{"id":6584,"date":"2025-04-18T05:28:48","date_gmt":"2025-04-18T03:28:48","guid":{"rendered":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/2025\/04\/18\/la-vie-dernst-junger-au-xxe-siecle-la-science-de-lesprit-sott-net\/"},"modified":"2025-04-18T05:28:48","modified_gmt":"2025-04-18T03:28:48","slug":"la-vie-dernst-junger-au-xxe-siecle-la-science-de-lesprit-sott-net","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/2025\/04\/18\/la-vie-dernst-junger-au-xxe-siecle-la-science-de-lesprit-sott-net\/","title":{"rendered":"La vie d&rsquo;Ernst J\u00fcnger au XXe si\u00e8cle \u2014 La Science de l&rsquo;Esprit \u2014 Sott.net"},"content":{"rendered":"<p> <br \/>\n<\/p>\n<div>\n      L&rsquo;\u00e9crivain allemand Ernst J\u00fcnger (1895-1998) demeure relativement m\u00e9connu dans le monde anglophone, malgr\u00e9 la disponibilit\u00e9 de ses \u0153uvres majeures en traduction. En France comme dans son pays natal, il est cependant depuis longtemps consid\u00e9r\u00e9 comme l&rsquo;un des auteurs allemands majeurs du si\u00e8cle dernier.<br \/>\n<\/p>\n<div class=\"article-image-super to-center\"><a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/fr.sott.net\/image\/s36\/726503\/full\/Junger.jpg\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.sott.net\/image\/s36\/726503\/super\/Junger.jpg\" alt=\"tyujki\" title=\"Cliquer pour agrandir\"\/><\/a><\/p>\n<p><span class=\"caption\">Ernst Junger<\/span><\/p>\n<\/div>\n<p>Sa vie et son \u0153uvre ont non seulement couvert la quasi-totalit\u00e9 du XXe si\u00e8cle, mais, comme il l&rsquo;a lui-m\u00eame remarqu\u00e9, elles ont sembl\u00e9 r\u00e9sonner avec ses \u00e9v\u00e9nements marquants tel un sismographe. Comme l&rsquo;\u00e9crit Dominique Venner &#8211; dont nous reparlerons plus loin &#8211; : \u00ab Ernst J\u00fcnger est <em>le<\/em> t\u00e9moin des visages successifs du destin europ\u00e9en \u00e0 travers ce si\u00e8cle des plus cruels. \u00bb<\/p>\n<div class=\"article-image-super to-center\"><a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/fr.sott.net\/image\/s36\/726489\/full\/JungerBook.jpg\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/fr.sott.net\/image\/s36\/726489\/super\/JungerBook.jpg\" alt=\"ghjkl\" title=\"Cliquer pour agrandir\"\/><\/a><\/div>\n<p>J\u00fcnger \u00e9tait issu de deux familles paysannes allemandes. C&rsquo;\u00e9tait un \u00e9tudiant intelligent, mais indisciplin\u00e9, qu&rsquo;on ne pouvait forcer \u00e0 \u00e9tudier ce qui ne l&rsquo;int\u00e9ressait pas. Ce qui l&rsquo;int\u00e9ressait, c&rsquo;\u00e9tait la litt\u00e9rature, surtout tout ce qui avait un caract\u00e8re aventureux ou exotique : les contes de l&rsquo;Ouest am\u00e9ricain de Karl May, Jules Verne, Alexandre Dumas, <em>Les Mille et Une Nuits<\/em> , les Eddas islandaises. Il acquit de bonnes bases en grec, en latin et en fran\u00e7ais. Il passait une grande partie de son temps libre \u00e0 explorer une \u00e9tendue de campagne mar\u00e9cageuse presque inhabit\u00e9e en compagnie de son jeune fr\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00c0 18 ans, J\u00fcnger s&rsquo;enfuit pour rejoindre la L\u00e9gion \u00e9trang\u00e8re fran\u00e7aise, imaginant que ce serait un billet pour l&rsquo;aventure en Afrique. Il finit par effectuer des t\u00e2ches routini\u00e8res dans une caserne de Sidi-bel-Abb\u00e8s, en Alg\u00e9rie. Au bout de trois semaines, il s&rsquo;enfuit, mais fut rapidement ramen\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;autochtones, qui recevaient des primes pour leur aide. Lorsque son p\u00e8re apprit qu&rsquo;Ernst \u00e9tait enferm\u00e9 dans une prison r\u00e9gimentaire, il se rendit au minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res de Berlin et obtint son rapatriement, pr\u00e9textant qu&rsquo;il \u00e9tait encore mineur et avait menti sur son \u00e2ge.<\/p>\n<p>L&rsquo;aventure tant esp\u00e9r\u00e9e par J\u00fcnger allait bient\u00f4t lui arriver, sans qu&rsquo;il l&rsquo;ait souhait\u00e9e, sous la forme de la Grande Guerre. Il s&rsquo;engagea rapidement dans un r\u00e9giment de fusiliers, suivit plusieurs semaines d&rsquo;entra\u00eenement intensif et fut envoy\u00e9 en France dans les derniers jours de 1914. Il emporta un petit carnet pour consigner ses impressions : \u00ab Je savais que les choses qui nous attendaient \u00e9taient uniques, et je m&rsquo;y aventurais avec une grande curiosit\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>J\u00fcnger participa \u00e0 de nombreuses op\u00e9rations militaires et re\u00e7ut sa premi\u00e8re blessure en avril 1915. Apr\u00e8s sa convalescence, et sur l&rsquo;insistance de son p\u00e8re, il suivit une formation compl\u00e9mentaire pour devenir officier. L&rsquo;ann\u00e9e suivante, il participa \u00e0 la bataille de la Somme, o\u00f9 il fut bless\u00e9 \u00e0 deux reprises et re\u00e7ut la Croix de Fer de premi\u00e8re classe. Au total, il re\u00e7ut 15 blessures, la derni\u00e8re en \u00e9chappant \u00e0 l&rsquo;encerclement britannique en ao\u00fbt 1918. Peu avant la fin de la guerre, le lieutenant J\u00fcnger re\u00e7ut l&rsquo;Ordre du M\u00e9rite, la plus haute distinction allemande.<\/p>\n<p>Au cours de quatre ann\u00e9es de combat, il a accumul\u00e9 seize volumes de journaux intimes, \u00ab encore enduits de la boue s\u00e9ch\u00e9e des tranch\u00e9es et couverts de taches sombres dont je ne pouvais plus d\u00e9terminer s&rsquo;il s&rsquo;agissait de sang ou de vin \u00bb. Il les a rassembl\u00e9s dans un livre, <em>Temp\u00eate d&rsquo;Acier<\/em> (1920), t\u00e9moignage remarquable de la Grande Guerre telle qu&rsquo;elle a \u00e9t\u00e9 v\u00e9cue par l&rsquo;un de ses combattants. Cet ouvrage demeure l&rsquo;ouvrage le plus lu de J\u00fcnger et constitue le fondement de sa r\u00e9putation litt\u00e9raire ult\u00e9rieure. Au cours des ann\u00e9es suivantes, une s\u00e9rie d&rsquo;ouvrages plus courts ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s, mettant en lumi\u00e8re divers aspects du conflit : <em>La Guerre comme exp\u00e9rience int\u00e9rieure<\/em> , <em>Copse 125<\/em> et <em>\u00c0 feu et \u00e0 sang,<\/em> des ouvrages \u00e9crits sur fond de d\u00e9faite nationale et d&rsquo;humiliation. Mais comme le note Dominique Venner :\n<\/p>\n<blockquote class=\"typ1\"><p>\nOn chercherait en vain un seul mot de ressentiment, une seule trace de haine envers les ennemis de l&rsquo;Allemagne d&rsquo;antan. Au contraire, on y trouve une estime \u00e9vidente, voire une sympathie, pour ceux que J\u00fcnger avait combattus avec une fureur d\u00e9brid\u00e9e. En effet, remontant trente si\u00e8cles en arri\u00e8re pour renouer avec l&rsquo;\u00e9thique de l&rsquo;Iliade, il est pr\u00eat \u00e0 reconna\u00eetre que son adversaire est \u00e9galement dans son droit. Quand on comprend cela, \u00ab on honore l&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme ; on l&rsquo;honore partout et surtout dans les rangs de son ennemi \u00bb.\n<\/p><\/blockquote>\n<div class=\"article-image-super to-center\"><a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/fr.sott.net\/image\/s36\/726491\/full\/6d18b3631613e202f7d053d99b4537.jpg\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/fr.sott.net\/image\/s36\/726491\/super\/6d18b3631613e202f7d053d99b4537.jpg\" alt=\"fghj\" title=\"Cliquer pour agrandir\"\/><\/a><\/div>\n<p>J\u00fcnger n&rsquo;avait cependant aucune patience envers les pacifistes qui consid\u00e9raient la guerre \u00ab comme une affaire mat\u00e9rielle \u00bb et la r\u00e9duisaient donc \u00e0 \u00ab des villes d\u00e9vast\u00e9es et \u00e0 d&rsquo;effroyables souffrances \u00bb :<\/p>\n<blockquote class=\"typ1\"><p>\nIl existe des r\u00e9alit\u00e9s sup\u00e9rieures auxquelles [la guerre] est soumise. Lorsque deux peuples civilis\u00e9s s&rsquo;affrontent, la balance ne se r\u00e9sume pas \u00e0 des explosifs et \u00e0 de l&rsquo;acier. Tout ce que chacun d\u00e9tient de poids est en jeu. Des valeurs sont mises \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve face auxquelles la brutalit\u00e9 des moyens doit &#8211; \u00e0 quiconque a le pouvoir d&rsquo;en juger \u2014 para\u00eetre insignifiante.\n<\/p><\/blockquote>\n<p>Rien de tout cela n&rsquo;a emp\u00each\u00e9 J\u00fcnger de d\u00e9crire les horreurs du combat, qu&rsquo;il avait toutes v\u00e9cues personnellement, avec une honn\u00eatet\u00e9 et une pr\u00e9cision parfaites. Comme l&rsquo;\u00e9crit Venner :<\/p>\n<blockquote class=\"typ1\"><p>\nSon but n&rsquo;est ni de choquer ni de plaire. Les conclusions qu&rsquo;il tire de cette \u00e9preuve ne sont cependant pas empreintes de d\u00e9sespoir ou de r\u00e9signation. On y d\u00e9c\u00e8le une r\u00e9flexion \u00ab h\u00e9raclit\u00e9enne \u00bb sur les d\u00e9fis impos\u00e9s aux hommes \u00e0 travers les \u00e2ges, d\u00e9fis qui s&rsquo;inscrivent dans le cadre d&rsquo;une lutte cosmique sans fin.\n<\/p><\/blockquote>\n<p>La capitulation de l&rsquo;Allemagne en novembre 1918 co\u00efncida avec le renversement de la monarchie des Hohenzollern et l&rsquo;instauration de la R\u00e9publique de Weimar. Durant ses cinq premi\u00e8res ann\u00e9es, le nouveau gouvernement parvint difficilement \u00e0 contenir une s\u00e9rie de soul\u00e8vements violents de la gauche radicale, l&rsquo;\u00e9quivalent allemand des bolcheviks russes. Il surmonta cette temp\u00eate gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;aide essentielle des \u00ab corps francs \u00bb, formations militaires non officielles compos\u00e9es de jeunes nationalistes et d&rsquo;anciens soldats peu enclins \u00e0 la r\u00e9publique social-d\u00e9mocrate qu&rsquo;ils sauvaient. J\u00fcnger sympathisait avec ces hommes, \u00e9crivant plus tard : \u00ab Il s&rsquo;av\u00e9ra que l&rsquo;Allemagne poss\u00e9dait encore un type d&rsquo;homme sur lequel on pouvait compter et qui \u00e9tait \u00e0 la hauteur pour vaincre l&rsquo;anarchie. \u00bb Il ne participa cependant pas \u00e0 leurs luttes, restant dans la <em>Reichswehr<\/em>, l&rsquo;arm\u00e9e de la R\u00e9publique allemande, jusqu&rsquo;en ao\u00fbt 1923.<\/p>\n<p>Vers le milieu des ann\u00e9es 1920, le r\u00e9gime se stabilisa et le conflit politique passa de la rue \u00e0 la presse \u00e9crite. D&rsquo;innombrables revues nationalistes apparurent, pr\u00f4nant des programmes politiques souvent radicaux poursuivant des objectifs essentiellement constructifs et patriotiques, un ph\u00e9nom\u00e8ne plus tard baptis\u00e9 paradoxalement \u00ab r\u00e9volution conservatrice \u00bb. J\u00fcnger joua un r\u00f4le important dans ce mouvement, publiant de nombreux articles entre 1925 et 1930. Sa pens\u00e9e se rapprochait le plus du courant \u00ab national-r\u00e9volutionnaire \u00bb, qui pr\u00f4nait la coop\u00e9ration avec la Russie sovi\u00e9tique. Comme l&rsquo;explique Venner, cette th\u00e8se n&rsquo;\u00e9tait pas motiv\u00e9e par une quelconque sympathie pour le communisme l\u00e9niniste, mais par une tradition prussienne plus ancienne de russophilie : \u00ab Pour les proches du mouvement national-bolchevique, le communisme russe n&rsquo;\u00e9tait que superficiellement marxiste par nature. Il semblait \u00eatre, avant tout, un ph\u00e9nom\u00e8ne russe. \u00bb Ces penseurs croyaient que l&rsquo;esprit d&rsquo;une nation, ou <em>Volksgeist<\/em> , \u00e9tait une chose permanente qui finirait toujours par l&#8217;emporter sur les contingences plus superficielles de la politique.<\/p>\n<p>Nombre de ses alli\u00e9s politiques, mais pas J\u00fcnger lui-m\u00eame, \u00e9taient issus de la gauche. Ils se dissociaient cependant du marxisme orthodoxe, enseignant que le principal ennemi du travailleur allemand n&rsquo;\u00e9tait pas l&#8217;employeur allemand, mais le capital financier international incarn\u00e9 par les vainqueurs de la Grande Guerre. Par cons\u00e9quent, ils souhaitaient une alliance entre l&rsquo;Allemagne et la Russie, les deux \u00ab nations prol\u00e9tariennes \u00bb contre un Occident capitaliste. Pendant une br\u00e8ve p\u00e9riode, cette pens\u00e9e exer\u00e7a une influence m\u00eame au sein du mouvement national-socialiste naissant, en la personne de Gregor Strasser, chef du parti en Allemagne du Nord, bien qu&rsquo;il f\u00fbt bient\u00f4t renvers\u00e9 par Hitler.<\/p>\n<p>De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, la p\u00e9riode de la R\u00e9volution conservatrice fut marqu\u00e9e par une absence totale de barri\u00e8res \u00e9tanches entre droite et gauche, et cette distinction \u00e9tait d\u00e9nu\u00e9e de sens pour J\u00fcnger lui-m\u00eame. Il \u00e9tait, par exemple, particuli\u00e8rement proche d&rsquo;Ernst Niekisch durant ces ann\u00e9es, un homme qui finit par s&rsquo;installer \u00e0 Berlin-Est apr\u00e8s 1945 et travailler pour le gouvernement sovi\u00e9tique. Gr\u00e2ce \u00e0 Niekisch, \u00e9crit Venner, J\u00fcnger \u00ab fit la connaissance du pacifiste Ernst Toller, de l&rsquo;anarchiste Erich M\u00fchsam et du marxiste Georg Lukacs \u00bb.<\/p>\n<p>Vers la fin des ann\u00e9es 1920, les \u0153uvres de J\u00fcnger commencent \u00e0 refl\u00e9ter ce que Venner appelle \u00ab un net repli sur lui-m\u00eame [&#8230;]. Il a cess\u00e9 de croire aux ressources de l&rsquo;action collective \u00bb. L&rsquo;effervescence journalistique de la R\u00e9volution conservatrice commence \u00e9galement \u00e0 c\u00e9der la place \u00e0 l&rsquo;essor des partis politiques radicaux. Aux \u00e9lections allemandes de septembre 1930, en pleine crise \u00e9conomique mondiale, le Parti national-socialiste d&rsquo;Hitler voit son nombre de voix multipli\u00e9 par huit, et les communistes enregistrent \u00e9galement des gains significatifs. Il devient \u00e9vident que le centre r\u00e9publicain mod\u00e9r\u00e9 ne parviendra pas \u00e0 se maintenir.<\/p>\n<p>J\u00fcnger se souviendra plus tard de sa premi\u00e8re rencontre avec Hitler et son mouvement :\n<\/p>\n<blockquote class=\"typ1\"><p>\nJe connaissais \u00e0 peine son nom lorsque je l&rsquo;ai vu dans un amphith\u00e9\u00e2tre munichois, o\u00f9 il pronon\u00e7ait l&rsquo;un de ses tout premiers discours. J&rsquo;\u00e9tais captiv\u00e9, comme s&rsquo;il subissait une sorte de purification. Nos efforts incommensurables durant ces quatre ann\u00e9es de guerre avaient non seulement conduit \u00e0 notre perte, mais aussi \u00e0 l&rsquo;humiliation. Notre pays, d\u00e9sormais d\u00e9sarm\u00e9, \u00e9tait encercl\u00e9 par de dangereux voisins arm\u00e9s jusqu&rsquo;aux dents ; il \u00e9tait fragment\u00e9, pill\u00e9, exsangue. C&rsquo;\u00e9tait une vision sinistre, une vision d&rsquo;horreur pure. Et maintenant, nous regardions un \u00e9tranger surgir et nous dire ce qu&rsquo;il fallait dire, et chacun sentait qu&rsquo;il avait raison. Et ce n&rsquo;\u00e9tait pas un simple discours qu&rsquo;il pronon\u00e7ait, car il incarnait une manifestation de l&rsquo;\u00e9l\u00e9mentaire, et je venais d&rsquo;\u00eatre emport\u00e9 par elle.\n<\/p><\/blockquote>\n<p>En 1925, Hitler envoya \u00e0 l&rsquo;auteur de <em>Temp\u00eate d&rsquo;acier<\/em> un exemplaire de son manifeste <em>Mein Kampf<\/em>, fra\u00eechement publi\u00e9 ; J\u00fcnger le remercia en lui envoyant un de ses propres livres portant l&rsquo;inscription \u00ab \u00c0 Adolf Hitler, le F\u00fchrer de la nation ! Ernst J\u00fcnger. \u00bb<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 leur engagement commun en faveur d&rsquo;un renouveau r\u00e9volutionnaire de la nation allemande, cette amiti\u00e9 ne dura pas. Venner consacre un chapitre \u00e0 comparer les vues de J\u00fcnger \u00e0 l&rsquo;id\u00e9ologie hitl\u00e9rienne. Il attribue \u00e0 J\u00fcnger \u00ab une conception prussienne hautement spirituelle de l&rsquo;\u00c9tat, con\u00e7u comme un ordre chevaleresque \u00bb, o\u00f9 libert\u00e9 et service \u00e9taient parfaitement indissociables. Le philosophe Oswald Spengler expliquait ainsi l&rsquo;id\u00e9al prussien :\n<\/p>\n<blockquote class=\"typ1\"><p>\n\u00catre libre et servir : rien n&rsquo;est plus difficile que ces deux choses ; seuls les peuples dont l&rsquo;esprit et l&rsquo;\u00eatre sont enracin\u00e9s dans de telles capacit\u00e9s ont le droit d&rsquo;aspirer \u00e0 un grand destin. Servir \u2014 c&rsquo;est l\u00e0 le style de l&rsquo;ancienne Prusse. Il n&rsquo;y a pas de \u00ab je \u00bb, mais un \u00ab nous \u00bb, un sentiment collectif auquel chacun consacre toute son existence. Le singulier importe peu et doit se sacrifier au nom du Tout. La libert\u00e9 int\u00e9rieure au sens noble du terme, <em>libertas oboedientiae<\/em> , la libert\u00e9 dans l&rsquo;ob\u00e9issance, a toujours caract\u00e9ris\u00e9 les meilleurs \u00e9l\u00e9ments de l&rsquo;\u00e9ducation prussienne.\n<\/p><\/blockquote>\n<p>En revanche, \u00e9crit Venner, \u00ab l&rsquo;esprit syst\u00e9mique d&rsquo;Hitler, toujours en qu\u00eate de v\u00e9rit\u00e9 absolue, a \u00e9t\u00e9 \u00e9bloui par \u00bb le darwinisme racial popularis\u00e9 de sa jeunesse, dont il a tir\u00e9<\/p>\n<blockquote class=\"typ1\"><p>\nUn imp\u00e9ratif cat\u00e9gorique, impr\u00e9gn\u00e9 de toute la violence de l&rsquo;extr\u00e9misme religieux. C&rsquo;est ce qui rapproche Hitler de L\u00e9nine, pour qui la \u00ab science \u00bb avait remplac\u00e9 les certitudes issues de la parole de Dieu. Et puisque la science et l&rsquo;avenir le lui ordonnaient, Hitler allait, \u00e0 l&rsquo;instar des marxistes, mettre en \u0153uvre son plan sans se soucier des souffrances et des dommages qu&rsquo;il provoquerait.\n<\/p><\/blockquote>\n<p>Venner ne cite qu&rsquo;une seule remarque de J\u00fcnger \u00e0 connotation raciale, une r\u00e9f\u00e9rence sarcastique de 1929 aux \u00ab tentatives de l&rsquo;humanisme d&rsquo;honorer l&rsquo;homme en chaque Bushman plut\u00f4t qu&rsquo;en nous \u00bb. Il note que \u00ab comme ses contemporains, J\u00fcnger \u00e9tait bien conscient de l&rsquo;importance d&rsquo;\u00eatre \u00ab\u00a0bien \u00e9lev\u00e9\u00a0\u00bb dans le cadre du vivier n\u00e9cessaire d&rsquo;une nation. Contrairement \u00e0 Hitler, cependant, il ne consid\u00e9rait pas cela comme la seule explication. \u00bb Venner attribue \u00e0 Hitler la conviction qu&rsquo;\u00ab il suffisait d&rsquo;appliquer des mesures eug\u00e9niques et d&rsquo;\u00e9riger des barri\u00e8res contre le m\u00e9tissage pour que les vertus d&rsquo;antan puissent revenir et que l&rsquo;Aryen, cr\u00e9ateur d&rsquo;une forme sup\u00e9rieure de civilisation, puisse automatiquement refaire surface. \u00bb Il oppose ce fanatisme simpliste \u00e0 une vision plus traditionnelle de la race, qui<\/p>\n<blockquote class=\"typ1\"><p>\nSans n\u00e9gliger les facteurs d&rsquo;am\u00e9lioration et de d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence physiques, ils ne croient pas au progr\u00e8s humain en fonction d&rsquo;une \u00e9volution g\u00e9n\u00e9rale de l&rsquo;esp\u00e8ce, mais \u00e0 des am\u00e9liorations personnelles et civilisationnelles constamment r\u00e9p\u00e9t\u00e9es, issues d&rsquo;un effort de d\u00e9passement de soi. Ernst J\u00fcnger pressentait que, comme le marxisme, l&rsquo;hitl\u00e9risme \u00e9tait une d\u00e9formation du rationalisme des Lumi\u00e8res, une sorte de raisonnement atteint de folie. Ce qui avait \u00e9t\u00e9 v\u00e9cu comme une sagesse imm\u00e9moriale, accommodante et flexible allait \u00eatre impos\u00e9 avec une rigueur g\u00e9om\u00e9trique par des l\u00e9gions de fonctionnaires \u00e0 l&rsquo;esprit \u00e9troit. . . . Nulle part dans l&rsquo;\u0153uvre de J\u00fcnger on ne trouve la moindre trace du darwinisme racial qui caract\u00e9rise le national-socialisme hitl\u00e9rien.\n<\/p><\/blockquote>\n<p>Les nationaux-socialistes se m\u00e9fiaient \u00e9galement de J\u00fcnger et commenc\u00e8rent \u00e0 publier des critiques acerbes de ses \u0153uvres, l&rsquo;une d&rsquo;elles pr\u00e9disant m\u00eame qu&rsquo;il finirait par \u00ab recevoir une balle dans la nuque \u00bb. En avril 1933, la police locale perquisitionna son domicile et, craignant d&rsquo;\u00e9ventuelles perquisitions ult\u00e9rieures, il prit la pr\u00e9caution de d\u00e9truire son journal des ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dant l&rsquo;av\u00e8nement du Troisi\u00e8me Reich. Venner qualifie cela de \u00ab grande perte qui nous prive des jalons qui auraient pu nous permettre de mieux comprendre son \u00e9volution \u00e0 cette \u00e9poque \u00bb. J\u00fcnger opta pour ce que l&rsquo;on appelle parfois \u00ab l&rsquo;\u00e9migration int\u00e9rieure \u00bb, restant en Allemagne tout en gardant discr\u00e8tement ses distances avec le pouvoir. Il fut particuli\u00e8rement indign\u00e9 par la purge du 30 juin 1934, commun\u00e9ment appel\u00e9e la \u00ab Nuit des Longs Couteaux \u00bb, dont les victimes incluaient des hommes qu&rsquo;il connaissait bien.<\/p>\n<p>En septembre 1939, peu apr\u00e8s l&rsquo;invasion de la Pologne par l&rsquo;Allemagne, J\u00fcnger publia un court roman all\u00e9gorique intitul\u00e9 <em>Sur les falaises de marbre<\/em>. L&rsquo;intrigue, comme l&rsquo;\u00e9crit Venner, est centr\u00e9e sur deux fr\u00e8res vivant dans un pays imaginaire.\n<\/p>\n<blockquote class=\"typ1\"><p>\nEnvahi par des forces barbares et sanguinaires. Au d\u00e9but, leur pass\u00e9 belliqueux les pousse \u00e0 recourir aux armes. Plus tard, cependant, en r\u00e9fl\u00e9chissant au plus profond de leur ermitage, ils en viennent \u00e0 la conclusion qu&rsquo;\u00ab il existe des armes plus puissantes que celles qui coupent ou poignardent \u00bb et d\u00e9cident de \u00ab r\u00e9sister avec les seules forces spirituelles \u00bb.\n<\/p><\/blockquote>\n<p>L&rsquo;all\u00e9gorie n&rsquo;\u00e9tait pas difficile \u00e0 saisir, et le livre fut \u00ab imm\u00e9diatement per\u00e7u comme une condamnation cod\u00e9e du r\u00e9gime \u00bb. M\u00eame le deuxi\u00e8me fr\u00e8re \u00e9tait une allusion \u00e9vidente au fr\u00e8re cadet de J\u00fcnger, Friedrich Georg, lui-m\u00eame \u00e9crivain talentueux. <em>Sur les falaises de marbre<\/em> connut un grand succ\u00e8s, se vendant \u00e0 plus de 30 000 exemplaires en quelques mois. Joseph Goebbels voulut faire arr\u00eater l&rsquo;auteur, mais Hitler passa outre : \u00ab On ne touche pas \u00e0 J\u00fcnger ! \u00bb<\/p>\n<p>J\u00fcnger, 44 ans, fut rappel\u00e9 sous les drapeaux comme commandant d&rsquo;une compagnie d&rsquo;infanterie d\u00e9fendant la ligne Siegfried contre une \u00e9ventuelle attaque fran\u00e7aise. Lorsque l&rsquo;Allemagne envahit la France en mai 1940, il participa \u00e0 la prise de Laon et prot\u00e9gea sa biblioth\u00e8que m\u00e9di\u00e9vale du pillage. Au printemps 1941, il fut affect\u00e9 aux forces d&rsquo;occupation \u00e0 Paris. Il y b\u00e9n\u00e9ficia de la protection du colonel Hans Speidel, admirateur de ses \u00e9crits et \u00ab l&rsquo;\u00e2me m\u00eame d&rsquo;un petit cercle d&rsquo;officiers unis par la m\u00eame hostilit\u00e9 voil\u00e9e \u00e0 la politique hitl\u00e9rienne \u00bb.<\/p>\n<p>Outre ses obligations administratives ou militaires, J\u00fcnger jouissait d&rsquo;une grande libert\u00e9, qu&rsquo;il consacrait \u00e0 explorer les sc\u00e8nes artistiques et litt\u00e9raires parisiennes, consignant ses impressions dans des journaux intimes. Il devint un habitu\u00e9 du salon de Florence Gould, une femme fortun\u00e9e qui parvenait \u00e0 r\u00e9galer ses invit\u00e9s de \u00ab repas somptueux, arros\u00e9s des meilleurs vins et accompagn\u00e9s de caf\u00e9 authentique \u00bb, comme s&rsquo;il n&rsquo;y avait ni guerre ni occupation. Lors de ses soir\u00e9es, J\u00fcnger rencontrait \u00ab toutes sortes de personnes, y compris des collaborateurs, des p\u00e9tainistes, des r\u00e9sistants et des personnes qui choisissaient de rester indiff\u00e9rentes \u00bb. (Apr\u00e8s la Lib\u00e9ration, Mme Gould sauva sa peau gr\u00e2ce \u00e0 de \u00ab g\u00e9n\u00e9reux dons \u00bb \u00e0 la R\u00e9sistance fran\u00e7aise.)<\/p>\n<div class=\"article-image-super to-center\"><a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/fr.sott.net\/image\/s36\/726500\/full\/JungerParis.jpg\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/fr.sott.net\/image\/s36\/726500\/super\/JungerParis.jpg\" alt=\"ghjk\" title=\"Cliquer pour agrandir\"\/><\/a><\/p>\n<p><span class=\"caption\">Ernst J\u00fcnger \u00e0 Paris, 1941.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<p>La France, quant \u00e0 elle, d\u00e9couvrait J\u00fcnger, jusque-l\u00e0 peu connu. Ses \u0153uvres, dont l&rsquo;all\u00e9gorie dissidente \u00ab <em>Sur les falaises de marbre \u00bb<\/em> et ses journaux parisiens, commenc\u00e8rent rapidement \u00e0 para\u00eetre en traduction fran\u00e7aise. La fascination des Fran\u00e7ais pour J\u00fcnger se r\u00e9v\u00e9la durable, et une \u00e9dition richement annot\u00e9e de ses journaux de guerre fut m\u00eame publi\u00e9e dans la prestigieuse <em>Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade<\/em> .<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la d\u00e9faite de l&rsquo;Allemagne \u00e0 Stalingrad, celui qui fut un temps un ennemi du pacifisme entreprit la r\u00e9daction d&rsquo;un court manifeste intitul\u00e9 <em>Paix<\/em>, destin\u00e9 \u00e0 servir d&rsquo;appel \u00e0 la jeunesse europ\u00e9enne et de guide \u00e0 l&rsquo;opposition. Venner juge \u00ab totalement illusoire \u00bb l&rsquo;espoir de paix par le compromis exprim\u00e9 dans l&rsquo;ouvrage et \u00e9crit que \u00ab ses justifications pitoyables et ses platitudes humanitaires r\u00e9sument le chaos intellectuel auquel l&rsquo;Europe allait devoir faire face pendant longtemps \u00bb. Il conc\u00e8de cependant que l&rsquo;espoir russophile de J\u00fcnger d&rsquo;une \u00ab transfiguration de la R\u00e9volution russe [qui doit] s&rsquo;accomplir sur un plan m\u00e9taphysique \u00bb refl\u00e8te une \u00ab na\u00efvet\u00e9 attachante \u00bb. L&rsquo;ouvrage ne put \u00e9videmment pas \u00eatre publi\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, mais une \u00e9dition fran\u00e7aise parut en 1948.<\/p>\n<p>J\u00fcnger fut d\u00e9mobilis\u00e9 en ao\u00fbt 1944, quelques jours avant la lib\u00e9ration de Paris. De retour en Allemagne en janvier 1945, il apprit tardivement la mort de son fils a\u00een\u00e9. D\u00e9but 1944, ce cadet de marine de dix-sept ans avait \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 pour avoir d\u00e9clar\u00e9 qu&rsquo;il tirerait volontiers la corde qui servirait \u00e0 pendre Hitler. J\u00fcnger parvint \u00e0 obtenir la cl\u00e9mence pour le jeune homme, en raison de sa jeunesse, en \u00e9change d&rsquo;un recrutement imm\u00e9diat dans l&rsquo;arm\u00e9e, mais il fut tu\u00e9 le 29 novembre 1944, dans le nord de l&rsquo;Italie.<\/p>\n<p>D\u00e9but 1945, J\u00fcnger fut affect\u00e9 \u00e0 la <em>Volkssturm<\/em> , une sorte de milice territoriale \u00e9tablie vers la fin de la guerre. Le 3 avril, il ordonna \u00e0 ses hommes de ne pas r\u00e9sister aux troupes am\u00e9ricaines. Ses journaux intimes t\u00e9moignent de sa perte progressive d&rsquo;estime pour les conqu\u00e9rants de sa nation, autrefois fond\u00e9e sur leur opposition commune \u00e0 Hitler. Il nota, par exemple, la satisfaction manifeste avec laquelle la radio alli\u00e9e rapportait les atrocit\u00e9s commises contre les civils allemands.<\/p>\n<p>Sous l&rsquo;occupation alli\u00e9e, J\u00fcnger fut qualifi\u00e9 de \u00ab nationaliste \u00bb, ce qui pour les Am\u00e9ricains signifiait presque un nazi, et il fut interdit de publication jusqu&rsquo;en 1949. En 1951, il publia un essai intitul\u00e9 <em>Le Passage de la For\u00eat<\/em> ( <em>Der Waldgang<\/em> ), qui refl\u00e9tait son attitude face \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence de la Guerre froide, marqu\u00e9e par l&rsquo;inactivit\u00e9 europ\u00e9enne et la domination des puissances ext\u00e9rieures. Il prit ses distances avec \u00ab l&rsquo;\u00e9migration int\u00e9rieure \u00bb qu&rsquo;il avait adopt\u00e9e sous le Troisi\u00e8me Reich, \u00e9crivant : \u00ab Pour se d\u00e9fendre contre l&rsquo;injustice ou la tyrannie, on ne peut se limiter \u00e0 la seule conqu\u00eate des royaumes int\u00e9rieurs. \u00bb<\/p>\n<p>Comme l&rsquo;explique Venner : \u00ab Le mot <em>Waldg\u00e4nger<\/em> tire son nom d&rsquo;une ancienne coutume scandinave. Tout hors-la-loi coupable de meurtre pouvait \u00eatre l\u00e9galement ex\u00e9cut\u00e9 par quiconque le rencontrait. Le paria, en revanche, avait le droit de \u00ab\u00a0prendre le chemin forestier\u00a0\u00bb \u2014 de se r\u00e9fugier dans les bois et d&rsquo;y vivre librement \u00e0 ses risques et p\u00e9rils. \u00bb Dans la tradition europ\u00e9enne, les for\u00eats ont longtemps \u00e9t\u00e9 d\u00e9crites comme des lieux de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n<p>Dans son roman all\u00e9gorique <em>Eumeswil<\/em> de 1977 , J\u00fcnger a esquiss\u00e9 ce que Venner appelle<\/p>\n<p>Un nouveau \u00ab type \u00bb, une nouvelle \u00ab figure \u00bb dont on jurerait qu&rsquo;elle est celle de l&rsquo;Europ\u00e9en contraint de rester en marge de l&rsquo;histoire. Et c&rsquo;est pour lui que J\u00fcnger a invent\u00e9 le terme \u00ab anarque \u00bb, qu&rsquo;il s&#8217;empresse d&rsquo;opposer \u00e0 l&rsquo;anarchiste. [Ce dernier] est d\u00e9pendant &#8211; \u00e0 la fois de ses d\u00e9sirs obscurs et du pouvoir en place. Il suit l&rsquo;homme puissant&#8230; qu&rsquo;il r\u00eave d&rsquo;an\u00e9antir&#8230; comme son ombre. Le pendant positif de l&rsquo;anarchiste est l&rsquo;anarque, [qui] n&rsquo;est pas l&rsquo;adversaire du monarque. Il observe le monde qui l&rsquo;entoure avec int\u00e9r\u00eat et d\u00e9tachement. Ce qui le pr\u00e9occupe, c&rsquo;est, en r\u00e9alit\u00e9, son int\u00e9grit\u00e9. Incapable d&rsquo;\u00eatre le roi du monde, il est le roi de lui-m\u00eame. Cela lui conf\u00e8re une attitude \u00e0 la fois objective et sceptique envers le pouvoir en place.<\/p>\n<p>J\u00fcnger ajoute que \u00ab tout historien n\u00e9 est plus ou moins un anarque \u00bb.<\/p>\n<p>Ernst J\u00fcnger a v\u00e9cu jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 102 ans, et Venner d\u00e9crit le r\u00e9gime qu&rsquo;il a suivi presque jusqu&rsquo;\u00e0 la fin :\n<\/p>\n<blockquote class=\"typ1\"><p>\nSe douchant \u00e0 l&rsquo;eau froide chaque matin, il se promenait quotidiennement \u00e0 la campagne et s&rsquo;adonnait \u00e0 la lecture contemplative, transcrivant ses pens\u00e9es dans son journal intime, sans jamais n\u00e9gliger les bienfaits du bon vin et du sommeil. Des photos prises \u00e0 l&rsquo;occasion de son centi\u00e8me anniversaire t\u00e9moignent de la fermet\u00e9 aristocratique de son visage. Et l&rsquo;interview t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e qu&rsquo;il accorda en fran\u00e7ais \u00e0 cette occasion souligne la vigueur intacte de son esprit sarcastique.\n<\/p><\/blockquote>\n<div class=\"article-image-super to-center\" style=\"width: 655.434px;\"><a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/fr.sott.net\/image\/s36\/726501\/full\/Bust.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/fr.sott.net\/image\/s36\/726501\/super\/Bust.jpg\" alt=\"fghj\" title=\"Cliquer pour agrandir\"\/><\/a><\/div>\n<p>Pour conclure, il convient de dire quelques mots sur l&rsquo;auteur de cette \u00e9tude. Dominique Venner est n\u00e9 en 1935, 40 ans apr\u00e8s J\u00fcnger, et sa vie a suivi un parcours assez similaire. \u00c0 sa majorit\u00e9, il s&rsquo;est port\u00e9 volontaire pour le combat en Alg\u00e9rie, o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cor\u00e9. Apr\u00e8s sa lib\u00e9ration en 1956, il a rejoint l&rsquo;Organisation Arm\u00e9e Secr\u00e8te ill\u00e9gale qui a tent\u00e9 d&#8217;emp\u00eacher l&rsquo;ind\u00e9pendance de l&rsquo;Alg\u00e9rie, un engagement qui lui a valu un an et demi de prison. \u00c0 sa lib\u00e9ration en 1962, il s&rsquo;est lanc\u00e9 dans le journalisme politique, cr\u00e9ant un mouvement et une revue appel\u00e9s <a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Europe-Action\"><em>Europe-Action<\/em><\/a> en collaboration avec Alain de Benoist. Il a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 membre du Groupe d&rsquo;\u00c9tudes et de Recherches pour la Civilisation Europ\u00e9enne (GRECE) de Benoist, de ses d\u00e9buts jusqu&rsquo;au milieu des ann\u00e9es 1970.<\/p>\n<div class=\"article-image-super to-center\" style=\"width: 655.434px;\"><a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/fr.sott.net\/image\/s36\/726502\/full\/DominiqueVenner.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/fr.sott.net\/image\/s36\/726502\/super\/DominiqueVenner.jpg\" alt=\"hjkl\" title=\"Cliquer pour agrandir\"\/><\/a><\/div>\n<p>Au cours des ann\u00e9es 1970, il se consacra de plus en plus \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture historique. Son premier ouvrage, <em>Baltikum<\/em> , relatait l&rsquo;histoire des Corps francs allemands du d\u00e9but de la p\u00e9riode de Weimar. Il en envoya un exemplaire \u00e0 Ernst J\u00fcnger, marquant le d\u00e9but d&rsquo;une correspondance qui dura plus de vingt ans. J\u00fcnger reconnut clairement une \u00e2me s\u0153ur chez son jeune fr\u00e8re. Cette \u00e9tude sur J\u00fcnger parut en fran\u00e7ais en 2009. En 2013, Venner, alors \u00e2g\u00e9 de 78 ans, indign\u00e9 par l&rsquo;immigration de masse et l&rsquo;approbation du \u00ab mariage \u00bb homosexuel par le gouvernement fran\u00e7ais, mit fin \u00e0 ses jours en se tirant une balle dans la t\u00eate devant le ma\u00eetre-autel de la cath\u00e9drale Notre-Dame de Paris.\n\t\t<\/div>\n<p><br \/>\n<br \/><a href=\"https:\/\/fr.sott.net\/article\/44308-La-vie-d-Ernst-Junger-au-XXe-siecle\" target=\"_blank\"\">Source link <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;\u00e9crivain allemand Ernst J\u00fcnger (1895-1998) demeure relativement m\u00e9connu dans le monde anglophone, malgr\u00e9 la disponibilit\u00e9 de ses \u0153uvres majeures en traduction. 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