Le rire de l’intelligence, par Boris Séméniako (Le Monde diplomatique, mai 2026)


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Aujourd’hui, il est bon de rappeler la force joyeuse des créations du collectif Grapus (1). Une aventure née dans le chaudron du « moment 68 », avec comme ingrédients l’influence du graphisme polonais, l’amour des jeux de mots (visuels et textuels) et l’envie d’en découdre avec le vieux monde. On retrouve dans cette monographie des classiques, comme les affiches réalisées pour le Parti communiste français (PCF) ou pour le Théâtre de la Salamandre, mais aussi beaucoup de documents inédits : esquisses, photographies personnelles, travaux expérimentaux… qui permettent de mieux saisir la méthode Grapus. Une dialectique constante, parfois conflictuelle, entre le « je » de l’auteur et le « nous » du collectif, qui inclut le commanditaire. Cette riche inventivité ne vient pas seulement de la réunion d’artistes inspirés ; Grapus a pu exister aussi grâce au contexte politique des années 1970-1980, très utilement rappelé : un PCF fort, l’arrivée en 1981 de la gauche au pouvoir… Si le compagnonnage avec le PCF fut fécond, le collectif n’était pas pour autant inféodé : il le montre notamment lors d’un voyage en Tchécoslovaquie en 1980 où ses membres sympathisent avec des dissidents et signent la Charte 77. Ils se séparent peu avant la chute du mur de Berlin en 1989. Fin de l’histoire ? Pas du tout. Les ex-Grapus créent de nouveaux collectifs, qui eux-mêmes inspirent de jeunes talents. L’aventure continue…



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