Avec la loi Duplomb, la France s’apprête à réautoriser deux néonicotinoïdes, des pesticides mortels pour les abeilles, malgré les avertissements répétés de la communauté scientifique. Le 23 avril 2026, dix-huit chercheurs publient une tribune dans Science pour dénoncer ce choix politique absurde, alors que les populations d’insectes pollinisateurs s’effondrent.
Reporterre a Alors que les abeilles sauvages disparaissent à un rythme alarmant, la France s’entête à réintroduire des pesticides interdits, les néonicotinoïdes, via la loi Duplomb. Une décision qui défie la logique scientifique et met en péril 87 % des plantes européennes dépendantes des pollinisateurs. Bertrand Schatz, chercheur au CNRS et coordinateur du groupement Pollinéco, ne mâche pas ses mots auprès de Reporterre : « On est en pleine dystopie. » Pendant qu’il évalue la liste rouge des espèces menacées avec l’UICN, les députés votent pour réautoriser des produits toxiques, balayant d’un revers de main des décennies de recherches.
Les arguments des pro-pesticides ? « Des incertitudes scientifiques », brandies comme un bouclier par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa). Pourtant, ces évaluations ignorent des réalités criantes. « Dans un verger, une abeille peut être exposée des dizaines de fois au même pesticide », rappelle Schatz. Les tests de l’Efsa se limitent à 48 heures d’exposition sur l’abeille domestique, une espèce résistante, alors que les abeilles sauvages, solitaires et fragiles, subissent des expositions répétées aux cocktails chimiques. « On n’a aucune idée » des effets à long terme, admet-il. Pire, « il pleut littéralement des pesticides », comme le confirme un rapport de l’Inrae, contaminant sols, eaux et organismes vivants.
« L’argument sur l’absence d’alternatives est simplement faux », martèle Schatz. Des solutions agroécologiques existent, mais manquent de soutien financier et politique. « Les agriculteurs ont besoin d’accompagnement », insiste-t-il, alors que les lobbies agro-industriels continuent de dicter leur loi. « On a des milliers de cas d’apiculteurs dont les ruches meurent après des épandages », mais ces preuves de terrain sont ignorées. La santé des écosystèmes, des espèces et des humains est indissociable, comme le souligne l’OMS. Pourtant, la France persiste dans une voie dangereuse, préférant les intérêts économiques à la survie de ses pollinisateurs.
La disparition des abeilles annoncerait l’effondrement de 35 % des cultures dépendantes de la pollinisation, des paysages appauvris et des écosystèmes en lambeaux. « Beaucoup d’espèces n’ont pas encore disparu », rassure Schatz. On peut donc cultiver l’espoir, à condition de changer radicalement de cap.