{"id":8800,"date":"2025-05-23T12:00:59","date_gmt":"2025-05-23T10:00:59","guid":{"rendered":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/2025\/05\/23\/la-palme-nest-pas-a-cannes-je-viens-de-lattribuer-a-monat-convert-pour-un-pays-en-flamme\/"},"modified":"2025-05-23T12:00:59","modified_gmt":"2025-05-23T10:00:59","slug":"la-palme-nest-pas-a-cannes-je-viens-de-lattribuer-a-monat-convert-pour-un-pays-en-flamme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/monde25.info\/index.php\/2025\/05\/23\/la-palme-nest-pas-a-cannes-je-viens-de-lattribuer-a-monat-convert-pour-un-pays-en-flamme\/","title":{"rendered":"La Palme n&rsquo;est pas \u00e0 Cannes. Je viens de l&rsquo;attribuer \u00e0 Monat Convert pour \u00ab\u00a0Un pays en flamme\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p> <br \/>\n<\/p>\n<div style=\"word-wrap:break-word;\">\n<p>J\u2019ai alors pens\u00e9 \u00e0 Ma\u00cfakovski  pour qui le cin\u00e9ma \u00e9tait \u00ab\u00a0presque un moyen de comprendre le monde. Le cin\u00e9ma pourvoyeur de mouvement. Le cin\u00e9ma semeur d\u2019id\u00e9es. Mais le cin\u00e9ma est malade\u00a0: le capitalisme a recouvert ses yeux d\u2019or\u00a0\u00bb. Je ne dirais pas que le festival de Cannes perp\u00e9tue ce d\u00e9tournement, je me contenterais de dire que le cin\u00e9ma est une globalit\u00e9 qui n\u2019appartient \u00e0 personne, surtout pas \u00e0 ceux qui s\u2019en servent abusivement. Ici, c\u2019est une autre histoire, c\u2019est un autre geste artistique o\u00f9 le film se d\u00e9ploie sur le long, le large et la profondeur d\u2019une s\u00e9quence de vie au croisement de la mort du cochon et des gestes de personnes tout \u00e0 leur d\u00e9sir d\u2019embraser le paysage de nuit avec de singuli\u00e8res clart\u00e9s qu\u2019il faudra savoir saisir avant qu\u2019elles ne s\u2019effacent. C\u2019est un encha\u00eenement de jeux de feux qui rend un hommage appuy\u00e9 aux femmes et aux hommes qui ont su fixer et garder le feu plaisant et nourricier.<\/p>\n<p>A l\u2019\u00e9cran, sur fond d\u2019une nuit \u00e9toil\u00e9e qui brille de mille et un \u00e9clats, promesses d\u2019une autre vie, le g\u00e9n\u00e9rique s\u2019\u00e9coule lentement au rythme d\u2019une barque qui glisse au fil d\u2019une eau que n\u2019agite nul courant, le tout englu\u00e9 dans une \u00e9paisseur sonore o\u00f9 toute vie semble retenir son souffle. Coassements tout proches, aboiements lointains, fr\u00f4lement d\u2019ailes, des chuchotements qui nous parlent de m\u00e8ches, concourent \u00e0 me faire entrevoir la gestuelle cach\u00e9e d\u2019une conspiration. Sous l\u2019effet d\u2019une basse lumi\u00e8re, des mains s\u2019agitent pour fixer sur des ramilles, des branchages et des troncs d\u2019arbres ce qui n\u2019est pas un filet mais quelque chose d\u2019approchant. Progressivement, l\u2019entrelacs des lueurs de berge, des clapotis, des voix en sourdine construisent le paysage fragile d\u2019un de mes souvenirs de p\u00eache \u00e0 l\u2019anguille dans la lumi\u00e8re cendr\u00e9e d\u2019une nuit qui s\u2019efface, juste au moment de la relev\u00e9e des nasses o\u00f9 serpentent de gros vers luisants. C\u2019est sans doute pour cela que je partage intens\u00e9ment les frissons de complices engag\u00e9s dans une action clandestine qui sent la poudre.<\/p>\n<p>Le dialogue se rapproche et je comprends mieux les jeux de mains qui tripotent de petites anguilles qui ne sont en r\u00e9alit\u00e9 que des m\u00e8ches, courtes et longues, lentes et rapides, qui grimpent aux arbres, rampent au sol, flottent sur l\u2019eau ductile de l\u2019\u00e9tang.<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Un, deux, trois, quatre&#8230; y en a deux l\u00e0 \u2026 il en manque une ici<br class=\"autobr\"\/><br \/>\nJe n\u2019y vois plus rien, c\u2019est compliqu\u00e9\u00a0\u00bb.<\/i><\/p>\n<p>Sans crier gare, l\u2019\u00e9clair d\u2019une fus\u00e9e allume le ciel et sculpte une v\u00e9g\u00e9tation dans la profondeur d\u2019un paysage d\u00e9color\u00e9. Une fugacit\u00e9 qui m\u2019\u00e9blouit, relay\u00e9e par le retour \u00e0 la nuit \u00e9toil\u00e9e que berce le bruit l\u00e9ger, r\u00e9p\u00e9t\u00e9, du glissement d\u2019un bateau qui fr\u00f4le la berge o\u00f9 les d\u00e9parts de m\u00e8ches graciles \u00e9parpillent des embruns incandescents.<\/p>\n<div class=\"spip_document_37271 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center\">\n<figure class=\"spip_doc_inner\">\n<p>\t\t<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.legrandsoir.info\/local\/cache-vignettes\/L395xH534\/xaffiche-cc544.png,q1747978851.pagespeed.ic.HPle8pFEnN.jpg\" width=\"395\" height=\"534\" alt=\"\"\/><br \/>\n<\/figure>\n<\/div>\n<p>Tout explose, les fus\u00e9es jaillissent et, de d\u00e9flagration en d\u00e9flagration, la nuit rugit et se pare d\u2019\u00e9tranges figures dilu\u00e9es dans une fum\u00e9e qui transcende leur vie r\u00e9elle. Un jeune b\u0153uf tout blanc, en sant\u00e9 puisqu\u2019il rumine, une brebis non \u00e9gar\u00e9e, deviennent les ic\u00f4nes d\u2019une autre conception, non industrielle, du monde.<br class=\"autobr\"\/><br \/>\nOui, une autre vie se d\u00e9gage de la fum\u00e9e et des p\u00e9tarades, celle d\u2019une ferme au fond des bois, avec des coqs qui chantent dans les arbres o\u00f9 leurs cr\u00eates rouges donnent sa v\u00e9rit\u00e9 au vert des frondaisons.. Un chien aboie, un homme joue du trombone ou plut\u00f4t le fait crachoter, tel un cri rauque du fond des bois. Ce son \u00e9largit l\u2019\u00e9tendue de l\u2019instrument dont la basse fr\u00e9quence de ce tremblement donne le ton d\u2019une trag\u00e9die voisine. Le musicien caresse le chien.<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0\u00e7a fait du bien \u2026 allez, va chanter l\u00e0-bas\u00a0\u00bb .<\/i><\/p>\n<p>L\u00e0-bas, o\u00f9 six personnes hissent le corps inerte d\u2019un cochon sur un autel de palettes superpos\u00e9es, le chien chante la psalmodie d\u2019une c\u00e9r\u00e9monie sacrificielle.<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Y en a un qui peut venir l\u00e0\u00a0?\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Oui, il y en a un qui peut venir en passant derri\u00e8re l\u2019\u00e9cran de vapeur d\u2019eau vers\u00e9e par des arrosoirs qui \u00e9bouillantent le porc. Les corps sont un peu estomp\u00e9s, vaporeux et semblent nous \u00e9chapper dans une profondeur qui me rappelle les effets d\u2019un sfumato. Tout \u00e0 leurs gestes du raclage des poils de la peau de la b\u00eate, les hommes et les femmes du feu, les hommes et les femmes du cuit pr\u00e9parent la subsistance des lendemains. Il y a de la bienveillance dans cette mani\u00e8re d\u2019en faire un film, de la reconnaissance, du courage ainsi qu\u2019un hommage certain \u00e0 ceux et celles qui ne rejettent pas tout de notre pass\u00e9 tumultueux et m\u00eame s\u2019en nourrissent. Cette mani\u00e8re de mettre en parall\u00e8le des gestes et des \u00e9tats d\u2019\u00e2me qui semblent bien \u00e9loign\u00e9s les uns des autres, nous renvoie tout simplement \u00e0 la simultan\u00e9it\u00e9 complexe du monde visible.<br class=\"autobr\"\/><br \/>\nLa partition audiovisuelle s\u2019enrichit  d\u2019un chant o\u00f9 triomphe la voix puissante d\u2019un soliste qui pousse sa tessiture \u00e0 faire l\u2019exp\u00e9rience des limites. Un chant au statut ambigu et \u00e0 la sonorit\u00e9 d\u00e9routante qui a la fonction de donner une couleur la\u00efque \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie et de favoriser l\u2019adh\u00e9sion des spectateurs au myst\u00e8re tragique.<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Faut mettre un pull l\u00e0, regarde j\u2019ai mis ma veste\u00a0\u00bb.<\/i><\/p>\n<p>C\u2019est le moment o\u00f9 la nuit explose une nouvelle fois, o\u00f9 l\u2019\u00e9cran est d\u00e9chir\u00e9 dans tous les sens par une variation de feux qui fusent, sifflent, s\u2019\u00e9crasent sur l\u2019\u00e9cran en des \u00e9claboussures de formes toujours changeantes. Le velours noir de la nuit n\u2019est pas qu\u2019un support mais un acteur majeur de la mise en relief. Les chuchotements s\u2019emballent &#8230;<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Vas-y, envoie les bombes<br class=\"autobr\"\/><br \/>\nVas-y, tire papa\u00a0!\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p>C\u2019est une salve de bombes, une profusion d\u2019\u00e9clats, un vertige de flammes o\u00f9 les tirs sillonnent l\u2019espace en de magnifiques traces furtives, des gerbes, des colliers, des chenilles d\u2019\u00e9tincelles, des flocons de braise et des figures g\u00e9om\u00e9triques de toutes dimensions accueillies par le cadrage  singulier de la r\u00e9alisatrice pour donner naissance \u00e0 de singuli\u00e8res figures, \u00e9ph\u00e9m\u00e8res certes, mais que le cin\u00e9ma rend \u00e9ternelles.<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Les gars tenez-moi au courant, il y a le feu sur un radeau, je veux savoir o\u00f9 vous \u00eates. Attention\u00a0<\/i>\u00a0!\u00a0\u00bb<br class=\"autobr\"\/><br \/>\nLes mains d\u2019un homme pataugent dans le boudin, la bouche d\u2019un autre avale des touffes d\u2019herbe alors que l\u2019artifici\u00e8re p\u00e9n\u00e8tre le foyer en devenant une sorte de dragon cracheur de feu, un astronaute m\u00eame qui p\u00e9n\u00e8tre dans le bois, tout feu tout flamme.<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Allez, on avance sur le lune<br class=\"autobr\"\/><br \/>\nAh putain, ici c\u2019est bon dit-elle\u00a0;<\/i>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ce brasier ambulant me rappelle el toro de fuego des f\u00eates de quartier de mon village. C\u2019est le plaisir retrouv\u00e9 du dynamisme universel du feu et je me revois un soir d\u2019hiver devant l\u2019immense  chemin\u00e9e de mon oncle Gabriel o\u00f9 chaque membre de la famille se faisait griller une tranche de pain aill\u00e9e, accompagn\u00e9e d\u2019un beau morceau de jambon. Cela d\u00e9file comme un surgissement de troph\u00e9es-rep\u00e8res de mon encrage paysan.<br class=\"autobr\"\/><br \/>\n\u00ab\u00a0Encore 5 minutes\u00a0! J\u2019esp\u00e8re que tout le monde est en place, tout le monde va bien ..<br class=\"autobr\"\/><br \/>\nNous sommes tous ensemble, Il ne faut pas paniquer, nous sommes solidaires\u00a0\u00bb<br class=\"autobr\"\/><br \/>\nUne biche curieuse vient aux nouvelles dans un moment calme de f\u00eate a\u00e9rienne o\u00f9 voltigent des bouquets de lucioles qui dessinent les figures d\u2019une danse l\u00e9g\u00e8re. Revenue au poste de commandement, l\u2019artifici\u00e8re vigilante r\u00e9vise le plan de sa bataille.<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Putain, merde je n\u2019ai pas ma casquette\u00a0\u00bb <\/i><\/p>\n<p>Sa casquette de G\u00e9n\u00e9rale sans doute. Elle est tendue, je suis tendu, lorsqu\u2019un son aigu d\u00e9chire mes oreilles et que simultan\u00e9ment un \u00e9clair l\u00e9zarde mes yeux.<br class=\"autobr\"\/><br \/>\nLe film s\u2019embrase et se brise en mille flocons incandescents, c\u2019est une \u00e9ruption filmique o\u00f9 des insectes de flamme s\u2019\u00e9crasent sur l\u2019\u00e9cran. C\u2019est un bouquet d\u2019explosions, de sifflements, d\u2019impacts fracassants, de mitraille de p\u00e9tards, de figures audiovisuelles confuses, discordes qui s\u2019interf\u00e8rent, se heurtent et fusionnent en des \u00e9clairs rares de beaut\u00e9. Le pays en flamme a la brulure de l\u2019incandescence, l\u2019air, l\u2019herbe, le ciel, l\u2019eau baignent dans le rouge de l\u2019arc en feu\u00a0: le monde br\u00fble, le monde saigne.<br class=\"autobr\"\/><br \/>\nL\u2019image se fige dans l\u2019arr\u00eat sur image d\u2019une femme qui tient un fumig\u00e8ne \u00e0 la main comme d\u2019autres le pinceau..<br class=\"autobr\"\/><br \/>\nCe film est une symphonie futuriste dont l\u2019\u00e9nergie qui me recharge est une jouissance.<\/p>\n<p>La palme n\u2019est pas \u00e0 Cannes, je viens de l\u2019attribuer \u00e0 Monat Convert pour <strong>\u00ab\u00a0Un pays en flamme<\/strong>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p><strong>Guy CHAPOUILLIE<\/strong><\/p>\n<p>*Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 assistant r\u00e9alisateur \u00e0 l\u2019ORTF puis  professeur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Vincennes-Paris 8, Guy Chapouilli\u00e9  a fond\u00e9 et dirig\u00e9 l\u2019Ecole Sup\u00e9rieure d\u2019Audiovisuel de Toulouse (ESAV), devenue Ecole Nationale Sup\u00e9rieure d\u2019Audiovisuel (ENSAV).<\/p>\n<\/div>\n<p><br \/>\n<br \/><a href=\"https:\/\/www.legrandsoir.info\/la-palme-n-est-pas-a-cannes-je-viens-de-l-attribuer-a-monat-convert-pour-un-pays-en-flamme.html\" target=\"_blank\"\">Source link <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J\u2019ai alors pens\u00e9 \u00e0 Ma\u00cfakovski pour qui le cin\u00e9ma \u00e9tait \u00ab\u00a0presque un moyen de comprendre le monde. 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