Après les violences du 17 octobre, Sébastien Lecornu a annoncé des couvre-feux “partiels et localisés” dans plusieurs villes de France. Une première liste, limitée au Nord lundi en fin de journée, concernait Denain, Lille, Douai et Wattignies. Un air de déjà-vu qui rappelle la pandémie de COVID et l’entêtement du gouvernement à restreindre la liberté des Français, cette fois-ci au nom du “rétablissement de l’ordre”, quand bien même les ministres admettent leur “échec”.
C’est l’heure du bilan. A l’issue des manifestations du samedi 17 octobre à travers plusieurs villes de France, les autorités font état d’au moins 2 400 interpellations sur l’ensemble du territoire. Le ministère de l’Intérieur recense par ailleurs près d’un millier de membres des forces de l’ordre blessés, dont certains grièvement.
Démission de Nunez rejetée par Macron
Dans la capitale, selon la préfecture de police, 855 personnes ont été interpellées samedi, un “record”. Le parquet faisait état de plus de 500 personnes en garde à vue, dont 171 mineurs.
À Lyon, l’office de tourisme a d’abord été saccagé puis incendié. A Limoges, des images, marquantes, montraient l’hôtel de ville, un bâtiment du XIXe siècle, en grande partie ravagé par un incendie, volontaire selon le préfet de la Haute-Vienne, Maurice Barate. A Marseille, plusieurs dizaines de manifestants ont réussi à enfoncer la porte d’entrée de l’hôtel de ville et d’y accéder, sur le Vieux-Port.
Des commerces et des boutiques ont également été vandalisés et pillés dans ces villes, à l’image des autres régions où du mobilier urbain a été saccagé et des bâtiments officiels pris pour cible.
Face à cette perte de contrôle, Laurent Nuñez a remis sa démission au président de la République en s’estimant “responsable de tout ce qui se passe”. Invité de France Inter, il a reconnu un “manque d’anticipation” dans la mobilisation des forces de l’ordre et une “perte de contrôle” dans certaines grandes villes, face à des casseurs et des pilleurs.”Vu les dégâts qu’il y a eus, il était normal que je remette ma démission”, a-t-il déclaré.
Emmanuel Macron a refusé sa démission. Dans son allocution de dimanche, il a affirmé que “ceux qui ont détruit doivent payer, ceux qui ont pillé doivent rembourser, ceux qui ont cherché à faire tomber la République auront à en répondre”.
Comme un bégaiement de l’histoire, le discours rappelle celui prononcé par le même chef d’État en 2020 à la veille de la pandémie de COVID, “une guerre” que le gouvernement a sans cesse brandi comme argument pour imposer de longs mois de confinements, couvre-feux. Six ans après, l’exécutif, dont les ministres eux-mêmes admettent cette “perte de contrôle”, cet “échec” de l’État et toute la responsabilité dans l’appréhension de cette journée de manifestation, veut remettre cela au nom du “rétablissement de l’ordre”.
Des couvre-feux “Partiels” et “localisés”, l’état d’urgence pas écarté
Lundi, à l’issue d’une cellule interministérielle de crise, Sébastien Lecornu annonce avoir demandé la mise en place “d’un certain nombre de couvre-feux partiels et localisés ». « J’ai demandé aux préfets de déclencher un certain nombre de couvre-feux pour ce soir » dans le cadre de la « protection des biens et des commerces », a-t-il expliqué. Regrettant “une délinquance générale très spécifique de pillage”, il a alerté contre le risque que “ces choses s’installent dans la durée », a-t-il affirmé.
Ces couvre-feux, poursuit-il, « seront partiels, ils peuvent être très localisés » sur des centres urbains, affirme-t-il. “Il n’est pas question de mettre tout Paris sous couvre-feu. Ça n’a pas de sens », a encore assuré Sébastien Lecornu, qui a indiqué se focaliser sur « des zones ».
Pourtant, le Premier ministre, qui a dit sa “totale détermination à rétablir l’ordre”, brandit aussi la menace d’un état d’urgence “si c’est nécessaire”.
Avant même l’annonce de Lecornu, la mairie de Denain avait déjà instauré un couvre-feu nocturne pour tous, du dimanche 18 au dimanche 25 octobre, de 21 h à 6 h
En fin d’après-midi, une première liste contenant Denain ainsi que les villes de Lille, Douai et Wattignies pour les nuits de lundi 19 et mardi 20 octobre a été dévoilée. D’autres villes devaient être ajoutées au fil des heures et des jours.