Suite de la partie 1
Le 17 août 2012, un certain Steve Hanson (Stephen Hanson ?) prévient J. E. qu’il lui faut « 170 à 225 grammes » (« 6-8 ounces ») de viande séchée de bœuf (« beef jerky ») pour l’envoyer au laboratoire. Dix jours plus tard, le 27 août, J. E. demande si le jerky a été analysé. Steve Hanson répond : « Sérieusement, mon chien s’est glissé dans mon sac à mon retour et a mangé le jerky. Francis en prépare 170 g de plus – c’est ce dont ils ont besoin. Comme ça je peux l’envoyer. » J. E. poursuit : « On en a parlé au ranch, pourquoi ça n’a pas été fait ? »
Ici, une « meat class » est organisée le 22 septembre par Francis Derby : « Je viens de parler à J. E. de son steak et de la façon dont nous pouvons le préparer lorsque je suis absent. J. E. aimerait que j’anime un cours demain à ce sujet. » Karyna Shuliak répond qu’elle sera présente.
Le 3 octobre, Francis Derby écrit ceci à un destinataire anonymisé : « Just wanted to touch base about Jerky. J. E. said he was gonna start eating regular food again so he might be eating less jerky. That said he has 6 bags of it in the downstairs freezer for his next trip. I believe it should be enough to get him through. » (« Je voulais juste faire le point sur le Jerky. J. E. a dit qu’il allait recommencer à manger de la nourriture normale, donc il mangera probablement moins de jerky. Cela dit, il en a 6 sachets dans le congélateur du rez-de-chaussée pour son prochain voyage. Je pense que ça devrait lui suffire. »)
Le 14 octobre, Francis Derby envoie un e-mail (à au moins deux destinataires dont on ignore l’identité) par lequel il cherche à savoir si la « situation du jerky » (« the jerky situation ») a été réglée. Il ajoute : « La dernière fois que nous en avons parlé, tu/vous avais/aviez prévu que Rich B l’envoie par FedEx à Paris. Pour être sur la même longueur d’onde, la viande séchée se conserve à température ambiante et peut être transportée sans réfrigération. »
Dans un message du 19 octobre, J. E. dit qu’il est contrarié car il n’a plus de jerky. Francis Derby présente ses excuses pour ne pas avoir préparé la viande séchée à temps ; J. E. répond que c’est trop tard.
Ici, on demande à Steve Hanson la recette du « beef jerky » : « X [nom biffé] de l’île de Jeffrey souhaite recevoir la dernière recette de bœuf séché, car J. E. lui a demandé d’en préparer. Il dit que le dernier lot que vous avez préparé avait un goût différent. »
Ici, un message de « Jennie Enterprise » daté du 3 décembre, adressé à J. E. : « C’est dingue ! On t’a envoyé plein de remerciements et aucune réponse, alors on s’est dit qu’il y avait un problème… Hmmm… Déçus… On survit avec du bœuf séché, nous aussi. Je t’aime ! Comment vas-tu ? »
S’agit-il là de simples caprices de multimillionnaires ? D’une réelle obsession pour la viande séchée ? Après tout, pourquoi pas. Mais fatalement, le contexte malsain et le profil criminel de Jeffrey Epstein tendent à exclure toute forme de naïveté chez celui-ci comme chez ses contacts, d’autant qu’il s’agit là d’échanges peu habituels, peu naturels, voire franchement improbables, pour des gens fortunés et haut placés.
Humour tribal ?
Dans la même veine, cet e-mail de Soon-Yi Previn qui écrit à J. E. de la part de Woody Allen, en novembre 2015 : « Je suis sans voix devant ce cadeau d’anniversaire. Entre ça et le Lactaid, tu me gâtes vraiment. Merci infiniment. J’ai toujours rêvé de ce peignoir. Comme la vie joue des tours cruels, il me démange. Je te le renvoie donc neuf, jamais porté (à part un essayage de cinq secondes). Un de tes collaborateurs pourra sans doute récupérer quelques euros, ou au pire, un avoir. L’un ou l’autre me conviendrait parfaitement, car je saurai toujours faire bon usage de ces euros et je ne porte que des sous-vêtements Zimmerlee. Ce n’était pas indispensable de m’offrir un cadeau, mais c’est un geste adorable que je n’oublierai pas. J’imagine que Kate Upton était trop chère. » Réponse de J. E. : « Non, elle [K. Upton] démange aussi. » Est-ce de l’humour noir ? Que représentent le « Lactaid » (marque de produits laitiers sans lactose) et le peignoir (« the robe ») dans ce message énigmatique ? Y a-t-il là quelque lien avec les fameux « massages » ?… Dans plusieurs e-mails on retrouve en effet « Lactaid milk » et « bathrobe », qui semblent également désigner des produits ou des services particuliers.
Tout aussi suspect, cet e-mail du 10 novembre 2014, dans lequel J. E. fait usage d’un ton macabre en listant ce qui semble être des idées de phrases pour des fortune cookies (ces biscuits traditionnels chinois contenant un petit morceau de papier sur lequel est écrite une maxime ou une prédiction) : « You will be horribly mangled » (« Tu seras horriblement mutilé »), « You will not have a moment’s peace » (« Tu n’auras pas un instant de répit »), « The woman you love is betraying you » (« La femme que tu aimes te trahit »), « You will be bought in a threshing machine » (« Tu seras broyé dans une batteuse »), « Premature death awaits you » (« Une mort prématurée t’attend »), « All your friends despise you » (« Tous tes amis te méprisent »), « The spot in your X-ray is a tumor » (« La tache sur ta radio est une tumeur »). Le message ne comporte pas de destinataire mais comme le laisse penser cet échange du 23 novembre 2014 ayant le même objet (« fortune cookies »), il a été probablement envoyé à Soon-Yi Previn. Dans un e-mail (sans objet) du 3 décembre 2014, celle-ci s’adresse à J. E. : « Qu’est-ce que tu avais en tête ? Je suis ravie que ton idée idiote de biscuits chinois ait eu du succès. »
À suivre…