
Du Kun. – « In Order » (En ordre), 2019
© Du Kun – Mizuma Art Gallery, Singapour, Tokyo
Le monde libre s’est trouvé un nouveau héros. Son nom ? Dario Amodei, citoyen américain de 43 ans. M. Amodei dirige l’entreprise Anthropic, principale rivale d’OpenAI sur le marché de l’intelligence artificielle (IA). À en croire les gros titres de la presse internationale, il incarne la résistance à la dérive fasciste de l’administration américaine. Anthropic n’est-elle pas « cette start-up d’IA qui ose contredire Donald Trump » (Le Monde, 11 février 2026) en refusant de céder aux oukases du Pentagone ? Celle dont la « prise de position courageuse » a mis l’administration Trump « hors d’elle » (Fortune, 21 février 2026) ? Depuis le retour du milliardaire à la Maison Blanche en janvier 2025, l’alliance toujours plus assumée entre les industriels du numérique et le président américain provoquait un certain malaise dans un milieu réputé libéral. Mais tout est bien qui finit bien : Anthropic aurait redoré le blason du secteur en imposant ses « lignes rouges » à l’État et à l’armée.
Retour sur les faits. En juillet 2025, Anthropic signe avec le ministère de la guerre un contrat de 200 millions de dollars sur deux ans : l’entreprise devient ainsi la première à déployer un grand modèle de langage (large language model, ou LLM) sur les réseaux classifiés du Pentagone. Son produit-phare, baptisé Claude, s’articule à la plate-forme Big Data fournie par Palantir, et l’ensemble se déploie sur l’infrastructure d’hébergement « top secret » construite par Amazon. Or, depuis sa création en 2021, Anthropic a fait de l’« éthique » son credo. L’entreprise a ainsi fixé deux limites qui semblent alors acceptées par l’armée : ne pas utiliser ses IA dans le cadre d’une surveillance de masse des résidents américains ou pour piloter des armes entièrement autonomes, c’est-à-dire sans supervision humaine.
Sauf que, dans la foulée, M. Trump adopte un décret présidentiel visant à « prévenir le déploiement d’IA woke au sein du (…)
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