Alors que l’opération américaine « Project Freedom » débute ce lundi pour escorter des navires marchands bloqués dans le Golfe, l’Iran revendique une frappe directe sur une unité de la marine US dans le détroit d’Ormuz. Deux versions s’opposent frontalement, comme souvent dans ce conflit où l’information est une arme à part entière.
Selon l’agence de presse iranienne Fars, proche des Gardiens de la Révolution, une frégate (ou destroyer) américaine qui tentait de forcer le passage près du port de Jask, à l’entrée sud du détroit, a ignoré les avertissements répétés de la marine iranienne. Deux missiles l’auraient alors touchée, l’obligeant à faire demi-tour et à fuir la zone. « La frégate naviguait en violation des règles de navigation et de sécurité maritime », précise Fars, citant des sources locales et militaires. Téhéran présente l’action comme une « réponse décisive » et un succès clair pour empêcher l’entrée de bâtiments de guerre ennemis dans des eaux qu’il considère comme sous son contrôle souverain.
Cette version est relayée par la télévision d’État iranienne et plusieurs médias affiliés à l’IRGC. Pour Téhéran, il ne s’agit pas d’une agression mais d’une légitime défense face à un blocus naval américain prolongé qui asphyxie son économie et viole, selon lui, les principes de liberté de navigation.
De l’autre côté, le CENTCOM (commandement central américain) a réagi assez rapidement par un démenti : « Aucun navire de l’US Navy n’a été touché ». Les forces américaines affirment mener une opération défensive dans le cadre de « Project Freedom », lancée à la demande de pays tiers dont les navires marchands sont bloqués. Des destroyers, plus de 100 aéronefs, des drones et 15 000 militaires sont mobilisés pour sécuriser le passage d’un corridor vital qui représente environ 20 % du pétrole mondial.
Washington reconnaît cependant des échanges de tirs : l’Iran aurait lancé des missiles de croisière, drones et petits bateaux contre des bâtiments américains et marchands. En riposte, les forces US auraient détruit six petites embarcations iraniennes. Le ton reste ferme : toute interférence sera « traitée avec force ».
Ce nouvel incident s’inscrit dans une escalade qui dure depuis des semaines. L’Iran a à plusieurs reprises tiré sur des navires marchands (dont des tankers et porte-conteneurs) avec des vedettes rapides de la Garde révolutionnaire. Les États-Unis maintiennent un blocus des ports iraniens et ont déjà saisi quelques bâtiments iraniens, comme le cargo Touska. Des échanges de coups de semonce, de tirs sur des cibles civiles et des opérations de sabotage ou de minage ont rythmé les dernières semaines.
Dans ce brouillard de guerre, les sources se contredisent systématiquement. Fars et les médias d’État iraniens ont souvent annoncé des succès militaires qui n’ont pas toujours été confirmés par des images ou des preuves indépendantes, tout comme du côté américain d’ailleurs. De leur côté, les communiqués américains et occidentaux minimisent régulièrement les capacités iraniennes restantes après les frappes massives du printemps. Les observateurs indépendants, marins marchands et rapports du UKMTO (United Kingdom Maritime Trade Operations) eux, font état de tirs réels sur des navires civils, sans pour autant pouvoir attribuer clairement les responsabilités.
La question reste ouverte. L’agence Fars, souvent qualifiée de « propagandiste » en Occident, n’en reste pas moins une source directe des autorités iraniennes, au même titre que CENTCOM l’est pour Washington, dans un conflit où chaque camp a tout intérêt à présenter sa version comme vérité absolue.
Pour l’heure, le détroit d’Ormuz reste une poudrière. Les prix du pétrole réagissent à la hausse, les compagnies maritimes hésitent et les grandes puissances observent. Trump a promis de « guider » les navires bloqués, et l’Iran, elle a juré de défendre son espace maritime. Le risque d’un embrasement naval majeur n’a jamais été aussi proche.
La suite des événements, dans les prochaines heures, dira qui impose réellement sa loi dans le goulot stratégique d’Ormuz.