Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Sénégal…
Jamais la cocaïne n’a été autant produite et consommée dans le monde. L’Afrique de l’Ouest, idéalement située entre les bassins de production sud-américains et l’Europe, le plus grand marché de consommation, est devenue une importante zone de transit. Les trafiquants y prospèrent grâce à de solides réseaux de complicité, en profitant des faiblesses des États.

Steve Bandoma. — « Gangster », 2016
© ADAGP, Paris, 2026 – Courtesy Galerie MAGNIN-A
Les saisies spectaculaires de cocaïne se multiplient au large de l’Afrique de l’Ouest. En mars 2024, la marine française — présente dans la région dans le cadre de la mission de coopération pour la sécurité maritime « Corymbe » — interceptait dans les eaux internationales du golfe de Guinée 10,7 tonnes de cette drogue à bord d’un bateau de pêche en provenance du Brésil. En septembre 2025, c’était le cas d’une cargaison de 9,6 tonnes dans cette même zone. En 2019, les autorités cap-verdiennes avaient confisqué 9,5 tonnes dans un cargo en provenance d’Amérique du Sud et en route vers Tanger, au Maroc. La valeur de chacune de ces cargaisons est estimée à plus de 500 millions d’euros.
Le transit de la cocaïne sud-américaine vers l’Europe par l’Afrique de l’Ouest s’est développé dès la fin des années 1990. Pourtant, les volumes ont explosé ces dernières années. Si les saisies témoignent davantage du nombre et de l’efficacité des opérations de contrôle que du volume du trafic, les chiffres fournissent tout de même une indication des tendances : entre 2012 et 2018, moins de deux tonnes de cocaïne étaient découvertes chaque année en Afrique de l’Ouest. Entre 2019 et 2025, c’est dix fois plus.
Cette hausse est d’abord la traduction locale d’une tendance mondiale : le trafic n’a jamais été aussi important. En Amérique du Sud, et en particulier en Colombie — le premier producteur mondial de coca, et de loin —, le volume augmente depuis une dizaine d’années. La production de la forme finale de cette drogue est passée de moins de 900 tonnes par an en 2013 à près de 4 000 tonnes aujourd’hui, tirée notamment par la croissance de la consommation mondiale. Car, à l’autre bout de la chaîne, la demande continue de croître, notamment sur le continent européen, premier marché mondial.
Forte hausse des volumes
Si les flux entre les foyers de production et ceux de consommation sont à la hausse, la part de ces mouvements qui passe par (…)
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Tangi Bihan &
Keïsha Corantin
Respectivement journaliste et doctorante en géographie à l’université Paris-I (Panthéon-Sorbonne).