{"id":7003,"date":"2025-04-24T18:50:51","date_gmt":"2025-04-24T16:50:51","guid":{"rendered":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/2025\/04\/24\/en-pologne-la-solidarite-seffrite-par-elisa-perrigueur-le-monde-diplomatique-janvier-2023-2\/"},"modified":"2025-04-24T18:50:51","modified_gmt":"2025-04-24T16:50:51","slug":"en-pologne-la-solidarite-seffrite-par-elisa-perrigueur-le-monde-diplomatique-janvier-2023-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/2025\/04\/24\/en-pologne-la-solidarite-seffrite-par-elisa-perrigueur-le-monde-diplomatique-janvier-2023-2\/","title":{"rendered":"En Pologne, la solidarit\u00e9 s\u2019effrite, par \u00c9lisa Perrigueur (Le Monde diplomatique, janvier 2023)"},"content":{"rendered":"<p> <br \/>\n<\/p>\n<div couleurfade=\"e5f1fa\" couleurclaire=\"d3e7f7\" couleurpale=\"a5cff2\" couleurmi=\"1d6cae\" couleurfoncee=\"0f5289\" couleursombre=\"071b2b\" couleurfond=\"4c6376\" couleurtexte=\"ffffff\">\n<figure class=\"spip_document_30841 spip_documents spip_documents_center xl\" style=\"width:890px;\">\n<div class=\"limage\">\n<p>\t\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/\/local\/cache-vignettes\/L890xH445\/img006-40-2e07b.jpg?1672150662\" width=\"890\" height=\"445\" class=\"spip_logos\" alt=\"JPEG - 119.3\u00a0ko\"\/><\/p><\/div><figcaption>\n<p>Elena Subach et Viacheslav Poliakov. \u2013 De la s\u00e9rie \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>City of Gardens<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb (La Ville des jardins), 2018<\/p>\n<p>elenasubach.com &#8211; via-poliakov.com\n<\/p>\n<\/figcaption><\/figure>\n<p><span class=\"mot-lettrine\"><span class=\"lettrine\">D<\/span>e<\/span> faibles lumi\u00e8res apparaissent dans le noir. Elles dessinent les fen\u00eatres identiques d\u2019un immeuble en b\u00e9ton de Varsovie. Les cris de six enfants r\u00e9sonnent dans la cour en ciment. Des bambins courent dans un loft moderne et l\u2019un saute \u00e0 pieds joints sur un sofa chic. Le propri\u00e9taire, M.\u00a0Darek Goc\u0142awski, converse en russe avec leurs m\u00e8res, Mmes\u00a0Tatiana Levtchenko, Irina C. et Anna B.<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0(<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2023\/01\/PERRIGUEUR\/65439#nb1\" class=\"spip_note\" rel=\"appendix\" title=\"Certains interlocuteurs n\u2019ont pas souhait\u00e9 donner leur identit\u00e9.\" id=\"nh1\">1<\/a>)<\/span>. Ce sont ses <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>invit\u00e9es<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i> d\u2019Ukraine, explique cet architecte polonais.<\/p>\n<p>D\u00e8s le 24\u00a0f\u00e9vrier, jour de l\u2019invasion russe du pays voisin, il a propos\u00e9 d\u2019h\u00e9berger des d\u00e9plac\u00e9s de guerre dans son vaste espace de travail. <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Les femmes et les enfants d\u00e9ferlaient \u00e0 la gare, je ne pouvais pas ne rien faire. La guerre n\u2019est qu\u2019\u00e0 trois cents kilom\u00e8tres de chez moi,<\/i> s\u2019\u00e9meut-il. <i>J\u2019ai lanc\u00e9 un appel sur le r\u00e9seau Facebook. Je pensais que cet accueil serait temporaire.<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i> Mais la guerre dure encore. L\u2019exode aussi. Alors au printemps, ce p\u00e8re de famille a demand\u00e9 \u00e0 ses vingt et un collaborateurs qui occupaient ce plateau de travailler \u00e0 distance. Il a investi 6\u00a0400\u00a0euros pour cr\u00e9er trois chambres et une cuisine. Il a accroch\u00e9 une balan\u00e7oire au plafond. Les croquis de perspectives se m\u00e9langent maintenant aux coloriages d\u2019enfants sur les murs blancs.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">Les locations se rar\u00e9fient dans les grandes villes<\/h3>\n<p>D\u00e8s les premiers jours de l\u2019attaque russe, la Pologne et ses trente-huit millions d\u2019habitants, soutiens affich\u00e9s de Kiev, se sont mobilis\u00e9s en sa faveur. Le Parlement a vot\u00e9 une loi garantissant aux d\u00e9plac\u00e9s ukrainiens un acc\u00e8s au march\u00e9 du travail, \u00e0 l\u2019\u00e9ducation, aux prestations sociales. Le gouvernement national-conservateur du parti Droit et justice (PiS) a parall\u00e8lement lanc\u00e9 un programme octroyant aux Polonais 8,50\u00a0euros par jour pour l\u2019h\u00e9bergement et le couvert d\u2019une personne ukrainienne, pendant trois mois.<\/p>\n<p>Depuis f\u00e9vrier, pr\u00e8s de 7\u00a0millions d\u2019Ukrainiens seraient pass\u00e9s par la Pologne, o\u00f9 r\u00e9sidaient d\u00e9j\u00e0 1,5\u00a0million de travailleurs avant l\u2019invasion. D\u00e8s les premiers jours, femmes et enfants ont converg\u00e9 vers la fronti\u00e8re commune longue de 535\u00a0kilom\u00e8tres, trac\u00e9e dans les plaines, tandis que les hommes revenaient en Ukraine ou y restaient, mobilis\u00e9s par la loi martiale. En novembre dernier, les autorit\u00e9s enregistraient officiellement environ 1,5\u00a0million de r\u00e9fugi\u00e9s arriv\u00e9s depuis neuf mois, dont environ 60<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>% auraient trouv\u00e9 un emploi, qui s\u2019ajoutent donc aux immigr\u00e9s plus anciens. En outre, entre 800\u00a0000 et 1\u00a0million d\u2019Ukrainiens font des allers-retours entre les deux pays et ne sont pas enregistr\u00e9s.<\/p>\n<p>L\u2019h\u00e9bergement des d\u00e9plac\u00e9s repose toujours en partie sur la soci\u00e9t\u00e9 civile, pr\u00e9cisent les organisations non gouvernementales (ONG) interrog\u00e9es, m\u00eame s\u2019il n\u2019existe pas de chiffre officiel. Ainsi, M.\u00a0Goc\u0142awski, \u00e0 l\u2019instar de nombre de ses proches, a accueilli vingt-deux Ukrainiens depuis f\u00e9vrier. Neuf r\u00e9sident toujours chez lui, tiraill\u00e9s entre une installation en Pologne et l\u2019espoir d\u2019un retour en Ukraine. Les trois mamans vivent de petits boulots alimentaires diff\u00e9rents de ceux de leur vie d\u2019<i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>avant<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb,<\/i> tout en s\u2019occupant des enfants. Mme\u00a0Levtchenko s\u2019angoisse de son manque de temps disponible\u00a0: <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Je dois garder mon fils de 3\u00a0ans.<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i> Anna B. a mis ses enfants de 6, 9 et 12\u00a0ans \u00e0 l\u2019\u00e9cole <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>pour les socialiser<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb.<\/i> Ils parlent maintenant le polonais, une langue slave assez proche de l\u2019ukrainien. <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Moi, je ne le comprends pas. Je repars de z\u00e9ro<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb,<\/i> s\u2019attriste cette ancienne banqui\u00e8re dont <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>l\u2019esprit est \u00e0 Zaporijia<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb,<\/i> sa ville bombard\u00e9e. Irina C., apicultrice venue d\u2019un village voisin, <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>rentrera \u00e0 la maison avant No\u00ebl<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb,<\/i> assure-t-elle. Ses deux enfants ont tent\u00e9 d\u2019aller \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Mais des conflits entre les petits camarades parlant pour certains ukrainien et d\u2019autres russe ont \u00e9clat\u00e9. Ils suivent d\u00e9sormais des cours en ligne mis en place par Kiev, en accord avec Varsovie, comme plus de la moiti\u00e9 des enfants d\u00e9plac\u00e9s.<\/p>\n<p>Les traits tir\u00e9s, M.\u00a0Goc\u0142awski avoue avoir endoss\u00e9 un <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>r\u00f4le difficile<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb. \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Je dois parfois r\u00e9soudre des conflits entre femmes qui viennent de classes sociales diff\u00e9rentes\u2026 Elles m\u2019appellent aussi pour la moindre question. Je leur r\u00e9p\u00e8te que je ne suis pas leur \u00e9poux, leur fr\u00e8re ou leur ami, mais quelqu\u2019un qui les aide comme il peut<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb,<\/i> dit-il. Fatigu\u00e9, il voudrait cesser d\u2019h\u00e9berger les d\u00e9plac\u00e9s. <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>De plus en plus de Polonais arr\u00eatent. On s\u2019inqui\u00e8te maintenant pour les probl\u00e8mes internes, notamment l\u2019inflation.<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i> Les prix \u00e0 la consommation ont grimp\u00e9 de 17,4<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>% en un an, cons\u00e9quence du conflit.<\/p>\n<p>Mais M.\u00a0Goc\u0142awski culpabilise, alors que le pays se pr\u00e9pare \u00e0 une nouvelle vague d\u2019arriv\u00e9es en raison des coupures dans la fourniture d\u2019\u00e9nergie dans le pays voisin. <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Les Ukrainiens se battent pour notre s\u00e9curit\u00e9,<\/i> explique-t-il. <i>Si je peux aider leurs femmes ou enfants \u00e0 vivre avec respect, je le fais. S\u2019ils ne combattent pas, nous serons les prochains \u00e0 \u00eatre attaqu\u00e9s par Moscou.<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i> Il livre ainsi un sentiment partag\u00e9 par nombre de Polonais rencontr\u00e9s. La lassitude de la situation le dispute au devoir motiv\u00e9 par une hostilit\u00e9 envers la Russie, qui participa aux d\u00e9pe\u00e7ages de la Pologne \u00e0 la fin du <span class=\"siecle\">XVIII<sup>e<\/sup><\/span>\u00a0si\u00e8cle, puis en 1939. Le souvenir des ann\u00e9es\u00a01980, de l\u2019\u00e9tat de si\u00e8ge sous la coupe sovi\u00e9tique, reste encore vif.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">On compte 350\u00a0000 mineurs d\u00e9plac\u00e9s<\/h3>\n<p>Les pi\u00e9tons sont rares dans la brume froide qui enveloppe les boulevards de Varsovie bord\u00e9s de publicit\u00e9s, ce jour de novembre. Les r\u00e9fugi\u00e9s ne sont pas laiss\u00e9s \u00e0 la rue. Comptant 1,8\u00a0million d\u2019habitants avant l\u2019invasion, la capitale aurait vu sa population augmenter d\u2019environ 20<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>%, estimait la presse locale quelques mois apr\u00e8s celle-ci. Les locations se rar\u00e9fient. <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Les femmes ukrainiennes, pour beaucoup \u00e9duqu\u00e9es, choisissent encore majoritairement les grandes villes comme la capitale, Cracovie, Pozna\u0144\u2026 pour les opportunit\u00e9s d\u2019emplois<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb,<\/i> note M.\u00a0Andrzej Porawski, le pr\u00e9sident de l\u2019Association des villes de Pologne, qui regrette cette diff\u00e9rence avec les campagnes. \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small><i>D\u00e9centraliser davantage l\u2019accueil des Ukrainiens permettrait de soulager les m\u00e9tropoles,<\/i> estime-t-il. <i>Les prix des loyers y flambent et les \u00e9coles sont sous pression.<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i> Environ 150\u00a0000\u00a0enfants ukrainiens<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0(<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2023\/01\/PERRIGUEUR\/65439#nb2\" class=\"spip_note\" rel=\"appendix\" title=\"\u00ab\u00a0[Uczniowie uchod\u017aczy z Ukrainy w polskim systemie edukacji-]\u00a0\u00bb, Norwegian\u00a0(...)\" id=\"nh2\">2<\/a>)<\/span> ne parlant pas la langue sont arriv\u00e9s dans les classes polonaises, sur quelque 350\u00a0000\u00a0mineurs d\u00e9plac\u00e9s enregistr\u00e9s au total \u2014 les autres suivant des cours en ligne. Les professeurs d\u00e9noncent un <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>manque de moyens et de formation<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb,<\/i> alerte le ZNP, principal syndicat des enseignants polonais. \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small><i>Mais les villes moyennes et les villages peinent encore trop \u00e0 attirer des familles. Les Ukrainiens s\u2019imaginent que ce sont des lieux isol\u00e9s et pauvres, mais cela a chang\u00e9<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>!<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb,<\/i> poursuit M.\u00a0Porawski.<\/p>\n<p>Marqu\u00e9e par une forte \u00e9migration depuis des d\u00e9cennies, la Pologne devient une terre d\u2019immigration. Elle vit une stagnation d\u00e9mographique depuis les ann\u00e9es\u00a01990 avec la chute de la f\u00e9condit\u00e9 et le d\u00e9part de nombreux jeunes\u00a0: deux millions de Polonais travailleraient en Europe occidentale, principalement en Allemagne et dans les \u00eeles Britanniques. Ayant \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la crise de l\u2019euro<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0(<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2023\/01\/PERRIGUEUR\/65439#nb3\" class=\"spip_note\" rel=\"appendix\" title=\"Lire Julien Vercueil, \u00ab\u00a0Th\u00e9rapie de choc ou gradualisme\u00a0?\u00a0\u00bb, Le Monde\u00a0(...)\" id=\"nh3\">3<\/a>)<\/span>, l\u2019\u00e9conomie polonaise s\u2019est toutefois beaucoup d\u00e9velopp\u00e9e depuis quinze ans, au point de manquer cruellement de main-d\u2019\u0153uvre et d\u2019attirer en masse les Bi\u00e9lorusses et les Ukrainiens. Ces derniers, fuyant leur pays, obtenaient facilement des permis de travail.<\/p>\n<p>Aussi, pour M.\u00a0Porawski, le m\u00e9lange de la nouvelle diaspora dans ces communes serait un atout. <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Beaucoup de municipalit\u00e9s<\/i> [dont les plus importantes sont dans l\u2019opposition au gouvernement, insiste-t-il] <i>sont pr\u00eates \u00e0 les accueillir, elles font beaucoup avec leur propre budget. Et il y a du travail facile \u00e0 obtenir dans le b\u00e2timent, les services, les transports, l\u2019agriculture\u2026<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i> Il souligne aussi la \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small><i>proximit\u00e9 culturelle<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb.<\/i> Les communaut\u00e9s d\u00e9j\u00e0 install\u00e9es ont beaucoup aid\u00e9 les nouveaux d\u00e9plac\u00e9s pour l\u2019obtention de logements ou de travail. C\u2019est ainsi, par le bouche-\u00e0-oreille, que la famille de Mme\u00a0Iouliia T. s\u2019est retrouv\u00e9e dans l\u2019une des communes qui constellent les alentours de Pozna\u0144, \u00e0 trois cents kilom\u00e8tres \u00e0 l\u2019ouest de Varsovie.<\/p>\n<p>D\u00e8s 17\u00a0heures, l\u2019obscurit\u00e9 submerge Bogdanowo, un village bord\u00e9 de sous-bois le long d\u2019une route o\u00f9 filent des poids lourds. Iouliia T., son mari Volodymyr et leurs deux enfants, dont l\u2019un est handicap\u00e9, vivent dans l\u2019un de ces immeubles modernes qui tracent l\u2019horizon de la commune de sept cents \u00e2mes. Volodymyr, qui a pu quitter l\u2019Ukraine en raison de la charge d\u2019un enfant d\u00e9pendant, a vite trouv\u00e9 un emploi de chauffeur. Sa soci\u00e9t\u00e9 leur loue le logement \u00e0 prix d\u2019ami. <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Je suis rest\u00e9e sans voix face \u00e0 l\u2019accueil des Polonais. Ils n\u2019\u00e9taient pas oblig\u00e9s de nous accepter. Aurions-nous fait la m\u00eame chose<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>?<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb,<\/i> s\u2019interroge Iouliia T. Son fils, Rostyslav, \u00e2g\u00e9 de 26\u00a0ans, lui demande une attention constante\u00a0: <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Il \u00e9tait dans un centre adapt\u00e9 aux handicap\u00e9s en Ukraine, mais impossible de trouver une place ici\u2026<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb,<\/i> confie, navr\u00e9e, cette ancienne secr\u00e9taire scolaire. Dans l\u2019appartement aux murs nus, la cha\u00eene ukrainienne ICTV diffuse en continu des images du pays bombard\u00e9. Un chat persan se pr\u00e9lasse sous les hal\u00e8tements d\u2019un bouledogue. <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Les animaux se sont mieux adapt\u00e9s \u00e0 notre exil,<\/i> ironise Iouliia T. <i>J\u2019attends un signe de Dieu pour repartir le plus vite possible en Ukraine.<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Alors que les d\u00e9plac\u00e9s restent pour une dur\u00e9e incertaine, <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>il est n\u00e9cessaire de r\u00e9former les services publics en mati\u00e8re de sant\u00e9, d\u2019\u00e9ducation, de prestations sociales\u2026<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb,<\/i> affirme Mme\u00a0Myroslava Keryk. Arriv\u00e9e \u00e0 Varsovie en 2002, cette femme ukrainienne charismatique y a fond\u00e9 sept\u00a0ans plus tard l\u2019Ukrainian House (\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>la maison ukrainienne<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb), une organisation visant, selon elle, \u00e0 <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>int\u00e9grer les d\u00e9plac\u00e9s en Pologne, tout en conservant leur identit\u00e9 ukrainienne<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb.<\/i> Mme\u00a0Keryk reconna\u00eet que le gouvernement polonais a <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>fait ce qu\u2019il fallait en f\u00e9vrier\u00a02022 pour les d\u00e9plac\u00e9s<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb.<\/i> Celui-ci assure avoir d\u00e9pens\u00e9 2,5\u00a0milliards d\u2019euros, issus d\u2019un fonds sp\u00e9cialement cr\u00e9\u00e9 pour financer l\u2019aide d\u2019urgence, auxquels se sont ajout\u00e9s des fonds des Nations unies et de l\u2019Union europ\u00e9enne.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">Certains conflits m\u00e9moriels restent pourtant vifs<\/h3>\n<p>Depuis f\u00e9vrier, l\u2019Ukrainian House est sur le pont, comme nombre d\u2019associations. Gr\u00e2ce \u00e0 <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>des subventions internationales et des fonds priv\u00e9s<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb,<\/i> elle est pass\u00e9e de vingt-cinq \u00e0 cent vingt-cinq salari\u00e9s qui tentent de d\u00e9velopper une vie locale pour les exil\u00e9s. Des dizaines de milliers d\u2019Ukrainiens se pressent pour acc\u00e9der aux cours de polonais, aux s\u00e9ances de soutien psychologique, aux formations de d\u00e9veloppeur Web offerts par Google\u2026 Le g\u00e9ant am\u00e9ricain abrite d\u2019ailleurs \u00e0 titre gracieux l\u2019organisation en pleine ascension dans sa tour de verre au c\u0153ur de la capitale. Les membres de l\u2019Ukrainian House ont une vue imprenable sur les gratte-ciel qui cernent l\u2019imposant Palais de la culture, un <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>pr\u00e9sent<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i> de Joseph Staline aux Polonais, d\u2019une autre \u00e9poque.<\/p>\n<p>Mme\u00a0Agnieszka Kosowicz, dirigeante du Forum polonais sur la migration, souligne, elle, le <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>retrait<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i> du gouvernement\u00a0: <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Il a mis en place les outils l\u00e9gaux pour l\u2019adaptation des Ukrainiens, mais il a ensuite laiss\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9 civile faire le reste.<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i> Et pour cause, Varsovie <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>n\u2019a jamais investi dans les politiques d\u2019int\u00e9gration<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb,<\/i> d\u00e9nonce-t-elle. Connu pour ses positions antimigrants, le parti national-conservateur PiS s\u2019\u00e9tait illustr\u00e9, en 2015, en refusant l\u2019accueil de Syriens fuyant la guerre. Tout en accueillant les d\u00e9plac\u00e9s ukrainiens, il rejette aujourd\u2019hui la pr\u00e9sence de migrants majoritairement originaires du Proche-Orient, arrivant par la for\u00eat primaire de Bia\u0142owie\u017ca, frontali\u00e8re de la Bi\u00e9lorussie, dans le Nord-Est.<\/p>\n<p><i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>La posture des autorit\u00e9s consistant \u00e0 ouvrir les fronti\u00e8res aux Ukrainiens \u00e9tait n\u00e9cessaire<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb,<\/i> note Mme\u00a0Kosowicz. Mais cette ouverture repose en partie sur un r\u00e9cit <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>inqui\u00e9tant<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i> d\u2019apr\u00e8s elle\u00a0: <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Beaucoup l\u00e9gitiment l\u2019accueil de ces Ukrainiennes au titre qu\u2019elles sont des femmes de combattants qui luttent pour nous. Mais que se passera-t-il \u00e0 la fin de la guerre\u00a0: seront-elles pouss\u00e9es \u00e0 rentrer<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>?<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Le 10\u00a0novembre dernier, le premier ministre Mateusz Morawiecki insistait dans une tribune sur la <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>ressemblance frappante entre la lutte polonaise pour l\u2019ind\u00e9pendance et la guerre que m\u00e8ne l\u2019Ukraine contre la Russie<\/i><span class=\"spip_note_ref\">\u00a0(<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2023\/01\/PERRIGUEUR\/65439#nb4\" class=\"spip_note\" rel=\"appendix\" title=\"\u00ab\u00a0La Pologne ind\u00e9pendante, un fondement de la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019Occident\u00a0\u00bb,\u00a0(...)\" id=\"nh4\">4<\/a>)<\/span><i><small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb.<\/i> Ce combat commun contre l\u2019<i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>oppresseur russe<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i> a pour l\u2019heure mis de c\u00f4t\u00e9 les querelles ukraino-polonaises. Certains conflits m\u00e9moriels restaient pourtant vifs ces derni\u00e8res ann\u00e9es<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0(<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2023\/01\/PERRIGUEUR\/65439#nb5\" class=\"spip_note\" rel=\"appendix\" title=\"Cf. \u00ab\u00a0Lois m\u00e9morielles\u00a0: l\u2019Ukraine et la Pologne se f\u00e2chent sur la seconde\u00a0(...)\" id=\"nh5\">5<\/a>)<\/span>, \u00e0 l\u2019image du massacre de la minorit\u00e9 polonaise de Volhynie par l\u2019Arm\u00e9e insurrectionnelle ukrainienne pendant la seconde guerre mondiale, qualifi\u00e9 de <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>g\u00e9nocide<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i> par Varsovie \u2014 un terme contest\u00e9 par Kiev. Le 11\u00a0novembre, des dizaines de milliers de Polonais marchaient \u00e0 Varsovie pour le 104e anniversaire de l\u2019ind\u00e9pendance du pays. Sous les drapeaux rouge et blanc, des militants identitaires arboraient une banderole contre l\u2019<i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>ukrainisation<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i> de la Pologne, entre deux slogans antimigrants. Mais cette poign\u00e9e d\u2019extr\u00e9mistes n\u2019est pas repr\u00e9sentative de l\u2019opinion actuelle dans le pays.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<p><br \/>\n<br \/><a href=\"https:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2023\/01\/A\/65439\" target=\"_blank\"\">Source link <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Elena Subach et Viacheslav Poliakov. \u2013 De la s\u00e9rie \u00ab\u00a0City of Gardens\u00a0\u00bb (La Ville des jardins), 2018 elenasubach.com &#8211; via-poliakov.com De faibles lumi\u00e8res apparaissent dans le noir. 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