
Timothy Fadek. – Un « mur de la paix » qui sépare les quartiers protestant et catholique à Belfast, 2018
© Timothy Fadek/Redux-REA
Au nord de Belfast, la colline de Cave Hill évoque le visage d’un géant assoupi. Elle aurait inspiré à Jonathan Swift (1667-1745) le personnage de Gulliver. Le profil du colosse s’aperçoit depuis Waterworks, une réserve naturelle où, pendant les « Troubles » (1968-1998), seuls s’égayaient les cygnes et les échassiers. « Trop dangereux !, raconte M. John Finucane, député Sinn Féin de Belfast-Nord. On risquait de s’y faire tuer. Mais désormais quantité de promeneurs et de joggeurs parcourent Waterworks, aussi bien des catholiques que des protestants. »
Le soir du 12 février 1989, la famille Finucane est attablée à son domicile près de Waterworks, lorsqu’un commando loyaliste défonce la porte d’entrée. Il crible de balles Patrick Finucane, avocat de membres de l’Armée républicaine irlandaise (IRA), sous les yeux de son épouse et de leurs trois enfants, dont John, 8 ans. Une enquête a conclu en 2003 à la collusion entre les tueurs et des éléments de la Police royale d’Ulster (RUC) — remplacée depuis par le Service de police d’Irlande du Nord (PSNI). Après qu’en 2012 le premier ministre britannique David Cameron s’est excusé auprès des Finucane, « en septembre 2024 le secrétaire d’État à l’Irlande du Nord a annoncé l’ouverture d’une enquête, précise M. Finucane. Cette collusion était en fait érigée en système, pour éliminer des gens comme mon père ». Une autre avocate, Rosemary Nelson, a été assassinée, en 1999. Elle défendait les résidents de Garvaghy Road, à Portadown, opposés aux marches orangistes dans leur quartier.
M. Finucane est devenu avocat, comme son père, avant de se lancer en politique. Belfast-Nord, sa circonscription, concentre certains des quartiers les plus meurtris par les « Troubles », notamment New Lodge et Ardoyne. Près de trente ans après l’accord de paix dit « du Vendredi saint », des palissades séparent toujours les secteurs catholiques et protestants, scindant même en deux le jardin public Alexandra (…)
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