Dissuasion nucléaire commune avec Typhoon et Rafale. À quoi se préparent Londres et Paris ?


Mardi 20 et mercredi 21 octobre, au-dessus de la Méditerranée, des Rafale des Forces aériennes stratégiques ont simulé une frappe nucléaire sous l’escorte de chasseurs Typhoon de la Royal Air Force, une première dans l’histoire des deux pays. Paris et Londres ont attendu le vendredi dernier pour révéler, dans un communiqué commun, cet exercice baptisé Rummy, présenté comme une étape historique de leur coopération en matière de dissuasion.

Les Rafale emportaient, selon les images diffusées, une maquette du missile ASMP-A, et aucune arme nucléaire réelle n’a été engagée lors de cette mission d’entraînement. La participation britannique ne confère aucun droit de regard à Londres sur les armes françaises, la décision d’emploi restant entre les seules mains du président de la République. Le Royaume-Uni ne dispose plus que de sous-marins lanceurs d’engins pour sa propre dissuasion, quand la France conserve une composante aéroportée confiée à ses Rafale, d’où l’intérêt britannique pour cet entraînement. L’exercice prolonge la déclaration de Northwood signée en 2025, par laquelle les deux capitales s’étaient engagées à coordonner leurs dissuasions, sans jamais les fusionner.

Et c’est au même moment que le gouvernement d’Andy Burnham a lancé, le 22 octobre, une campagne baptisée Be Ready, invitant chaque foyer britannique à constituer des réserves pour au moins trois jours. Eau, nourriture ne nécessitant pas de cuisson, argent liquide et batteries composent une liste qui évoque les consignes de la défense civile d’autrefois, même si Londres met surtout en avant les catastrophes naturelles et les cyberattaques qui se multiplient.

Le contraste est toutefois saisissant avec la petite musique qui monte de Washington, où Donald Trump répète qu’un accord pour mettre fin à la guerre en Ukraine n’a jamais été aussi proche. Potus affirmait le 21 octobre avoir échangé directement avec Vladimir Poutine, tout en assurant que la Chine était elle aussi associée aux efforts de règlement du conflit. Pour une partie des observateurs, Washington chercherait surtout à s’arrimer à une Russie gorgée de gaz, de pétrole et de métaux, plutôt que de la laisser glisser durablement dans l’orbite de Pékin.

Dès lors, pourquoi deux puissances nucléaires européennes répètent-elles une frappe atomique, et pourquoi l’une d’elles demande-t-elle à ses citoyens de remplir leurs placards, si la paix se dessine vraiment ?

L’Europe pourrait se préparer à devoir assurer seule sa sécurité si l’allié américain venait à se désengager du continent après un accord avec Moscou. Et c’est peut-être pour cela que Paris et Londres tentent d’anticiper un compromis qui ne leur convient pas, essayant d’afficher leurs bien petits muscles, avant que d’autres ne fixent sans eux les frontières d’une Europe qui leur échappe. Les gouvernements concernés n’ont, à ce stade, établi aucun lien officiel entre l’exercice Rummy, la campagne Be Ready et les négociations américaines.

Chacun restera libre de juger ce que vaut cette coïncidence de calendrier.





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