La « quatrième étape » du « piège de l’escalade » du politologue Robert Pape [1] est en train de se dérouler, au cœur du chaos mondial et de la fracturation géostratégique, en harmonie avec l’embrasement quasiment paroxystique d’autres fronts multidimensionnels [2].
L’épicentre de la guerre États-Unis/Israël contre l’Iran — qui s’incarne désormais dans le détroit d’Ormuz et la souveraineté inaliénable centrale de l’Iran et d’Oman — a provoqué le « battement des ailes du papillon » qui change la donne à très grande échelle, avec ses métastases successives en géoéconomie — crises pétrole/gaz/engrais/approvisionnement alimentaire, etc. — et en matière géofinancière, un renchérissement du binôme pétrole/gaz, des effondrements boursiers et la collision entre pétrodollar et pétroyuan.
Le titre de l’agence russe TASS décrit à merveille le basculement : « Les États-Unis prêts à bombarder à nouveau l’Iran avec ou sans trêve [3] », tandis que la Chine, l’autre superpuissance tripolaire, s’inquiète et prête toute son attention aux préparatifs guerriers du Japon en mer de Chine méridionale [4].
Le cessez-le-feu états-unien, qui devait expirer aux premières heures du mercredi 22 avril, heure de Washington, a été prolongé à la demande expresse du Pakistan, le médiateur [5], en attendant une « proposition de l’Iran ».
Les États-Unis maintiennent leur blocus des ports iraniens, ce qui a forcé le vice-président JD Vance à reporter son voyage ; Vance est un grand allié de Palantir, une société d’intelligence artificielle (IA) créée par la CIA qui cherche à « surveiller » le Pentagone.
L’Iran a refusé d’assister à la réunion d’Islamabad en raison des « exigences excessives » de Trump, concomitant avec le blocus naval états-unien qui a conduit à la capture par les pirates de la Navy d’un pétrolier perse.
Tard samedi soir (18/04/26), Trump convoquait une réunion d’urgence avec ses généraux, qui s’est avérée houleuse, et dont un compte-rendu a été diffusé dans la journée de dimanche.
Deux jours plus tard, l’ancien agent de la CIA Larry Johnson, fort lié à l’armée US, a précisé ce qui s’était passé dans la « salle de crise » de la Maison-Blanche, ce qu’il a réitéré lors de son entretien historique avec le juge Napolitano [6], où il a déclaré : « Trump voulait faire usage des codes nucléaires, le général Dan Caine s’est levé et il s’y est opposé. »
Il faut se rappeler que Trump 1.0 s’était déjà heurté au général Mark Milley [7] et, récemment, le secrétaire à la Guerre Pete Hegseth avait déjà affronté Daniel Driscoll [8], très proche du vice-président Vance.
Le désaccord entre l’anti-catholique Trump et le catholique millénial JD Vance devient de plus en plus notoire, en raison de leur approche contrastée de la guerre contre l’Iran.
Selon Larry Johnson, le général Caine, président du comité des chefs d’état-major US, a justifié son refus comme relevant d’un « privilège militaire » du UCMJ (Code uniforme de justice militaire [9]).
Larry Johnson raconte qu’il avait assisté à une véritable « explosion » lorsque « des images du général Dan Caine à la mine déconfite après la réunion d’urgence » ont été diffusées. Larry Johnson en conclut que « des choses bizarres se passent dans la capitale », tandis que « l’Iran était couvert de nuages » à cause du mauvais temps.
Le privilège invoqué par le général de Dan Caine concerne l’UCMJ qui peut révoquer l’ordre présidentiel dans le cas où la fracture entre le Pentagone et la Maison-Blanche atteindrait un paroxysme. La révélation troublante de Larry Johnson est devenue aussi virale qu’angoissante [10].
Par une étrange coïncidence, le tout aussi troublant « manifeste Palantir » en 22 points — Palantir, c’est la mystérieuse société d’IA de la CIA qui gère l’ISR (Renseignement/Surveillance/Reconnaissance) du Pentagone, qui avait participé à la promotion de J.D. Vance à la vice-présidence — était publié le même jour que le refus du général de Washington de remettre le code nucléaire à Trump.
Palantir entend imposer un « nouvel ordre technologique mondial » contre la Russie et la Chine qui rendrait les armes atomiques obsolètes par l’utilisation monopolistique des nouvelles « bombes » générées par l’intelligence artificielle [11].
