>\n<p>Les \u00e9v\u00e9nements r\u00e9cents rappellent aussi que <strong>la parole en ligne peut rapidement devenir une question judiciaire.<\/strong> Fin octobre, une influenceuse a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9e en garde \u00e0 vue \u00e0 propos de publications li\u00e9es aux mobilisations en cours. Les faits qui lui sont reproch\u00e9s doivent \u00eatre examin\u00e9s : une proc\u00e9dure judiciaire ne suffit pas \u00e0 d\u00e9montrer une atteinte \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression. Mais ces affaires posent une question essentielle dans toute d\u00e9mocratie : comment distinguer les appels \u00e0 commettre des violences de la parole politique, m\u00eame provocatrice, et garantir que la r\u00e9ponse judiciaire reste proportionn\u00e9e ?<\/p>\n<p>La libert\u00e9 d\u2019informer ne se joue pas uniquement dans les r\u00e9dactions ou dans les lois. Elle se joue aussi sur le terrain. En France, <em>Reporters sans fronti\u00e8res<\/em> a recens\u00e9 au moins<b> douze journalistes agress\u00e9s ou intimid\u00e9s alors qu\u2019ils couvraient les mobilisations \u00e9tudiantes et lyc\u00e9ennes depuis la fin septembre.<\/b> Les faits signal\u00e9s impliquaient aussi bien des membres des forces de l\u2019ordre que des manifestants ou des tiers.<\/p>\n<p>Ces violences ne sont \u00e9videmment <strong>pas comparables \u00e0 l\u2019emprisonnement ou \u00e0 l\u2019exil de journalistes en Russie.<\/strong> Elles rappellent n\u00e9anmoins qu\u2019informer suppose de pouvoir observer, filmer et t\u00e9moigner sans \u00eatre menac\u00e9 ni emp\u00each\u00e9 de travailler.<\/p>\n<p>Le 24 octobre, des journalistes de Mediapart ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 agress\u00e9s et expuls\u00e9s alors qu\u2019ils couvraient le congr\u00e8s du Rassemblement national \u00e0 Orl\u00e9ans. Cet \u00e9pisode rappelle une exigence \u00e9l\u00e9mentaire : <strong>aucun parti ne devrait pouvoir choisir \u00e0 sa convenance ce que les journalistes ont le droit d\u2019observer ou de documenter.<\/strong> Une presse libre ne garantit pas que chaque reportage soit juste ou irr\u00e9prochable ; elle garantit que le travail journalistique puisse s\u2019exercer sans intimidation.<\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit pas de mettre ces \u00e9v\u00e9nements sur le m\u00eame plan que la r\u00e9pression organis\u00e9e en Russie. Mais les examiner permet de rappeler que <strong>la libert\u00e9 de la presse ne va jamais de soi.<\/strong> Elle suppose une vigilance constante, y compris lorsque les restrictions ou les pressions sont pr\u00e9sent\u00e9es comme n\u00e9cessaires.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=jQedYVYCAz4\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=jQedYVYCAz4<\/a><\/p>\n<h2><b>Le 2 novembre, au-del\u00e0 des journalistes tu\u00e9s<\/b><\/h2>\n<p>Le 2 novembre, l\u2019ONU marque la Journ\u00e9e internationale de la fin de l\u2019impunit\u00e9 pour les crimes commis contre les journalistes. Selon l\u2019UNESCO, plus de 1 800 journalistes ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s dans le monde entre 2006 et 2025, et pr\u00e8s de neuf cas sur dix restent sans r\u00e9solution judiciaire. <a href=\"https:\/\/www.unesco.org\/en\/days\/end-impunity\">UNESCO, Journ\u00e9e internationale de la fin de l\u2019impunit\u00e9<\/a>.<\/p>\n<p>Les assassinats sont la forme la plus extr\u00eame de la violence contre la presse. <b>Mais le silence peut aussi \u00eatre obtenu autrement : par les menaces, les poursuites, la censure, la surveillance, l\u2019intimidation ou la pr\u00e9carisation de celles et ceux qui cherchent \u00e0 informer.<\/b> Il peut \u00e9galement se construire de l\u2019int\u00e9rieur, lorsque les professionnels finissent par anticiper les interdits et ajuster eux-m\u00eames leur travail \u00e0 ce qu\u2019ils savent pouvoir \u00eatre diffus\u00e9.<\/p>\n<p>Le parcours d\u2019Agalakova oblige \u00e0 regarder ce m\u00e9canisme <strong>avant son point de rupture.<\/strong> Il invite \u00e0 se demander ce qui rend possible le conformisme, comment on apprend \u00e0 accepter des limites toujours plus \u00e9troites et ce qui permet enfin de les remettre en cause.<\/p>\n<p>En 2022, la parole d\u2019Agalakova depuis Paris pouvait \u00eatre entendue comme celle d\u2019une journaliste qui retrouvait sa libert\u00e9 apr\u00e8s avoir rompu avec la t\u00e9l\u00e9vision d\u2019\u00c9tat. Quatre ans plus tard,<b> son histoire invite aussi \u00e0 examiner nos propres r\u00e9flexes : ce que nous consid\u00e9rons comme dicible, les voix que nous jugeons l\u00e9gitimes, les restrictions que nous finissons par trouver normales parce qu\u2019elles se pr\u00e9sentent comme n\u00e9cessaires.<\/b><\/p>\n<p>Agalakova ne pr\u00e9tend pas \u00eatre sortie indemne de son parcours. Elle ne se pr\u00e9sente pas non plus comme une h\u00e9ro\u00efne qui aurait toujours su quoi faire. Son t\u00e9moignage a une autre force : il montre qu\u2019<strong>on peut participer longtemps \u00e0 un syst\u00e8me, s\u2019y habituer, en d\u00e9fendre certains r\u00e9cits et, un jour, commencer \u00e0 les regarder autrement.<\/strong><\/p>\n<p>Le parcours de Zhanna Agalakova rappelle qu\u2019un syst\u00e8me ne tient pas seulement par ceux qui le dirigent, mais aussi par tous ceux qu\u2019il parvient \u00e0 faire taire, \u00e0 convaincre ou \u00e0 enr\u00f4ler. Jusqu\u2019au jour o\u00f9<b> continuer \u00e0 se taire devient plus difficile que de tout perdre en parlant.<\/b><\/p>\n<p>Entre janvier 2016 et octobre 2026 seulement, l\u2019Observatoire de l\u2019UNESCO a recens\u00e9 <strong>830 journalistes et professionnels des m\u00e9dias tu\u00e9s dans 74 pays.<\/strong> Le Mexique arrive en t\u00eate avec 121 morts, devant la Palestine (86), l\u2019Afghanistan (61) et le Pakistan (46). La Syrie, le Y\u00e9men, l\u2019Inde et l\u2019Ukraine figurent \u00e9galement parmi les pays les plus meurtriers pour la profession.<b><\/b><\/p>\n<p>Ces chiffres rappellent que le danger ne se limite pas aux zones de guerre : au Mexique, pays qui ne conna\u00eet pas de conflit arm\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9, <b>les journalistes paient aussi un lourd tribut \u00e0 leurs enqu\u00eates sur la corruption, les r\u00e9seaux criminels et les pouvoirs locaux.\u00a0<\/b><\/p>\n<p>Derri\u00e8re les chiffres, il y a des noms, des visages, des vies interrompues. Des journalistes assassin\u00e9s pour leurs enqu\u00eates, <strong>tu\u00e9s alors qu\u2019ils couvraient une guerre ou r\u00e9duits au silence parce qu\u2019ils d\u00e9rangeaient.<\/strong><\/p>\n<p>Nous rendons hommage \u00e0 Daphne Caruana Galizia, Gauri Lankesh, Javier Valdez, Miroslava Breach, Jamal Khashoggi, Shujaat Bukhari, Lyra McKee, Peter R. de Vries, Shireen Abu Akleh, Maks Levin, Viktoria Roshchyna, Anas al-Sharif, Hossam Shabat, <strong>et \u00e0 toutes celles et ceux dont les noms ne sont pas cit\u00e9s ici.<\/strong><\/p>\n<p>Nous n\u2019oublions pas non plus Anna Politkovska\u00efa, assassin\u00e9e \u00e0 Moscou le 7 octobre 2006, <strong>dont le travail continue de rappeler ce que signifie informer lorsque le pouvoir veut imposer le silence.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left\">\u00c0 toutes et tous, hommage. Et \u00e0 celles et ceux qui <b>continuent d\u2019informer malgr\u00e9 les menaces, la prison, l\u2019exil et la peur : notre solidarit\u00e9.<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: right\" align=\"left\"><span style=\"color: #555555\"><span style=\"font-size: medium\">\u2013 <strong><em>Mr Mondialisation<\/em><\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p align=\"left\">Photo de couverture : Zhanna Agalakova, 14 octobre 2021 \/<a href=\"https:\/\/upload.wikimedia.org\/wikipedia\/commons\/0\/01\/Zhanna_Agalakova_14_October_2021.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"> WikimediaCommons<\/a><\/p>\n<p>The post <a href=\"https:\/\/mrmondialisation.org\/doute-fissure-propagande-parcours-zhanna-agalakova-journaliste-russe\/\">Quand le doute fissure la propagande : le parcours de Zhanna Agalakova, journaliste russe<\/a> first appeared on <a href=\"https:\/\/mrmondialisation.org\">Mr Mondialisation<\/a>.<\/p>\n<p class=\"verinews-source\">Source : <a href=\"https:\/\/mrmondialisation.org\/doute-fissure-propagande-parcours-zhanna-agalakova-journaliste-russe\/\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">Lire l\u2019article original<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le lundi 2 novembre 2026 avait lieu la Journ\u00e9e internationale de la fin de l&#8217;impunit\u00e9 pour les crimes commis contre les journalistes. 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