En ce mois d’octobre, les ballots de paille bâchés de rose fleurissent au bord des champs, et la FNSEA multiplie stands, tombolas et animations pour inciter les femmes à se faire dépister. Le syndicat agricole proche du pouvoir, fervent défenseur de l’usage des pesticides, se retrouve ainsi au cœur d’une campagne de santé publique censée lutter contre le cancer du sein.
Selon une enquête de Reporterre, les gagnants de la tombola organisée à Préguillac, en Charente-Maritime, pouvaient repartir avec des casquettes Pioneer, marque de semences d’un groupe qui commercialise aussi des produits phytosanitaires. Une coorganisatrice issue de la commission des agricultrices du syndicat y a défendu auprès du média un simple lot sans visée publicitaire, et la FNSEA affirme avoir reversé environ 45 000 euros à l’association depuis 2018. Pour Fleur Breteau, cofondatrice du collectif Cancer Colère, qui a rebaptisé l’opération Octobre Colère, une organisation favorable aux produits chimiques qui se drape de rose relève d’”un pinkwashing intolérable”. L’un des responsables charentais du syndicat, ancien président de la chambre d’agriculture, s’agace de son côté d’être traité en pestiféré dès qu’il participe à ces animations solidaires.
Mais n’oublions pas que cette campagne née aux États-Unis en 1985 a été lancée avec l’aide de la branche pharmaceutique d’Imperial Chemical Industries, géant britannique producteur à la fois de pesticides et de traitements anticancéreux.
Un modèle qui ne semble guère avoir changé depuis, tant le principe est bon, à l’image de Bayer, propriétaire de Monsanto depuis 2018, qui vend semences, herbicides et médicaments, bouclant à eux seuls le circuit qui va du champ empoisonné à la pharmacie.
Quant à la campagne elle-même, elle ne fait pas l’unanimité, la concertation citoyenne et scientifique organisée par l’Institut national du cancer préconisait déjà dès 2016 l’”arrêt du dépistage organisé tel qu’il existe aujourd’hui”. En cause, le surdiagnostic et le surtraitement de lésions qui n’auraient jamais évolué, un débat que les rubans roses et les tracteurs décorés semblent ignorer.
Habituée des couloirs ministériels, la FNSEA a pesé de tout son poids ces dernières années pour alléger les normes environnementales, jusqu’à la loi Duplomb et sa tentative de réintroduire un néonicotinoïde, finalement censurée par le Conseil constitutionnel.
Les femmes invitées à passer une mammographie entre deux stands pourront toujours méditer sur le porte-clés rose offert par le syndicat.