Dossier : Iran, le prix d’une folie
Pourquoi s’embarrasser du droit quand on a la morale pour soi ? Selon certains responsables politiques ou juristes complaisants, l’attaque illégale de l’Iran par les États-Unis et Israël devait être approuvée parce qu’elle aurait été « juste ». Se voulant novateur, ce discours dangereux fait l’impasse sur cent ans de progrès juridiques et politiques.

Zartosht Rahimi. – De la série « Justice », 2025
© Zartosht Rahimi – Homa Art Gallery, Téhéran
Mis à part quelques juristes de seconde zone égarés dans les pages du Point, aucun spécialiste ne soutient la légalité de la guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l’Iran. En l’absence d’autorisation du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU), qui n’a pas été demandée, seule la légitime défense aurait pu justifier un recours à la force aussi soudain que massif. La « légitime défense préventive » n’étant pas reconnue, en dépit des efforts constants de Tel-Aviv depuis plusieurs décennies, certains avocats et professeurs de droit international ont vainement tenté de promouvoir une nouvelle hypothèse, l’action armée « préemptive » face à une « menace imminente » que seuls des moyens militaires pourraient arrêter. Malgré la subtilité de la manœuvre sémantique, le droit reste inchangé : en l’absence d’une attaque existentielle imminente ne laissant aucune autre solution que la guerre anticipée, l’usage de la force est formellement interdit. Auteur d’un livre de référence sur le droit de la guerre, Olivier Corten, professeur à l’Université libre de Bruxelles, rappelle la constance et la cohérence des traités et des décisions de justice qui, depuis 1945, confirment une limitation stricte de la légitime défense à la riposte face à une agression armée. Le déclenchement des bombardements sur l’Iran en pleine négociation diplomatique suffit à démontrer la mauvaise foi de ceux qui soutiennent leur légitimité à agir sur ce fondement.
Mais qu’à cela ne tienne : si le droit nous interdit la guerre, c’est que le droit a tort ! Détectant ainsi un inquiétant « angélisme juridique » hermétique à la « complexité du réel et au têtu des faits », le professeur émérite Denys de Béchillon en appelle à la morale : « Peut-on vraiment s’en tenir [au droit], comme d’assez nombreux commentateurs le font ? Se satisfaire de ce seul prisme ? Laisser entendre, par défaut, que c’est mal parce que c’est illicite, voire (…)
Taille de l’article complet : 1 734 mots.
Cet article est réservé aux abonnés
accédez à la base de données en ligne de tous les articles du Monde diplomatique de 1954 à nos jours.
Retrouvez cette offre spécifique.