{"id":5357,"date":"2025-03-28T02:07:14","date_gmt":"2025-03-28T01:07:14","guid":{"rendered":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/2025\/03\/28\/apocalypse-une-expo-light-a-lamericaine\/"},"modified":"2025-03-28T02:07:14","modified_gmt":"2025-03-28T01:07:14","slug":"apocalypse-une-expo-light-a-lamericaine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/2025\/03\/28\/apocalypse-une-expo-light-a-lamericaine\/","title":{"rendered":"Apocalypse, une expo \u201c light \u201d \u00e0 l&rsquo;am\u00e9ricaine."},"content":{"rendered":"<p> <br \/>\n<\/p>\n<div id=\"\">\n<p>L\u2019expo \u201c\u00a0<a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.bnf.fr\/fr\/agenda\/apocalypse\" class=\"spip_out\" rel=\"external\">Apocalypse. Hier et demain<\/a>\u00a0\u201d refl\u00e8te bien l\u2019appauvrissement de notre monde culturel. Elle est pauvre en mat\u00e9riel iconographique, en commentaires sur ce mat\u00e9riau, en pr\u00e9sentation des diverses sections, en organisation, mais, surtout, en r\u00e9flexion sur son sujet. Mais le probl\u00e8me, c\u2019est, justement, le choix du sujet, qui laisse pressentir une inspiration \u00e9tasunienne et m\u00eame hollywoodienne\u00a0: la fascination morbide pour la catastrophe, et une vision simpliste et irrationnelle de l\u2019Histoire.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, on pr\u00e9cise d\u2019embl\u00e9e (tarte \u00e0 la cr\u00e8me rituelle) qu\u2019\u00ab\u00a0apocalypse\u00a0\u00bb veut dire en grec \u00ab\u00a0r\u00e9v\u00e9lation\u00a0\u00bb. Mais l\u2019effort critique s\u2019arr\u00eate l\u00e0\u00a0:\u00a0l\u2019expo se limite \u00e0 la description du sujet, sans aucun approfondissement, aucune discussion. Pourtant, ce texte est \u00e9minemment discutable, et n\u2019a \u00e9t\u00e9 en effet  admis dans le canon du <i>Nouveau Testamen<\/i>t qu\u2019apr\u00e8s de longues discussions (il ne l\u2019est souvent pas dans les \u00e9glises orientales). Certes, il part de paroles du Christ, annon\u00e7ant  (par exemple dans Marc, 13) de terribles catastrophes, pers\u00e9cutions, faux proph\u00e8tes, guerres, famines, tremblements de terre, chutes d\u2019\u00e9toiles&#8230; avant qu\u2019arrive le r\u00e8gne de Dieu et que les \u00e9lus soient r\u00e9compens\u00e9s. Mais l\u2019Apocalypse de Jean brode sur ces indications, aboutissant \u00e0 un fatras abracadabrant qui fait penser au monde imaginaire malade de J\u00e9r\u00f4me Bosch.<\/p>\n<p>Ce texte, qui semble un cauchemar sous substances psychotropes, n\u2019est pourtant pas original\u00a0: le pseudo-Jean n\u2019est pas un visionnaire, il s\u2019inscrit dans une tradition biblique (= Ancien Testament), dont on trouve les \u00e9l\u00e9ments chez les Proph\u00e8tes, en particulier Daniel, qui \u00ab\u00a0voit\u00a0\u00bb des b\u00eates \u00e0 plusieurs t\u00eates dot\u00e9es de multiples cornes. L\u2019Apocalypse est devenue un genre, dans la litt\u00e9rature religieuse juive. Et si l\u2019Apocalypse de Jean a \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9e, avec r\u00e9ticence, comme dernier livre du <i>Nouveau Testament<\/i>, c\u2019est qu\u2019elle tranche totalement, avec ses visions horrifiques, avec le style, et le contenu, \u00e9vang\u00e9liques.<\/p>\n<p>Voici donc un texte marginal, dans la litt\u00e9rature chr\u00e9tienne, mais qui est devenu aussi c\u00e9l\u00e8bre, et plus m\u00e9diatis\u00e9 aujourd\u2019hui, que les textes fondamentaux (les <i>Evangiles<\/i>, r\u00e9cits de la vie et de l\u2019enseignement du Christ). A quoi est d\u00fb ce succ\u00e8s\u00a0? L\u00e0 se situe l\u2019hypocrisie de l\u2019insistance \u00e9tymologique (apocalypse veut dire r\u00e9v\u00e9lation, non pas fin du monde)\u00a0:\u00a0ce qu\u2019on en retient, ce n\u2019est pas l\u2019annonce du triomphe, apr\u00e8s de multiples calamit\u00e9s, du r\u00e8gne de Dieu, mais bien les descriptions de monstres  effrayants et de d\u00e9sastres sanglants qui, bien s\u00fbr, \u00e9taient bien propres, par leur caract\u00e8re spectaculaire, \u00e0 inspirer le cin\u00e9ma &#8211;\u00a0mais dans quel but, avec quel effet\u00a0?<\/p>\n<p>Dans la partie illustrations modernes de l\u2019Apocalypse, on voit en particulier une sc\u00e8ne de <i>M\u00e9tropolis<\/i> (1926-27) de Fritz Lang, sans aucun commentaire (on est bien l\u00e0 dans notre contexte culturel\u00a0: il suffit de montrer, sans aucune discussion, ce qui fait que les images peuvent servir \u00e0 dire n\u2019importe quoi, ou plut\u00f4t elles ne veulent plus rien dire). Cet extrait montre, \u00e0 un niveau r\u00e9aliste, historique, un num\u00e9ro de cabaret o\u00f9 une artiste, v\u00eatue et coiff\u00e9e en idole, s\u2019\u00e9l\u00e8ve, assise sur une b\u00eate aux multiples t\u00eates, brandissant une coupe dor\u00e9e, et suscitant les d\u00e9sirs bestiaux des spectateurs en transe\u00a0; on est dans la R\u00e9publique de Weimar, dont les peintres expressionnistes ont abondamment illustr\u00e9 le climat de corruption morale. Il s\u2019agit bien s\u00fbr d\u2019un tableau repr\u00e9sentant la Grande Prostitu\u00e9e de Babylone\u00a0: \u00ab\u00a0je vis une femme assise sur une b\u00eate \u00e9carlate, couverte de noms blasph\u00e9matoires, et qui avait sept t\u00eates et dix cornes. La femme [&#8230;] tenait dans sa main une coupe d\u2019or pleine d\u2019abominations\u00a0:\u00a0les souillures de sa prostitution\u00a0\u00bb (Ap 17, 3-4). Mais, dans le film, ce personnage est jou\u00e9 par le robot Maria, dont le r\u00f4le, dans la ville ouvri\u00e8re souterraine, est celui d\u2019un militant syndicaliste\u00a0:\u00a0c\u2019est elle qui appelle \u00e0 la gr\u00e8ve, provoquant un accident de la Grande Machine, qui menace de noyer les enfants des ouvriers. Ils seront sauv\u00e9s par l\u2019initiative du Fils du Patron et de la jeune Maria, qui, elle, pr\u00eachait aux ouvriers la r\u00e9signation et l\u2019amour. Ainsi, l\u2019imagerie apocalyptique sert ici \u00e0 faire du mouvement syndicaliste une incarnation diabolique, ce qui est logique dans un film fasciste, dont la sc\u00e9nariste, et femme de Fritz Lang, est une militante du NSDAP, <a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Thea_von_Harbou\" class=\"spip_out\" rel=\"external\">Th\u00e9a von Harbou<\/a>, et dont le d\u00e9nouement pr\u00e9sente, comme solution aux injustices sociales, la r\u00e9conciliation entre le Bras (les ouvriers) et le Cerveau (le Ma\u00eetre de M\u00e9tropolis), gr\u00e2ce \u00e0 la m\u00e9diation du Coeur (le Fils du Patron, amoureux de la fille d\u2019ouvrier Maria). Ce refus de r\u00e9flexion, d\u2019esprit critique, de contextualisation se marque aussi dans la s\u00e9rie de dessins tir\u00e9e des <i>D\u00e9sastres de la guerre<\/i>, de Goya, comment\u00e9e par cette expression amphigourique\u00a0:\u00a0on voit ici \u00ab\u00a0la compr\u00e9hension apocalyptique de la catastrophe\u00a0\u00bb\u00a0! Ce qu\u2019on voit en fait, ce sont les r\u00e9sultats de l\u2019invasion de l\u2019Espagne par les troupes napol\u00e9oniennes, illustr\u00e9s par un <i>afrancesado<\/i>, un partisan du lib\u00e9ralisme des Lumi\u00e8res, Goya, qui, bien emb\u00eat\u00e9 par ces r\u00e9sultats concrets de ses id\u00e9es, ne trouve rien de mieux que de renvoyer dos \u00e0 dos agresseurs et agress\u00e9s, tous victimes d\u2019une guerre \u00e9ternelle.<br class=\"autobr\"\/><br \/>\nL\u2019\u00ab\u00a0actualisation\u00a0\u00bb de l\u2019Apocalypse ne peut donc se faire sans r\u00e9flexion, et on aurait appr\u00e9ci\u00e9 une section sur la fascination de la culture anglo-saxonne pour l\u2019Apocalypse, qui ne retient rien de la dimension \u00ab\u00a0r\u00e9v\u00e9lation\u00a0\u00bb, mais tout de l\u2019imagerie sanglante et cauchemardesque\u00a0; ici, on remarque une absence, au silence assourdissant, non pas un film \u00e9tasunien, mais un roman nourri de culture hollywoodienne,<i> Le nom de la rose<\/i> (1980) d\u2019Umberto Eco, devenu un film de  J.-J. Annaud (1986). En effet, toute l\u2019intrigue suit le sch\u00e9ma du septi\u00e8me sceau et des sept trompettes des sept anges\u00a0:\u00a0chacun des assassinats de moines est mis en sc\u00e8ne de fa\u00e7on \u00e0 r\u00e9aliser une des proph\u00e9ties, jusqu\u2019\u00e0 Jorge, qui meurt en mangeant le livre secret qu\u2019il avait lui-m\u00eame empoisonn\u00e9\u00a0:\u00a0on est dans le courant sataniste anglo-saxon, puisque, dans l\u2019Apocalypse, le Livre que mange Jean, est un livre de vie, qui devient ici instrument de mort.<\/p>\n<p>Mais l\u2019id\u00e9e m\u00eame d\u2019une actualisation de l\u2019Apocalypse \u00e9tait \u00e0 discuter, car plusieurs \u00e9coles s\u2019opposent ici\u00a0:\u00a0pour le courant \u00ab\u00a0id\u00e9aliste\u00a0\u00bb, tout est symbolique dans l\u2019Apocalypse, et il n\u2019y a pas lieu de chercher des \u00e9quivalents litt\u00e9raux dans la r\u00e9alit\u00e9\u00a0; par contre, pour le courant \u00ab\u00a0pr\u00e9sentiste\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0historiciste\u00a0\u00bb, l\u2019Apocalypse donne des cl\u00e9s de compr\u00e9hension pour l\u2019Histoire, et surtout, pour notre actualit\u00e9\u00a0; or, ce courant est en particulier repr\u00e9sent\u00e9 dans les \u00e9glises \u00e9vang\u00e9liques \u00e9tasuniennes (pour une fois, il faut saluer la qualit\u00e9 de l\u2019article \u201c\u00a0Apocalypse\u00a0\u201d de Wikip\u00e9dia). Dans cette \u00e9cole, tout \u00e9v\u00e9nement peut \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9 comme un signe annon\u00e7ant l\u2019Apocalypse, tout personnage d\u00e9test\u00e9 sera assimil\u00e9 \u00e0 un monstre apocalyptique ou \u00e0 l\u2019Ant\u00e9christ (qui a ainsi la m\u00eame fonction que Hitler). La derni\u00e8re partie, \u00ab\u00a0actualis\u00e9e\u00a0\u00bb, de l\u2019expo est ainsi particuli\u00e8rement na\u00efve et pauvre\u00a0:\u00a0tous les \u00e9v\u00e9nements tragiques du XXe si\u00e8cle, et  \u00ab\u00a0en premier lieu la Shoah\u00a0\u00bb, mais aussi le r\u00e9chauffement climatique, illustrent l\u2019Apocalypse. Par contre, il n\u2019est pas venu \u00e0 l\u2019id\u00e9e des commissaires de l\u2019expo que les ruines de Dresde bombard\u00e9e, et, sous nos yeux, celles de Gaza pouvaient correspondre aux horreurs apocalyptiques.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 donc une nouvelle exposition qui survole son sujet, et qui ne peut pas l\u2019approfondir parce qu\u2019elle est mal cadr\u00e9e, sans probl\u00e9matisation, comme la r\u00e9cente expo Caillebotte, sous le titre <i>woke<\/i> et ridicule  des \u00ab\u00a0masculinit\u00e9s\u00a0\u00bb. Une expo qui n\u2019\u00e9l\u00e8ve pas notre niveau d\u2019information ou de compr\u00e9hension, parce qu\u2019elle porte la marque d\u2019une culture \u00e9tasunienne jamais remise en question. Dommage qu\u2019il n\u2019y ait pas de commentaires ni de r\u00e9flexion sur le<i> Melancholia<\/i> de Lars von Trier, dont les images finales nous accueillent dans l\u2019expo\u00a0:\u00a0dans ce film magnifique, l\u2019apocalypse appara\u00eet comme un \u00e9v\u00e9nement moral, provoqu\u00e9 par l\u2019absence de raisons et de d\u00e9sir de vivre dans notre soci\u00e9t\u00e9, qu\u2019Emmanuel Todd d\u00e9finit comme celle du nihilisme.<\/p>\n<\/div>\n<p><script async defer>(function(d, s, id) {\nvar js, fjs = d.getElementsByTagName(s)[0];\nif (d.getElementById(id)) return;\njs = d.createElement(s); js.id = id;\njs.src=\"https:\/\/connect.facebook.net\/fr_FR\/sdk.js#xfbml=1&version=v3.0\";\nfjs.parentNode.insertBefore(js, fjs);\n}(document, 'script', 'facebook-jssdk'));<\/script><br \/>\n<br \/><br \/>\n<br \/><a href=\"https:\/\/www.legrandsoir.info\/apocalypse-une-expo-light-a-l-americaine.html\" target=\"_blank\"\">Source link <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019expo \u201c\u00a0Apocalypse. 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