Pretoria saisi par l’« afrophobie », par Aimee-Noel Mbiyozo (Le Monde diplomatique, octobre 2026)


Des centaines de milliers d’étrangers sommés de quitter l’Afrique du Sud

Les images ont fait le tour du monde : pillages, commerces incendiés, migrants fuyant en masse, assassinats. Si l’Afrique du Sud a déjà connu des flambées xénophobes, le mouvement du printemps 2026 frappe par son ampleur et sa résonance internationale. Alors qu’elle s’enfonce dans une profonde crise sociale, la « nation arc-en-ciel » subit des attaques inédites, notamment des États-Unis.

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Fahamu Pecou. – « End of Safety : Illusion » (La fin de la sécurité : une illusion), 2023

© Fahamu Pecou – Courtesy Galerie Backslash

En décembre 2025, des collectifs antimigrants ont sommé tous les étrangers en situation irrégulière de quitter l’Afrique du Sud avant la « date butoir » du 30 juin 2026. Cet ultimatum, sans le moindre caractère officiel, faisait suite à plusieurs mois de manifestations violentes qui avaient causé de lourds dégâts matériels, contraint des centaines de milliers de personnes à l’exode et fait au moins quatre morts. La journée du 30 juin s’est finalement déroulée sans débordement majeur, en partie grâce aux 600 millions de rands — environ 32 millions d’euros — débloqués par le ministère de la police pour financer des opérations de contrôle dans les neuf provinces du pays. Chef de file de la mobilisation, le mouvement March and March a repoussé l’échéance au 30 septembre, intimant aux entreprises de cesser d’employer des personnes sans papiers d’ici là.

Selon les autorités sud-africaines, plus de 80 000 étrangers ont fait l’objet de procédures de rapatriement ou d’expulsion entre le 14 juin et le 20 août 2026. D’autres ont pris le chemin du retour par leurs propres moyens. Près de 115 000 Zimbabwéens, 56 000 Malawiens et des milliers de Nigérians, de Ghanéens, de Lésothans, de Mozambicains auraient ainsi regagné leur pays d’origine.

Affirmant ne s’opposer qu’aux flux migratoires « illégaux », la mouvance nativiste nie toute xénophobie et réclame une politique donnant la priorité aux Sud-Africains. Pourtant, d’innombrables témoignages font état de milices allant de porte en porte agresser des étrangers, piller leurs biens ou s’en prendre à des commerces tenus par des immigrés. Certains groupes ciblent même des concitoyens jugés « trop noirs » ou des Sud-Africaines portant le hidjab. Ces intimidations et exactions relèvent de l’« afrophobie », puisqu’elles visent essentiellement des étrangers africains et, marginalement, des ressortissants de pays d’Asie du Sud, en particulier les vendeurs ambulants et les petits commerçants des zones (…)

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