Dans une décision qui fait déjà polémique, le juge fédéral Brian E. Murphy, du district du Massachusetts, a suspendu lundi la réforme vaccinale engagée par le secrétaire à la Santé Robert F. Kennedy Jr. D’un trait de plume, il a gelé les nominations des nouveaux membres de l’Advisory Committee on Immunization Practices (ACIP), annulé les votes de ce comité reconstitué et bloqué le mémorandum de janvier 2026 qui révisait le calendrier vaccinal des enfants. Officiellement, il s’agit de défendre la « procédure scientifique ». En réalité, cette ordonnance de 45 pages ne protège-t-elle pas un ancien système qui, pendant des décennies, n’a pas empêché – et selon certains n’a même pas ralenti – l’effondrement de la santé des enfants américains ?

Le constat est brutal. En 2025, les États-Unis ont enregistré 2 284 cas de rougeole confirmés, le chiffre le plus élevé depuis 1992, avec 48 foyers épidémiques et trois décès. La coqueluche a également rebondi, atteignant des niveaux inquiétants dans plusieurs États. Pendant ce temps, les maladies chroniques explosent chez les jeunes : plus de 40 % des enfants souffrent d’au moins une pathologie durable – obésité (un enfant sur cinq), diabète, allergies, asthme, troubles neurodéveloppementaux. C’est précisément cette « épidémie de maladies chroniques » que RFK Jr. a placée au cœur de son projet politique Make America Healthy Again (MAHA).

Ce projet n’est pas une simple promesse de campagne. Le 13 février 2025, le président Donald Trump a signé l’Executive Order 14212, créant officiellement la Commission présidentielle MAHA, présidée par le secrétaire Kennedy. L’objectif affiché : identifier les causes profondes – alimentation ultra-transformée, toxines environnementales, surmédicalisation et, implicitement, un calendrier vaccinal devenu trop lourd – et inverser la tendance.
Pour la première fois depuis des décennies, un gouvernement américain osait remettre en question le dogme vaccinal établi par l’ancien ACIP.
Or, c’est exactement cet ancien système que le juge Murphy choisit de défendre. Dans son ordonnance, il célèbre l’ACIP historique comme « non partisan » et « fondé sur la science », avec un « screening rigoureux » qui aurait été la norme pendant des décennies. Il ne consacre pourtant pas une seule ligne aux conflits d’intérêts massifs qui ont entaché ce comité : subventions de l’industrie pharmaceutique, portes tournantes entre régulateurs et laboratoires, perte de confiance publique documentée depuis vingt ans. À un moment clé, le magistrat écrit même que « le tribunal n’a pas besoin d’examiner les arguments sur l’influence indue ».
En clair : peu importe si le système était capturé ou défaillant. La procédure formelle prime.
La défense du ministère de la Santé avait pourtant été claire. Les avocats du gouvernement ont plaidé que le secrétaire Kennedy disposait d’une large discrétion exécutive pour réformer un simple comité consultatif. Ils ont souligné que la norme « fairly balanced » (équité) de la Federal Advisory Committee Act est vague et que les nouveaux membres apportaient précisément la diversité d’opinions manquante. Surtout, ils ont justifié le « grand nettoyage » par la nécessité de restaurer la confiance publique après des années de biais et de perte de crédibilité. Le juge a balayé ces arguments d’un revers de main, estimant que virer tous les membres sans explication détaillée constituait une action « arbitraire et capricieuse ».
Cette décision pose une question plus large : quel est le rôle réel d’un juge fédéral dans un débat de santé publique ? Brian E. Murphy, nommé par Joe Biden en 2024 et confirmé de justesse sur une ligne partisane, n’est pas un spécialiste des vaccins ni de la pédiatrie. Son parcours est celui d’un pénaliste. Dans un dossier hautement politique – où la santé des enfants est devenue l’enjeu central de l’administration Trump –, un magistrat issu du camp adverse choisit de sanctuariser l’ancien cadre plutôt que de laisser la réforme MAHA, validée par décret présidentiel, suivre son cours.
Certes, le juge applique la loi telle qu’elle est écrite : la procédure doit primer. Mais en refusant d’examiner si cette procédure servait encore les intérêts des patients, il transforme la justice en bouclier du statu quo. Il protège un système qui, objectivement, n’a pas protégé les Américains. Pendant que l’ACIP d’avant 2025 veillait sur les calendriers vaccinaux, les enfants américains devenaient la génération la plus malade de l’histoire moderne en termes de maladies chroniques. La rougeole est de retour, l’obésité infantile a triplé en quarante ans, et la confiance publique dans les institutions sanitaires s’est effondrée.
L’affaire ira maintenant en appel, probablement jusqu’à la Cour suprême. En attendant, l’ordonnance du juge Murphy reste un symbole : celui d’une justice qui, au nom de la forme, choisit parfois de sauver un système en échec plutôt que de laisser une administration élue tenter de le réparer.
À l’heure où Make America Healthy Again est devenu un décret présidentiel, cette décision pose une question simple : qui, au juste, la justice américaine protège-t-elle ? Les patients… ou le système qui les a rendus malades sans les soigner ?