Dans une lettre ouverte datée du 21 avril 2026 (1), Christelle Record, éleveuse à la Ferme du Soulé à Baulou (Ariège), adresse une réponse ferme et détaillée à Hervé Brabant, préfet de l’Ariège.

Cette missive fait suite à la publication sur la page Facebook de la Préfecture d’un texte intitulé « Lutte contre la désinformation et dépôt de plaintes suite à des menaces proférées à l’encontre d’agents publics et vétérinaires libéraux ».
Christelle Record y dénonce le traitement réservé à son exploitation modèle, la disproportion des moyens déployés et des incohérences dans la communication officielle, notamment sur les données relatives à l’épidémie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC, ou Lumpy Skin Disease – LSD).
Une opération militaire pour vacciner 30 vaches en bonne santé
L’éleveuse rappelle avoir subi, à de nombreuses reprises, intimidations et menaces (jusqu’à la garde à vue) pour refuser la vaccination forcée de son troupeau de 30 vaches, élevées en santé globale et sans chimie, dans des conditions sanitaires optimales. Son refus, argumente-t-elle, n’est pas idéologique (« anti-vax ») mais fondé sur la préservation du microbiote de ses animaux, fruit de plus de 10 ans de travail.
Le 17 avril 2026, la préfecture a orchestré une intervention d’une ampleur inédite sur sa micro-exploitation : près de 120 gendarmes en armes, neuf camions (dont un spécialisé en télécommunications), le peloton du PSIG Ariège, des drones à vision thermique, motards de route et tout-terrain. La D117 a été bloquée une journée entière, causant chaos et pertes financières pour son commerce « L’épicerie d’ici… ». Christelle Record décrit avoir été « maintenue par quatre gendarmes en armes » alors qu’elle tentait de protéger un petit veau, et qualifie l’opération de « véritable siège militaire » supervisé par la sous-préfète Sophie Pauzat, M. Frédéric Pujol et M. Nicolas Bastié.
Elle précise n’avoir menacé personne, hormis peut-être sous le coup de la colère face à la destruction de son cheptel exemplaire. Maître Diane Protat, son avocate, a répété aux intervenants qu’ils engageaient leur responsabilité individuelle, comme en attestent de nombreuses vidéos.
La « désinformation » : un boomerang pour les services de l’État ?
Christelle Record pointe ensuite du doigt ce qu’elle considère comme de la désinformation de la part des autorités. Lors de l’audience au tribunal administratif de Toulouse le 16 avril 2026, la sous-préfète aurait affirmé que quatre veaux issus d’un troupeau non vacciné en Sardaigne étaient morts de la DNC. Or, le communiqué officiel du Ministero della Salute italien du 16 avril 2026 (référence 0011751-16/04/2026-DGSA-MDS-P) contredit formellement cette déclaration : le foyer confirmé à Muravera (province de Cagliari) concernait des veaux d’environ 4 mois nés de mères vaccinées contre la LSD. Des investigations sont en cours sur l’origine de l’infection dans cet élevage de bovins de chair.
L’éleveuse dénonce également le manque d’information préalable sur le vaccin (nom, date, notice), empêchant un consentement éclairé des éleveurs. Elle cite la réponse du préfet à ses questions écrites : les données seraient « normalement accessibles auprès des vétérinaires ». Quant au suivi des effets post-vaccinaux, l’État renvoie à un formulaire mis à disposition par le GTV régional. Ironiquement, elle suggère la création d’un « numéro vert » pour les cas suspects sur des fermes vaccinées.
Sur les réseaux, la préfecture alerte sur la gravité de la DNC (jusqu’à 10 % de mortalité et 45 % de comorbidités). Christelle Record invite à ajouter, pour plus de transparence, que seuls trois bovins ont été contaminés en Ariège sur 73 000, sans aucun nouveau cas depuis janvier 2026, et aucune mort liée à la maladie dans le département. En France, 117 cas sur 16,5 millions de bovins. Les animaux ariégeois « dépeuplés » sont morts de l’abattage, non de la DNC.
Soutien de la ministre Annie Genevard aux vétérinaires… et aux agriculteurs ?
Dans ce contexte, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard a publié deux messages sur X les 22 avril 2026 :
Ces déclarations interviennent au moment où Christelle Record, éleveuse vertueuse alignée sur les objectifs de transition agroécologique, voit son modèle détruit.
Un cri d’alarme pour la paysannerie exemplaire
La lettre se termine sur une note d’émotion et de tristesse : « Punir l’exemplarité, ou qualifier de “désinformation” les questions légitimes des citoyens français, n’est pas une politique publique digne d’un État qui se dit exemplaire. » Christelle Record demande au préfet de ne pas infliger à d’autres éleveurs vertueux le sort qui a été le sien.
Cette affaire, relayée par de nombreux soutiens paysans, soulève des questions profondes sur la proportionnalité des mesures sanitaires, le respect du consentement éclairé, la transparence des données et la protection des modèles agricoles diversifiés et résilients. La lettre ouverte est disponible en intégralité sur plusieurs sites, notamment via Kokopelli. Ananda Guillet, président de Kokopelli a évoqué cette lettre dans une vidéo :
📢 Vaccination forcée et plainte de la préfecture : @XelleLafermiere – Christelle Record – répond au préfet par une lettre ouverte !
Commentez, partagez, diffusez !https://t.co/KWglFN7rRL#dnc #agriculture pic.twitter.com/CC0PGXfPxp
— Ananda Guillet (@AnandaGuillet) April 22, 2026
L’éleveuse ariégeoise, soutenue par ses avocats Mes Protat et Tribalat, prépare de nouveaux recours contre les arrêtés préfectoraux et les sanctions financières. L’avenir dira si cette « mise au point » ouvrira un vrai débat sur l’application intelligente des protocoles sanitaires ou si la réponse restera administrative et répressive.
D’autres éleveurs sont sous le coup de décisions administratives de vaccination forcée regroupé en collectif : le Collectif LIBRe.
(1) Lettre ouverte de Christelle Record reproduite intégralement
Objet : Lettre Ouverte de mise au point suite au dépôt de plainte pour « désinformation » des services de préfecture
Cher Monsieur le préfet,
J’ai été très surprise, et même choquée, de découvrir sur le compte Facebook de votre préfecture un texte qui commence par : « Lutte contre la désinformation et dépôt de plaintes suite à des menaces proférées à l’encontre d’agents publics et vétérinaires libéraux. »
En effet, je suis surprise car j’ai moi-même fait l’objet – à de nombreuses reprises – d’intimidations et de menaces (allant jusqu’à la garde à vue) si je ne cédais pas à la vaccination forcée de mes 30 vaches, en parfaite santé et élevées dans des conditions sanitaires optimales. Mon parcours de soin et de santé global, exemplaire, se base sur la maîtrise du microbiote de mes animaux, et l’équilibre de ce système ne saurait souffrir de l’introduction forcée de chimie. Dès lors, cher Monsieur, mon refus de la vaccination est légitime et n’a rien à voir avec une supposée idéologie « anti-vax ».
Je suis surprise car je n’ai, pour ma part, menacé personne, si ce n’est peut-être sous le coup de la colère – et de la tristesse de voir disparaître sous mes yeux plus de 10 ans de travail – lorsque, maintenue par quatre gendarmes en armes, je tentais de faire barrage de mon corps pour empêcher le fléchage d’un petit veau.
Et enfin, je suis surprise, car j’ai moi-même été contrainte, forcée, bousculée, menacée dans le cadre de cette démonstration de force visant à contraindre ma micro-exploitation vertueuse à se plier à des règles sanitaires hors sol. Mon seul tort fut ma volonté inébranlable de préserver le fruit d’années de travail sur mon cheptel. Et pour ce tort, j’ai été traitée comme une criminelle, car je rappelle que, sous vos ordres et sous la supervision de vos rapports directs – la sous-préfète Sophie Pauzat, M. Frédéric Pujol et M. Nicolas Bastié –, c’est un véritable siège militaire qui s’est tenu sur ma ferme :
- pas loin de 130 gendarmes en armes ;
- neuf camions de gendarmes, dont un camion spécialisé en télécommunications ;
- le peloton du PSIG Ariège ;
- un ou plusieurs drones à vision thermique ;
- des motards de route et des motards tout-terrain.
Il ne manquait plus que les centaures, les hélicoptères et, pourquoi pas, les sous-marins pour être au complet.
Vous avez même fait bloquer la D117 pendant une journée entière, créant le chaos pour des milliers de personnes qui y circulent quotidiennement.
Je ne m’étendrai pas sur les pertes financières que vous avez engendrées pour mon commerce « L’épicerie d’ici… » avec ce blocus.
Et après tout cela, vous vous offusquez pour des publications sur Internet faites par des gens sympathisants de la cause paysanne, dont l’émoi a été déclenché par l’extrême violence des événements et des actions commises par les forces de l’ordre et les vétérinaires armés de fusils hypodermiques.
Et si je n’approuve ni les violences physiques ni verbales, d’où qu’elles viennent, je tiens à rappeler que Maître Protat n’a eu de cesse de rappeler, tout au long de cette journée, à celles et ceux qui agissaient sous vos ordres qu’ils engageaient, ce faisant, leur responsabilité individuelle et personnelle. Maître Protat a d’ailleurs répété à plusieurs reprises aux vétérinaires libéraux : « J’essaie de vous protéger également. » De nombreuses vidéos en témoignent.
Avez-vous pris le temps, Monsieur le préfet, de regarder les images qui circulent actuellement jusque dans les pays limitrophes, tant elles sont outrageusement violentes ?
Et si nous parlions maintenant de la « désinformation » ?
Quand, devant le tribunal administratif de Toulouse, jeudi dernier, votre sous-préfète assure que quatre veaux issus d’un troupeau non vacciné en Sardaigne sont morts de la DNC, a-t-elle vérifié l’information au préalable ? Ou fait-elle de la désinformation auprès du juge ? Car, selon le ministère italien de la Santé lui-même, les quatre veaux en question étaient bel et bien nés d’un troupeau vacciné.
Mais d’ailleurs, la désinformation en commencerait-elle pas par la volonté de ne pas informer ? Car je vous ai questionné par écrit à propos des vaccinations, démarrées dans l’urgence et la panique chez les éleveurs à la suite de l’abattage total de l’élevage de Moriscou, qui n’ont pas fait l’objet d’informations préalables permettant un consentement éclairé. Et vous m’avez répondu : « … Ces données (nom du vaccin, date du vaccin) sont normalement accessibles par les éleveurs auprès de leurs vétérinaires… »
Vous vous cachez derrière les vétérinaires que vous prétendez maintenant défendre par de vains dépôts de plainte.
En réalité, votre volonté de faire respecter le protocole sanitaire n’inclut pas d’actions, pourtant de votre ressort, pour assurer un processus d’information correct vis-à-vis des éleveurs et favoriser leur libre consentement éclairé. Vous allez même jusqu’à conseiller aux éleveurs d’aller chercher la notice du vaccin sur Internet après que la vaccination a eu lieu. Si la situation n’était pas aussi tragique, nous pourrions croire à une mauvaise blague.
Et que dire de votre réponse concernant le suivi des effets secondaires du vaccin par les pouvoirs de l’État que vous représentez ? Vous m’écrivez : « Au niveau régional, le GTV (Groupements techniques vétérinaires) a mis à disposition des vétérinaires sanitaires un formulaire de déclaration des effets post-vaccinaux. »
Puis-je vous suggérer – c’est dans l’air du temps depuis que les services de l’État ne viennent concrètement plus en aide aux contribuables que nous sommes – de créer un numéro vert ?
« Allô ? J’ai peut-être un cas de DNC sur ma ferme vaccinée ! Pourriez-vous envoyer l’armée pour abattre mon troupeau ? »
Sur Facebook, vos services lancent l’alerte : « La dermatose nodulaire contagieuse est une maladie grave, particulièrement contagieuse, qui peut causer jusqu’à 10 % de mortalité et 45 % de comorbidités dans un troupeau. »
Pourquoi n’ajouteriez-vous pas, par souci de ne pas désinformer, que seulement trois vaches furent contaminées en Ariège, sur 73 000 bovins, et qu’aucun nouveau cas n’a été détecté depuis janvier 2026 ?
Car vous le savez pertinemment, n’est-ce pas ? Aucune vache en Ariège n’est morte de la DNC. Elles sont toutes mortes d’avoir été « dépeuplées ». En France, 117 vaches ont été contaminées pour 16,5 millions de bovins. Je crois qu’il est bon, par souci de transparence sur la réalité des événements, que cette information soit également partagée.
Je souhaite terminer cette lettre, si vous me le permettez, Monsieur le préfet de l’Ariège « Terre Courage », en témoignant de ma tristesse devant le constat de l’échec de la République, devant votre échec.
Punir l’exemplarité, ou qualifier de « désinformation » les questions légitimes des citoyens français, n’est pas une politique publique digne d’un État qui se dit exemplaire. L’exemplarité aurait voulu que vous fassiez une application intelligente et proportionnée des règles, plutôt que de les appliquer aveuglément en pénalisant les exploitants les plus vertueux et les plus alignés sur les objectifs publics de la transition agroécologique.
Ma démarche s’inscrit dans une valorisation de l’excellence agricole, de la préservation de la biodiversité des modèles d’exploitation, de la diversification des pratiques et surtout dans le respect de la conscience de chacun.
Et c’est avec une sincère émotion que je vous demande, M. Brabant, de ne pas faire subir à d’autres éleveurs vertueux ce que vous et vos forces armées m’avez infligé.
Bien cordialement,
Christelle Record