{"id":6891,"date":"2025-04-23T04:18:43","date_gmt":"2025-04-23T02:18:43","guid":{"rendered":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/2025\/04\/23\/democratie-un-mot-coquille-capable-de-declencher-des-guerres-enfant-de-la-societe-sott-net\/"},"modified":"2025-04-23T04:18:43","modified_gmt":"2025-04-23T02:18:43","slug":"democratie-un-mot-coquille-capable-de-declencher-des-guerres-enfant-de-la-societe-sott-net","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/2025\/04\/23\/democratie-un-mot-coquille-capable-de-declencher-des-guerres-enfant-de-la-societe-sott-net\/","title":{"rendered":"\u00ab D\u00c9MOCRATIE \u00bb, un mot coquille capable de d\u00e9clencher des guerres \u2014 Enfant de la Soci\u00e9t\u00e9 \u2014 Sott.net"},"content":{"rendered":"<p> <br \/>\n<\/p>\n<div>\n      Citant \u00e0 tout bout de champ LA D\u00c9MOCRATIE, nous, hommes modernes, sommes \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 de la vision philosophique de la d\u00e9mocratie ath\u00e9nienne. Connaissons-nous en fait sa v\u00e9ritable histoire ?<br \/>\n<\/p>\n<div class=\"article-image-super to-center\"><a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/fr.sott.net\/image\/s36\/726719\/full\/IMAGE_ARTICLE_75_.jpg\" target=\"_blank\" title=\"\u00a9 France-Soir, DR\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fr.sott.net\/image\/s36\/726719\/super\/IMAGE_ARTICLE_75_.jpg\" alt=\"D\u00e9mocratie\" title=\"Cliquer pour agrandir\"\/><\/a><\/p>\n<p><span class=\"tiny\">\u00a9 France-Soir, DR<\/span><span class=\"caption\">Un mot coquille, un mot magique : D\u00c9MOCRATIE, Un mot capable de d\u00e9clencher des guerres.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<p> Ce sujet devenu un v\u00e9ritable dogme, un mot coquille : la d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p>C&rsquo;est une notion souvent extr\u00eamement floue et que personne n&rsquo;ose remettre en question, car il s&rsquo;agit d&rsquo;un mot magique capable de d\u00e9clencher des guerres. Ce concept a boulevers\u00e9 un syst\u00e8me de pens\u00e9e et a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 comme l&rsquo;aboutissement de l&rsquo;histoire humaine &#8211; rien de moins !<\/p>\n<p>Pouvons-nous parler de vraie d\u00e9mocratie sans biais et sans un imaginaire collectif fauss\u00e9 et fantasm\u00e9 tant dans sa forme antique que dans sa version moderne ?<\/p>\n<p>Faisons ensemble durant cet article une r\u00e9flexion tranquille et sinc\u00e8re : <strong>une enqu\u00eate ou une tentative modeste de recoller les morceaux pour comprendre cette r\u00e9f\u00e9rence devenue incontournable en mati\u00e8re de gouvernance<\/strong>.<\/p>\n<p>\u00c0 tel point de rev\u00eatir une dimension quasi religieuse que critiquer la d\u00e9mocratie semble interdit ou blasph\u00e9matoire ou un attentat verbal au soi-disant fragile et jeune \u00c9tat d\u00e9mocratique de droit : celui qui s&rsquo;y risque s&rsquo;expose \u00e0 une sorte de \u00ab <em>mort civique<\/em> \u00bb. Personne ne se hasarde \u00e0 sugg\u00e9rer que la d\u00e9mocratie pourrait comporter des erreurs ou qu&rsquo;elle a besoin d&rsquo;autres ingr\u00e9dients.<\/p>\n<p>La d\u00e9mocratie est v\u00e9n\u00e9r\u00e9e comme une norme universelle avec m\u00eame des \u00c9tats historiquement non d\u00e9mocratiques qui s&rsquo;y sont convertis r\u00e9cemment.<\/p>\n<p>Prenons l&rsquo;exemple du Bhoutan, ce petit royaume himalayen de 600 000 habitants, dirig\u00e9 par une dynastie h\u00e9r\u00e9ditaire depuis des si\u00e8cles, qui a en 2008, a adopt\u00e9 une constitution d\u00e9mocratique. Avec le roi qui a nomm\u00e9 son principal collaborateur comme Premier ministre.<\/p>\n<p>En se dotant de cette constitution, le Bhoutan a fait all\u00e9geance \u00e0 un syst\u00e8me plan\u00e9taire. Aujourd&rsquo;hui, il reste probablement moins de quatre \u00c9tats au monde qui ne se r\u00e9clament pas de faire partie du club d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p><strong><span class=\"BoldGrey\">La d\u00e9mocratie est partout, et pourtant, elle n&rsquo;est nulle part<\/span><\/strong><\/p>\n<p>En v\u00e9rit\u00e9, les grands penseurs de la d\u00e9mocratie eux-m\u00eames- Machiavel, Montesquieu, Rousseau, Kant, Tocqueville &#8211; ne croyaient pas que le peuple soit capable de gouverner.\n<\/p>\n<ul>\n<li>Montesquieu, par exemple, estimait que le peuple pouvait au mieux choisir de bons gouvernants &#8211; une id\u00e9e qu&rsquo;il th\u00e9orise \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 la d\u00e9mocratie moderne n&rsquo;existait pas encore, s&rsquo;inspirant de l&rsquo;Antiquit\u00e9.<\/li>\n<li>Tocqueville, qui a \u00e9tudi\u00e9 la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine, une des premi\u00e8res d\u00e9mocraties modernes, va plus loin : selon lui, le peuple n&rsquo;est m\u00eame pas capable de s\u00e9lectionner correctement ses dirigeants.<\/li>\n<\/ul>\n<p> La conception courante de la d\u00e9mocratie &#8211; le pouvoir exerc\u00e9 par le peuple &#8211; ne correspond pas \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, car il existe en fait une forme de \u00ab <em>mensonge d\u00e9mocratique<\/em> \u00bb. Le peuple gouverne-t-il, s&rsquo;il ne prend pas au final factuellement les d\u00e9cisions politiques ?<\/p>\n<p>Dans nos soci\u00e9t\u00e9s modernes, vastes, complexes et techniques, les choix &#8211; qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de fiscalit\u00e9, d&rsquo;investissements industriels ou de strat\u00e9gies militaires (comme choisir entre sous-marins nucl\u00e9aires ou missiles) &#8211; \u00e9chappent totalement au peuple.<\/p>\n<p>Prenons l&rsquo;exemple de la Cor\u00e9e du Sud : au sortir de la guerre, ce pays sous-d\u00e9velopp\u00e9 est devenu une puissance mondiale gr\u00e2ce \u00e0 une d\u00e9cision politique forte, celle de miser sur la construction navale.<\/p>\n<p>Une telle orientation, qui a mobilis\u00e9 toute une nation, n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9e par le peuple, mais par ses gouvernants, et ni vous ni moi ne serions capables de d\u00e9finir une strat\u00e9gie aussi pointue. Alors, dire que <em>\u00ab laa d\u00e9mocratie, c&rsquo;est le peuple qui gouverne<\/em> \u00bb est une illusion et un paradoxe.<\/p>\n<p>Et de plus, ceux qui admettent intimement que le peuple ne gouverne pas &#8211; des d\u00e9mocrates convaincus, pour la plupart &#8211; restent attach\u00e9s \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de d\u00e9mocratie. Aujourd&rsquo;hui, nos \u00e9lites r\u00e9citent leur \u00ab <em>cr\u00e9do d\u00e9mocratique<\/em> \u00bb tout en \u00e9tant intimement persuad\u00e9es que le peuple est inapte \u00e0 diriger et elles se consid\u00e8rent comme les seules \u00e0 savoir ce qu&rsquo;il faut faire. Qu&rsquo;est-ce que cette souverainet\u00e9 signifie vraiment ?<\/p>\n<p><strong><span class=\"BoldGrey\">La question du r\u00e9gime politique est, au d\u00e9part, philosophique et relative au bien commun<\/span><\/strong><\/p>\n<p>Nous pouvons commencer un raisonnement en utilisant une r\u00e8gle de discernement d\u00e9finie ainsi : \u00ab <em>ne fais pas d&rsquo;une petite r\u00e8gle une v\u00e9rit\u00e9 \u00e9ternelle, et ne prends pas une grande v\u00e9rit\u00e9 pour quelque chose d&rsquo;intouchable.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>Le gouvernement est un moyen, pas une fin.<\/p>\n<p>Jean Rousset, dans \u00ab <em>Les Fondements de la cit\u00e9<\/em> \u00bb, compare les abeilles, soumises aveugl\u00e9ment \u00e0 leur organisation, aux hommes qui sont diff\u00e9rents, car capables de modifier les lois et aussi les structures sociales.<\/p>\n<p>L&rsquo;homme, par son libre arbitre, doit r\u00e9aliser sa vocation politique.<\/p>\n<p>Comparons philosophiquement les principes des syst\u00e8mes politiques : la d\u00e9mocratie ath\u00e9nienne versus la moderne car leurs bases anthropologiques et m\u00e9taphysiques diff\u00e8rent profond\u00e9ment.<\/p>\n<p>\u00c0 Ath\u00e8nes, seuls les citoyens &#8211; environ 5 % de la population &#8211; formaient le \u00ab <em>peuple<\/em> \u00bb, excluant esclaves et \u00e9trangers (les m\u00e9t\u00e8ques, comme Aristote lui-m\u00eame).<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 diff\u00e9rentes sources (Platon, Aristote, mais \u00e9galement des recensements comme celui de D\u00e9m\u00e9trius de Phal\u00e8re), nous savons qu&rsquo;au IV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C., 20 000 citoyens sur 100 000 habitants se r\u00e9unissaient sur la colline de la Pnyx pour d\u00e9cider.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, r\u00e9unir 60 millions de Fran\u00e7ais est physiquement impossible : la diff\u00e9rence d&rsquo;\u00e9chelle est \u00e9vidente.<\/p>\n<p>L&rsquo;autre distinction est morale : la d\u00e9mocratie moderne se veut la\u00efque (concept que nous allons questionner dans d&rsquo;autres articles), fond\u00e9e sur le droit et le contrat social (que nous allons questionner plus loin dans cet article).<\/p>\n<p>\u00c0 Ath\u00e8nes, la morale est li\u00e9e \u00e0 une \u00e9thique et \u00e0 une vision sacr\u00e9e : P\u00e9ricl\u00e8s, par exemple, a utilis\u00e9 le tr\u00e9sor de Delos pour reb\u00e2tir les temples de l&rsquo;Acropole.\n<\/p>\n<ul>\n<li>Chez Aristote, l&rsquo;homme, \u00ab <em>animal politique<\/em> \u00bb, se r\u00e9alisait dans le fait d&rsquo;\u00eatre actif, de participer et de d\u00e9battre,<\/li>\n<li>Dans la soci\u00e9t\u00e9 moderne, le citoyen est passif, isol\u00e9 et otage d&rsquo;une convention artificielle au-dessus de lui s&rsquo;incarnant comme une toute puissance.<\/li>\n<\/ul>\n<p> Ce qu&rsquo;ont en commun la d\u00e9mocratie ath\u00e9nienne et la d\u00e9mocratie moderne, c&rsquo;est que la d\u00e9mocratie reste le pouvoir d&rsquo;une \u00e9lite.<\/p>\n<p>Platon la d\u00e9finissait comme \u00ab <em>le gouvernement de l&rsquo;\u00e9lite sous la pression de la foule<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>\u00c0 Ath\u00e8nes, les grandes familles (Alcma\u00e9onides, Cimonides) dominaient et manipulaient le peuple, tout comme aujourd&rsquo;hui, nos \u00e9lites, souvent technocrates, \u00e9chappent au contr\u00f4le populaire. Mais si le peuple ne peut trancher des questions techniques, les dirigeants et experts devraient rendre des comptes, ce qui n&rsquo;est pas le cas.<\/p>\n<p><strong><span class=\"BoldGrey\">Les origines \u00e9picuriennes de la souverainet\u00e9 populaire<\/span><\/strong><\/p>\n<p>\u00c9picure, red\u00e9couvert au d\u00e9but du XV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle gr\u00e2ce \u00e0 des manuscrits comme ceux de Lucr\u00e8ce, propose une vision o\u00f9 le cosmos n&rsquo;est pas r\u00e9gi par une loi divine ou une finalit\u00e9 naturelle impos\u00e9e de l&rsquo;ext\u00e9rieur. Pour lui, tout d\u00e9coule d&rsquo;un chaos originel : des atomes s&rsquo;entrechoquent au hasard dans le vide et ce hasard engendre des formes de vie qui se combinent en monstres et \u00e9voluent. Cette th\u00e9orie, pr\u00e9figure Darwin par son caract\u00e8re \u00e9volutif et le monde, selon \u00c9picure, s&rsquo;explique par lui-m\u00eame, sans transcendance ni cr\u00e9ateur.<\/p>\n<p>Ce rejet d&rsquo;une loi surnaturelle \u00e9claire la notion de souverainet\u00e9 populaire avec le peuple qui ne re\u00e7oit aucune r\u00e8gle d&rsquo;une instance ext\u00e9rieure ou divine.<\/p>\n<p>Les penseurs d\u00e9mocratiques, influenc\u00e9s par cette id\u00e9e, refusent l&rsquo;existence d&rsquo;une loi universelle inscrite dans l&rsquo;ordre du monde et \u00c9picure est le pionnier de cette rupture.<\/p>\n<p>Il affirme que la r\u00e9alit\u00e9 n&rsquo;a pas d&rsquo;\u00e9tiquette ou de cat\u00e9gorie pr\u00e9d\u00e9finie, ni m\u00eame de finalit\u00e9 impos\u00e9e, puisque le monde est un flux, un assemblage d&rsquo;atomes, et que l&rsquo;homme est libre dans ce chaos.<\/p>\n<p>Dans cette vision, le monde \u00e9volue constamment, et la stabilit\u00e9 ne vient pas d&rsquo;un ordre \u00e9ternel, mais d&rsquo;une d\u00e9cision humaine temporaire. C&rsquo;est une rupture radicale avec la philosophie classique &#8211; Platon, Aristote, ou plus tard les scolastiques comme Saint Thomas d&rsquo;Aquin &#8211; qui postule un ordre naturel ou divin pr\u00e9existant.<\/p>\n<p>Pour ces derniers, Dieu a cr\u00e9\u00e9 un monde structur\u00e9 regroupant des esp\u00e8ces d\u00e9finies et une hi\u00e9rarchie finalis\u00e9e, et le r\u00f4le du roi ou du gouvernant est de respecter cet ordre.<\/p>\n<p>Il s&rsquo;agit d&rsquo;\u00eatre un \u00ab <em>bon jardinier<\/em> \u00bb de la nature humaine, veillant \u00e0 ce que les lois humaines s&rsquo;alignent sur l&rsquo;harmonie cosmique et le droit, dans cette optique, a une profondeur m\u00e9taphysique qui refl\u00e8te une v\u00e9rit\u00e9 objective et claire.<\/p>\n<p><strong><span class=\"BoldGrey\">De l&rsquo;individualisme au contrat social<\/span><\/strong><\/p>\n<p>Cette pens\u00e9e alimente la d\u00e9mocratie moderne \u00e0 travers une autre distinction fondamentale qu&rsquo;est la conception de l&rsquo;homme.<\/p>\n<p>Chez Aristote, l&rsquo;homme s&rsquo;\u00e9panouit dans la cit\u00e9 &#8211; couple, famille, rue, village, nation \u00e9tant des \u00e9tapes de cette r\u00e9alisation. Mais chez les modernes, l&rsquo;homme est d&rsquo;abord un individu isol\u00e9, ou si vous voulez une autre image, \u00ab <em>un atome social<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>Hobbes, dans son L\u00e9viathan, d\u00e9crit l&rsquo;homme comme \u00e9tant un \u00ab <em>loup pour l&rsquo;homme<\/em> \u00bb et l&rsquo;\u00e9tat de nature pour lui \u00e9tant celui o\u00f9 r\u00e8gne la guerre de tous contre tous.<\/p>\n<p>On a l&rsquo;impression certaines fois que notre immense et froide soci\u00e9t\u00e9 moderne est devenue une construction artificielle avec un contrat inconsciemment sign\u00e9 pour garantir la s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p>Rousseau nuance cette id\u00e9e avec la \u00ab <em>volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale<\/em> \u00bb selon laquelle l&rsquo;individu, individualiste par nature, devient social en adh\u00e9rant \u00e0 ce pacte, qui le transforme.<\/p>\n<p>Mais ce contrat reste hautement paradoxal et c&rsquo;est pourquoi je disais plus haut dans cet article que ce contrat est inconsciemment sign\u00e9 ou autrement dit : personne ne signe librement !<\/p>\n<p>Na\u00eetre en d\u00e9mocratie, c&rsquo;est \u00eatre soumis sans choix \u00e0 ce contrat social &#8211; et devoir payer des imp\u00f4ts, par exemple, m\u00eame sans jamais aller voter. On ne peut en sortir, contrairement \u00e0 l&rsquo;accord classique et les r\u00e9volutionnaires ont m\u00eame exploit\u00e9 cette logique pour exclure ceux qui rejettent le contrat, les privant d&rsquo;humanit\u00e9 au nom du progr\u00e8s.<\/p>\n<p><strong><span class=\"BoldGrey\">Le L\u00e9viathan et la violence d\u00e9mocratique<\/span><\/strong><\/p>\n<p>Hobbes incarne cette vision froide et qui nous rend passifs avec sa description du L\u00e9viathan, inspir\u00e9 d&rsquo;un monstre biblique &#8211; un serpent symbolisant le chaos ou le diable -, ce qui n&rsquo;est pas anodin.<\/p>\n<p>Hobbes d\u00e9fend quand m\u00eame cet \u00c9tat absolu, plus fort que les individus, et Cromwell, autre figure de cette pens\u00e9e, montre la brutalit\u00e9 de ce syst\u00e8me monstrueux en Irlande, en massacrant et asservissant au nom d&rsquo;une R\u00e9publique naissante.<\/p>\n<p>Cromwell pr\u00e9figure ainsi une violence inh\u00e9rente \u00e0 l&rsquo;id\u00e9ologie d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>Cette logique de soci\u00e9t\u00e9 atomis\u00e9e et d&rsquo;un \u00c9tat fort na\u00eet d&rsquo;une philosophie sans lois naturelles et affaiblissant les communaut\u00e9s organiques (couples, familles, rues, villes, nations). Il ne reste que des individus qui ne sont plus que des grains de sable mall\u00e9ables.<\/p>\n<p>La d\u00e9mocratie moderne, via la loi, tente de forcer les individus grains de sable \u00e0 se f\u00e9d\u00e9rer. Mais plus elle s&rsquo;\u00e9tend, int\u00e9grant diverses populations, plus elle devient rigide et tr\u00e9buchante.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;urgence en France en 2016 illustre parfaitement ce m\u00e9canisme o\u00f9 l&rsquo;\u00c9tat devient policier pour pr\u00e9venir la guerre civile, sous couvert du \u00ab <em>pacte r\u00e9publicain<\/em> \u00bb &#8211; un avatar du contrat social.<\/p>\n<p>Cette force brutale, d\u00e9mocratique, loin d&rsquo;\u00eatre une d\u00e9rive, est dans son ADN : pour unifier des atomes sociaux, elle exige un pouvoir centralis\u00e9 et oppressif.\n<\/p>\n<blockquote><p>\n Cette dynamique d\u00e9truit les structures naturelles en formant un chaos sans socles o\u00f9 les familles, les rues, les villages et les nations s&rsquo;effritent, remplac\u00e9es par une masse informe d&rsquo;individus grains de sable.\n<\/p><\/blockquote>\n<p> C&rsquo;est ainsi que la mati\u00e8re sociale se disloque, engendrant un chaos in\u00e9dit.<\/p>\n<p>Dans le m\u00eame temps, l&rsquo;id\u00e9ologie aveuglante du progr\u00e8s d\u00e9mocratique non questionnable nie toute hi\u00e9rarchie objective des valeurs et fait de l&rsquo;homme (quel homme ?), le seul arbitre du bien et du mal. Comme dans la promesse du serpent au jardin d&rsquo;\u00c9den (\u00ab <em>vous serez comme des dieux<\/em> \u00bb), il dessine ses propres lois, mais sans ancrage, s&rsquo;\u00e9gare.<\/p>\n<p>Les communaut\u00e9s naturelles &#8211; couples, familles, quartiers, villes, nations, sont aujourd&rsquo;hui attaqu\u00e9es et doivent \u00eatre d\u00e9mantel\u00e9es pour laisser place \u00e0 un monde plus \u00ab <em>ouvert et plus universel<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>C&rsquo;est le discours dominant des m\u00e9dias mainstream globalistes : les communaut\u00e9s seraient un obstacle \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 rationnelle.<\/p>\n<p><strong><span class=\"BoldGrey\">Les droits de l&rsquo;homme (quel homme ?), deviennent notre nouvelle m\u00e9taphysique<\/span><\/strong><\/p>\n<p>Mais, cette nouvelle m\u00e9taphysique n&rsquo;est pas enracin\u00e9e dans une r\u00e9alit\u00e9 singuli\u00e8re.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00eatre humain n&rsquo;existe qu&rsquo;\u00e0 travers des appartenances concr\u00e8tes &#8211; un couple, une famille, un quartier, une patrie, une histoire, des h\u00e9ritages.<\/p>\n<p>Or, aujourd&rsquo;hui, cette incarnation est sacrifi\u00e9e au profit d&rsquo;un cosmopolitisme abstrait, s&rsquo;appuyant sur cette id\u00e9ologie de l&rsquo;individualisme n\u00e9e \u00e0 la Renaissance : en r\u00e9duisant l&rsquo;homme \u00e0 un individu d\u00e9tach\u00e9, on aboutit fatalement \u00e0 un universalisme qui nie les diff\u00e9rences.<\/p>\n<p>La d\u00e9mocratie moderne, en s&rsquo;alliant au mondialisme, rejette par principe toutes fronti\u00e8res, singularit\u00e9s et histoires nationales et ce projet ne date pas d&rsquo;aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p>D\u00e8s le Moyen \u00c2ge, des penseurs, souvent en conflit avec la papaut\u00e9, imaginent une gouvernance supranationale.<\/p>\n<p>Pierre Dubois, l\u00e9giste de Philippe le Bel, propose au XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle une conf\u00e9d\u00e9ration des royaumes contre Boniface VIII et plus tard, en Hongrie, un projet similaire avec Marsile de Padoue se revendique comme le pionnier de la souverainet\u00e9 populaire tout comme au XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, Sully, sous Henri IV, r\u00eave d&rsquo;un \u00ab \u00c9tat des nations \u00bb.<\/p>\n<p>Ces id\u00e9es culminent avec les Lumi\u00e8res, puis la Soci\u00e9t\u00e9 des Nations au XXe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Chaque fois, il s&rsquo;agit de d\u00e9passer les pouvoirs locaux et celui de l&rsquo;\u00c9glise, au profit d&rsquo;une autorit\u00e9 universelle !<\/p>\n<p><strong><span class=\"BoldGrey\">Le cosmopolitisme, incarn\u00e9 par \u00c9rasme<\/span><\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;adage \u00ab <em>Je suis citoyen du monde, de tous les pays et d&rsquo;aucun<\/em> \u00bb -, va de pair avec cette ambition universelle proclam\u00e9e et le cosmopolite, indiff\u00e9rent aux nations, se voit comme une \u00e9lite d\u00e9tach\u00e9e, profitant d&rsquo;un monde uniformis\u00e9.<\/p>\n<p>Cette vision s&rsquo;oppose \u00e0 la m\u00e9taphysique biblique de la dualit\u00e9 de Dieu et de l&rsquo;homme, pour adopter un monisme o\u00f9 tout se fond dans un cosmos unique.<\/p>\n<p>Nous soulignons donc que ce d\u00e9bat de la d\u00e9mocratie est non seulement politique, mais religieux et m\u00e9taphysique.<\/p>\n<p>Rousseau a dit qu&rsquo;on ne peut d\u00e9l\u00e9guer la souverainet\u00e9 populaire et a critiqu\u00e9 l&rsquo;utopie d\u00e9mocratique. Pour lui, la souverainet\u00e9 populaire, indivisible et non d\u00e9l\u00e9gable, ne fonctionne que dans une d\u00e9mocratie directe \u00e0 petite \u00e9chelle.<\/p>\n<p>D\u00e8s l&rsquo;origine, Rousseau per\u00e7oit les contradictions internes de la d\u00e9mocratie : elle promet un pouvoir au peuple, mais finit par le confisquer.<\/p>\n<p>Certains, attach\u00e9s \u00e0 la nation face au mondialisme, s&rsquo;inspirent de lui pour pr\u00f4ner des \u00ab <em>petites patries<\/em> \u00bb, mais philosophiquement, le contrat social nous arrache d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l&rsquo;histoire et aux communaut\u00e9s enracin\u00e9es, projetant l&rsquo;homme dans une abstraction hors-sol.<\/p>\n<p><strong><span class=\"BoldGrey\">Peut-on \u00eatre d\u00e9mocrate et chr\u00e9tien ?<\/span><\/strong><\/p>\n<p>Historiquement, la souverainet\u00e9 populaire na\u00eet chez des th\u00e9ologiens dissidents, comme Marsile de Padoue, un franciscain exil\u00e9 au XIV<sup>e <\/sup>si\u00e8cle \u00e0 la cour de Louis de Bavi\u00e8re, en conflit avec Jean XXII. Dans un d\u00e9bat sur l&rsquo;\u00e9lection de l&#8217;empereur du Saint-Empire, il soutient que le pouvoir vient du peuple, non du pape, une id\u00e9e reprise par le J\u00e9suite Su\u00e1rez contre l&rsquo;\u00c9glise anglicane.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s 1789, des chr\u00e9tiens cherchent \u00e0 r\u00e9concilier foi et R\u00e9publique avec F\u00e9licit\u00e9 de Lamennais qui plaide pour cette union et Gr\u00e9goire XVI, dans l&rsquo;encyclique Mirari Vos (1832), la rejette.<\/p>\n<p>D\u00e8s 1791, Pie VI, dans le \u00ab <em>Quod Aliquantum<\/em> \u00bb, avait critiqu\u00e9 la R\u00e9volution pour son rejet de l&rsquo;ordre naturel, et cette opposition domine le XIXe si\u00e8cle : \u00ab <em>Libert\u00e9 et \u00e9galit\u00e9 sont absurdes ; les enfants naissent soumis, et tous doivent ob\u00e9ir \u00e0 Dieu.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>L\u00e9on XIII marque un tournant et dans \u00ab <em>Au milieu des sollicitudes<\/em> \u00bb (1892) et \u00ab <em>Rerum Novarum<\/em> \u00bb (1891), il reconna\u00eet les r\u00e9gimes \u00e9tablis, y compris la R\u00e9publique, sous r\u00e9serve qu&rsquo;ils ne contreviennent pas \u00e0 la loi divine.<\/p>\n<p>Il affirme que la l\u00e9gitimit\u00e9 des r\u00e9gimes d\u00e9pend de leur conformit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ordre naturel. Inspir\u00e9 d&rsquo;Aristote, il admet une forme de d\u00e9mocratie enracin\u00e9e dans une m\u00e9taphysique transcendante, distincte de la version moderne issue des Lumi\u00e8res.<\/p>\n<p>Mais le mouvement d\u00e9mocrate-chr\u00e9tien, n\u00e9 de ces textes, d\u00e9rive vite avec Marc Sangnier et le Sillon qui pr\u00f4nent une \u00e9galit\u00e9 \u00e9vang\u00e9lique, m\u00eame si Pie X, en 1910, condamne cette assimilation, r\u00e9affirmant que la souverainet\u00e9 populaire contredit la doctrine catholique.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, Jacques Maritain, financ\u00e9 par les Am\u00e9ricains et soutenu par de Gaulle, publie \u00ab <em>Christianisme et d\u00e9mocratie<\/em> \u00bb en 1942.<\/p>\n<p>Il soutient que les Lumi\u00e8res prolongent la chr\u00e9tient\u00e9, une th\u00e8se en fait diffus\u00e9e pour rallier l&rsquo;opinion contre P\u00e9tain. Ambassadeur \u00e0 Rome, ami de Paul VI, Maritain influence Vatican II, qui ent\u00e9rine la libert\u00e9 religieuse et un rapprochement avec la d\u00e9mocratie moderne. Ce compromis dilue le christianisme et aujourd&rsquo;hui, la \u00ab <em>d\u00e9mocratie chr\u00e9tienne<\/em> \u00bb est en perte d&rsquo;identit\u00e9.\n<\/p>\n<blockquote><p>\n Une d\u00e9mocratie chr\u00e9tienne peut exister, mais en dehors du contrat social.\n<\/p><\/blockquote>\n<p> Cela implique une soci\u00e9t\u00e9 organique, fond\u00e9e sur le couple, la famille et les corps interm\u00e9diaires, comme la subsidiarit\u00e9, et non un face-\u00e0-face entre l&rsquo;individu et l&rsquo;\u00c9tat.<\/p>\n<p>Et la R\u00e9volution de 1789, avec son jacobinisme, a \u00e9cras\u00e9 ces structures organiques et naturellement ancr\u00e9es au profit d&rsquo;une abstraction centralisatrice.<\/p>\n<p><strong><span class=\"BoldGrey\">Concluons en poussant \u00e0 diff\u00e9rentes r\u00e9flexions<\/span><\/strong><\/p>\n<p>Une d\u00e9mocratie \u00e0 grande \u00e9chelle, avec des millions d&rsquo;individus, est-elle viable ? Rousseau a dit que la souverainet\u00e9 ne se d\u00e9l\u00e8gue pas sans se perdre.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e9chelle \u00e9tatique moderne, nous avons tous observ\u00e9 les d\u00e9rives de la bureaucratie, de l&rsquo;exc\u00e8s de r\u00e9gulations, du totalitarisme, du despotisme mondialiste &#8211; plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 une libert\u00e9 nationale align\u00e9e \u00e0 celle du citoyen.\n<\/p>\n<blockquote><p>\n La d\u00e9mocratie moderne est devenue un \u00ab <em>monstre tyrannique froid<\/em> \u00bb, qui en plus de cela a le pouvoir de red\u00e9finir la morale via ses institutions, qui deviennent ensuite sacr\u00e9es et inamovibles.<\/p>\n<p>Voici donc la question cl\u00e9 de l&rsquo;enfermement id\u00e9ologique d\u00e9mocratique et les plus grands des despotes \u00e0 renverser sont nos id\u00e9es.\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p> Antoine Bachelin Sena est sur <a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/fr.sott.net\/article\/about:blank\">x.comantoinebachelin<\/a> Retrouvez ses livres sur <a target=\"_blank\" href=\"https:\/\/antoinebachelinsena.com\/2024\/02\/16\/livres\/\">https:\/\/antoinebachelinsena.com\/2024\/02\/16\/livres\/<\/a><\/p>\n<p><em>[Article publi\u00e9 le 12 mars 2025]<\/em>\n\t\t<\/p>\n<\/div>\n<p><br \/>\n<br \/><a href=\"https:\/\/fr.sott.net\/article\/44313-DEMOCRATIE-un-mot-coquille-capable-de-declencher-des-guerres\" target=\"_blank\"\">Source link <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Citant \u00e0 tout bout de champ LA D\u00c9MOCRATIE, nous, hommes modernes, sommes \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 de la vision philosophique de la d\u00e9mocratie ath\u00e9nienne. 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