À quatre voix près, les journalistes ont échappé jeudi 15 octobre à la suppression pure et simple de leur abattement de 7 650 euros. Cet avantage leur permet d’exonérer cette somme de leur revenu imposable, sans le moindre justificatif, tant que leur rémunération annuelle ne dépasse pas 93 510 euros.
Les deux amendements de suppression du Rassemblement national, portés par Jean-Philippe Tanguy et Robert Le Bourgeois, ont été rejetés par 62 voix contre 58, dans un hémicycle quasi désert. Les députés ont ensuite adopté, par 73 voix contre 49, l’amendement d’Aurélien Le Coq (LFI) qui plafonne à 850 euros par an l’économie d’impôt tirée de l’abattement. Le plafond a été voté contre l’avis du gouvernement et du rapporteur général, Philippe Juvin.
Le dispositif coûte environ 50 millions d’euros par an selon l’exposé de l’amendement. Et il profite d’abord aux mieux payés. D’après les calculs de LFI, un journaliste à 91 500 euros par an, imposé à 41 %, économise 3 136,50 euros, quand un confrère modeste, dans la tranche à 11 %, n’en retire même pas 850.
La profession, qui multiplie volontiers les leçons de rigueur budgétaire, pourrait donc goûter à son tour au rabot qu’elle prescrit aux autres, comme France-Soir le notait déjà. Pourrait, car rien n’est joué. Le vote sur l’ensemble des recettes, prévu le 20 octobre, a été reporté, et s’il échoue, le plafond tombera avec le reste. L’an dernier, le même scénario avait permis à la niche de survivre au budget 2026, finalement adopté par 49.3. Une économie symbolique, mais révélatrice des réflexes d’entre-soi d’une profession qui exige si facilement des comptes ailleurs.