En Lorraine, la « libre évolution » gagne les forêts


En Lorraine, des associations et des scientifiques défendent la « libre évolution » des forêts. Le principe est simple : laisser les écosystèmes forestiers évoluer sans exploitation humaine, sans coupe, parfois même sans entretien. Une approche qui gagne du terrain face à l’effondrement de la biodiversité et à l’industrialisation croissante des forêts.

À rebours de la gestion forestière classique, l’association lorraine Libre Forêt rachète ainsi des parcelles pour les soustraire durablement à l’exploitation. Dans ces îlots de nature, les arbres morts restent au sol, les animaux circulent librement et les interventions humaines sont réduites au strict minimum. Les promenades restent possibles, mais la chasse, la cueillette ou l’abattage y sont proscrits.

En France, la majorité des massifs sont exploités pour le bois, souvent avec des logiques de rendement. Coupes rases, monocultures et mécanisation lourde suscitent des critiques croissantes, notamment dans l’Est du pays où la filière bois est très active. Comme l’explique Reporterre, les défenseurs de la libre évolution rappellent qu’une forêt ancienne fonctionne comme un écosystème complexe. Les arbres morts, longtemps considérés comme inutiles, abritent en réalité insectes, champignons, mousses et oiseaux. Selon l’Office national des forêts, les réserves biologiques intégrales — espaces laissés sans sylviculture — constituent aujourd’hui de précieux laboratoires pour observer les mécanismes naturels d’adaptation des forêts.

Ces zones restent pourtant marginales. En métropole, les espaces forestiers réellement laissés en libre évolution représentent environ 41 000 hectares, soit à peine 0,24 % des forêts françaises. Une faiblesse régulièrement dénoncée par les associations environnementales, alors que la France s’est engagée à renforcer ses espaces de « protection forte ».

Malgré tout, certains forestiers estiment qu’une absence totale d’intervention devient risquée dans des écosystèmes déjà fragilisés par le réchauffement climatique. Sur les réseaux et forums spécialisés, le débat oppose régulièrement partisans d’une forêt totalement sauvage et défenseurs d’une gestion plus pragmatique, destinée à limiter les incendies, les maladies ou la prolifération de certains herbivores.

Pour les militants de la libre évolution, l’enjeu dépasse la seule biodiversité. Il s’agit aussi de transformer notre rapport à la nature. Considérer la forêt autrement que comme une ressource à exploiter ou un décor à aménager. En Lorraine, cette vision séduit de plus en plus de citoyens prêts à financer collectivement l’achat de parcelles pour « rendre la forêt à elle-même ».





Source link

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *