Climatiseurs à prix d’or : l’État paie-t-il 10 fois trop cher pour sauver l’été des hôpitaux ?

Climatiseurs à prix d'or : l'État paie-t-il 10 fois trop cher pour sauver l'été des hôpitaux ?

Sept mille cinq cents climatiseurs livrés, quinze mille promis avant le quinze juillet, trente mille annoncés début août. Ce ce qu’a publié l’actuelle ministre de la Santé, S. Rist, sur son compte X en toute décontraction sans se poser de question sur le prix exorbitant de 100 millions d’euros pour si peu d’appareils !

Sur le papier, la mécanique gouvernementale tourne rond. Pourtant, dès qu’on gratte un peu, les chiffres se mettent à grincer puis ils font très mal et ne correspondent à aucune réalité. Un climatiseur mobile grand public, comme on en trouve en grande surface de bricolage, coûte autour de deux cents euros TTC au détail. Le marché public lancé par le Resah début juillet, lui, prévoit une enveloppe pouvant grimper jusqu’à 110 millions d’euros hors taxes ! Résultat : un prix unitaire qui pourrait dépasser les 1500 euros par appareil au prix de gros !!! L’écart interroge, forcément.

Même une climatisation de haute qualité, fixe, avec installation, ne coûte pas aussi cher au prix de gros d’autant que les établissements possèdent déjà des équipes d’entretiens et des techniciens capables d’installer les moteurs/splits. Il fallait juste s’en occuper à l’avance avec les plus de 60 milliards de journée de solidarité accumulés depuis la loi de 2004 !


Prix d'une clim mobile chez Brico Dépôt : 199€ !
Prix d’une clim mobile chez Brico Dépôt : 199€ !

Certes, tout n’est pas comparable au centime près. Un appareil destiné à un hôpital doit répondre à des normes électriques plus strictes, garantir une fiabilité sur plusieurs mois d’usage intensif, et s’accompagner d’un service après-vente. Mais même en tenant compte de ces contraintes, la marge semble large, beaucoup trop large. D’autant que le contexte joue clairement en défaveur de l’acheteur public. La procédure a été lancée en urgence, dans un climat de pénurie assumée par le Resah lui-même, qui évoque des délais de réapprovisionnement pouvant s’étender jusqu’à l’automne. Autrement dit, l’État négocie en position de faiblesse, au moment précis où les fournisseurs savent qu’ils peuvent faire grimper les prix.

Sauf que depuis des années maintenant, la propagande quotidienne climatiste (les taxes, malus, ZFE, DPE…) montre que l’État savait qu’il fallait climatiser les hôpitaux et Ehpad mais ne l’a pas fait ! Toujours à travailler dans l’urgence, à saboter les services publics. C’est exactement la même chose pour les moyens alloués aux pompiers (camions, Canadairs…).

Climatiseurs, masques, tests… même pillage !

Ce scénario n’est pas inédit. Il rappelle, presque trait pour trait, ce qui s’est joué au printemps 2020 avec les masques, les tests… À l’époque déjà, l’urgence sanitaire avait ouvert la porte à des dérives bien réelles. La société Coveix, par exemple, avait été condamnée en 2022 pour avoir vendu des masques importés d’Asie en les faisant passer pour du « Made in France », empochant plusieurs millions d’euros de bénéfices frauduleux avant d’être rattrapée par la justice. Le parallèle n’est évidemment pas une preuve de culpabilité dans le dossier climatiseurs. Mais il légitime une exigence simple : la transparence sur qui remporte ce marché, et à quel prix exact.

Reste que, pour l’instant, aucune enquête n’a été ouverte, aucune mise en examen n’a été prononcée concernant cette commande de climatiseurs. Les offres des candidats ne sont même pas encore déposées, la date limite étant fixée au vingt juillet. Le tir groupé de critiques vient surtout des syndicats hospitaliers, la CFDT en tête, qui pointent depuis le début un flou savamment entretenu entre financement annoncé et livraison réelle, comme toujours. La CGT, de son côté, décrit des établissements livrés au hasard, sans visibilité sur les volumes à venir.

Le vrai scandale, en somme, n’est peut-être pas encore celui d’une fraude prouvée. C’est celui d’une méthode : acheter dans la précipitation, sans anticipation, alors même que les canicules à répétition sont annoncées depuis des années par les autorités. Ce qui démontre qu’elles n’y croient pas elles-mêmes. Vigilance et transparence seront les seuls remparts contre une facture salée payée par les contribuables, pendant que des vies sont, elles, bien réellement en jeu.

Faut-il rappeler, pour finir, que le froid tue 4 fois plus que la chaleur en France sans pour autant faire autant de bruit médiatique ! Curieux…


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