Santé7 août 2026
Sommaire
- Un rapport achevé en janvier, publié six mois plus tard
- Les chiffres : la France décroche en Europe
- Pourquoi le rapport écarte la piste des fermetures de maternités
- Les trois facteurs identifiés par l’IGAS
- Les réactions des professionnels de santé
- Ce que le gouvernement a repris — et ce qu’il a laissé de côté
Un rapport achevé en janvier, publié six mois plus tard
Rédigé par trois inspecteurs de l’IGAS, dont l’ancien conseiller de François Hollande Aquilino Morelle, ce rapport de 304 pages était finalisé depuis janvier 2026. Il n’a été rendu public que le 4 août, après que Le Canard enchaîné a révélé son existence — soit sept mois d’attente, dont la fin en plein cœur de l’été. Isabelle Derrendinger, présidente du Conseil national de l’Ordre des sages-femmes, a jugé cette publication tardive problématique, estimant que « le mois d’août, ce n’est pas propice aux lectures approfondies et exigeantes ».
Les chiffres : la France décroche en Europe
En 2024, la France a enregistré un taux de mortalité infantile de 4,1 pour 1 000 naissances, soit 2 709 décès d’enfants avant leur premier anniversaire. Ce taux place le pays à la 23e place sur 27 États membres de l’Union européenne, loin de la moyenne communautaire de 3,3 pour 1 000. Si la France atteignait cette moyenne européenne, 529 décès auraient pu être évités en 2024. Si elle atteignait le niveau de l’Italie ou du Portugal (2,5 pour 1 000), ce sont 1 057 décès qui auraient pu être évités.
Pourquoi le rapport écarte la piste des fermetures de maternités
Le débat public associe souvent la hausse de la mortalité infantile à la fermeture des petites maternités, en cours depuis plusieurs années au nom de la sécurité obstétricale (concentration des naissances dans des structures à plus fort volume d’activité). L’IGAS écarte cette hypothèse comme cause principale. Les auteurs notent que des pays obtiennent d’excellents résultats avec des modèles opposés : certains pays scandinaves ont concentré les naissances dans de grandes maternités, tandis que l’Italie a conservé de nombreux petits établissements — avec, dans les deux cas, une mortalité infantile inférieure à celle de la France. Le rapport qualifie l’idée de ne relever le seuil minimal d’activité des maternités que pour agir sur ce sujet de « réponse mécanique, datée ».
Les trois facteurs identifiés par l’IGAS
Plutôt que l’offre de soins, l’IGAS pointe trois déterminants principaux :
- La précarité sociale : en Seine-Saint-Denis, le taux de mortalité infantile atteint 6 pour 1 000, soit trois fois la moyenne suédoise.
- L’origine des mères : les femmes nées hors de l’Union européenne, notamment en Afrique subsaharienne, présentent une surmortalité néonatale documentée.
- L’âge des mères : la mortalité est trois fois plus élevée chez les mères de moins de 20 ans et de plus de 40 ans que chez les 26-37 ans.
Le rapport évoque aussi un suivi insuffisant des grossesses à risque et une prise en charge parfois inadaptée en néonatologie.
Les réactions des professionnels de santé
Olivier Morel, du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF), regrette que le rapport « ne reprenne même pas la question centrale du déficit des ressources humaines », pointant la pénurie chronique de sages-femmes et d’obstétriciens dans les maternités françaises. Le Dr Robert Cohen note de son côté que « les études parlent d’une prise en charge insuffisante dans les familles les plus défavorisées ».
Ce que le gouvernement a repris — et ce qu’il a laissé de côté
La ministre de la Santé Stéphanie Rist a partiellement repris certaines recommandations du rapport dès juillet 2026, avant même sa publication officielle. Mais la question du manque de personnel soignant en maternité, identifiée par plusieurs professionnels comme un facteur central, ne figure pas parmi les priorités affichées à ce stade par le ministère.
Conclusion
Le rapport IGAS déplace le débat : la crise de la mortalité infantile en France ne se résume pas à une question de carte hospitalière, mais renvoie à des inégalités sociales, territoriales et démographiques plus profondes — précarité, âge maternel, origine, accès au suivi prénatal — que la seule réorganisation des maternités ne suffira pas à corriger.
Rappel sur les limites de cet article
Le rapport complet de 304 pages n’a pas été intégralement consulté par la rédaction ; les chiffres et citations repris ici proviennent de synthèses de presse convergentes. Les motifs exacts du retard de sept mois entre la finalisation et la publication du rapport n’ont pas été officiellement expliqués par le gouvernement — l’hypothèse d’une volonté d’éviter la polémique n’est évoquée que par des commentateurs, pas confirmée par une source officielle.
Sources
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