{"id":3701,"date":"2025-03-03T14:24:47","date_gmt":"2025-03-03T13:24:47","guid":{"rendered":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/2025\/03\/03\/le-genie-greco-romain-de-la-renaissance\/"},"modified":"2025-03-03T14:24:47","modified_gmt":"2025-03-03T13:24:47","slug":"le-genie-greco-romain-de-la-renaissance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/2025\/03\/03\/le-genie-greco-romain-de-la-renaissance\/","title":{"rendered":"Le g\u00e9nie gr\u00e9co-romain de la Renaissance"},"content":{"rendered":"<p> <br \/>\n<\/p>\n<div>\n<p>par <strong>Laurent Guy\u00e9not<\/strong><\/p>\n<p><strong>Sommes-nous grecs ou sommes-nous juifs ? 1\u00e8re Partie<\/strong><\/p>\n<p>En histoire, tout est question de point de vue. Le point de vue le plus accessible est toujours celui du vainqueur, qui a \u00e9crit l\u2019histoire (\u00abl\u2019histoire sera tendre avec moi ; je vais l\u2019\u00e9crire moi-m\u00eame\u00bb, aurait dit Churchill). Il faut se donner du mal pour reconstituer le point de vue du vaincu, qui n\u2019est pas forc\u00e9ment plus objectif, mais qui permet d\u2019avoir une vue d\u2019ensemble et de tendre vers l\u2019objectivit\u00e9.<\/p>\n<p>En ce qui concerne l\u2019histoire de notre civilisation europ\u00e9enne, deux grandes perspectives se font face. Si je regarde la civilisation europ\u00e9enne de l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019\u00c9glise, je la verrai comme fondamentalement chr\u00e9tienne. Je verrai la foi catholique comme l\u2019\u00e2me de notre civilisation. Je consid\u00e9rerai que celle-ci est n\u00e9e avec l\u2019\u00c9glise et que, par cons\u00e9quent, elle mourra avec elle. Je d\u00e9signerai le Moyen \u00c2ge classique comme l\u2019\u00e2ge d\u2019or de notre civilisation, parce que c\u2019est la p\u00e9riode de la plus grande influence de l\u2019\u00c9glise, la p\u00e9riode o\u00f9 toutes les couches de la soci\u00e9t\u00e9 semblent soumises \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 du pape, qui n\u2019a qu\u2019\u00e0 claquer des doigts pour envoyer la classe militaire d\u00e9livrer le tombeau du Christ.<\/p>\n<p>Dans cette perspective, je verrai la Renaissance comme le d\u00e9but de la d\u00e9christianisation, et donc comme un processus destructeur. C\u2019est ainsi que Monseigneur Henri Delassus \u00e9crit dans <em>La Conjuration antichr\u00e9tienne<\/em> (1910) :<\/p>\n<p>\u00ab<em>tout le mouvement imprim\u00e9 \u00e0 la chr\u00e9tient\u00e9 par la Renaissance, la R\u00e9forme et la R\u00e9volution est un effort satanique pour arracher l\u2019homme \u00e0 l\u2019ordre surnaturel \u00e9tabli par Dieu \u00e0 l\u2019origine et restaur\u00e9 par Notre-Seigneur J\u00e9sus-Christ au milieu des temps, et le confiner dans le naturalisme<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p>Cette perspective \u2013 suffisamment caricaturale par elle-m\u00eame \u2013 est biais\u00e9e. Elle d\u00e9forme la Renaissance, ainsi que l\u2019h\u00e9ritage antique dont celle-ci se r\u00e9clame. Voici comment Delassus caract\u00e9rise cet h\u00e9ritage :<\/p>\n<p>\u00ab<em>Le paganisme, poussant le genre humain sur la pente o\u00f9 le p\u00e9ch\u00e9 originel l\u2019avait engag\u00e9, disait \u00e0 l\u2019homme qu\u2019il est sur la terre pour jouir de la vie et des biens que ce monde lui offre. Le pa\u00efen n\u2019ambitionnait, ne recherchait rien au-del\u00e0 ; et la soci\u00e9t\u00e9 pa\u00efenne \u00e9tait constitu\u00e9e pour procurer ces biens aussi abondants et ces plaisirs aussi raffin\u00e9s ou aussi grossiers qu\u2019ils peuvent l\u2019\u00eatre, \u00e0 ceux qui \u00e9taient en situation d\u2019y pr\u00e9tendre<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p>Il y a ici plusieurs malentendus \u2013 et preuves de mauvaise foi. Tout d\u2019abord, ce n\u2019est pas le \u00abpaganisme\u00bb que la Renaissance red\u00e9couvre. Le mot \u00abpa\u00efen\u00bb a originellement la m\u00eame signification que \u00abpaysan\u00bb ; c\u2019est une insulte utilis\u00e9e par l\u2019\u00c9glise contre ses ennemis. Aucun artiste ou intellectuel de la Renaissance ne s\u2019est jamais d\u00e9clar\u00e9 pa\u00efen.<\/p>\n<p>Et si l\u2019on entend par \u00abpaganisme\u00bb le polyth\u00e9isme, ce n\u2019est pas non plus \u00e0 ce niveau que se situe le g\u00e9nie gr\u00e9co-romain que la Renaissance a remis en valeur : il se situe au niveau du logos, de la pens\u00e9e, de la philosophie, laquelle, dans le vocabulaire de l\u2019Antiquit\u00e9, englobe tout le savoir et se d\u00e9marque des cultes religieux. Il suffit de rappeler que Socrate fut condamn\u00e9 \u00e0 mort pour son m\u00e9pris envers les dieux de la cit\u00e9.<\/p>\n<p>Enfin, cette philosophie n\u2019est aucunement mat\u00e9rialiste, et encore moins ath\u00e9e. Elle v\u00e9hicule simplement une conception du monde, de l\u2019homme et de Dieu \u00e9trang\u00e8re \u00e0 la tradition jud\u00e9o-chr\u00e9tienne \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire \u00e9trang\u00e8re \u00e0 l\u2019influence \u00e9trang\u00e8re, autrement dit, bien de chez nous.<\/p>\n<p>La perspective diff\u00e9rente que je vais pr\u00e9senter ici s\u2019accorde sur deux points avec la perspective chr\u00e9tienne. Premi\u00e8rement, la Renaissance est bien une rupture profonde avec l\u2019ordre m\u00e9di\u00e9val ; c\u2019est presque la naissance d\u2019une nouvelle civilisation. Deuxi\u00e8mement, cette rupture est une continuit\u00e9 renou\u00e9e avec l\u2019h\u00e9ritage gr\u00e9co-romain ; c\u2019est le retour du miracle grec. L\u00e0 o\u00f9 ma perspective diff\u00e8re, c\u2019est sur la valeur sup\u00e9rieure que j\u2019accorde \u00e0 ce mouvement civilisationnel. J\u2019esp\u00e8re r\u00e9ussir \u00e0 vous d\u00e9montrer, par cet article, que les plus grandes r\u00e9alisations de la civilisation europ\u00e9enne sont n\u00e9es de la Renaissance, et qu\u2019on ne peut donc admirer et aimer la civilisation europ\u00e9enne sans s\u2019\u00e9merveiller du g\u00e9nial jaillissement de la Renaissance. Dans une seconde partie \u00e0 para\u00eetre, j\u2019essaierai de vous d\u00e9montrer que, contrairement \u00e0 ce que pr\u00e9tend le narratif chr\u00e9tien, et n\u2019en d\u00e9plaise aux rationalistes ath\u00e9es, Dieu et sa Providence (un concept emprunt\u00e9 aux sto\u00efciens, tout comme le Logos) sont pleinement pr\u00e9sents dans la haute culture gr\u00e9co-romaine, qui n\u2019a \u00e0 voir ni avec le \u00abpaganisme\u00bb ni avec le \u00abnaturalisme\u00bb entendu au sens de mat\u00e9rialisme.<\/p>\n<p>Cette perspective peut para\u00eetre provocatrice, mais elle n\u2019est pas nouvelle. Quand je dis en substance que la civilisation europ\u00e9enne \u00e9clot \u00e0 la Renaissance en puisant \u00e0 la source de l\u2019Antiquit\u00e9 gr\u00e9co-romaine, je ne fais que reprendre la vision des hommes de la Renaissance eux-m\u00eames.<\/p>\n<p>Valoriser la Renaissance ne signifie pas d\u00e9fendre en bloc \u00ables trois grands R\u00bb (Renaissance, R\u00e9forme, R\u00e9volution) que Delassus condamne et que Pierre Hillard, dans son sillage, d\u00e9signe comme les bulldozers d\u00e9truisant le monde issu de la R\u00e9v\u00e9lation. On verra que la R\u00e9forme protestante, et la Contre-R\u00e9forme catholique qui lui r\u00e9pond, ont toutes deux enray\u00e9 la dynamique de la Renaissance, au point qu\u2019ensemble elles constituent une contre-Renaissance. Quant \u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise, elle est tr\u00e8s clairement le contre-coup \u00e0 retardement de la R\u00e9vocation de l\u2019\u00c9dit de Nantes (1685), c\u2019est-\u00e0-dire de la restauration de l\u2019absolutisme catholique. Mais elle n\u2019est pas pour autant une re-Renaissance.<\/p>\n<p>Ces questions sont-elles importantes ? Oui, elles sont d\u2019une importance capitale pour qui aime notre civilisation et s\u2019inqui\u00e8te de son avenir. Car pour se former une vision r\u00e9aliste de l\u2019avenir possible de notre civilisation, il s\u2019agit d\u2019abord de bien comprendre ses deux racines essentielles. Si nous consid\u00e9rons que le christianisme est l\u2019\u00e2me de l\u2019Occident, et le Moyen \u00c2ge classique son \u00e2ge d\u2019or, alors nous n\u2019avons plus qu\u2019\u00e0 c\u00e9der au d\u00e9sespoir, \u00e0 moins de croire aux miracles eschatologiques. Reconna\u00eetre au contraire que le g\u00e9nie europ\u00e9en est la continuation du g\u00e9nie gr\u00e9co-romain, r\u00e9veill\u00e9 de son sommeil m\u00e9di\u00e9val \u00e0 la Renaissance, c\u2019est voir la lumi\u00e8re au bout du tunnel.<\/p>\n<p>La d\u00e9christianisation est irr\u00e9versible, mais elle ne signifie pas la mort de notre civilisation, parce que le christianisme n\u2019est pas la seule racine de notre civilisation. Elle n\u2019en est m\u00eame pas la racine principale. Elle a nourri notre civilisation pour un temps, mais ne l\u2019a pas fond\u00e9e : nous sommes toujours les h\u00e9ritiers d\u2019Ath\u00e8nes et de Rome, bien plus que de J\u00e9rusalem et du Vatican. Nous sommes gr\u00e9co-romains plus que jud\u00e9o-chr\u00e9tiens.<\/p>\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Pr\u00e9cision sur le Moyen \u00c2ge<\/strong><\/h5>\n<p>Ce sont les hommes de la Renaissance qui ont invent\u00e9 la cat\u00e9gorie du \u00abMoyen \u00c2ge\u00bb pour d\u00e9signer ce qu\u2019ils percevaient comme une longue \u00e9clipse de la pens\u00e9e et du savoir gr\u00e9co-romains. La pertinence de cette cat\u00e9gorie est aujourd\u2019hui d\u00e9battue. Pour la p\u00e9riode qui va du IVe au VIIIe si\u00e8cle, on parle maintenant de l\u2019\u00abAntiquit\u00e9 tardive\u00bb ; elle se caract\u00e9rise par la d\u00e9cadence des institutions et de la culture, et la conqu\u00eate des esprits par le christianisme -conqu\u00eate de bas en haut, en commen\u00e7ant par les femmes et en finissant par les empereurs. Il faut attendre la fin du Xe si\u00e8cle pour voir appara\u00eetre l\u2019art roman, soit ce qui nous reste de plus ancien de la civilisation m\u00e9di\u00e9vale. Comme son nom l\u2019indique, l\u2019art roman est un prolongement de l\u2019art romain, et les chroniques du d\u00e9but du XIe si\u00e8cle montrent que les Europ\u00e9ens de ce temps-l\u00e0 croyaient vivre encore \u00abdans le monde romain\u00bb (<em>in Romano orbe<\/em>).<\/p>\n<p>Au milieu du XIe si\u00e8cle commence le Moyen \u00c2ge classique. C\u2019est ind\u00e9niablement l\u2019\u00e2ge d\u2019une certaine h\u00e9g\u00e9monie culturelle de l\u2019\u00c9glise romaine. Mais n\u2019exag\u00e9rons rien. Parce que l\u2019\u00c9glise poss\u00e8de \u00e0 cette \u00e9poque un quasi-monopole sur l\u2019\u00e9criture, l\u2019historien, d\u00e9pendant des sources \u00e9crites, tend \u00e0 confondre la culture m\u00e9di\u00e9vale avec la culture cl\u00e9ricale, en oubliant que les hommes d\u2019\u00c9glise ne repr\u00e9sentent qu\u2019environ un pour-cent de la population europ\u00e9enne, et que le reste des hommes ne comprend pas le latin mais n\u2019en pense pas moins.<\/p>\n<p>Gardons-nous donc d\u2019attribuer tout le g\u00e9nie de cette p\u00e9riode au christianisme. Consid\u00e9rons l\u2019exemple embl\u00e9matique des cath\u00e9drales gothiques. Elles sont catholiques parce que le culte qui y est rendu est catholique. Mais qui les a construites ? Les \u00e9v\u00eaques \u00e9taient g\u00e9n\u00e9ralement les donneurs d\u2019ordre et les principaux leveurs de fonds, mais ils ne sont pour rien dans les prouesses techniques et esth\u00e9tiques de ces chefs-d\u2019\u0153uvre architecturaux. Les architectes et les b\u00e2tisseurs de cath\u00e9drales \u00e9taient des artisans organis\u00e9s en corporations ind\u00e9pendantes de l\u2019\u00c9glise. Il se trouve que les plus repr\u00e9sentatives de ces confr\u00e9ries \u00e9taient celles des \u00abfrancs ma\u00e7ons\u00bb, qui se d\u00e9signaient ainsi parce qu\u2019ils \u00e9taient libres de choisir leurs employeurs et de se d\u00e9placer dans toute l\u2019Europe. Ces b\u00e2tisseurs aimaient \u00e0 revendiquer un savoir secret remontant \u00e0 l\u2019Antiquit\u00e9, et ne se privaient pas de d\u00e9corer leurs cath\u00e9drales de motifs et de symboles assez peu catholiques. Il est assez ironique que la franc-ma\u00e7onnerie soit devenue, aux yeux d\u2019auteurs comme Henri Delassus, le plus grand ennemi de l\u2019\u00c9glise. Il n\u2019y a pas, bien entendu, identit\u00e9 entre la franc-ma\u00e7onnerie apparue au XVIIIe si\u00e8cle les confr\u00e9ries m\u00e9di\u00e9vales, mais la filiation est av\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p>Je ne veux pas tirer de cette remarque des conclusions abusives, ni contester au Moyen \u00c2ge son g\u00e9nie architectural. Je veux simplement attirer l\u2019attention sur l\u2019erreur logique consistant \u00e0 mettre au cr\u00e9dit du \u00abchristianisme\u00bb ou de \u00abl\u2019\u00c9glise\u00bb tout ce qui incarne \u00e0 nos yeux la \u00abchr\u00e9tient\u00e9\u00bb. Le lien de cause \u00e0 effet que l\u2019on postule commun\u00e9ment entre l\u2019\u00c9glise catholique et la civilisation europ\u00e9enne est en partie imaginaire.<\/p>\n<p>La question, au fond, est de savoir si c\u2019est le christianisme qui a fait la grandeur de l\u2019Europe, ou si c\u2019est au contraire l\u2019Europe qui, pour un temps, a fait la grandeur du christianisme. Pour r\u00e9pondre \u00e0 cette question, il suffit de regarder ce que le christianisme a donn\u00e9 chez les peuples non- Europ\u00e9ens (et je compte les Byzantins pour des Grecs, donc des Europ\u00e9ens).<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas inutile de rappeler que le terme \u00abgothique\u00bb (<em>gotico<\/em>) appliqu\u00e9 \u00e0 l\u2019architecture appara\u00eet \u00e0 la Renaissance, avec une connotation p\u00e9jorative de la part des artistes et architectes italiens, qui voient dans le gothique flamboyant du bas Moyen \u00c2ge un mani\u00e9risme d\u00e9cadent et barbare, et pr\u00e9f\u00e8rent revenir aux canons gr\u00e9co-romains. Ils red\u00e9couvrent ces canons en 1414 dans les dix volumes du <em>De architectura<\/em> de Vitruve (Ier si\u00e8cle av. JC), totalement inconnu au Moyen \u00c2ge. Les principes esth\u00e9tiques de Vitruve, tir\u00e9s des notions d\u2019\u00e9quilibre et de l\u2019imitation de la nature, vont influencer non seulement les architectes, mais les artistes. On conna\u00eet tous la reproduction de \u00abl\u2019homme de Vitruve\u00bb par L\u00e9onard de Vinci :<\/p>\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Les hommes de l\u2019art<\/strong><\/h5>\n<p>C\u2019est un \u00e9rudit florentin, Poggio Bracciolini, qui a d\u00e9couvert l\u2019ouvrage de Vitruve. Florence, le berceau de la Renaissance, est une commune r\u00e9publicaine fi\u00e8re de son ind\u00e9pendance depuis le XIe si\u00e8cle, comme d\u2019autres cit\u00e9s italiennes-Rome, par exemple, dont les citoyens expuls\u00e8rent le pape \u00e0 plusieurs reprises. Au XVe si\u00e8cle, sous le gouvernement g\u00e9n\u00e9reux des M\u00e9dicis (Cosme l\u2019Ancien et son petit-fils Laurent le Magnifique), elle est le moteur d\u2019un extraordinaire renouveau artistique et litt\u00e9raire. Avec la fondation d\u2019une Acad\u00e9mie platonicienne en 1462, qui deviendra un centre majeur d\u2019\u00e9change intellectuel, Florence se prend pour la r\u00e9incarnation d\u2019Ath\u00e8nes.<\/p>\n<p>C\u2019est au Florentin Michel-Ange que l\u2019on pense en premier lorsqu\u2019on \u00e9voque l\u2019\u00e9poustouflant niveau technique et esth\u00e9tique atteint dans l\u2019art de la sculpture \u00e0 la Renaissance, rendu possible par l\u2019\u00e9tude des mod\u00e8les grecs et romains, et par les progr\u00e8s de l\u2019anatomie. Rien de comparable n\u2019existe au Moyen \u00c2ge. Le David de Michel-Ange, sculpt\u00e9 dans un unique bloc de marbre de cinq m\u00e8tres de haut, invite \u00e0 s\u2019interroger sur la relation entre les traditions gr\u00e9co-romaine et jud\u00e9o-chr\u00e9tienne. \u00c0 laquelle de ces deux sources puise le g\u00e9nie de Michel-Ange ? Il est bien \u00e9vident que son David n\u2019est pas juif, mais grec.<\/p>\n<p>Si maintenant nous cherchons dans l\u2019histoire de la peinture les \u0153uvres qui illustrent le g\u00e9nie europ\u00e9en, nous allons \u00e0 nouveau penser \u00e0 un Florentin, L\u00e9onard de Vinci. Et nous pourrions m\u00e9diter sur le fait que son chef-d\u2019\u0153uvre de renomm\u00e9e mondiale n\u2019est pas un portrait de la Vierge, mais celui d\u2019une femme \u00e9nigmatique dans lequel beaucoup ont reconnu la divinit\u00e9 pr\u00e9chr\u00e9tienne Isis, ici \u00abd\u00e9voil\u00e9e\u00bb (<a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.egaliteetreconciliation.fr\/La-religion-de-la-Dame-l-autre-racine-de-l-Occident-53797.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" title=\"\">Mona Lisa est Madona l\u2019Isa<\/a>). L\u2019un des apports majeurs de la Renaissance en peinture est la perspective (selon un proc\u00e9d\u00e9 invent\u00e9 par Filippo Brunelleschi en 1425) ; elle introduit une troisi\u00e8me dimension, faisant de la peinture un art de l\u2019espace et non plus seulement un art d\u00e9coratif \u00e0 deux dimensions. L\u2019Italie n\u2019est pas le seul foyer de cr\u00e9ativit\u00e9 en peinture. On pensera aussi aux peintres flamands de la m\u00eame \u00e9poque, qui inventent la peinture \u00e0 l\u2019huile sur toile, et qui avec des sc\u00e8nes de la vie quotidienne atteindront bient\u00f4t un niveau de r\u00e9alisme et d\u2019expressivit\u00e9 stup\u00e9fiant.<\/p>\n<p>Passons \u00e0 la musique. Mis \u00e0 part le chant gr\u00e9gorien, qui est d\u2019une rigoureuse simplicit\u00e9 harmonique, on sait peu de chose de la musique pratiqu\u00e9e en Europe durant le Moyen \u00c2ge, si ce n\u2019est que les instruments sont surtout d\u2019origine orientale. Les fondements de la musique baroque, qui marque le d\u00e9but de la musique classique, datent de la Renaissance. C\u2019est au XVe si\u00e8cle qu\u2019apparaissent les premi\u00e8res th\u00e9ories de la musique, \u00e9labor\u00e9es \u00e0 partir de notions pythagoriciennes. C\u2019est \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque qu\u2019on int\u00e8gre la tierce parmi les accords consonants, qu\u2019on invente le temp\u00e9rament m\u00e9sotonique qui permet de construire un clavier, et qu\u2019on construit la plupart des instruments utilis\u00e9s encore de nos jours. C\u2019est le d\u00e9but de la musique polyphonique, dont on codifie l\u2019\u00e9criture et qu\u2019on commence \u00e0 imprimer d\u00e8s 1476. Tout cela s\u2019invente dans les cours princi\u00e8res, mais se retrouve progressivement dans la musique populaire.<\/p>\n<p>Comme pour les arts plastiques, il est difficile d\u2019attribuer au christianisme la moindre influence dans ces \u00e9volutions. L\u2019\u00c9glise d\u00e9sapprouve l\u2019innovation harmonique et, lors du Concile de Trente (1545-63), d\u00e9conseille la polyphonie qui nuit \u00e0 la bonne compr\u00e9hension des textes sacr\u00e9s. Certes, on a tout de m\u00eame \u00e9crit de la musique sacr\u00e9e polyphonique, et l\u2019on ne peut ignorer que certains musiciens, comme Jean-S\u00e9bastien Bach (1685-1750), \u00e9taient tr\u00e8s pieux. Mais il ne peut \u00eatre question de r\u00e9duire l\u2019inspiration musicale des grands g\u00e9nies europ\u00e9ens \u00e0 leur foi chr\u00e9tienne, car l\u2019\u00e9motion religieuse est loin d\u2019\u00eatre le seul registre de la musique classique, m\u00eame \u00e0 ses d\u00e9buts. Force est de reconna\u00eetre que la musique classique, qui a \u00abadouci les m\u0153urs\u00bb de l\u2019Occident pendant les cinq derniers si\u00e8cles, est n\u00e9e du g\u00e9nie de la Renaissance, et ne doit presque rien au Moyen \u00c2ge europ\u00e9en.<\/p>\n<p>Je suis d\u2019avis que l\u2019\u00e9l\u00e9vation spirituelle et morale qu\u2019a produit la musique classique, dans toutes les couches sociales, \u00e9tait sup\u00e9rieure \u00e0 celle de la messe, et qu\u2019inversement sa disparition dans la culture des jeunes g\u00e9n\u00e9rations \u2013 et son remplacement, aux derni\u00e8res nouvelles, par le rap et la techno \u2013 compte pour davantage dans la barbarisation de nos soci\u00e9t\u00e9s que la perte de fr\u00e9quentation des \u00e9glises et le d\u00e9clin de la croyance dans les dogmes catholiques.<\/p>\n<p>Quoi qu\u2019il en soit, les rapides consid\u00e9rations pr\u00e9c\u00e9dentes suffisent \u00e0 se persuader que la Renaissance ne repr\u00e9sente pas un simple progr\u00e8s, mais un immense saut qualitatif dans l\u2019art europ\u00e9en, qui n\u2019a d\u2019\u00e9quivalent dans aucune autre civilisation. Inversement, mis \u00e0 part les prouesses technologiques de l\u2019architecture gothique, il serait facile de d\u00e9montrer que rien dans le Moyen \u00c2ge europ\u00e9en ne d\u00e9note une sup\u00e9riorit\u00e9 artistique dans un domaine quelconque par rapport aux civilisations orientales de la m\u00eame \u00e9poque.<\/p>\n<p>Le m\u00eame constat peut \u00eatre fait dans le domaine de la science, que l\u2019on nommait \u00abphilosophie naturelle\u00bb jusqu\u2019\u00e0 la Renaissance.<\/p>\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Les hommes du savoir<\/strong><\/h5>\n<p>Pouvez-vous nommer de m\u00e9moire une seule d\u00e9couverte scientifique du Moyen \u00c2ge europ\u00e9en ? Comme la Belle au bois dormant, la science est tomb\u00e9e en l\u00e9thargie durant tout le Moyen \u00c2ge, piqu\u00e9e par la quenouille de la th\u00e9ologie. Et lorsqu\u2019elle s\u2019est r\u00e9veill\u00e9e \u00e0 la Renaissance, c\u2019est avec les souvenirs de l\u2019Antiquit\u00e9.<\/p>\n<p>Si le savoir de la Gr\u00e8ce classique est parvenu jusqu\u2019aux hommes de la Renaissance, c\u2019est, ne l\u2019oublions pas, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019immense effort de pr\u00e9servation d\u00e9ploy\u00e9 pendant l\u2019\u00e9poque hell\u00e9nistique, notamment dans la biblioth\u00e8que d\u2019Alexandrie fond\u00e9e par Ptol\u00e9m\u00e9e Ier S\u00f4ter (305-283 av. JC), qui contenait, dit-on, jusqu\u2019\u00e0 700 000 volumes. \u00c0 cette \u00e9poque, le royaume d\u2019Isra\u00ebl passait pour le comble de la barbarie, et le roi s\u00e9leucide Antiochus VII envisageait d\u2019\u00ab<em>an\u00e9antir compl\u00e8tement le peuple juif, ou, du moins, \u00e0 d\u00e9truire ses institutions et \u00e0 le forcer de changer sa mani\u00e8re de vivre<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p>Une infime partie seulement des livres conserv\u00e9s \u00e0 Alexandrie a travers\u00e9 l\u2019Antiquit\u00e9 tardive, puis nous est parvenue, gr\u00e2ce aux moines copistes des IXe au XIe si\u00e8cle, dont les manuscrits, mis au rebus dans les si\u00e8cles suivants, furent d\u00e9couverts entre le XIVe et le XVe si\u00e8cle. Voici par exemple comment Poggio Bracciolini raconte sa d\u00e9couverte du seul ouvrage conserv\u00e9 de Quintilien :<\/p>\n<p>\u00ab<em>L\u00e0, parmi une quantit\u00e9 \u00e9norme de livres qu\u2019il serait trop long de d\u00e9crire, nous avons trouv\u00e9 Quintilien toujours sain et sauf, bien que sale de moisissure et de poussi\u00e8re. Car ces livres n\u2019\u00e9taient pas dans la biblioth\u00e8que, comme il convenait \u00e0 leur valeur, mais dans une sorte de cachot macabre et sombre au pied de l\u2019une des tours, o\u00f9 m\u00eame les hommes condamn\u00e9s pour un crime passible de la peine de mort n\u2019auraient pas \u00e9t\u00e9 enferm\u00e9s<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p>C\u2019est dans ces conditions que se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 la lumi\u00e8re le savoir antique. C\u2019est pourquoi, par exemple, Hippocrate (v. 460-377 av. JC) nous appara\u00eet encore comme le fondateur de la m\u00e9decine. Durant la p\u00e9riode romaine imp\u00e9riale, Claude Galien de Pergame (v. 129-201 ap. JC), qui soigna Marc Aur\u00e8le, s\u2019appuie sur l\u2019observation anatomique et d\u00e9veloppe des hypoth\u00e8ses sur les processus physiologiques. Parce que la pratique de la m\u00e9decine est fortement d\u00e9conseill\u00e9e aux moines et aux clercs, et parce que la dissection des cadavres est interdite, on en sait moins en m\u00e9decine au XIIe si\u00e8cle que les Grecs huit si\u00e8cles plus t\u00f4t. Quelques progr\u00e8s nous viennent cependant des Arabes, par qui l\u2019Occident latin red\u00e9couvre partiellement Galien au XIe si\u00e8cle, ainsi que le Persan Avicenne (980-1037), traduit en latin \u00e0 Tol\u00e8de entre 1150 et 1187.<\/p>\n<p>Le m\u00eame sc\u00e9nario s\u2019applique \u00e0 la g\u00e9ographie. Les Grecs (Thal\u00e8s, H\u00e9rodote, Aristote) s\u2019\u00e9taient illustr\u00e9s par leur d\u00e9sir d\u2019explorer et de d\u00e9crire le monde. Durant l\u2019\u00e9poque hell\u00e9nistique, \u00c9ratosth\u00e8ne (276-194 av. JC), directeur de la biblioth\u00e8que d\u2019Alexandrie, calcule math\u00e9matiquement la circonf\u00e9rence de la terre avec grande pr\u00e9cision, \u00e9tablit une grille de m\u00e9ridiens et de parall\u00e8les, et dresse la premi\u00e8re carte du monde connu. Vers 150 ap. JC, Claude Ptol\u00e9m\u00e9e compose une compilation des connaissances g\u00e9ographiques. Toute cette science tombe dans l\u2019oubli en Occident au Moyen \u00c2ge. La cartographie est alors pratiquement inexistante, ou se limite \u00e0 une repr\u00e9sentation symbolique du monde avec J\u00e9rusalem au centre. La g\u00e9ographie ne rena\u00eet qu\u2019avec la red\u00e9couverte de la <em>G\u00e9ographie<\/em> de Ptol\u00e9m\u00e9e au d\u00e9but du XVe si\u00e8cle, et s\u2019impose comme une discipline \u00e0 part enti\u00e8re avec les grandes d\u00e9couvertes.<\/p>\n<p>En astronomie, aucun progr\u00e8s r\u00e9el n\u2019a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 depuis Ptol\u00e9m\u00e9e, dont le trait\u00e9 <em>L\u2019Almageste<\/em> est red\u00e9couvert au XIIe si\u00e8cle par l\u2019interm\u00e9diaire des Arabes. Mais Ptol\u00e9m\u00e9e consid\u00e8re la terre comme immobile. Lorsque Copernic d\u00e9fend l\u2019h\u00e9liocentrisme dans son trait\u00e9 <em>De Revolutionibus<\/em> en 1543, il d\u00e9passe Ptol\u00e9m\u00e9e mais se fonde sur ses lectures des philosophes ant\u00e9rieurs, et se dit inspir\u00e9 par Pythagore.<\/p>\n<p>Copernic ouvre la voie, au si\u00e8cle suivant, \u00e0 Galil\u00e9e et Kepler, qui profitent des progr\u00e8s en math\u00e9matiques et de la fabrication d\u2019instruments comme les t\u00e9lescopes. Galil\u00e9e et Kepler servent \u00e0 leur tour de tremplin \u00e0 Newton.<\/p>\n<p>Tous ces travaux vont bien au-del\u00e0 du savoir antique, mais la passion intellectuelle qui les a fait na\u00eetre, en d\u00e9pit de l\u2019opposition des autorit\u00e9s cl\u00e9ricales, a \u00e9t\u00e9 stimul\u00e9e par la red\u00e9couverte des savants grecs, et en particulier par les math\u00e9matiques. Car si l\u2019on peut attribuer une invention aux Grecs, c\u2019est bien les math\u00e9matiques : les \u00e9coliers du monde entier apprennent encore les th\u00e9or\u00e8mes de Pythagore, Euclide et Thal\u00e8s.<\/p>\n<p>Des math\u00e9matiques a d\u00e9coul\u00e9 la th\u00e9orie des id\u00e9es pures de Platon, et plus largement la conviction qu\u2019il existe des principes universels et immuables. Presque tous les philosophes se disent platoniciens \u00e0 partir du IIIe si\u00e8cle av. JC.<\/p>\n<p>Le potentiel du platonisme n\u2019est pas encore \u00e9puis\u00e9. En biologie, l\u2019avenir est, j\u2019en suis persuad\u00e9, \u00e0 la th\u00e9orie des champs morphiques guidant comme des id\u00e9es platonicienne la morphogen\u00e8se de chaque esp\u00e8ce vivante, th\u00e9orie que Rupert Sheldrake qualifie de \u00ab<em>platonisme dynamique<\/em>\u00bb parce qu\u2019elle int\u00e8gre le potentiel \u00e9volutif, non immuable, de ces id\u00e9es.<\/p>\n<p>On n\u2019insistera jamais assez sur l\u2019extraordinaire f\u00e9condit\u00e9 de l\u2019id\u00e9alisme platonicien, qui a inspir\u00e9 aux Grecs puis aux Romains la foi dans la capacit\u00e9 de l\u2019homme d\u2019acc\u00e9der \u00e0 des v\u00e9rit\u00e9s et des valeurs universelles.<\/p>\n<p>De l\u00e0 d\u00e9coule par exemple le droit romain, qui se base sur des distinctions rigoureuses et universelles. On attribue aujourd\u2019hui au juriste romain Ga\u00efus, auteur vers 161 ap. J.-C. des <em>Institutes,<\/em> la premi\u00e8re tentative de fonder le droit scientifiquement, c\u2019est-\u00e0-dire rationnellement. Ce qu\u2019il nomme le \u00abdroit des gens\u00bb (<em>ius gentium<\/em>) est \u00able droit commun \u00e0 l\u2019ensemble du genre humain et il est \u00e9tabli entre tous les hommes par la raison naturelle et est observ\u00e9 de fa\u00e7on semblable chez tous les peuples\u00bb. Ce caract\u00e8re rationnel et donc potentiellement universel du droit romain explique, selon Ren\u00e9 Robaye, que \u00ab<em>le droit romain ait surv\u00e9cu \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 qui l\u2019a cr\u00e9\u00e9, pour devenir, plusieurs si\u00e8cles apr\u00e8s, le fondement de la plus importante famille de syst\u00e8mes juridiques modernes, la famille des droits dit \u00abromano-germaniques\u00bb<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab<em>Le droit romain fait partie du patrimoine culturel europ\u00e9en. \u2026 Pendant des si\u00e8cles, il a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 comme la raison \u00e9crite, comme le seul syst\u00e8me juridique de qualit\u00e9. Depuis deux mill\u00e9naires, les juristes l\u2019\u00e9tudient, bon gr\u00e9 mal gr\u00e9, g\u00e9n\u00e9ration apr\u00e8s g\u00e9n\u00e9ration. La plupart des universit\u00e9s continuent \u00e0 en faire un objet de recherches scientifiques, car le g\u00e9nie de Rome est d\u2019abord celui de son droit, et l\u2019influence des institutions romaines reste consid\u00e9rable<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p>On peut donc conclure, pour la science au sens large, de la m\u00eame mani\u00e8re que pour les arts. Premi\u00e8rement, celui qui croit \u00e0 la sup\u00e9riorit\u00e9 de la civilisation europ\u00e9enne en ce domaine doit en remercier la Renaissance. Deuxi\u00e8mement, l\u2019extraordinaire f\u00e9condit\u00e9 scientifique de la Renaissance commence par la r\u00e9appropriation de la science antique. Troisi\u00e8mement, comme le proc\u00e8s de Galil\u00e9e suffit \u00e0 l\u2019illustrer, l\u2019\u00c9glise a jou\u00e9 principalement un r\u00f4le n\u00e9gatif dans ce d\u00e9collage scientifique. C\u2019est dans l\u2019ordre des choses, puisque la d\u00e9marche scientifique exige la remise en question des certitudes, et m\u00e8ne in\u00e9vitablement \u00e0 contester l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019\u00c9glise en mati\u00e8re de v\u00e9rit\u00e9. C\u2019est par des crit\u00e8res philologiques rigoureux que Nicolas de Cues en 1433, puis Lorenzo Valla huit ans plus tard, ont prouv\u00e9 que la Donation de Constantin \u00e9tait un faux \u2013 un s\u00e9rieux coup port\u00e9 au prestige et \u00e0 la pr\u00e9tention h\u00e9g\u00e9monique des papes.<\/p>\n<p>Tout cela \u00e9tant dit, je voudrais insister sur le fait que l\u2019affrontement entre l\u2019\u00c9glise et la science durant la Renaissance n\u2019est aucunement un affrontement entre la foi en Dieu et l\u2019ath\u00e9isme. L\u2019ath\u00e9isme est inexistant dans les d\u00e9bats du XVe si\u00e8cle. Au si\u00e8cle suivant, les humanistes comme \u00c9rasme ou son ami Thomas More sont horrifi\u00e9s par les guerres de religion, mais consid\u00e8rent l\u2019ath\u00e9isme pire encore que le fanatisme religieux. Les savants croient en Dieu, et ce sera encore le cas au XVIIe si\u00e8cle : Isaac Newton, le plus grand g\u00e9nie scientifique de son \u00e9poque, est intens\u00e9ment religieux.<\/p>\n<p>Cependant, l\u2019id\u00e9e de Dieu que se font ces hommes du savoir s\u2019\u00e9loigne de plus en plus de la doctrine chr\u00e9tienne pour se rapprocher de la philosophie grecque : c\u2019est un Dieu qui gouverne le monde par les lois naturelles plus que par les miracles, et qui communique avec l\u2019homme par la raison plus que par la R\u00e9v\u00e9lation.<\/p>\n<p>La vie de Blaise Pascal est une illustration dramatique de cette tension dialectique entre deux id\u00e9es de Dieu. Pascal est un g\u00e9nie polymathe de grande renomm\u00e9e, \u00e0 qui l\u2019on doit des travaux math\u00e9matiques de grande importance. Mais en 1654, \u00e0 31 ans, il a une exp\u00e9rience mystique et renonce au Dieu des philosophe en faveur du Dieu des \u00e9vangiles. Il cesse alors de contribuer \u00e0 la science et se rapproche de l\u2019abbaye jans\u00e9niste de Port-Royal. Il meurt \u00e0 39 ans d\u2019une maladie neurologique.<\/p>\n<p>Quel est ce Dieu des philosophes que Pascal a rejet\u00e9 pour se tourner vers la Bible et le Christ ? Nous imaginons commun\u00e9ment qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une id\u00e9e abstraite incapable d\u2019inspirer autre chose que des id\u00e9es abstraites, un dieu impersonnel incapable de transformer nos vies personnelles ou de guider nos choix sur le difficile chemin de la vie. Il l\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre pour Pascal. Mais il a inspir\u00e9 \u00e0 d\u2019autres de tr\u00e8s hautes pens\u00e9es, et, par des voies imp\u00e9n\u00e9trables, il est aussi le Dieu des mystiques comme Ma\u00eetre Eckhart, le Dieu qui englobe toute sa cr\u00e9ation.<\/p>\n<p>Il est temps d\u2019aller y voir de plus pr\u00e8s. Ce sera l\u2019objet de mon prochain article.<\/p>\n<p>En attendant, si vous souhaitez approfondir le sujet trait\u00e9 ici, je vous propose quatre petits dossiers annexes.<\/p>\n<h6 class=\"wp-block-heading\"><strong>Annexe 1 : Les Arabes, Aristote et Platon<\/strong><\/h6>\n<p>Pour affiner mon r\u00e9sum\u00e9 de l\u2019histoire de la science occidentale, il faut prendre en compte l\u2019influence des Arabes, qui d\u00e8s le IXe si\u00e8cle assimilent la science grecque, avec l\u2019aide des chr\u00e9tiens syriaques dont la langue est proche de l\u2019arabe. L\u2019influence des Arabes se fait sentir d\u00e8s la fin du Xe si\u00e8cle, lorsque Gerbert d\u2019Aurillac (940-1003), future pape Sylvestre II, introduit les chiffres arabes (encore sans le z\u00e9ro). \u00c0 fin du XIe si\u00e8cle, avec la Reconquista, les chr\u00e9tiens s\u2019approprient des biblioth\u00e8ques arabes, notamment \u00e0 Tol\u00e8de (prise en 1085). C\u2019est \u00e0 cette \u00e9poque qu\u2019apparaissent les mots d\u2019origine arabe algorithme, alg\u00e8bre, alchimie et almanach.<\/p>\n<p>D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, l\u2019islam est mieux dispos\u00e9 envers la science que le christianisme, pour une raison simple. La foi chr\u00e9tienne accorde une grande place aux miracles, \u00e0 commencer par ceux de l\u2019\u00c9vangile. Or le savant part de la conviction que le monde est r\u00e9gi strictement par des lois naturelles. Prenant au s\u00e9rieux ces lois naturelles, il tend \u00e0 douter des miracles, et \u00e0 semer le doute. Il y a donc une hostilit\u00e9 naturelle entre le christianisme et la science. L\u2019islam n\u2019a pas cette m\u00eame r\u00e9ticence, et, \u00e0 partir du califat abbasside de Bagdad, enseigne qu\u2019\u00e9tudier les lois naturelles, c\u2019est \u00e9tudier comment Dieu gouverne le monde, assimilant ainsi le point de vue grec.<\/p>\n<p>Au XIIe si\u00e8cle, c\u2019est donc \u00e0 l\u2019\u00e9cole des savants musulmans, principalement andalous, que l\u2019Occident va commencer \u00e0 rattraper son retard. L\u2019Occident red\u00e9couvre Aristote par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019Averro\u00e8s de Cordoue (1126-1198). Cela suscite dans un premier temps une r\u00e9action n\u00e9gative de la part de la hi\u00e9rarchie cl\u00e9ricale. Comme Aristote, Averro\u00e8s postule en effet l\u2019\u00e9ternit\u00e9 du monde, et affirme que Dieu lui-m\u00eame ne peut pas enfreindre les lois naturelles qui r\u00e9gissent le monde. Pour cette raison, l\u2019averro\u00efsme est accus\u00e9 de nier la libert\u00e9 de Dieu, et condamn\u00e9 en 1277 par l\u2019\u00e9v\u00eaque de Paris. Le Dieu jud\u00e9o-chr\u00e9tien, en effet, transgresse quand il veut les lois naturelles, par exemple en arr\u00eatant la course du soleil pour permettre \u00e0 son peuple de terminer un massacre (Josu\u00e9 10).<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, l\u2019aristot\u00e9lisme forme l\u2019une des bases de la scolastique enseign\u00e9e dans les nouvelles universit\u00e9s, qui culmine dans la <em>Somme th\u00e9ologique<\/em> de Thomas d\u2019Aquin (canonis\u00e9 en 1323). Mais parce que les scholiastes mettent la science d\u2019Aristote au service de la th\u00e9ologie, ils n\u2019apportent aucun progr\u00e8s scientifique, provoquant d\u00e9j\u00e0 les sarcasmes de P\u00e9trarque (1304-74) contre \u00abla secte folle et vocif\u00e9rante des <em>scholastici<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p>Pour que l\u2019esprit scientifique p\u00e9n\u00e8tre durablement en Occident, il faut attendre la d\u00e9couverte de Platon, deux si\u00e8cles apr\u00e8s celle d\u2019Aristote. Jusqu\u2019alors, seul un ouvrage de Platon, le <em>Tim\u00e9e,<\/em> est connu en Occident. La d\u00e9couverte des corpus platonicien et n\u00e9oplatonicien est d\u00fb principalement aux \u00e9rudits byzantins, qui fuient la menace des Turcs ottomans, emportant \u00e0 Venise, \u00e0 Florence et \u00e0 Rome des biblioth\u00e8ques enti\u00e8res, progressivement traduites en latin.<\/p>\n<p>Je ne peux m\u2019\u00e9tendre ici sur la diff\u00e9rence essentielle entre Platon et son \u00e9l\u00e8ve Aristote, diff\u00e9rence qui stimule un \u00e9ternel d\u00e9bat philosophique \u2013 le d\u00e9bat qui d\u00e9j\u00e0, dans la \u00abquerelle des universaux\u00bb (du XIIe au XIVe si\u00e8cle), opposait les \u00abr\u00e9alistes\u00bb qui croient comme Platon en l\u2019existence r\u00e9elle et plus ou moins immuable des concepts universaux, aux nominalistes qui reprennent la position critique d\u2019Aristote dans sa <em>M\u00e9taphysique<\/em>.<\/p>\n<p>Ce qui est important \u00e0 comprendre, c\u2019est que le rejet de la scholastique aristot\u00e9licienne et la d\u00e9couverte de Platon \u00e0 la Renaissance sont deux facteurs compl\u00e9mentaires et essentiels dans le d\u00e9collage des sciences. Les math\u00e9matiques, outil indispensable en astronomie et en physique, ne peuvent se d\u00e9velopper que dans le cadre d\u2019un paradigme m\u00e9taphysique platonicien. Pour faire des math\u00e9matiques, en effet, il faut croire en l\u2019existence des id\u00e9es pures, universelles et immuables que sont les nombres et les figures g\u00e9om\u00e9triques. Pour faire de l\u2019astronomie ou de la physique, il faut aussi avoir la volont\u00e9 de d\u00e9couvrir des lois naturelles, et donc croire que de telles lois naturelles sont des r\u00e9alit\u00e9s objectives, et non de simples concepts subjectifs.<\/p>\n<h6 class=\"wp-block-heading\"><strong>Annexe 2 : La R\u00e9forme et la Contre-R\u00e9forme<\/strong><\/h6>\n<p>L\u2019\u00c9glise ne s\u2019est pas toujours unanimement oppos\u00e9e au mouvement intellectuel et artistique de la Renaissance. Il y eut des papes humanistes et m\u00e9c\u00e8nes de grande importance. Nicolas V (1447-55) fr\u00e9quente Cosme M\u00e9dicis et fonde la Biblioth\u00e8que du Vatican, qui renferme \u00e0 sa mort plus de 16 000 volumes. Il prend sous sa protection Lorenzo Valla, qui a d\u00e9finitivement prouv\u00e9 que la Donation de Constantin \u00e9tait un faux.<\/p>\n<p>Pie II (1458-64) \u00e9tait d\u2019une grande \u00e9rudition et d\u2019une grande curiosit\u00e9 ; il \u00e9crivit de nombreux ouvrages dont ses m\u00e9moires, consid\u00e9r\u00e9es comme un chef d\u2019\u0153uvre litt\u00e9raire. Son successeur Paul II (1464-71) est en revanche un pape r\u00e9actionnaire qui fait arr\u00eater et torturer les membres de l\u2019\u00e9cole de l\u2019Academia Romana r\u00e9unie autour de Pomponio Leto.<\/p>\n<p>Jules II (1503-13) acc\u00e9da au pontificat apr\u00e8s une carri\u00e8re militaire. C\u2019est lui qui commanda \u00e0 Rapha\u00ebl la c\u00e9l\u00e8bre peinture murale du Vatican, <em>L\u2019\u00c9cole d\u2019Ath\u00e8nes,<\/em> o\u00f9 sont repr\u00e9sent\u00e9s les philosophes et savants de l\u2019Antiquit\u00e9. On lui doit aussi la d\u00e9coration de la chapelle Sixtine par Michel-Ange. Notez les gestuelles de Platon et Aristote au centre.<\/p>\n<p>Jules II fut suivi par deux membres de la famille M\u00e9dicis, L\u00e9on X (1513-21) et Cl\u00e9ment VII (1523-34). Comme les Borgia auparavant, tous ces papes sont issus de familles riches. Ce sont des hommes politiques qui r\u00e8gnent sur un duch\u00e9 et utilisent leur prestige pour traiter les rois en vassaux. Certains sont des hommes de la Renaissance par go\u00fbt et conviction. \u00c0 l\u2019instar d\u2019autres princes, ils financent de grands projets culturels et artistiques pour faire rayonner leur propre capitale.<\/p>\n<p>Libre \u00e0 chacun de les consid\u00e9rer comme non l\u00e9gitimes ou non repr\u00e9sentatifs de la vocation de l\u2019\u00c9glise. Mais ils prouvent en tout cas qu\u2019il existe une tendance progressiste \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019institution papale, favorable \u00e0 la Renaissance. Et cela sugg\u00e8re qu\u2019une nouvelle synth\u00e8se hegelienne aurait pu na\u00eetre de l\u2019opposition dialectique entre la tradition jud\u00e9o-chr\u00e9tienne et l\u2019h\u00e9ritage gr\u00e9co-romain retrouv\u00e9, dans un climat apais\u00e9.<\/p>\n<p>Le bouleversement de la R\u00e9forme protestante enraya ce processus. Elle a \u00e9t\u00e9, dans une large mesure, une contre-Renaissance. Malgr\u00e9 leurs points communs, les R\u00e9formateurs et les Humanistes sont entr\u00e9s en violent conflit. On consid\u00e8re parfois que la R\u00e9forme a mis fin \u00e0 la Renaissance, et l\u2019on place le changement \u00e0 la controverse qui oppose Luther et \u00c9rasme sur le libre-arbitre dans les ann\u00e9es 1520. Luther d\u00e9testait \u00c9rasme, qu\u2019il voulait \u00ab\u00e9craser comme une punaise\u00bb.<\/p>\n<p>La Contre-R\u00e9forme, institu\u00e9e par le concile de Trente entre 1545 et 1563, est une r\u00e9ponse \u00e0 la R\u00e9forme. Elle en prend le contre-pied mais avec le m\u00eame fanatisme. Elle instaure :<\/p>\n<p><strong>\u2022 <\/strong>une crispation dogmatique, avec de nouveaux dogmes comme la transsubstantiation, et un attachement ferme \u00e0 l\u2019aristot\u00e9lisme : Thomas d\u2019Aquin proclam\u00e9 docteur de l\u2019\u00c9glise par Pie V en 1567.<\/p>\n<p><strong>\u2022 <\/strong>un absolutisme pontifical renforc\u00e9, et arm\u00e9 de la Congr\u00e9gation du Saint Office (l\u2019Inquisition) fond\u00e9e en 1542.<\/p>\n<p><strong>\u2022 <\/strong>le culte du secret avec le r\u00e9seau international de la Compagnie de J\u00e9sus (les J\u00e9suites).<\/p>\n<p>Tandis que Copernic avait \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la surveillance de la Curie, Galil\u00e9e se voit interdire d\u2019enseigner l\u2019h\u00e9liocentrisme par le cardinal Bellarmin, qui condamne aussi l\u2019astronome et math\u00e9maticien Giordano Bruno au b\u00fbcher. Bruno d\u00e9passait le sch\u00e9ma copernicien d\u2019un cosmos limit\u00e9 par la fixit\u00e9 des \u00e9toiles, et enseignait \u00abl\u2019infinit\u00e9 de l\u2019univers et l\u2019action de la puissance divine dans son infinit\u00e9\u00bb. Arr\u00eat\u00e9 en 1592, il passe sept ans en prison et est br\u00fbl\u00e9 le 17 f\u00e9vrier 1600, apr\u00e8s avoir refus\u00e9 de se r\u00e9tracter.<\/p>\n<p>L\u2019histoire de la science europ\u00e9enne entre la Renaissance et la r\u00e9volution scientifique des XVIIe-XVIIIe si\u00e8cle est surtout l\u2019histoire de son affrontement avec l\u2019\u00c9glise catholique, mais aussi avec les \u00c9glises r\u00e9form\u00e9es (Kepler est excommuni\u00e9 par l\u2019\u00c9glise luth\u00e9rienne). En d\u00e9finitive, c\u2019est dans les pays qui prot\u00e8gent le pluralisme religieux, comme l\u2019Angleterre \u00e0 partir de 1689, les Pays-Bas, et la Prusse \u2013 soit les pays o\u00f9 s\u2019expatrient les Huguenots -, que la science va le mieux s\u2019\u00e9panouir. Pour \u00e9chapper \u00e0 la pers\u00e9cution de l\u2019\u00c9glise catholique, le catholique Descartes (1596-1650) doit s\u2019exiler aux Pays-Bas, puis en Su\u00e8de.<\/p>\n<h6 class=\"wp-block-heading\"><strong>Annexe 3 : L\u2019imprimerie et la R\u00e9publique des lettres<\/strong><\/h6>\n<p>L\u2019invention de l\u2019imprimerie a-t-elle \u00e9t\u00e9 motiv\u00e9e par la soif de connaissance, ou bien elle l\u2019a-t-elle stimul\u00e9e ? A-t-elle r\u00e9pondu \u00e0 une demande ou l\u2019a-t-elle cr\u00e9\u00e9e ? On peut d\u00e9battre de cette question, mais on ne peut sous-estimer l\u2019influence d\u00e9terminante de l\u2019imprimerie sur la diffusion et les progr\u00e8s du savoir. Pensons que, lorsque Gutenberg imprime ses premiers livres en 1454, Marcel Ficin, le futur directeur de l\u2019Acad\u00e9mie platonicienne de Florence, a onze ans. \u00c0 cette \u00e9poque, les livres manuscrits en Europe se comptent par milliers, et l\u2019acc\u00e8s \u00e0 ces raret\u00e9s est relativement difficile. Un demi-si\u00e8cle plus tard, lorsque Ficin a traduit tout Platon, les presses tournent sur 200 \u00e0 300 sites en Europe et il y a au moins 10 millions de livres en circulation.<\/p>\n<p>L\u2019imprimerie et la circulation des livres a acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 la naissance de ce qu\u2019on a appel\u00e9 la \u00abR\u00e9publique des Lettres\u00bb, ou \u00abl\u2019Internationale humaniste\u00bb, qui r\u00e9unit les plus brillants esprits d\u2019Italie, d\u2019Allemagne, de France, des Flandres, d\u2019Espagne, d\u2019Angleterre. \u00c9rasme jouissait \u00ab<em>d\u2019une r\u00e9putation internationale \u00e0 une \u00e9chelle qu\u2019aucun \u00e9rudit n\u2019avait \u00e9gal\u00e9e avant lui \u2013 et pas beaucoup depuis<\/em>\u00bb. Ce sont les humanistes de la Renaissance qui ont d\u00e9velopp\u00e9 une conscience europ\u00e9enne, qu\u2019on chercherait en vain au Moyen \u00c2ge. Ci-dessous, un portrait d\u2019\u00c9rasme par Albrecht D\u00fcrer, dont les gravures imprim\u00e9es vulgaris\u00e8rent l\u2019art graphique.<\/p>\n<h6 class=\"wp-block-heading\"><strong>Annexe 4 : La d\u00e9couverte du Nouveau Monde<\/strong><\/h6>\n<p>Tout en d\u00e9nigrant la Renaissance, la perspective catholique pr\u00e9sent\u00e9e en d\u00e9but d\u2019article proclame que la sup\u00e9riorit\u00e9 de la civilisation europ\u00e9enne est fond\u00e9e sur la sup\u00e9riorit\u00e9 du christianisme. \u00c0 cela, il faut r\u00e9pondre que la sup\u00e9riorit\u00e9 de la civilisation europ\u00e9enne avant la Renaissance est un mythe. Les r\u00e9cents historiens du syst\u00e8me-monde, comme Andre Gunder Frank (<em>Re-ORIENT : Global Economy in the Asian Age<\/em>, 1998) ou Kenneth Pomeranz (<em>The Great Divergence<\/em>, 2001) ont r\u00e9gl\u00e9 son compte \u00e0 ce mythe. Voici comment Jack Goldstone r\u00e9sume leurs conclusions dans <em>Why Europe ? The Rise of the West in World History 1500-1850<\/em> (2008) :<\/p>\n<p>\u00ab<em>Au cours des douze derni\u00e8res ann\u00e9es, un groupe de jeunes historiens \u00e9conomiques et sociaux a avanc\u00e9 des arguments nouveaux et surprenants sur l\u2019histoire mondiale. Au lieu de consid\u00e9rer la mont\u00e9e de l\u2019Occident comme un long processus d\u2019avanc\u00e9es graduelles en Europe alors que le reste du monde restait immobile, ils ont invers\u00e9 cette histoire. Ils affirment que les soci\u00e9t\u00e9s d\u2019Asie et du Moyen-Orient \u00e9taient les leaders mondiaux en mati\u00e8re d\u2019\u00e9conomie, de science et de technologie, de navigation, de commerce et d\u2019exploration jusqu\u2019aux environs de l\u2019an 1500. \u00c0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 l\u2019Europe a \u00e9merg\u00e9 du Moyen-\u00c2ge et entam\u00e9 sa Renaissance, affirment ces chercheurs, l\u2019Europe \u00e9tait tr\u00e8s en retard par rapport \u00e0 de nombreuses civilisations avanc\u00e9es ailleurs dans le monde, et elle n\u2019a pas rattrap\u00e9 et d\u00e9pass\u00e9 les grandes soci\u00e9t\u00e9s asiatiques avant environ 1800 ap. JC<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p>Le renouveau scientifique de la Renaissance pr\u00e9pare la R\u00e9volution industrielle, mais il n\u2019est pas la seule cause du d\u00e9collage \u00e9conomique de l\u2019Europe \u00e0 partir de 1500. La d\u00e9couverte de l\u2019Am\u00e9rique fut un facteur d\u00e9cisif. Cette d\u00e9couverte, rappelons-le, fut le r\u00e9sultat fortuit de la volont\u00e9 des Europ\u00e9ens de contourner le blocus ottoman pour acc\u00e9der aux march\u00e9s de Chine et d\u2019Inde d\u2019o\u00f9 ils tiraient un grand nombre des produits n\u00e9cessaires au niveau de vie des classes aristocratique et bourgeoise : tissus de soie et de coton, teintures, porcelaine, papier, parfums, \u00e9pices. Tandis que Christophe Colomb, en 1492, cherchait une route par l\u2019Ouest, avec une connaissance tr\u00e8s approximative de la circonf\u00e9rence de la terre, Vasco de Gama contournait l\u2019Afrique par le cap de Bonne Esp\u00e9rance pour acc\u00e9der \u00e0 l\u2019oc\u00e9an Indien en 1497. Dans les \u00e9changes \u00e9conomiques entre Europe et Asie, par mer ou par terre (routes de la soie), l\u2019Europe n\u2019avaient rien d\u2019autre \u00e0 offrir \u00e0 l\u2019Asie que de l\u2019argent et de l\u2019or, ce qui explique l\u2019obsession des Europ\u00e9ens pour ces m\u00e9taux. Dans un premier temps, la conqu\u00eate du Nouveau Monde procura \u00e0 l\u2019Europe d\u2019immenses quantit\u00e9s d\u2019argent et d\u2019or, qui leur permirent de s\u2019ins\u00e9rer plus activement dans le grand commerce eurasiatique. Dans un second temps, elle d\u00e9senclava l\u2019Europe qui prit rapidement l\u2019avantage dans le commerce maritime.<\/p>\n<p>Il est donc bon de rappeler que, jusqu\u2019\u00e0 la Renaissance, l\u2019Occident se trouve \u00e0 la marge des grands \u00e9changes \u00e9conomiques, et n\u2019est nullement une civilisation avanc\u00e9e. Au XVIIe si\u00e8cle encore, la Chine poss\u00e8de une industrie tr\u00e8s en avance sur celle l\u2019Europe, dans tous les domaines.<\/p>\n<p>\u00c0 titre illustratif, en 1405, l\u2019amiral Zheng He partit de Nankin explorer le monde avec pr\u00e8s de trois cents navires et un \u00e9quipage de 27 000 personnes, comprenant des savants et 180 m\u00e9decins et pharma\u00adciens. Par contraste, Christophe Colomb quitta Cadix en 1492 avec seulement 90 hommes sur trois navires, dont le plus grand \u00e9tait cinq fois moins long que le navire de Zheng (25 m\u00e8tres contre 125 m\u00e8tres), et avait un tirant d\u2019eau trente fois inf\u00e9rieur. On peut sp\u00e9culer sur ce qui se serait pass\u00e9 si, sous l\u2019empereur suivant, la Chine ne s\u2019\u00e9tait pas repli\u00e9e sur elle-m\u00eame et avait d\u00e9couvert l\u2019Am\u00e9rique par le Pacifique avant les Europ\u00e9ens.<\/p>\n<p><a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/reseauinternational.net\/author\/lguyenot\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" title=\"\">Laurent Guy\u00e9not<\/a><\/p>\n<p>source : <a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/kosmotheos.substack.com\/p\/le-genie-greco-romain-de-la-renaissance\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\" title=\"\">Kosmotheos<\/a><\/p>\n<div class=\"sharedaddy sd-block sd-like jetpack-likes-widget-wrapper jetpack-likes-widget-unloaded\" id=\"like-post-wrapper-237719536-446033-67c594cdb2dbf\" data-src=\"https:\/\/widgets.wp.com\/likes\/?ver=14.2.1#blog_id=237719536&amp;post_id=446033&amp;origin=reseauinternational.net&amp;obj_id=237719536-446033-67c594cdb2dbf&amp;n=1\" data-name=\"like-post-frame-237719536-446033-67c594cdb2dbf\" data-title=\"Aimer ou rebloguer\">\n<h3 class=\"sd-title\">J\u2019aime \u00e7a\u00a0:<\/h3>\n<p><span class=\"button\"><span>J\u2019aime<\/span><\/span> <span class=\"loading\">chargement\u2026<\/span><\/p>\n<p><span class=\"sd-text-color\"\/><a target=\"_blank\" class=\"sd-link-color\"\/><\/div>\n<p><meta itemscope=\"\" itemprop=\"mainEntityOfPage\" itemtype=\"https:\/\/schema.org\/WebPage\" itemid=\"https:\/\/reseauinternational.net\/le-genie-greco-romain-de-la-renaissance\/\"\/><meta itemprop=\"headline\" content=\"Le g\u00e9nie gr\u00e9co-romain de la Renaissance\"\/><span style=\"display: none;\" itemprop=\"author\" itemscope=\"\" itemtype=\"https:\/\/schema.org\/Person\"><meta itemprop=\"name\" content=\"Laurent Guy\u00e9not\"\/><\/span><span style=\"display: none;\" itemprop=\"image\" itemscope=\"\" itemtype=\"https:\/\/schema.org\/ImageObject\"><meta itemprop=\"url\" content=\"https:\/\/i0.wp.com\/reseauinternational.net\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/Sans-titre-22-2.png?fit=800%2C467&amp;quality=100&amp;ssl=1\"\/><meta itemprop=\"width\" content=\"800\"\/><meta itemprop=\"height\" content=\"467\"\/><\/span><span style=\"display: none;\" itemprop=\"publisher\" itemscope=\"\" itemtype=\"https:\/\/schema.org\/Organization\"><span style=\"display: none;\" itemprop=\"logo\" itemscope=\"\" itemtype=\"https:\/\/schema.org\/ImageObject\"><meta itemprop=\"url\" content=\"https:\/\/reseauinternational.net\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/Capture-de\u0301cran-2022-06-14-a\u0300-16.51.07.png\"\/><\/span><meta itemprop=\"name\" content=\"Laurent Guy\u00e9not\"\/><\/span><meta itemprop=\"datePublished\" content=\"2025-03-03T09:59:46+00:00\"\/><meta itemprop=\"dateModified\" content=\"2025-03-03T10:16:59+00:00\"\/><\/div>\n<p><br \/>\n<br \/><a href=\"https:\/\/reseauinternational.net\/le-genie-greco-romain-de-la-renaissance\/\" target=\"_blank\"\">Source link <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par Laurent Guy\u00e9not Sommes-nous grecs ou sommes-nous juifs ? 1\u00e8re Partie En histoire, tout est question de point de vue. 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