Depuis plusieurs années, des voix s’élèvent en faveur d’une agriculture moins énergivore et plus respectueuse de l’environnement. Un enjeu devenu crucial à l’heure des crises énergétiques et climatiques. Dans Les défis d’une autre agriculture, Arte suit pendant un an agriculteurs, scientifiques et responsables politiques engagés dans cette transition. Une enquête éclairante signée Tatjana Mischke et Caroline Nokel.
[Article publié initialement le 10/04/2019 – Mis à jour le 14/05/2026 | Temps de lecture estimé : ~ 4min]
Le modèle agricole fondé sur le déstockage massif des énergies fossiles chavire, mais poursuit tant bien que mal sa course folle, à l’image de notre société carbonée tout entière. L’intensification des pratiques participe à la dégradation généralisée de l’environnement et des écosystèmes par l’aridification des sols, la perte de biodiversité et la dispersion de pollutions considérables.
Mais ce n’est pas la seule inquiétude des spécialistes, qui alertent aussi sur le risque d’une crise alimentaire mondiale liée à la baisse de la productivité agricole et à la hausse des prix de l’énergie.

De la ferme du Bec Hellouin aux agriculteurs ayant choisi de convertir leur exploitation au bio, les équipes d’Arte explorent les multiples visages d’une transition agricole en cours.
Sans éluder les difficultés que pose une telle transition, les réalisatrices, Tatjana Mischke et Caroline Nokel, mettent en lumière la nécessité d’organiser ce changement de manière collective, en faisant collaborer paysans, scientifiques, politiques et société civile. Le combat se mène non seulement dans les champs, mais aussi dans les laboratoires de recherche ainsi qu’au cœur des institutions.
Mais tous ces acteurs font face à l’inertie des structures sociales, ainsi qu’au paradoxe d’une société qui fait des questions environnementales l’une des principales préoccupations de notre temps, mais qui n’entend pas payer plus cher pour une production plus responsable, donc plus locale et mesurée.
Par ailleurs, comme le soulignent les experts qui interviennent dans l’enquête, les bouleversements des écosystèmes provoqués par l’usage des produits de synthèse entraînent les exploitants dans un cercle vicieux qui les poussent à accroître les épandages d’année en année pour soutenir leur productivité. Dans un contexte où les conditions climatiques deviennent imprévisibles, changer de route s’avère particulièrement complexe, bien qu’absolument nécessaire.

Car le constat s’impose : le maintien des prix alimentaires à des niveaux relativement bas repose sur une externalisation des coûts. Autrement dit, pour le grand public, cela revient à faire porter une partie du coût réel de la production à des éléments extérieurs : la nature, les humains, les animaux. Pourtant, si l’on intégrait aux prix des produits conventionnels les coûts environnementaux de leur production, ceux-ci seraient aujourd’hui plus chers que les produits biologiques.
L’application de méthodes industrielles permet des économies d’échelle, mais accroît les pressions sur l’environnement. Ce modèle productiviste fonctionne tant que les prix de l’énergie restent bas, mais devient une épée de Damoclès dans un contexte incertain.
« les systèmes intensifs doivent absorber des investissements lourds pour maintenir une production élevée. »
Paradoxe majeur : rares sont ceux qui parviennent réellement à vivre de leur travail dans ce secteur. Les exploitations engagées dans des modèles plus durables peinent à être compétitives, tandis que les systèmes intensifs doivent absorber des investissements lourds pour maintenir une production élevée.
Certaines expériences, comme celle de la ferme du Bec-Hellouin, ouvrent la voie à de nouveaux modèles. Dans cette ferme normande menée par deux néo-paysans, le travail se fait sans mécanisation ni intrants, et l’exploitation parvient pourtant à dégager des bénéfices sur une surface réduite grâce à l’association de cultures.

Mais la transition agricole ne peut se penser sans un changement d’échelle : les agriculteurs ne pourront porter seuls cet effort sans soutien collectif. De nombreuses associations, comme Pour une autre PAC – aujourd’hui devenu Collectif Nourrir – plaident ainsi pour des politiques publiques davantage orientées vers les exploitations qui limitent leur impact environnemental. Elles appellent notamment à une réforme de la Politique agricole commune (PAC), afin de sortir d’une logique de subvention basée sur la taille des fermes et plutôt en fonction de leurs méthodes de production.
Dans le même temps, les circuits de production se recomposent à l’échelle des territoires, tandis que se développent de nouvelles formes de solidarité, à l’image des AMAP.
Résumé Arte : « S’il a eu le mérite d’assurer la sécurité alimentaire et de faire chuter les prix des denrées, le système agro-industriel, fruit d’une révolution engagée au cours du XXe siècle, semble aujourd’hui à bout de souffle. Infertilité croissante des sols, pollution des eaux aux nitrates, maladies liées aux pesticides, disparition des insectes et d’innombrables espèces animales… Pour les défenseurs de l’environnement et pour la communauté scientifique – mais aussi pour une bonne partie du monde paysan –, il est urgent de changer de cap pour sortir de l’impasse, en s’engageant pour une agriculture durable et respectueuse de l’environnement.
Mais par quels moyens ? Un passage au « tout-biologique » est-il possible ? Faut-il réformer les règles de l’agriculture conventionnelle ? Quel avenir pour la permaculture, modèle écologique au rendement remarquable ? Les réalisateurs de ce documentaire ont accompagné une année durant des paysans en quête de solutions alternatives en France et en Allemagne, pour tenter de répondre à ces questions essentielles.
Les défis d’une autre agriculture aborde également le rôle capital du politique et de l’Union européenne en particulier – sans oublier les comportements des consommateurs – dans ce changement de paradigme. »
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Photo de couverture : affiche du reportage – Arte
