Cambridge Analytica: Meta condamné par l’État du Nouveau Mexique à verser 25 milliards de dollars, la plus lourde sanction jamais prononcée contre le groupe


Cambridge Analytica continue de hanter Meta. Huit ans après la révélation du scandale, un juge du Nouveau-Mexique a condamné le groupe à 25 milliards de dollars pour avoir trompé ses utilisateurs sur la protection de leurs données. La sanction la plus élevée prononcée jusque-là contre le groupe de Menlo Park, dont les innombrables procès, affaires et accords à l’amiable ne cessent de s’accumuler.

Le scandale Cambridge Analytica, rappelons-le, a été révélé en 2018. La société britannique avait récupéré les données personnelles d’environ 87 millions d’utilisateurs de Facebook via une application tierce, avant de les utiliser pour cibler des publicités politiques lors de la présidentielle américaine de 2016. Ce scandale a valu à Meta une amende record de 5 milliards de dollars infligée par la Federal Trade Commission (FTC) en 2019, pour avoir trompé les utilisateurs sur l’usage de leurs données personnelles. C’est à l’époque la plus lourde sanction jamais prononcée contre une entreprise de technologie aux États-Unis.

Le Nouveau Mexique dit non à un accord

En 2022, Meta a conclu un accord de 725 millions de dollars pour clore une action collective d’utilisateurs, également liée au scandale Cambridge Analytica. L’accord, l’un des plus importants de l’histoire des class actions américaines sur la vie privée, est resté le précédent de référence jusqu’aux procès plus récents.

En août 2026, Meta a conclu un accord de près de 18 milliards de dollars avec 47 États américains, le district de Columbia et plusieurs territoires, pour clore les plaintes accusant ses plateformes d’être conçues de manière addictive et nuisibles aux jeunes.

Cet accord, qui impose notamment des limites d’usage quotidien, des blocages nocturnes et des contrôles d’âge renforcés sur Facebook et Instagram, incluait également 459 millions de dollars destinés à régler les plaintes des États liées au scandale Cambridge Analytica, distinctes du volet sur la protection des mineurs. Meta a ainsi préféré transiger sur ce dossier, évitant un procès sur le fond, tandis que certains États n’y ont pas adhéré. 

Mais si la Floride s’est contentée de refuser de signer le document, le jugeant trop clément sans engager de son côté des poursuites, le Nouveau Mexique a maintenu et poursuivi son action en justice. Et mercredi, un juge a rendu sa décision. Le groupe dirigé par le “baron de la data”, Mark Zuckerberg, a été condamné mercredi 21 octobre à payer 25 milliards de dollars pour avoir sciemment trompé les habitants de cet État à travers l’usage de leurs données personnelles dans le cadre du scandale de Cambridge Analytica.

Il s’agit de “l’un des plus importants jugements, sinon le plus important, obtenus par un État contre une entreprise dans l’histoire américaine”, s’est félicité le procureur général du Nouveau-Mexique, Raul Torrez, en conférence de presse.

Vers un appel de Meta

Ce jugement faisait suite au verdict d’un jury de Santa Fe, fin septembre dernier, de reconnaître Facebook responsable de près de 44 millions d’infractions à la loi de l’État sur les pratiques commerciales déloyales. Le juge Francis Mathew devait ainsi fixer les sanctions financières. Concernant l’amende à laquelle le groupe Meta a été condamné, le magistrat se serait basé sur les estimations des jurés, selon lesquelles l’ensemble des quelque 2,1 millions d’habitants de l’État ont été victimes de ce scandale. Cela signifie que Meta a accumulé une infraction par habitant pour chacune des déclarations jugées trompeuses.

Le juge a finalement ramené la facture totale à 25 milliards. Tant que le groupe ne règle pas cette bagatelle, 3,75 milliards de dollars par an, soit 15 % d’intérêts, seront ajoutés à ce montant. Le juge évoque justement le nombre “extraordinaire” d’infractions délibérées, mais aussi leur durée, l’implication des dirigeants de Facebook et le caractère “intentionnel et systématique” de ses fausses déclarations.

Cette amende de 25 milliards de dollars reste inférieure à celle réclamée par l’État, c’est-à-dire entre 35 et 40 milliards de dollars. En outre, le même tribunal du Nouveau-Mexique ne s’est pas encore prononcé sur les mesures correctrices réclamées par l’État, dont un audit de la gestion des données des utilisateurs. Selon le procureur Raul Torrez, les pénalités alimenteront un fonds destiné à l’éducation dans l’Etat.

Bien avant ce jugement, l’avocat de Meta avait laissé entendre début octobre qu’il ferait appel de toute sanction financière. Le groupe demandait de plafonner l’amende à 3,45 milliards, arguant qu’une sanction dix fois supérieure, ou plus, serait “contraire à la Constitution” et ne résisterait pas à un appel.

Cette condamnation s’ajoute aux 942 millions de dollars déjà ordonnés cette année au Nouveau-Mexique dans un autre dossier, sur la protection des mineurs, dont Meta a fait appel.





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