Niche fiscale des journalistes, la profession goûte à ce rabot qu’elle prescrit bien souvent aux autres


Disons-le d’emblée, puisque cela concerne aussi la rédaction de France-Soir, le coup de rabot voté ce jeudi sur l’avantage fiscal des journalistes ne nous réjouit pas, mais il serait malhonnête de prétendre qu’il était défendable.

Ce 15 octobre, lors de l’examen du budget 2027, l’Assemblée nationale a adopté par 73 voix contre 49 un amendement de La France insoumise défendu par le député du Nord Aurélien Le Coq. L’abattement de 7 650 euros dont bénéficient les journalistes survit sur le papier, mais il « ne saurait réduire l’impôt sur le revenu dû de plus de 850 euros par an », ce qui situe le seuil autour de 34 100 euros de revenus pour une personne seule.

Le Rassemblement national, lui, voulait aller plus loin et supprimer purement le dispositif, mais ses deux amendements identiques ont été rejetés, de justesse, par 62 voix contre 58. Jean-Philippe Tanguy a lancé à l’hémicycle un « Vous avez tous la trouille de vous fâcher avec les journalistes » qui en dit long sur le climat, d’autant que le gouvernement comme le rapporteur général s’étaient opposés à ce coup de rabot.

L’an dernier déjà, les députés avaient abaissé le plafond de revenus ouvrant droit à l’abattement, tandis que Sébastien Chenu qualifiait la niche d' »anachronique et archaïque ».

Mais au fait, pourquoi une profession échapperait-elle à l’impôt commun au nom de frais qu’elle ne justifie plus ? Né à une époque où le reporter payait de sa poche ses déplacements et ses carnets, l’abattement est devenu au fil des décennies une petite rente, silencieuse, surtout pour ceux qui n’en avaient guère besoin.

On imagine sans peine ses rédactions incrédules devant la coupe, celles qui ne se sont jamais privées de donner des leçons de rigueur budgétaire aux retraités, aux malades, et qui découvrent soudain que la rigueur peut aussi frapper à leur porte. Dans l’audiovisuel public, où les salaires confortables côtoient une dotation publique que ses défenseurs jugent intouchable, la pilule passera certainement encore moins bien, tant chaque avantage pointé ou perdu, ces derniers temps, ressemble à une forteresse qui s’effrite.

Rien n’est encore gravé dans le marbre, car le Sénat, qui n’est pas en reste côté privilèges, la commission mixte paritaire ou un nouveau recours au 49.3 peuvent effacer ce vote d’ici la fin de l’année. La presse aurait quand même bien tort de crier au scandale, elle qui ne s’est jamais cachée de réclamer des comptes à qui de droit.





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